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samedi 6 novembre 2010

Réforme des retraites : rien n'est joué… en Allemagne

A lire dans MyEurop.info:

Contrairement à l’idée entretenue en France, le relèvement de l’âge légal du départ à la retraite de 65 à 67 ans est loin d’être acquis en Allemagne. Le chemin est très long pour y parvenir et il est conditionné par l’amélioration de l’emploi des seniors. De plus, les syndicats s’y opposent.

Ingérables, ces Français qui combattent la retraite à 62 ans alors que les Allemands sont passés à 67 ans sans broncher ? L’argument a été cent fois répété ces derniers mois par les dirigeants français. Or, il est très largement inexact.

On oublie tout d’abord de préciser que cet allongement n’a pas encore commencé et que sa mise en place doit faire l’objet d’une évaluation régulière. En théorie, la première phase du relèvement de l’âge de départ en retraite devrait débuter en 2012, de façon très progressive, puisque le report d’âge se fera, dans une première phase, à raison d’un mois par an jusqu’en 2024. Autrement dit, l’âge légal de départ à la retraite sera en 2012 de 65 ans et un mois, en 2013, de 65 ans et deux mois, etc…

On parviendra ainsi en 2024 à un âge légal de la retraite de 66 ans. Par la suite, le rythme s’accélérera, passant à deux mois supplémentaires par an. Ce sont donc les Allemands nés en 1964 qui devront attendre l’accomplissement de leurs 67 ans pour partir à la retraite. Autrement dit, les 67 ans, c’est pour 2031. Vingt-cinq ans après le vote de la loi.

Augmenter l’emploi avant de repousser la retraite

Mais même ce schéma reste théorique. Car la loi a mis une condition à cette lente évolution: l’amélioration de l’emploi des salariés âgés de plus de 55 ans. Une commission indépendante devra réaliser régulièrement des rapports d’étapes sur cette situation et le gouvernement pourra repousser l’allongement de l’âge de départ à la retraite s’il considère que les plus âgés ne peuvent pas trouver facilement un emploi.

Le premier rapport de ce type est attendu à la mi-novembre et devrait déterminer le lancement ou non de la réforme en 2012. L’idée est d’augmenter d’abord l’emploi des seniors avant de relever l’âge de départ en retraite afin d’assurer l’efficacité de la réforme.

Aujourd’hui, les deux partis de la coalition gouvernementale, conservateurs de la CDU et libéraux du FDP, n’entendent pas remettre en cause le lancement de la réforme en 2012. Mais les critiques se font de plus en plus vives concernant cette date de départ.

Les sociaux-démocrates du SPD, pourtant à l’origine de cette réforme au temps de la grande coalition, estiment aujourd’hui que les conditions ne sont pas remplies pour un démarrage dans deux ans. Il est vrai que le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 21,5 %. Ils réclament donc un report à 2014 ou 2015 de la décision de commencer le relèvement de l’âge de la retraite.

Les syndicats réclament un referendum

Plus radicaux malgré leur réputation en France, les syndicats refusent toujours la retraite à 67 ans. Un responsable d’IG Metall a même demandé la mise en place d’un referendum – constitutionnellement impossible – sur le sujet. Les syndicats critiquent par ailleurs les critères utilisés pour décider de l’application de la réforme.

Le chemin est donc encore long avant la mise en place de la retraite à 67 ans. Nul ne peut exclure qu’Angela Merkel, aux abois dans les sondages, ou l’opposition de gauche revenue au pouvoir après 2013, ne décident d’une pause dans la réforme. D’autant que le chômage structurel baisse rapidement et devrait améliorer les comptes de l’assurance-vieillesse.

Un pays moins peuplé que la France en 2060

S’il peut être freiné, le mouvement semble toutefois difficilement réversible : non pas pour des raisons de financement, mais pour des raisons démographiques. A cet égard, la comparaison avec la France est risquée car la situation démographique de l’Allemagne est bien autrement préoccupante : sa population pourrait reculer de 17 millions d’habitants, selon Destatis, l’Insee locale, d’ici à 2060, alors que celle de la France augmenterait dans le même temps de plusieurs millions.

Dans une dizaine d’année, le pays risque de devoir faire face à une pénurie de main d‘œuvre, surtout qualifiée. Il faudra alors ajuster l’âge de la retraite moins pour financer les pensions que pour faire tourner l’ "usine Allemagne".

jeudi 4 novembre 2010

USA : Une vision de notre futur

La situation des États unis est très instructive de ce qui va nous arriver assez rapidement. Les États-Unis sont passés de l’état de superpuissance qui domine le monde à pratiquement l’état d’un pays du tiers-monde. Du moins pour la majorité des Américains, car, ce pays demeure encore le pays qui possède le plus de milliardaires. La France n’est d’ailleurs pas mal placée sur ce point non plus. En revanche pour tous les autres, c’est l’hécatombe.

Le massacre des classes moyennes.

