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samedi 31 mars 2012

L'arnaque du prix de l'essence

lundi 26 mars 2012

Hausse modérée du chômage : de qui se moque-t-on ?

Les chiffres du chômage ont été annoncés ce soir, mais le Président savait qu’ils ne seraient pas bons, il a cru devancer l’annonce en parlant d’une obscure « hausse modérée » qui est en fait de 0,3% sur un mois et d’une « dérivée première » en baisse ! De qui se moque-t-on ?

Véritable boulet pour le président candidat sortant, les chiffres du chômage continuent d’arriver indépendamment du calendrier de la campagne présidentielle, et ceux de février ne sont pas bons… Le président le sait, et il a préféré devancer l’annonce en l’enrobant de jargon technocrate et de précautions oratoires hallucinantes. Un enrobage en sucre pour faire passer dix mois d’une pilule au gout très amer.

Oui, 10 mois déjà que le chômage augmente, pour atteindre 9,8 % fin décembre. En métropole, le nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) atteint 2,8 millions et ce chiffre est le plus mauvais depuis 12 ans ! Si l’on regarde toutes les catégories touchées par le chômage (A+B+C, soit toutes les personnes en activité réduites), l’addition monte à 4,25 millions pour janvier. Si l’on regarde l’évolution depuis l’élection de Nicolas Sarkozy cela fait tout de même 1 million de chômeurs en plus (et 724 000 si l’on ne regarde que la catégorie A) ! Beau bilan ! Les catégories A, B, C révèlent pourtant bien la réalité du terrain, mais reflètent également l’effort du gouvernement, depuis 2009, pour rendre les chiffres du chômage de catégorie A présentables en augmentant fortement les emplois aidés. Xavier Bertand a fixé à ses services, fin décembre, l'objectif de réaliser sur la première moitié de l'année les deux tiers des 340.000 contrats budgétés pour 2012. Mais tout cela sans aucune arrière-pensée électorale, bien entendu… Autant dire que la fin 2012 sera dure pour le président élu, un coup de pouce pour l’élection du candidat Sarkozy et une peau de banane sous les pieds de François Hollande s’il était élu !

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy déclarait ce matin sur France Info « Les chiffres de ce soir manifesteront une amélioration de la situation avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs. Cette augmentation sera assez modérée ». Que veut dire ce charabia « une baisse tendancielle de l'augmentation » ? Pour ceux qui ont fait des mathématiques dans leur vie, cela leur rappellera qu’il parle de la dérivée première de l’augmentation du chômage. Pourquoi cette notion inhabituellement pointue ? Parce que, que le président candidat le veuille ou non, les chiffres sont mauvais et continuent d’augmenter. Or ce n’est précisément pas le moment d’annoncer cela à quelques semaines des élections. Il faut donc trouver une petite bonne nouvelle dans cette très mauvaise nouvelle : en regardant la vitesse de l’augmentation, le président candidat nous indique qu’elle diminue : le chômage empire, mais moins vite qu’avant ! Quelle bonne nouvelle dans le pays du « travailler plus pour gagner plus » qu’il faudrait rebadger « tenter de garder son boulot pour tenter de maintenir son salaire » ! D’autant que l’accélération des contrats aidés n’y est peut-être pas étrangère. Sain raisonnement, qui permet à Sarkozy de conclure que cette « bonne nouvelle » « témoigne d'une reprise économique sensible depuis que nous avons essayé de résoudre la crise financière de la Grèce ». Fort ! Du grand art !

Présenter plus favorablement des chiffres très mauvais, nous avions l’habitude, mais intervenir avant l’annonce des chiffres pour les présenter sous un jour positif, ça, c’est bien joué ! N’est-ce pas Carla qui disait, il y a peu, que tous les journalistes étaient « des Pinocchio » ? N’aurait-elle pas oublié les hommes politiques ?

jeudi 22 mars 2012

Danger sur la démocratie !

Nicolas Sarkozy, après la mort de Mohamed Merah tué par une opération du Raid a dressé plusieurs ébauches de mesures sécuritaires en théorie, mais plutôt liberticides en réalité. Parmi elles, la pénalisation des internautes qui consulteraient « habituellement » des sites internet promouvant le terrorisme ou la « haine ». Large programme !

« Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement »

Si personne n'est capable de dire comment le Président compte mettre en œuvre ces mesures, elles sont pourtant prévues pour être appliquées « sans délai » d’après le premier ministre François Fillon. Contrairement à ce qui avait été proposé jusque-là, ce ne sont pas les responsables de sites illégaux qui sont pénalisés, ou d’empêcher leur accès, mais de pénaliser la simple consultation d'un site par un internaute. Seul précédant : une loi très similaire existe et vise les contenus pédopornographiques : « Le fait de consulter habituellement un service de communication au public en ligne mettant à disposition une telle image ou représentation [pédopornographique] ou de détenir une telle image ou représentation par quelque moyen que ce soit est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. ».

Dans ce cadre, pourquoi ne pas agrandir la liste ? C’est bien tout le problème de ce genre de lois. Une fois qu’une liste est créée et que la loi est passée, il est facile d’agrandir les catégories concernées. Pourtant, la limite, et il doit en avoir une, n’est jamais précisée par ce genre de loi. Aujourd’hui les sites de terrorisme et de « haine » (assez vague) sont concernés, demain pourquoi pas des sites incitant à la grève, puis des sites de syndicats ou politiques extrémistes, les bonnes intentions ne manquent pas pour agrandir la liste. La proposition énoncée par M. Sarkozy rendrait, en théorie, la lecture de l'autobiographie d'Adolf Hitler illégale en ligne. Ou se situe la limite ? « On se trompe de cible en s'en prenant à Internet, il y avait du terrorisme avant Internet. Au lieu de criminaliser la consultation des sites, on a plutôt envie de voir que les efforts se concentrent sur les gens qui alimentent ces sites et qui sont responsables d'actes terroristes » a commenté à l'Agence France-Presse Lucie Morillon, responsable du bureau nouveaux médias de Reporters sans frontières. Jusqu’où va-t-on aller sans que les Français disent « stop ».