Le pays au cours des 20 dernières années a massacré ses classes moyennes. Créant, après la crise de 2008 qui a fortement accéléré le processus, un pays bipolaire : les riches d’un côté et les pauvres de l’autre. Actuellement aux USA, la peur de perdre son travail est plus grande que tout. Cela pousse à l’individualisme alors qu’il faudrait s’unir. Si Georges Bush avait réussi à faire peur à ses concitoyens par le biais du terrorisme, le gouvernement Obama, lui, a fait plus fort : la peur du chômage. Pourtant, le président américain avait été élu sur un discours rassurant, mais ce n’était qu’un discours. Il a partiellement échoué. Le « socialisme » dont l’accusait ses adversaires et qui l’a fait gagné n’a pas eu lieu.

Ce n’est pas forcement la faute d’Obama bien sûr, mais disons qu’il n’a pas fait grand-chose pour limiter la tendance. Son projet de réforme de la Santé était nécessaire, mais il était jugé d’une gravité moindre que les problèmes d’emploi par les Américains. Ce fut un combat juste, mais anachronique. Il aurait fallu faire cette réforme 20 ans avant.

Le mythe de la flexibilité et du self-made-man versus la réalité du chômage

Le résultat est là : l’Amérique, si sure d’elle et du dynamisme de son marché du travail, découvre après la crise que cela fait presque vingt ans que ce n’est plus le cas. Mais ce qui est triste c’est que cette peur basique et fondamentale ne peut maintenant que s’accélérer. La peur contraint les Américains à accepter toutes les missions même idiotes ou ingrates sous peur de perdre leur emploi. Quant aux chômeurs ils acceptent toujours moins pour un même travail. Cela pousse le marché du travail vers la précarité, les salaires faibles, le temps partiel et modulable et aucune couverture sociale. Le temps de transport entre les différents temps partiels devient considérable. L’Américain moyen qui travaille n’a plus de temps libre. C’est très pratique : il n’a plus le temps de penser, de lire, de protester même. Il n’a même plus le temps de s’occuper de sa famille. Impossible pour un employé de se projeter dans l’avenir, de faire des projets professionnels. La baisse de qualité des emplois aux USA est le signe annonciateur d’une précarité généralisée et d’une insécurité galopante. Les riches ont déjà trouvé la parade : ils vivent dans des « parcs » de luxe dont l’entrée est réglementée et la sécurité renforcée. Cela coûte certes, mais lorsqu’on est beaucoup plus riche qu’avant ce n’est pas du tout un problème.

Il faut se rendre à l’évidence : les licenciements continueront, car les employés actuels seront toujours plus chers que ceux qui frappent à la porte et les salaires vont chuter jusqu’à ceux de la Chine d’avant leur révolution économique. La flexibilité vantée par de nombreux hommes politiques européens et français n’était plus qu’un mythe depuis plus de vingt ans ! L’ascenseur social est en panne et l’autre mythe du self-made-man (l’homme qui ne part de rien pour arriver à tout) est tout aussi obsolète.

Un retour en arrière n’est pas possible

Autre point, les entreprises américaines ont délocalisé fortement et personne ne les en a dissuadées. Pire, aujourd’hui la situation aux USA est pire qu’en France. La part de l’industrie représente 19,7 % du PIB aux USA tandis qu’en France nous en sommes à 24,3 % (Allemagne : 31 %) ! Or, nous savons aujourd’hui que les délocalisations ne peuvent être relocalisées avec le même taux d’emploi. Ce qui veut dire que ce qui est perdu est définitivement perdu. La désindustrialisation est donc comme une sorte de pillage du pays, rendue possible par la mondialisation. Terrible aussi, ceux qui se croyaient à l’abri, le sont peut-être moins que les autres : il est facile (je n’ai pas dit rentable !) de délocaliser un bureau de recherche et développement en Inde ou en Chine, mais le plombier, lui sera toujours localisé dans une région proche de son intervention. Ainsi aux USA, de nombreux cols blancs se réveillent avec une gueule de bois : s’ils se moquaient du sort des ouvriers il y a dix ans, car, eux, semblaient protégés, ils s’aperçoivent maintenant (c’était pourtant prévisible) qu’ils ne sont pas mieux protégés !

Dégradation de la qualité du travail

Tous les Américains en conviennent, les classes moyennes américaines doivent s’habituer à un train de vie plus modeste. Le rêve de tout parent de voir ses enfants vivre mieux qu’ils n’ont vécu est définitivement rompu. En même temps ceux qui ont gardé leur emploi doivent faire face à la dégradation hallucinante de la qualité du travail : maintenant, un pilote de ligne doit cumuler son emploi avec d’autres petits boulots, car sinon il n’arrive pas a vivre. Regardez l’enseignement aux état-unis : cher et inefficace car les professeurs sont devenu de simples vacataires. C’est bien connu : si la qualité du travail diminue, la précarité augmente. L’intérêt du travail diminue, le morcèlement des tâches et leur codification à travers des processus standardisés permet la reproductibilité, mais au coût d’un abêtissement général. Si cette tendance a commencé avec les ouvriers et Taylor, elle continue avec les petits cadres et les ingénieurs. Ainsi, peu à peu toute la main d’œuvre est considérée de la même manière : ce sont des tâcherons.

Nostalgie ou rage ?

Comme en Angleterre (mais pour d’autres raisons), les syndicats ont capitulé et personne n’a plus le courage de se battre pour ses droits. La situation n’est donc pas prête de s’améliorer. Si la nostalgie l’emporte souvent, elle peut finir par basculer vers de la rage… Les gouvernements américains successifs le savaient bien et ont investi massivement depuis des années dans des armes de « Crowd control » : armes pour contrôler la foule en cas d’émeutes (arme à micro-onde, à flash thermique, à laser éblouissants…).

La responsabilité d’Obama ? Il n’a pas assez lutté contre la désindustrialisation et s’il n’a pas mis à genoux Wall Street comme il le proclamait, il a au contraire bien soutenu financièrement le secteur à coup de milliards de dollars, pendant que les Américains étaient mis au chômage massivement. Il n’a, par exemple, pas du tout défendu les PME américaines seules porteuses d’emploi. Toutes les grandes entreprises ne peuvent que faire décroitre leurs effectifs sur le sol américain.

USA : une vision de notre futur

Lorsque l’on regarde la situation de ce pays nous ne pouvons pas ne pas croire que ce sera bientôt la nôtre, nous suivons discrètement le même chemin. Nous pouvons nous demander si ce nouvel équilibre est un pur fait du hasard ou une stratégie sciemment menée par ceux qui en ont profité ? Évidemment, il n’est pas question de parler de complot, mais tout simplement d’actions menées par des personnes qui y voyaient leurs intérêts personnels. Pour comprendre qui décide, regardez à qui profite le crime. Les classes moyennes ne sont pas devenues pauvres par magie. Il n’y a aucune fatalité ici. L’ouverture peu réciproque des frontières, la restriction des prérogatives de l’état, les privatisations, l’avantage donné aux grandes entreprises par rapport aux PME, le manque de soutien des PME, le morcellement du travail, les attaques répétées sur l’état providence (le « faux » droit au chômage ou à la santé comme disent les ultralibéraux), la raréfaction du travail et sa dégradation, les liens forts entre la politique et la finance : tout cela ne tiens en rien du hasard. Un système s’est mis en place avec ses dogmes, ses vérités « prêtent à porter », ses évidences à deux sous, ses formateurs (oui ils pensent qu’il faut former le peuple), ses médias officiels. Ouvrez une radio financière, ouvrez bien vos oreilles et vous comprendrez ce dont il est question ici. Les libéraux ne nous ont pas manipulés par intérêt financier (pas toujours, du moins), mais surtout par soif du pouvoir. Ils ont dans l’idée que les puissants qu’ils sont, savent mieux que tout le monde ce qui est bon pour le peuple, l’humanité et la planète, il faut donc que nous nous pliions à leur volonté. Il y a bien sûr du mépris dans cette façon de voir le monde, mais pour être honnête, elle est assez imparable tant que nous laisserons faire.

mercredi 3 novembre 2010

Retraites, les planqués du système

A lire sur Backchich:

Alors que certains luttent pour ne pas partir à 62 ou 67 ans, d’autres, discrètement planqués, s’appliquent à conserver leurs généreux acquis. Revue de troupes.

Le précoce repos des guerriers

En moyenne, les militaires prennent leur retraite à 43,8 ans. Soit 51,3 pour les officiers, 45,8 pour les sous-officiers et 32,2 pour les bidasses. Alors que les fonctionnaires de l’État quittent leur poste à 58,8 ans après 33,6 années de cotisation. Ainsi, après vingt-six années de service, un militaire touche une pension équivalente à celle d’un fonctionnaire civil ayant bossé pendant trente-trois ans. La Cour des comptes a constaté que nos frères d’armes touchaient 72 % de leurs six derniers mois de salaire.

Là où la bande molletière blesse, c’est que 63 % des militaires quittent l’armée avant de satisfaire les conditions du droit à la retraite. Ces « déserteurs » sont alors reclassés dans le régime des fonctionnaires non titulaires. Sachons enfin, cerise sur le calot, que, dès qu’un soldat voyage hors des frontières, qu’il tire un coup de fusil, monte en avion, en hélico ou plonge en sous-marin, c’est-à-dire fait son boulot, il rabiote du temps de retraite avec, quoi qu’il arrive, un bonus : le cinquième du temps de service offert ! Total : 8,6 milliards d’euros pour 565 465 pensionnés militaires, contre moins de 6 milliards pour 1 695 256 civils… Nos bidasses sont comme Bazaine, des as de la retraite. - J.-M.B.