Attention, notre vie privée et nos pensées sont un patrimoine universel et qui doit rester inaliénable. Ne pas confondre risque éventuel et action réelle. Pourtant, nous n’en sommes pas loin. Est-ce que quelqu’un consulte un site critiquant la police ou le gouvernement n’est pas un site d’incitation à la « haine » ? Les lecteurs sont-ils pénalement sanctionable ? Jamais une démocratie n'a fait adopter ce type de loi. Et il faudra la combattre si elle voit le jour. Car la France, alors, ne serait plus une démocratie, mais un régime autoritaire.

Autres points : les chercheurs, journalistes seront-ils inquiété parce qu’ils ont été voir de tels sites ? Que veut dire la notion « d’habituellement » ? Est-ce une fois par jour, une fois par mois ou une fois par an ? Doit-on comptabiliser des visites sur le même site ou également celles sur des sites jugées comme étant du même type ? Pourquoi ne pas interdire les sites en questions ?

Enfin, techniquement, comment repérer ces visites ? Il n’y a hélas, qu’une solution : le DPI. Avec les logiciels de Deep Packet Inspection qui retracent tous les échanges, quelque soit leurs formats (mail, chat, site web, recherches sur internet...), leurs fréquences et leurs dates afin d'espionner automatiquement et de manière exhaustive et homogène de tous les citoyens d'un pays, on parle alors de « surveillance massive ». Par la fourniture de ces logiciels dont la France est spécialiste via la filiale de Bull AMESYS, nous avons aidé le dictateur libyen à identifier et surveiller ses opposants afin de les arrêter ! Considérés comme une arme de guerre électronique, les logiciels DPI ont un marché évalué à 5 milliards de dollars et ont débuté en 2001. La presse a révélé que le logiciel, vendu à de nombreux pays, dont beaucoup de dictatures, a permis de surveiller de nombreuses personnes et entités (poètes, journalistes, écrivains, historiens, intellectuels, ONG, des groupes de communication comme Al Jazeera ou la banque de Ben Ali...). Certains soupçonnent que le logiciel est également utilisé en France illégalement pour la surveillance quotidienne des Français, la proposition du président permettrait-elle d’officialiser cette situation ?

Dans la longue tradition de certain partit politiques de droite dans le monde (voir l’article Attaque généralisé sur les libertés, les actes isolés de terrorisme sont une bonne occasion pour tous ceux qui veulent contrôler leur peuple de définir encore et encore des lois de plus en plus restrictives et liberticides. La proposition formulée par M. Sarkozy fait écho aux prises de position répétées du président de la République concernant le nécessaire contrôle du Web, qu'il décrivait volontiers à mi-mandat comme une "jungle". Autre point, la proposition du président est évidemment hautement politique et tente de tirer parti de cette triste situation en vue des élections de 2012 qui approchent à grands pas. Mais ne nous trompons pas : déjà en 2005, Sarkozy a fait à peu près des propositions très similaires. La vie politique est un éternel recommencement avec Monsieur Sarkozy… Annonce équivalente aux banlieues qui devaient être passées au « Kärcher » et qui, bien évidemment, ne l’ont pas été. Preuve en est. Peu de chance que cela donne grand-chose de concret donc, sauf d’éventuelles dérives sur nos vies privées.

Lire également Le gouvernement Sarkozy veut censurer internet, France : le décret de l’incroyable flicage du net, Dérive totalitaire, où va la France ?.

samedi 17 mars 2012

Le massacre de la mode et du luxe «made in France»

Les principales fédérations du textile habillement et quelques grands groupes du secteur, ont, avec la complicité des pouvoirs publics, précipité la délocalisation de cette industrie.

Paradoxalement, au moment où toutes les personnalités politiques prétendent vouloir sauver le « made in France », nous assistons à la disparition des derniers sites français de production.

TRANSFERT DE NOTRE SAVOIR-FAIRE A LA CHINE

Lors d’un débat a propos du « made in France », organisé le 23 janvier 2012, au salon du prêt à porter Paris, Jean Pierre Mocho, Président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin depuis 12 ans et de l’Union française des industries de l’habillement pendant 6 ans, affirmait : "L'origine des produits reste secondaire pour les acheteurs". "Le consommateur est plus attaché à sa marque qu'à son lieu de fabrication. Ça ne plait pas à tout le monde, mais c'est un constat évident".

Le Député européen et ancien directeur général du CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), Robert Rochefort, avait alors fait remarquer à Jean Pierre Mocho : "La filière a une part de responsabilité dans le problème actuel, vous avez fait perdre au consommateur la perception de la valeur réelle, et symbolique, des produits d'habillement. De fait, le made in France, si vous n'y croyez pas vous-même, ne sert à rien", puis il avait reproché "l'usage abusif du nom "Paris" comme marque de qualité."

Il convient de souligner que Jean Pierre Mocho était en septembre 2011, le signataire d’un accord de coopération exclusif entre la France et la Chine, prévoyant notamment "la mise en œuvre d’une coopération industrielle, l’échange de stylistes, modélistes, techniciens et plus généralement d’expériences professionnelles et de formations". En clair, la livraison à la Chine de ce qu’il reste de notre savoir faire !

LE LEADERSHIP MONDIAL DE LA MODE FRANÇAISE ET DU LUXE BIENTÔT MENACÉ

En 2010, le gouvernement a proposé, sans conviction, une charte de bonne conduite entre les griffes de prêt-à-porter et les façonniers, mais les grands groupes du luxe ont évidemment refusé de s’engager sur des quotas minimum de vêtements « made in France ». Les marques de luxe délocalisent discrètement depuis plusieurs années et aujourd’hui la plupart d’entre elles fabriquent déjà une part importante de leur production hors de nos frontières.

Pourtant, en 2009, dans son rapport commandé par le ministère de l’industrie "Un plan pour la façon française", Clarisse Perrotti Reille mettait en garde les donneurs d’ordres de la mode et du luxe :

"La question du savoir-faire français et de son rayonnement se pose avec une très vive acuité. Il ne faut pas s’y tromper, la façon française et notamment la Haute Façon constitue un enjeu stratégique majeur pour l’économie française. En effet, si par grand malheur, elle devait devenir anecdotique ou pire disparaître, le leadership mondial de la France en matière de mode, de créativité, de luxe en serait graduellement affaibli et, à terme, compromis."  "La filière de la façon  comptait 6 000 employés fin 2008 et perd jusqu'à 1 000 emplois par an."