Les cumulards du CAC 40

Pour leurs vieux jours, des patrons du CAC 40 ont découvert, en lisant la loi, une délicieuse oasis : le cumul emploi-retraite. Depuis 2009, le dispositif permet de faire couler à haute pression les deux robinets : toucher une pension complète et un salaire sans plafonnement. Double jackpot à la clé ! Conséquence : un tiers d’entre eux y ont recours, contre à peine 2 % sur l’ensemble des retraités. Parmi les gros bonnets, de jolis noms. L’ex-PDG de L’Oréal Lindsay Owen-Jones, qui, en plus de ses 3,4 millions d’euros de pension de retraite annuelle s’est vu accorder un petit cadeau de 2 millions d’euros en 2009 en tant que coprésident du conseil d’administration. Du haut de ses 72 printemps, Henri Lachmann, ancien patron de Schneider Electric, est un cumulard survitaminé : une retraite à 548 000 euros, selon le journal l’Expansion, un poste au conseil de surveillance de la boîte à 560 000 euros et à celui de Vivendi pour plus de 150 000 euros. Assis à ses côtés, le bon Jean- René Fourtou, a, lui, doublé la mise : 1 million pour ses années passées à Aventis et un autre pour les services qu’il rend aujourd’hui à Vivendi. Sans oublier la vitrine médiatique, Henri Proglio, PDG d’EDF et retraité de Veolia, pour une somme rondelette de 1,5 million d’euros au total. Autant de cas qui confirment une spécificité française révélée dans une étude américaine de Heidrick & Struggles l’année dernière. Celle d’avoir le plus d’anciens grands patrons devenus présidents non exécutifs à l’échelle européenne. Comme on lit dans les manifs, « pour la France d’en haut des couilles en or, pour la France d’en bas des nouilles encore » ! - L.C.

Les cheminots, seigneurs du rail…

Comme en 1995, où les cheminots avaient conduit une grève mémorable de trois semaines fragilisant le régime chiraquien, beaucoup attendaient que les troupes du rail embrayent avec une grève reconductible et jouent, contre la réforme, les « locomotives », selon l’expression de Didier Le Reste, l’homme du chemin de fer à la CGT. Et pour cause : eux aussi sont dans le collimateur, puisque, au-delà de 2017, le texte défendu par Woerth pourrait aligner totalement les cheminots sur le régime général.

En décembre 1995, les seigneurs du rail avaient gagné la sympathie de l’opinion, qui applaudissait à la défense d’une SNCF surendettée que le gouvernement Juppé voulait mettre au régime sec. Les cheminots, un brin roublards, avaient aussi réussi à faire enterrer la réforme de leur système de retraite concoctée par le même gouvernement Juppé. Un régime spécial hérité des temps difficiles des machines à vapeur et des escarbilles. Ce système assure aux cheminots un départ à la retraite d’office à 55 ans, ramené à 50 ans pour les conducteurs, le tout avec une pension calculée sur les dernières périodes de travail. Un statut pépère, d’autant que les métiers pénibles ne sont pas les plus nombreux à la SNCF. Devant des gouvernements marqués par 1995, la digue cheminote a tenu treize ans, jusqu’en 2008. Il y a deux ans, est entrée en vigueur une réforme des régimes spéciaux (gaziers, électriciens, agents SNCF et RATP) élaborée par François Fillon. Avec 160 000 employés actifs à la SNCF pour environ 300 000 retraités ou veuves, ce régime que l’État doit équilibrer finit par coûter très cher. Objectif : réduire d’ici à 2017 l’écart de l’âge de départ en retraite des agents SNCF par rapport à celui des voyageurs qu’ils trimballent dans leurs trains. Les cheminots devront attendre d’avoir 57 ans pour partir, au lieu de 55 ans, mais à condition d’avoir cotisé quarante-et-un ans.

Quoi qu’il en soit, les cheminots ne s’en tirent déjà pas si mal. La réforme 2008 coûte à la SNCF « chaque année 128 millions d’euros en mesures d’accompagnement », comme l’a détaillé le DRH de l’entreprise, François Nogué, devant la presse. Explication de ce terme pudique : pour que les cheminots poursuivent leur carrière au-delà de 55 ans, il a fallu créer, par exemple, de nouveaux échelons dans la grille salariale. Avec des augmentations générales supérieures à celle des prix (+ 3,6 % en 2010), les seniors finissent par peser lourd dans la masse salariale de la boîte. Et comme la SNCF a déjà du mal à faire des économies, ce surcoût, il faut bien le répercuter quelque part. Am, stram, gram… le client sera-t-il touché ? Vu que le prix des billets de train augmente plus que l’inflation, il y a de quoi s’interroger. - E.B.

Un lecteur de Bakchich défend la solidarité

Alors quoi, que les cheminots partent à 50 ans même si les locomotives à vapeur n’existent plus ? Tant mieux pour eux, car en partant tôt, des jeunes prendront leur place tôt. (…) S’attaquer aux cheminots est une énorme sottise qui pointe "nos amis". Pour qu’un train roule, il y a des milliers de gens au service de la collectivité 24 heures sur 24. Qui aimerait faire les 3 huit ? Ces 170000 salariés sont encore le dernier bastion de la conscience ouvrière de cette république de pacotille. Ils se sont battus pour garder ce régime qui leur permet de partir encore début et pas cassés, comme tel est le cas hélas pour beaucoup d’autres. Ou est le mal ?

Si le plus grand nombre des esclaves salariés morflent comme des larbins tout en pleurnichant sur leurs minables vies, ils n’ont qu’à se ressembler ! Imaginons des centaines de milliers d’ouvriers du bâtiment ressemblés dans une convention collective protectrice. Il n’y aurait plus d’accidents du travail et ils partiraient aussi à 50 ans voir plutôt et en bonne santé. Voici un sujet pour un article concernant un vrai "régime spéciale" qui est celui des professeurs des universités : pour une centaine d’heures de cours par an en plus des heures de recherche selon leur dévouement et ardeur à la tâche ils touchent 4000 euros mensuels au bout de 25 ans. Cette élite passe leur vie à cumuler sans faire les trois huit comme les machinistes Paris Ventimiglia, ni les réparateurs de caténaires et tous ceux triment dur pour que les trains ne déraillent pas. Et si la conduite des locomotives est moins pénible je vous dis que tant mieux pour eux.

Vous n’avez pas remarqué que parmi certains experts du bla bla qui apparaissent dans les médias, il y a ceux qui inventent des concepts, des expressions, des théories et formes de penser destinées à polluer les cerveaux encore bons ? Beaucoup de ces individus, si nécessaires à la domestication des esprits enseignent dans des multiples endroits, écrivent des bouquins et des articles, font des expertises, font de la politique et j’en passe. Ils ont la possibilité de cumuls car d’une manière ou une autre ils peuvent être les fers de lance de l’aliénation collective. Voilà pourquoi un tel "régime spéciale" des professeurs d’élite même si dedans il y a des gens très bien qui font avancer les connaissances humaines dans toutes ces variantes. Votre article suggère que les travailleurs du rail seraient des privilégiés, alors qu’ils sont un bel exemple d’association collective permettant le développement des conditions de travail et retraite dignes.

Votre article oublie que eux aussi on veut les privatiser au nom de la concurrence et managements sauvages. Le travail actuel est un dogme né à l’époque de la renaissance cupide de conquête planétaire. Des esprits habiles et avides de pouvoir ont forgèrent un modèle basé dans l’obsession pour le travail cadré dans la criminelle action d’exploitation et utilisation d’autrui. Eh bien, cette aliénation est une hécatombe de masses qui tue chaque année des dizaines des milliers de travailleurs de part le monde ; qui provoque autant des mutilés et des infirmes ; qui à feu lent anéantie la vie d’autres millions leur creusant une tombe d’ennui et de désespoir tout le long de l’existence.

Avec cette reforme des retraites les oppresseurs enfoncent le clou supprimant une toute petite période d’espoir à avoir une fin de vie un peu chouette et de surcroit la plus longue possible, nettement pour les plus modestes. Combien auront joui réellement d’un taux de retraite digne, qui couplé à un allongement de la vie ont pu fuir de l’exploitation à 60 ans tout en ayant un système de sécurité sociale correct ? Ça n’a dure qu’une poignée d’années ! Ces "profiteurs" nés autour de la deuxième grande boucherie mondiale et qui commencèrent à bosser en 1945 se la "coulèrent douce" jusqu’en 1993. Autrement dit, ce n’est rien dans l’échelle du temps ! Voilà pourquoi vive la protection dont bénéficient encore les cheminots et que vive la retraite à 50 ans ! Ou encore mieux : à bas le salariat aliénant qui préconise le travail pour faire n’importe quoi rien que pour le profit de quelqu’un d’autre. Il faut produire l’indispensable dans les domaines de la santé, l’alimentation, le logement, l’éducation, la connaissance, etc. Le tout doit être destiné à forger des gens gaies, sains de esprit, créatifs, partageurs et non violents. Travaillons tous seulement une petite poignée d’heures par jour après avoir produit le vrai nécessaire. Pourquoi ne pas travailler comme les professeurs des universités. Pour ceux qui vous diront que cette d’élite, en dehors des 92 heures de cours par an consacre le reste du temps à la recherche, répondons-les que nous aussi, en dehors des 2 ou trois heures par jour de production des choses utiles et pérennes, rechercherons aussi un sens vrai à nos vies. Vive le droit à la saine paresse ! - Vivito (lecteur -pas cheminot- de Bakchich)

mardi 2 novembre 2010

Foxconn: le fabricant d'iPhone expérimente l'esclavage moderne en Chine

A lire dans Marianne2:

Devenue tristement célèbre suite à la vague de suicides qui a eu lieu dans ses usines, la société Foxconn, qui emploie plus de 900.000 salariés en Chine, a fait l'objet d'un rapport universitaire indépendant qui dénonce « des camps de travail à la culture militarisée ». Une sorte d'esclavage moderne assumé par l'un des employeurs les plus puissants de Chine. Le tout subventionné par l'Occident-consommateur.