Chaque mois, des façonniers ferment ateliers et on peut craindre la disparition avant cinq années, de la plupart des 3 000 dernières ouvrières de la filière, alors qu’à son apogée, le secteur du textile habillement employait plus d’1 million de personnes et gênerait encore 2 ou 3 millions d’emplois indirects et induits.

Plusieurs siècles auront été nécessaires pour que la France bâtisse son leadership mondial en matière de mode et confère à Paris, son statut de capitale mondiale de la Haute-Couture mais quelques années auront suffi aux marques de la mode et du luxe, pour compromettre cette réputation et ruiner cet héritage.

Le salon « made in France » 2012 se tiendra les 28 et 29 mars et regroupera à peine 60 façonniers de l’habillement au lieu de 120 en 2008. On peut craindre que le salon de la Haute Façon 2012 soit l’une des dernières éditions de ce salon de l’excellence du savoir-faire français.

Selon le Ministère de l’Économie et des finances, 5% des vêtements vendus dans l’hexagone sont fabriqués en France. Ce chiffre déjà très bas est pourtant surestimé et la part des achats de vêtements effectués aujourd’hui par nos concitoyens, pourrait s’avérer encore inferieure.

LE RENONCEMENT DE NICOLAS SARKOZY

Lors de l’annonce de sa candidature, Nicolas Sarkozy nous a fait part de sa résignation face à la mondialisation : « le textile ne marche plus car il y a une concurrence effrénée en Inde et ailleurs» mais nous a néanmoins présenté la maroquinerie haut de gamme comme un secteur d’avenir.

Notre président s’est également félicité de son intervention pour former au métier de maroquinière, 93 des 340 salariées licenciées de Lejaby, mais n’a pas semblé regretter le gâchis de la disparition du savoir-faire du dernier fleuron français de la lingerie de luxe.

Cependant, selon Raymond Vacheron, responsable CGT textile : « À Lejaby, les salariées produisent sept soutiens-gorges de l’heure, et sur un soutien-gorge qui se vend 80 euros dans le commerce, seulement 2 euros servent à rémunérer le travail ! ». Même si l’on compte un coût de production plus réaliste de 10 ou 12 euros, on s’aperçoit que la délocalisation n’était pas inéluctable.

Par ailleurs, la maroquinerie haut de gamme qui selon Nicolas Sarkozy, offre davantage de perspectives d’avenir que le textile, ne fournit qu’une dizaine de milliers d’emplois de production dans l’hexagone et la plupart des articles vendus en France, du bas au haut de gamme, proviennent d’Asie.

Les marques de maroquinerie fabriquant encore en France, sont rares : parmi les plus fameuses, Hermès, qui emploie 1700 ouvriers et Louis Vuitton (Groupe LVMH), dont les articles en toile cirée ornée du célèbre monogramme, génèrent 3 000 ou 4 000 emplois sur les sites de production implantés en France.

La concurrence effrénée et déloyale provoquée par le dumping monétaire, social et environnemental de pays en développement, n’est évidemment pas spécifique aux secteurs du textile et de la maroquinerie Aujourd’hui, aucun secteur n’est épargné et faut-il pour autant renoncer définitivement à produire en France alors que notre déficit commercial a augmenté de 35 % en un an pour atteindre son record avec 70 milliards d’euros en 2011 et que l’on compte 1 million de chômeurs en plus depuis 5 ans ?

Certes non, et il existe des solutions pour relancer l’industrie manufacturière des biens de consommation, à condition bien sur, d’en avoir la volonté politique.

L’ESSOR DU LUXE DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT CREE T-IL DES EMPLOIS INDUSTRIELS EN FRANCE ?

La fabrication des articles de luxe, tant vantée par toutes les personnalités politiques comme l’un des atouts essentiels de la France au même rang que les nouvelles technologies, les produits innovants et les R&D, a été majoritairement délocalisée et ne représente que 25 000 ou 30 000 emplois de production en France. Si l’on rapporte ce chiffre à notre population active de 28 millions de personnes, cela ne représente qu’un chiffre dérisoire d’un emploi pour mille actifs.

Le secteur du luxe réalise un chiffre d’affaires proche de 50 milliards d’euros que se partagent quelques groupes qui créent peu d’emplois en France et contribuent peu à notre économie.

Pour exemple, LVMH, n°1 mondial du luxe, a réalisé en 2011, un chiffre d’affaires de prés de 24 milliards d’euros mais 77 % des 80 000 salariés du groupe sont employés hors de France. Soit, selon nous, moins de 7 000 ou 8 000 emplois manufacturiers dans notre pays.

LA RESPONSABILITÉ DES PROFESSIONNELS ET DES POLITIQUES

Les lobbys mondialistes qui ont préconisé et accompagné la délocalisation de l’industrie, sont souvent les interlocuteurs privilégiés des gouvernements et cette collaboration contre nature a renforcé la légitimité de ces groupes d’influence.

La reconnaissance providentielle de l’état, a ainsi fourni des moyens supplémentaires à ces inconditionnels partisans de la mondialisation et encore accéléré la délocalisation de l’industrie française.

Les dirigeants des organisations professionnelles de la mode et des autres secteurs industriels portent une lourde responsabilité dans la délocalisation de l’industrie française. Leur efficace lobbying pour la désindustrialisation coûtera des centaines de milliards d’euros à notre pays et la perte d’activité risque d’handicaper notre économie pendant plusieurs décennies.

Ces lobbys ont livré les industries patrimoniales à nos concurrents économiques et ainsi provoqué un chômage massif et des déficits publics colossaux.

Complices, nos gouvernements successifs, de Droite ou de Gauche, ont, au nom du dogme néolibéral du libre-échange, également trahi la confiance de nos concitoyens, ouvriers et consommateurs, en collaborant au démantèlement d’une industrie française patiemment construite et riche d’un savoir-faire appartenant au patrimoine national.

Francis JOURNOT

Mouvement associatif RENDEZ NOUS NOTRE INDUSTRIE !

www.rendez-nous-notre-industrie.com et www.vetements-made-in-france.com sont des associations citoyennes indépendantes et sans appartenance politique. 

jeudi 8 mars 2012

Quand la France félicite Poutine

Étonnant non, cette habitude de féliciter les chefs d’État étrangers alors même que leur probité est discutable ? La France est-elle devenu un pays de second rang sous le quinquennat ?

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Etonnant, mais c’est pourtant ce que le président Sarkozy a fait : féliciter immédiatement Poutine pour son élection très controversée. Le 5 mars, Vladimir Poutine, « président élu de la Fédération de Russie » a reçu une lettre classique de « félicitations » au lendemain d’une élection présidentielle, largement entachée par la fraude.

Hollande, lui, a dit qu’il se serait contenté de « prendre acte ». « Cela aurait été la façon de reconnaitre la légitimité de M. Poutine mais le caractère, disons, discutable de cette élection même si je pense que même sans les fraudes, il aurait été élu ». Service minimum, donc. D’accord, certains diront que la lettre était finement ciselée de piques faisant référence au long chemin démocratique que doit encore parcourir la Russie et à sa position regrettable sur les dossiers brulants du moment à l’ONU. Certes. Mais alors pourquoi cette précipitation ? Ne pouvait-on pas attendre quelques jours avant de l’envoyer ? Ces reproches déguisés ont-ils la moindre chance d’avoir le plus petit impact sur Poutine et sa politique ? Nous ne pouvons que fortement en douter. Ceci signifie donc que la France considère le « nouveau » président russe comme un ami.

Quelle drôle d’habitude qu'à la France de s’acoquiner avec tout homme politique étranger pourvu qu’il soit puissant et riche, ne tenant aucun cas de sa fréquentabilité. La France est-elle devenue si dépendante et si faible depuis cinq ans qu’elle en est rendue à lécher les bottes si cela peut lui rapporter des contrats ? Est-ce le gaz russe dont la France dépend tant qui nous emmène sur cette voie ? Certains diront que la France à toujours plus ou moins soutenue des dictateurs du moment que cela lui rapportait. Fort bien, mais n’assiste-t-on pas à une accélération de la tendance ? La France ne doit-elle pas s’améliorer et non s’aliéner ? Ne doit-on pas avancer sur le chemin des droits de l’homme plutôt que l’inverse ?

Kadhafi qui campe sur les pelouses de l’Élysée, qui impose moults caprices tous plus ridicules les uns que les autres, pour que finalement la France en vienne à lui faire la guerre parce que d’autres puissants et amis l’on décidé ? Recommandable un jour, dictateur un autre ?

Pourtant, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait déclaré que l'élection n'avait "pas été exemplaire".Qu’attend réellement Sarkozy de Poutine s’il est réélu ? Le pays des droits de l’homme est-il tombé si bas ? Où allons-nous ? Les Français sont-ils d’accord ?

Free menace d'attaquer en justice toute personne dénigrant son réseau

A lire sur Le Monde.

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J’aime bien Free mais tout de même. Gonflé de dire cela après avoir quasiment traité ses concurrents de voleurs et leurs clients de pigeons !

Free a toujours eue une image un peu rebelle, vaguement comme Apple. Proposant des services pointus mais innovants. Des prix plancher et un design assez réussi pour leur modem… On doit tout de même dire que si l’internet en France est ce qu’il est aujourd’hui c’est bien grâce a Free. Les services gratuits (mail, hébergement, stockage de gros fichiers, fax via le net…), les prix plancher, le TV par internet pour tous (ou presque), le haut-débit pour tout le monde (ou presque), c’est eux ! Avant il y avait un service de haute qualité, mais cher et peu innovant : France Télécom.

Free, sympa pour les jeunes comme image mais comme toute stratégie commerciale elle a ses limites. Les sympas risquent fort de ne plus l’être tant que cela lorsqu’ils décident d’attaquer en justice leurs clients, même mécontents… Microsoft, Google, Facebook avant d’être moins aimés étaient vénérés !

Free, la fin d’un (faux) mythe ?

Sarkozy chez Bourdin : « Si je perds, j'arrête la politique »

A lire sur Rue89.

Nous on dit quoi ? Chiche !!!

Il fera autre chose, quoi ? Il ne le sait pas…

Mais si bien sur : il gagnera du “fric” et s’approchera de ses modèles et amis.

mercredi 7 mars 2012

Le talon d'Achille du président n'est pas que son bilan, mais aussi sa femme !

Lors de l'émission du mardi 6 mars 2012, sur France 2 "Des paroles et des actes", la femme du président spectatrice sur le plateau, réagit fortement sur une question relative au Fouquet's : "Nous sommes des gens modestes". Retour sur une émission haute en couleurs.

Si l'émission était chargée sur le plateau de télévision entre regrets des erreurs commises (sic!) et attaques en dessous de la ceinture (DSK et autres), du côté des spectateurs sur le plateau ce n'était pas mieux. Pour commenter, nous avons eu droit au pire : de basses attaques qui finalement ne sont pas dignes d'un candidat et encore moins d'un président en exercice. Le président qui cite d'anciennes phrases de Fabius montrant qu'il n'aimait pas Hollande ("Je crois qu'il a accusé le coup lorsque je lui ai rappelé qu'il avait traité Hollande de 'fraise des bois'" a dit le président hors micro en fin d'émission), puis qui attaque sur DSK et ses conseillés français qui viennent jusqu'à New York (attaque sur les parties fines de DSK), enfin indique sans détour que le point faible de Hollande est qu'il n'a pas d'expérience du pouvoir et qui ne sait pas dire non. Autant dire de suite que le débat a mal commencé pour le président. Je dirais que lorsque l'on voit ce que font les politiciens qui ont de l'expérience du pouvoir, nous sommes très tentés par le remplacer par une personne novice en la matière, cela ne pourra pas être pire. Entre quelqu'un qui est soupçonné de dire tout le temps "oui" et un président sortant qui disait tout le temps "non", les Français choisirons qui est le pire et qui a le potentiel de leur redonner espoir et de leur changer les idées. Quant à DSK, certes, mais pourquoi ne pas parler de Woerth et consorts dans ce cas ? Simplement parce que ce n'était pas le sujet de l'émission. Les Français attendaient un débat d'idées et non pas une bataille sur un ring...