« Des camps de travail à la culture militarisée », c’est la conclusion d’une étude réalisée par des chercheurs d’une vingtaine d’universités de Chine, Hong-Kong, et Taïwan sur les conditions de travail à l’intérieur des usines du géant de l’électronique Foxconn. La charge est lourde, elle sonne comme un coup de massue en pays communiste où les stigmates du goulag (les « fameux » laogai chinois qui ont vu défiler des millions de travailleurs) sont toujours vivaces.
Si comparaison n’est pas raison, il n’empêche :  chaque laogai chinois peut accueillir plusieurs dizaines de milliers de prisonniers quand les usines Foxconn alignent 400.000 personnes comme à Shenzhen, lieu de montage des iPhone, dans des conditions décrites, encore une fois, comme proches des « camps de travail». Une expression qui ne doit rien au hasard.
La compagnie taïwanaise qui est le plus grand producteur au monde de composants électroniques, est devenue l'une des entreprises les plus connues en Chine suite aux suicides, coup sur coup, de 13 de ses employés en 2010.
Le rapport recense 6 problèmes majeurs :
1. Bas salaires et durées de travail excessives ;
2. Management militaire : obéissance absolue, système de quotas de production, punitions et harcèlements inhumains ;
3. Manque de prévention et de traitement des maladies professionnelles et des accidents du travail ;
4. Exploitation des étudiants stagiaires ;
5. Sévérité dans la gestion des dortoirs des ouvriers ;
6. Inefficacité des syndicats et des systèmes de doléance.
D’après cette étude, 14,6 % des employés de Foxconn auraient également subi des violences physiques. Le rapport révèle également que les employés du sous-traitant d’Apple effectueraient en moyenne 83,2 heures supplémentaires par mois, soit plus de deux fois le quota autorisé. La société taïwanaise est également soupçonnée d'oublier le paiement d'heures supplémentaires, d'obliger des étudiants stagiaires à travailler au delà des huit heures quotidiennes autorisées par la loi et plus grave encore de falsifier des certificats médicaux pour contraindre les salariés à travailler au contact de substances dangereuses. Foxconn a rejeté «avec force et catégoriquement» ces accusations, assurant qu’il s’était engagé à offrir un «environnement de travail sûr et positif» à ses 920.000 employés en Chine.

Foxconn: le Roi mondial des sous-traitants

Rédacteur en chef du China Labour Bulletin, l’écrivain dissident Cai Chongguo, réfugié en France estime sur le blog de l’association que « la série de suicides chez Foxconn a révélé un fait choquant : l'univers de cette classe sociale ne peut être aisément appréhendé par les autres classes, qu'il s'agisse des fonctionnaires, des intellectuels ou des cols-blancs, sans parler des patrons. Les conditions de dialogue et de compréhension entre les différentes couches sociales sont de plus en plus difficiles. Et cette rupture sociale est terrifiante ».
Célèbre blogueur, Chang Ping estime pour sa part que le modèle de management de Foxconn n’est pas seul en cause et que quelques milliers de yuans (90 euros d’augmentation accordés ) ne suffiront pas à calmer les souffrances sociales des travailleurs pour la simple raison que Foxconn est devenue l’usine low cost modèle, qui fait tourner l’Empire du Milieu, ce qui lui confère un poids symbolique et politique sans équivalent :
« On dit en Chine que Foxconn est seul à pouvoir prétendre au titre de « Roi mondial des sous-traitants ». Ce titre ne fait pas référence au nombre de ses employés, mais plutôt à un environnement social et politique. Grâce aux impôts colossaux qu'il reverse à la collectivité, Foxconn a gagné un poids politique qui dépasse de loin son influence économique. Bien qu'il existe des lois régissant le travail en Chine, Foxconn a eu la liberté de mettre au point un système de management grâce auquel il tire une grosse partie de ses bénéfices en forçant ses employés à faire des heures supplémentaires. Même la police de Shenzen ne peut facilement faire respecter la loi au sein des installations de Foxconn, ce sont en effet des agents de sécurité privés qui y jouent le rôle de la police ».
Et la montée en puissance du géant de l’électro-magnétique n’en est qu’à ses balbutiements.
Le groupe, sous-traitant d’Apple, de Dell, Sony et Hewlett-Packard, continue un impressionnant développement sur le continent. Il a ainsi prévu d’y porter ses effectifs à 1,3 million d’ici à la fin 2011.
Foxconn, un état dans l’état chinois ?

lundi 1 novembre 2010

Retarder l’âge de départ à la retraite, c’est bon pour l’emploi des jeunes ?

A lire dans Alternatives Economiques:

C’est la dernière trouvaille de certains commentateurs, hommes politiques et économistes. Probablement des gens qui ont terriblement envie de conserver le plus longtemps possible leur pouvoir, leurs revenus très élevés, leurs sièges à l’Assemblée, leur influence médiatique, et qui cherchent ce qu’ils pourraient bien raconter aux jeunes pour qu’ils retournent à leurs études, à leur chômage ou à leur galère.

Les jeunes (et beaucoup d’autres) ont pourtant un argument simple et sain : les emplois qui ne sont pas libérés par ceux qui sont contraints (ou, pour une minorité souvent privilégiée, qui revendiquent) de rester plus longtemps ne profitent pas aux autres, jeunes, ou chômeurs, ou les deux. Si j’étais resté cinq ans de plus dans mon emploi universitaire, ce qui était possible, mon poste ne serait pas revenu à un plus jeune, libérant lui-même son poste pour un autre encore plus jeune, sans emploi, qui a été recruté dans l’année. Et, tant que l’emploi est globalement « rationné », cette substitution vaut partout, pas seulement dans la fonction publique.

Les avocats de la prolongation de la vie active ont alors un PREMIER ARGUMENT. Ils disent : c’est plus compliqué que cela à moyen et long terme, parce que l’allongement de la vie active est bon pour la croissance, laquelle crée des emplois POUR TOUS. Tel est, selon l’oracle Attali, le pouvoir magique de la déesse Croissance.