Même s'il s'en défend, "Je me sens bien !" indique-t-il avant l'émission, il est apparu tendu, grave et fatigué, comme l'on également remarqué les journalistes en fin d'émission, son sourire avait disparu et il était prêt à tout pour contrecarrer Fabius. Je ne pense pas que ce débat ait tourné, de ce fait, à son avantage, les Français jugeront. Pourtant, s'il y a fort a dire des maladresses et de l'attitude défensive et peu présidentielle choisie par les conseillés en communication du président, le plus intéressant vient des spectateurs. D'une spectatrice, plus précisément. Sa femme.

Cela a commencé fort, à peine arrivée elle lance "Il fait un froid de gueux". Je ne sais pas pour vous, mais le terme de "gueux" me fait la plus mauvaise impression. En effet, cela fait inexorablement penser à la noblesse et leur opposer : les gueux. Cela fait penser également à la révolte des gueux en 1566 dans les Pays-Bas espagnols, ou à la marche des Gueux des paysans d'Inde en 2008 pour exiger des droits pour les femmes et le droit de la terre. Réjouissant ! Aujourd'hui, le terme "gueux" est vieilli ou, du moins, ironique, et désigne les indigents ou les nécessiteux, brefs, les mendiant ! Cette phrase prend une résonnance particulière lorsque l'on sait que la femme du président est issue d'une riche famille d'industriels italiens. Le ton, par une simple phrase est donnée, la noblesse et la bourgeoisie sont là...

Évidemment, si la phrase est étonnante, nous ne pouvons rien en conclure isolément. Néanmoins, ce n'est pas la seule "sortie" étonnante de la femme du président ce soir-là... Juste avant le début de l'émission, la femme du président indique en riant à Pflimlin et ses journalistes : "Les journalistes sont tous des Pinocchio". Pas mal non plus. La référence est également désuète (Pinocchio) et surtout donne le ton pour l'émission qui commence. Comme si dans l'entourage présidentiel personne ne mentait... Mais il s'agit surtout d'une sortie ironique pour la suite de l'émission, comme nous allons le voir.

Occupée à envoyer des SMS en pagaille, elle indique "Il a une belle voix" en parlant de son mari. C'est vrai, c'est exactement ce qu'attendent les Français en période de crise : un candidat qui a une belle voix... Bref. Le clou du spectacle arrive lorsque les journalistes interrogent le président sur son gout prononcé pour le Bling-Bling avec pour départ l'épisode du Fouquet's : la femme du président n'hésite pas à lancer à haute voix "Nous sommes des gens modestes"... Avant de demander à Guaino : "De temps en temps, ils donnent la parole à des journalistes de droite ?" qui ignora la question. Faut-il rappeler ce que c'est une famille modeste en franc ? Certainement pas, une famille de riches industriels français côté Bruni ou d'avocats d'affaires associés (et président de la République), (côté Sarkozy. Selon l'Express qui a interrogé l'UMP sur le patrimoine du président, il s'est légèrement enrichi entre 2007 et 2012 (157 000 euros) malgré un divorce couteux. Merci à l'augmentation autodécidée de 172% de son propre salaire ! Quand on pense que le Général de Gaulle payait lui-même ses timbres, son eau et son électricité à l'Élysée.Avec un patrimoine estimé à "2,3 millions d'euros" le président est assujetti à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui se déclenche à 1,3 million d'euros. Par comparaison, le patrimoine de Hollande est estimé à 800 000 euros environ (déjà pas mal !) mais n'est pas soumis à l'ISF, du coup. Voila, selon la femme du président ce que signifie des gens modestes. Nous comprenons mieux l'expression des "gueux" du début de l'émission...

Incontrôlable, la femme du président ? Si l'on pensait que jusqu'à présent le bilan du quinquennat de Sarkozy était sa plus grande faiblesse, finalement les coulisses de l'émission nous font penser que ce serait plutôt sa femme.

L'émission se termine, je suis médusé : je ne m'attendais pas à cela. Je voyais un débat plus haut, plus factuel, plus sur les idées et le bilan que des coups bas et les annonces de dernière minute du président. Son programme n'est-il pas encore “sec” ? Pourtant, il est expérimenté, il devrait connaitre ses dossiers, son programme devrait être en continuité de ce qu'il a fait pendant 5 ans... Pourquoi cette attitude tendue et sur la défensive ? Pourtant, le président est très heureux de sa prestation : "Je me suis senti très à l'aise, car c'est vraiment une très bonne émission. J'attendais ce genre de débat depuis cinq ans, car il y a une réelle liberté pour dire les choses" indique-t-il de manière surréaliste… Si la "liberté" pour lui était celle de multiplier les coups bas, c'est réussi... Quel étonnement que la femme du président émaille l'émission de commentaires plus que discutables, au lieu d'une attitude digne et sobre ! Carla véritable talon d’Achille du Président comme l’était Cécilia ?

 


Voir aussi L’article du Monde : Carla Bruni-Sarkozy, dans les coulisses de France 2 : "Nous sommes des gens modestes"

mardi 6 mars 2012

Apple, symbole de la nouvelle mondialisation

L’entreprise Apple a fortement prospéré depuis le succès de ses téléphones iPhone et ensuite de ses tablettes iPad. Aujourd’hui l’entreprise est la plus florissante du monde. Mais qu’en est-il de sa responsabilité sociale ? Quelle est l’âme de cette entreprise ?

Success-story

La trésorerie de l’entreprise a dépassé 100 milliards de dollars ! Et ce n’est pas près de s’arrêter avec ses 13 milliards de profits (record) entre octobre et décembre (3 mois seulement !). Tim Cook a reconnu « nous avons plus de trésoreries que nécessaire pour fonctionner au quotidien ». En fait ce qu’il aurait du dire : Nous avons beaucoup plus de trésoreries que nécessaire pour fonctionner au quotidien et pour préparer l’avenir ». La vérité est que l’entreprise a un trésor de guerre incroyable, si incroyable que l’entreprise ne sait pas quoi en faire… L’entreprise est de fait aussi incroyablement valorisée en bourse : 478 milliards de dollars. Sur ce sujet elle devient numéro une dans le monde et se paye même le luxe de valoir presque autant que Microsoft (263 milliards) et IBM (233 milliards) réunis. De même, elle distance clairement le numéro deux mondial, le pétrolier Exxon Mobil (411 milliards). Aujourd’hui, on estime qu’un employé d’Apple fait gagner en moyenne plus de 400 000 dollars par an à son entreprise. Cette somme est supérieure à celle de Goldman Sachs, Exxon Mobil ou Google ! Autre chiffre : les revenus d’Apple en 2011 sont plus élevés que la somme combinée des budgets de l’état du Michigan, du New Jersey et du Massachusetts réunis !

Cette réussite hors norme profite à qui précisément ? C’est bien la question.

Cette réussite ne profite pas à l’emploi ni au social

Pas au social : La quasi-totalité des 70 millions d'iPhone, iPads 30 millions et 59 millions d'autres produits Apple a vendu en 2011 ont été fabriqués à l'étranger. Apple emploie 43 000 personnes aux US (8000 de plus en 2011), mais 20 000 à l’étranger et plus de 700 000 personnes chez des sous-traitants étrangers. Ceci signifie que parmi les personnes employées directement par Apple, seule 68,3 % travaillent sur le sol américain, ce qui n’est pas si mal. Si l’on compte les employés directs ou indirects, le chiffre passe à 5,7 %.Malheureusement, ce chiffre est plus réaliste, car si la sous-traitance était sur le sol américain les 20 000 personnes qui encadrent les sous-traitants le seraient aussi et le premier chiffre approcherait de 100 %. Une situation qui a choqué le président américain Obama qui, lors d’un diner avec feu Steve Jobs (et d’autres entrepreneurs), lui avait demandé la raison de cette situation. La réponse de Job fut irrémédiable : « ces emplois ne reviendront pas », avait-il sèchement répondu. Apple pense, en effet, que la foultitude des usines disponibles à l'étranger ainsi que la flexibilité, la rapidité et le savoir-faire industriel des travailleurs étrangers ont dépassés ceux de leurs homologues américains. Pour la direction d’Apple, la fabrication à l’étranger est aujourd’hui la seule option.

Pourtant, la flexibilité a un cout social aussi à l’étranger, les règles d’Apple envers ses fournisseurs sont de ne pas faire travailler leurs employés plus de 60 heures par semaine, et d’avoir au moins un jour de repos (sic !). Mais selon l' Apple Supplier Responsibility 2011 Progress Report, sur 127 sous-traitants d’Apple audités en 2010, 76 faisaient travailler leurs employés plus de 60 heures par semaine, plus de la moitié de l'année. Il est vrai qu’il est difficile de garantir la loyauté de 127 sous-traitants, mais que penser des conditions de travail chez le plus gros d’entre eux ? Les conditions de travail dans les usines Foxconn sont régulièrement mises en cause par les ONG et dans différents articles de journaux. L’entreprise s’est tristement fait connaitre du grand public après une vague de suicides parmi ses employés.

À quelques semaines de la sortie de l’iPhone, l’écran du téléphone est passé du plastique (trop peu classe et rayable) à un écran de verre Titan (anecdote livrée dans la biographie de Steve Jobs) et que ce prodige n’a été possible que par la souplesse des usines chinoises. Comment est-ce possible ?

Les écrans de verre titan nécessitaient des traitements et les usines de production / traitements devaient être montées rapidement. Un appel d’offres a été lancé et c’est une entreprise chinoise qui a gagné. Lorsque les employés d’Apple sont allés voir le potentiel fournisseur chinois, il était déjà en train de construire une gigantesque extension de son usine, au cas où ils auraient le contrat. Autre surprise : une armée d’employés et d’ingénieurs étaient mis à disposition d’Apple gratuitement dans le cadre de ce potentiel contrat et disponible 24h/24, car dormant sur place. La vérité qui se cache derrière cette histoire est que le gouvernement chinois avait décidé d’aider de nombreuses industries dont celle du verre et ce projet s’inscrivaient dans ce cadre, Apple a donc profité du « dumping » chinois !

Les nouveaux écrans prêts à être montés sont arrivés un soir vers minuit à l’usine d’assemblage de Foxconn. L’affaire étant urgente, vu la sortie imminente de l’iPhone, un contremaitre réveille 8000 ouvrières qui dormaient dans les dortoirs de l’usine afin qu’ils travaillent à l’adaptation de la chaine de montage au nouvel écran. Chaque ouvrière a reçu un biscuit et une tasse de thé en guise de réveil. Dans les 96 heures qui ont suivi, l’usine produisait plus de 10 000 iPhone avec le nouvel écran de verre Titan. Évidemment, aucune usine occidentale ne peut faire cela, néanmoins cela pose de nombreuses questions que nous débattrons plus loin.

L’exemple de Foxconn est a cet égard saisissant : 230 000 employés, travaillant 6 jours par semaine et 12 heures par jour et gagnant moins de 17 $ par jour et vivant sur place. 300 gardiens sont employés par l’entreprise pour orienter l’incroyable flux d’ouvriers le matin, la cantine prépare une moyenne de 3 tonnes de porc et 13 tonnes de riz chaque jour. Foxconn a une douzaine d’usines en Asie et Europe de l’Est, au Mexique et au Brésil, elle assemble environ 40 % des produits électroniques mondiaux pour des clients comme Amazon, Dell, Hewlett-Packard, Motorola, Nintendo, Nokia, Samsung, Sony… Foxconn a la capacité d’embaucher 3000 personnes en une nuit et de les loger sur le site de l’usine, l’occident ne peut rivaliser dans ces conditions… De même pour les ingénieurs, embaucher 8700 ingénieurs industriels peut se faire en 15 jours en Chine et prendrait 9 mois aux États-Unis. Pourquoi ? La fuite des usines a provoqué une raréfaction du personnel compétent, la souplesse du droit du travail chinois aide également à cette rapidité.