Depuis les réformes successives qui poussent les gens à bosser plus longtemps, avez-vous vu le chômage des jeunes régresser ? Non, il a nettement augmenté (15 % en 1990, 23 % en 2010). Ces réformes ont-elles boosté la croissance et le pouvoir d’achat comme on nous le promettait ? Non, elles ont eu pour principal effet (mais c’était leur objectif inavoué) de réduire les revenus des retraités. La quête éperdue de la croissance est-elle la grande voie de réduction du chômage ? Nos élites l’affirment, mais les faits les démentent. Il serait temps d’admettre que le « logiciel » croissanciste est aussi épuisé qu’il épuise les travailleurs et la nature.

COMPARAISON N’EST PAS RAISON

Mais l’argument « massue » de ceux qui veulent retarder l’âge de départ à la retraite « dans l’intérêt des jeunes » est le suivant : ce sont les pays où le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) est le plus élevé qui ont aussi (en gros) les plus hauts taux d’emploi des jeunes (15-24 ans). Cet argument nous est servi dans Le Monde du 21 octobre par Patrick Artus, économiste en chef de Natixis.

Il est vrai que nombre de pays (pas tous) ont de meilleurs taux d’emploi que nous pour les 15-24 ans et pour les 55-64 ans. Mais on ne peut strictement rien en déduire sur la question posée : est-ce qu’en France le recul de l’âge de la retraite serait favorable à terme à l’emploi des jeunes QUI EN CHERCHENT ? Voici pourquoi.

Première raison : si l’on va chercher les chiffres, la corrélation est peu significative, en tout cas au sein du groupe des 27 pays de l’UE. On peut obtenir ces données sur le site de l’Insee. Voici (ci-dessous) le graphique qui en résulte. Il n’est nul besoin d’être statisticien pour voir que le « nuage de points » est très loin d’être organisé autour d’une » droite de tendance ». On parle dans ce cas de corrélation faible. Certes, dans « Le Monde », Artus évoque une corrélation « pour 33 pays de l’OCDE » et non pour les 27 de l’UE. Mais est-il opportun de remplacer ici, pour les besoins de la cause, les comparaisons au sein de l’Europe par celles qui font intervenir notamment les Etats-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, pays qui relèvent du très inégalitaire modèle anglo-saxon ? Et d’autre part, même si la corrélation est plus significative au sein des pays de l’OCDE, ce qui est probable, cela ne modifie en rien ce qui suit : cette corrélation est fallacieuse. C’est ma principale objection.
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CORRÉLATION FALLACIEUSE

Si corrélation il y a, elle ne peut pas nous servir pour réfléchir à la question posée. En effet, transformer une corrélation (il y a plus d’emplois pour les jeunes dans des pays où plus de vieux sont encore au travail) en causalité (c’est PARCE QUE l’âge de la retraite est plus élevé qu’il y a plus d’emplois pour les jeunes) est ici une énorme erreur de raisonnement.

Qu’est-ce qu’une corrélation fallacieuse ? Voici celle qu’on présente souvent aux étudiants débutants. Les chiffres montrent que, en cas d’incendie, plus il y a de pompiers et de lances, plus les dégâts sont importants. Conclusion (trompeuse) : les dégâts résultent de l’intervention des pompiers. Chacun voit évidemment sur ce cas que le raisonnement est biaisé parce que la principale variable qui explique à la fois l’ampleur des dommages et celle de l’intervention est : la gravité du sinistre ! Pourquoi alors ne pas penser que la meilleure situation de l’emploi GLOBAL dans un pays, liée à un meilleur « mix » de politiques publiques, de partage de l’emploi entre les générations, de structures de production et de stratégies d’acteurs, expliquerait à la fois la meilleure situation d’emploi des 15-24 et des 55-59, sans faire de l’activité des « pompiers » (les vieux et leur retraite) l’explication des « dommages » (le chômage des jeunes) ?

Mais bien d’autres raisons militent pour le rejet sans appel des arguments « comparatistes » de Patrick Artus.

D’abord, ces comparaisons, comme par hasard, oublient de signaler qu’un faible taux d’emploi des jeunes (proportion des 15-24 ans qui occupent un emploi, quel qu’il soit) peut aussi signifier que beaucoup de ces jeunes suivent des études sans avoir besoin de les payer via un petit boulot. Le taux d’emploi des jeunes ne nous dit pas grand-chose sur leur taux de chômage (proportion de chômeurs parmi les ACTIFS DE 15 À 24 ANS) ! C’est ce dernier taux qu’il faut faire baisser, pour les jeunes comme pour les autres.

Certes nous devons faire beaucoup pour réduire le chômage des jeunes, mais, dans nombre de pays où le taux d’emploi des jeunes est élevé, les jeunes qui poursuivent des études sont contraints, plus souvent qu’en France, d’avoir un petit boulot sans lien avec leurs études. C’est le cas d’environ deux tiers des étudiants en Grande-Bretagne et en Allemagne contre un tiers en France ! Cette situation est bonne pour les taux d’emploi, pas pour les jeunes ni pour leurs études.