Le réveil des ouvriers à minuit pour monter les nouveaux écrans iPhone serait, d’après la loi chinoise, illégale. Ce qui est clair c’est que l’entreprise a maintenant une telle taille et un tel pouvoir de négociation, qu’elle peut se permettre des arrangements avec la loi chinoise étant donnée la pression qu’a le gouvernement chinois sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Si Foxconn déménageait de Chine définitivement ce sont des millions d’emplois qui disparaitraient. Là aussi, il y a un dumping, social cette fois.

La situation actuelle est telle que, comme la majorité des produits sont fabriqués en Chine, tout changement dans le design d’un produit se ressoude rapidement, car en chine, tout est à portée de mains (main d’œuvre, ingénieurs, fournisseurs, logistique…), la compétence industrielle est maintenant en Chine, et ce, presque 24h/24 pour une somme dérisoire.

Manque de personnels qualifiés pour soutenir l’innovation

Selon Apple, l’amharique ne produit plus assez de personnes qualifiées (et a même arrêté d’en produire) pour satisfaire les besoins de l’entreprise. C’est un des points évoqués durant le repas avec le président Obama. Booster la formation des ingénieurs, mais de nombreux entrepreneurs avait également demandé que soit réformé le système de visas américains afin d’aider les entreprises à embaucher des ingénieurs étrangers…

Cette pénurie d’ingénieurs est surement vraie. Pourtant, en délocalisant massivement en 2004, Apple, comme d’autres dans le monde, ont stoppé la demande en personnel qualifié pour l’industrie. Les universités se sont adaptées vers d’autres domaines si bien que la pénurie d’aujourd’hui découle de ces décisions de délocalisations. Le problème de cette attitude est que le premier qui délocalise force « pratiquement » (d’autres solutions existent, mais sont plus risquées et complexes à mettre en œuvre) ses compétiteurs à faire de même. Tim Cook chez Apple n’a pas eu plus d’imagination, il a suivi le mouvement. C’est pour les mêmes raisons qu’un Apple leadeur n’est pas une bonne nouvelle, ses compétiteurs ne pourrons qu’aller toujours plus loin dans le low-cost pour survivre.

La transformation de l’économie induite par la sous-traitance massive à l’étranger à des conséquences concrètes sur les Américains. Ainsi, l’article du New York Time détaille le cas de Éric Saragoza, embauché en 1995 dans l’usine de Elk Grove (Californie), il fut impressionné par les 1500 ouvriers qui y travaillaient et l’automatisation poussée de l’usine. L’ingénieur Saragoza s’est spécialisé dans l’optimisation de l’efficacité de l’usine, il augmenta fortement ses responsabilités et son salaire grimpa à 50 000 dollars : il eut une femme, trois enfants ainsi qu’une maison avec piscine. Mais plusieurs années plus tard, l’usine californienne n’était plus compétitive par rapport aux usines low-cost : la main-d’œuvre US coutait 27 % de plus qu’en Asie. Des tâches routinières furent délocalisées ainsi que l’inventaire et l’automatisation augmentée, des tâches de diagnostic furent envoyées à Singapour. Un jour M. Saragoza a été licencié, son niveau de BAC+4 ne suffisait plus aux yeux de son employeur et son salaire était jugé comme trop cher. Il est retourné étudier la technologie, mais lorsque ses études furent finies l’usine californienne avait principalement été transformée en centre d’appel AppleCare (les employés touchaient 12 dollars l’heure en moyenne) : ses nouvelles compétences ne servaient à rien dans ce domaine. Il a cherché ailleurs dans la Silicon Valley, mais sans succès, car les postes étaient, de fait, réservés aux trentenaires sans enfants et lui avait 48 ans, était marié avec enfants. Il fut finalement embauché par une agence d’intérim qui l’envoya chez Apple (!) afin de vérifier les retours d’iPhone et iPad. Son nouveau travail consiste à nettoyer les écrans d’iPhone et à tester que la sortie audio marche correctement, et ce, pour 10 dollars de l’heure…

Après deux mois de ce régime, M. Saragoza a démissionné espérant plus rentable à long terme de consacrer la totalité de son temps à rechercher un emploi plus en rapport avec ses études.

Exemple parallèle : Lina Lin est chef de projet en Chine (Shenzhen), elle travaille pour une entreprise chinoise qui a un contrat avec Apple pour coordonner la production d’accessoires iPad et iPhone. Elle parle couramment l’anglais. Elle gagne un peu moins que ce que gagnait M. Saragoza à l’époque où il travaillait chez Apple, elle et son mari arrive à investir à la banque un quart de leur salaire. Elle et son mari vivent dans un appartement de 329 m2 qu’ils partagent avec leur fils et (comme souvent en Chine) avec ses beaux-parents. Elle gagne bien sa vie, car à Shenzhen depuis des années le marché de l’emploi est très tendu, surtout si l’on est éduqué et que l’on parle anglais.

Le sens civique des entreprises n’existe plus

Autre facteur : « autrefois les entreprises se sentaient responsable de l’emploi américain, même lorsque ce n’était pas la solution la plus rentable, de nos jours cela a disparu. Les bénéfices ont pris le pas sur la générosité » déclare Betsy Stevenson, l'économiste en chef au département du Travail américain. En général, les entreprises font valoir que pour prospérer, elles ont besoin de se déplacer de travail où il peut générer suffisamment de profits pour continuer à payer pour l'innovation, cet argument est bien connu : sacrifions nos ouvriers pour maintenir l’emploi cadre et ingénieurs, faire autrement impliquerait plus de pertes d’emploi au total. Nous savons on cela nous a menés.

Mais, pour les dirigeants d’Apple, c'est une erreur de mesurer la contribution d'une entreprise simplement en comptabilisant ses employés, ils notent pourtant qu’Apple emploie plus de travailleurs aux États-Unis que jamais auparavant... Le succès d'Apple a profité à l'économie en permettant aux entrepreneurs et créer des emplois chez des opérateurs téléphoniques et des entreprises de logistique. Apple a créé un « data center » de 500 millions de dollars en Caroline du Nord (100 employés) et maintiens ses Call centers en amharique. Certains semi-conducteurs de l’iPhone 4 sont fabriqués à Austin par Samsung (2400 personnes). Le verre « titan » de l’iPhone est fabriqué par une usine de Corning située dans le Kentucky. Apple estime que ce contrat a permis à Corning d’augmenter ses ventes de 700 millions de dollars et de créer 1000 emplois américains pour supporter les marchés émergents. Pourtant, la croissance de Corning vient principalement de la demande Asiatique, ainsi l’entreprise à créée une usine au japon et une autre à Taïwan afin de se rapprocher de ses clients. Certains pensent que plus de 10 000 emplois américains ont été créés indirectement, par exemple chez FedEx et UPS afin de faire face aux nombreuses livraisons de produits Apple. Difficile à vérifier d’autant qu’Apple refuse de confirmer ces chiffres. Comment croire que si d’autres entreprises vendaient des téléphones à la place des iPhone ces livraisons n’existeraient plus ? Apple dit que de nombreux emplois ont été créés dans les boutiques Apple et chez ceux qui font des applications iPhone. Difficile à évaluer également, d’autant que beaucoup d’applications ne sont pas américaines et que certaines ne produisent pas un revenu suffisant pour en faire un travail à plein temps…

Pour Apple le problème du chômage n’est pas le leur, mais de faire le meilleur produit possible. Cette dernière idée est bien celle qui a guidé Steve Jobs toute sa vie et fait sa fortune. Le secteur informatique manquait cruellement de produit simple, puissant et convivial à la fois, Apple a comblé ce manque. Pourtant, certains dénoncent le fait que la position dominante d’Apple bénéficie plus à l’entreprise qu’à ses employés et à l’emploi américain : doubler les ventes de l’iPhone ne doublera pas les cadres et ingénieurs américains, mais doublera presque les ouvriers en Asie.

D’autres ont compris la puissance du filon (un peu tard, certes) et se lanceront également dans la bataille. Autre point historique : deux ans avant le projet iPhone, un projet « Purple 2 » est lancé : il s’agit de définir les caractéristiques du téléphone de demain, d’un téléphone révolutionnaire qui serait vendu par Apple. Ce que souligne Apple est que la majorité des idées retenues proviennent de l’étranger. Pourquoi ? Simplement parce que l’on ne fabrique plus rien en amharique et que l’innovation a suivi : 90 % des composants électroniques de l’iPhone sont fabriqués en dehors des états unis : la mémoire vient de Corée et du Japon, l’écran de Corée et Taïwan, le chipset vient d’Europe et les semi-conducteurs d’Allemagne et de Taïwan, les terres rares viennent de mines Chinoises et d’Afrique (dans des conditions d’extraction discutable d’ailleurs)…

Pourtant, les produits Apple ont longtemps été fabriqués en Amérique. C’est en 2004 sous l’impulsion de Timothy D. Cook, actuellement PDG d’Apple. Son idée ? Suivre la tendance alors que la plupart des autres sociétés d'électronique américaines étaient déjà parties à l'étranger, ainsi que le fait qu’Apple avait quelques difficultés financières.

Des spécialistes ont tenté de savoir combien couteraient un iPhone fabriqué aux US. Ils se sont arrêtés sur un surcout de 65 dollars soit 50 euros (10 % du prix de vente).

Apple profite à certains de ses employés

La situation a profité aux employés d’Apple (de ceux qui restent en tout cas) : en 2011, les employés et directeurs d’Apple ont reçu, en plus de leurs salaires, des stock options à hauteur de 2 milliards de dollars et ils ont exercé ces options pour une valeur de plus de 1,4 milliard de dollars. Reste à savoir si la majorité de ces sommes n’est pas exclusivement destinée à quelques « stars » locales et aux directeurs. Ainsi, on estime que la plus grosse récompense a été donnée à Tim Cook : la valeur de ses actions chez Apple est de 427 millions de dollars ! Son salaire est de 1,4 million de dollars et en 2010 il a reçu une compensation de 59 millions de dollars !

Apple profite à ses actionnaires

L’insolente santé d’Apple a bénéficié aux actionnaires d’une certaine manière : L’augmentation de la valeur des actions est une belle opération pour eux. En revanche, Tim Cook refuse toujours de verser des dividendes aux actionnaires d’Apple, et ce, depuis 1995 !

Épilogue

Apple est devenu un monstre puissant et incontrôlable. Le but de Steve Job de créer une entreprise qui offre des produits « cools », innovants, beaux et simples d’emploi. Il voulait rendre le contrôle de l’informatique aux utilisateurs. C’est ce qui a animé toute sa vie. Comme un simple rêve d’enfant. Nous pouvons même dire qu’il y a laissé une partie de sa vie et de sa santé. Pourtant, il a commis une erreur. En ne se focalisant que sur le « cool », il a oublié l’humain et créé un monstre devenu incontrôlable. Son successeur, Tim Cook, a participé personnellement à cette évolution regrettable. Il regarde aujourd’hui la montagne d’argent sur laquelle son entreprise est assise et semble se demander ce qu’il pourrait en faire. Lui aussi a perdu le contrôle. Bien sûr, Apple n’est pas uniquement responsable de la situation actuelle. Loin de là. Mais ce que l’on peut dire c’est qu’elle a participé fortement à son établissement. Bill Gates a connu également cela. Il semblait envier ce dernier parce qu’il était resté dans la technique et parce qu’il faisait des produits vraiment “cools”. Pourtant, il a choisi, même si ses Fondations humanitaires ne sont pas parfaites, il a choisi. Tim Cook a maintenant tous les choix possibles. Avec la domination d’Apple du marché de la téléphonie et des tablettes tactiles et son incroyable trésor de guerre, il a le choix de continuer à faire des produits cools et faire grandir la montagne d’argent au détriment des emplois américains et des conditions de travails d’ouvriers chinois, ou de trouver une voie plus ambitieuse.

Comme le dit Jared Bernstein, qui fut économiste en chef et conseiller en politique économique du vice-président Joseph Biden dans l'administration Obama, à propos d’Apple : « Si c'est le summum du capitalisme, nous devrions être inquiets. »


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