Ces comparaisons à la va-vite oublient bien d’autres choses qui comptent. Par exemple : 1) les taux d’emploi ne font aucune différence entre les emplois à temps plein et les emplois à temps partiel. Ils favorisent donc les pays (cas extrême : les Pays-Bas) où le temps partiel est le plus répandu. Avec un taux d’emploi en « équivalent temps plein », tous âges confondus, la France est pratiquement au niveau de la moyenne européenne. 2) la durée annuelle moyenne de travail en France est de 1555 heures contre 1432 en Allemagne, soit près de 10 % de plus chez nous. Cela veut dire en gros qu’en 40 ans, un Français travaille autant (en moyenne) que son homologue allemand en 43 ans et demi.

Rien ne tient la route dans ces arguments. Même en restant dans le cadre économique classique « croissanciste », le fait de repousser l’âge de la retraite n’a aucune influence démontrable sur la croissance ni sur le chômage des jeunes. C’est juste une croyance magique qui en arrange plus d’un, mais certainement pas les jeunes, les chômeurs, les femmes au foyer qui souhaiteraient prendre un emploi ou les femmes à temps partiel qui souhaiteraient travailler plus, quand il y a autour de cinq millions de personnes au chômage ou en sous-emploi. C’est encore une variante du « travailler plus », dont on mesure aujourd’hui les résultats mirifiques.

Tenez, voici un autre raisonnement fallacieux. Presque tous les pays ont reculé l’âge de la retraite. Or, partout, la croissance a nettement fléchi en tendance depuis quinze ans ! Devrais-je en déduire une loi : « la croissance se porte mieux quand on part plus tôt à la retraite », vu qu’elle se portait mieux à l’époque où l’on travaillait moins longtemps ? Non, évidemment. Les explications du fléchissement de la croissance (à mon sens inéluctable et qui va se poursuivre) sont ailleurs. Je me suis déjà expliqué sur ce point.

Ainsi, ce qui est vrai à court terme (reculer l’âge de départ est très mauvais pour les jeunes et pour les chômeurs) comme le montre Guillaume Duval a de fortes chances d’être également vrai à long terme, en tout cas tant que le chômage reste élevé et qu’existe un fort « rationnement » des emplois disponibles.

(Je remercie Christiane Marty, Pierre Concialdi et Nicole Gadrey pour leurs remarques sur une version antérieure de ce billet)

samedi 30 octobre 2010

Travaillez, vous êtes filmés !

A lire sur Novethic:

Vidéosurveillance, géolocalisation, biométrie, cybersurveillance… L'arrivée des nouvelles technologies sur le lieu de travail n'est pas sans conséquences sur le quotidien des salariés et sur le respect des libertés individuelles.

Contrôle des sacs du personnel à la sortie des magasins, caméras dans les réserves…Trop, c’est trop ! Jenny Urbina, membre du Comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT) de l’enseigne de parfumerie Sephora ne mâche pas ses mots : « La Direction part du principe que tous les salariés sont des voleurs ! » lance cette élue CGT. Sur le terrain, elle veille aux dérapages. Dans un magasin de la région parisienne, elle a récemment constaté que des vendeurs n’étaient pas au courant de l’installation de huit caméras. Un défaut d’information contraire à ce que prévoit la réglementation. « Tous ces points constituent une atteinte aux libertés individuelles et on n’exclut pas de le dénoncer un jour en justice," dit-elle.

La grogne gagne les entreprises. « Les représentants du personnel  saisissent de plus en plus souvent l’Inspection du Travail et la CNIL car ils prennent conscience de l’impact des systèmes de surveillance sur la vie privée des salariés » constate Maitre Louis Ducellier, avocat en droit social au cabinet D2 avocats. Même si ces dispositifs ont à priori pour vocation la sécurité de l’entreprise, des personnes et des biens, ils peuvent en effet porter atteinte aux libertés individuelles. Pire. « En cas de pratique abusive, ces dispositifs de contrôle s’analysent comme une forme de violence psychologique » explique Bernard Gbézo, directeur de formation de SOLVE, programme de prévention des risques psychosociaux du Bureau International du Travail (BIT), et auteur de « Agressivité et violences au travail » (ESF).

Une tendance à la banalisation

« Pour les employeurs, ces dispositifs de surveillance deviennent un outil de contrôle des salariés, voire de leurs comportements, et plus seulement un outil de sécurisation des biens », confirme Norbert Fort, chef du service des plaintes à la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL). Et les dérives ne viennent  pas que des groupes obnubilés par la performance de leurs collaborateurs. Phénomène nouveau, ces dispositifs se banalisent dans les petites structures (commerces de bouche, officines de pharmacie…). Ils envahissent même l’habitacle des véhicules, des chauffeurs et des commerciaux, en particulier. La Big Brother’s mania apparaît dans les chiffres. En 2009, la CNIL a enregistré 200 plaintes  liées à la vidéosurveillance, dont les deux tiers issues des entreprises. Un «score » déjà atteint au cours des huit premiers mois de 2010. Les motifs de ces plaintes sont multiples : caractère disproportionné du contrôle, absence d’information du personnel ou de consultation du Comité d’Entreprise, défaut de déclaration à la CNIL, plaintes de salariés se sentant constamment espionnés…

Mesure exemplaire : au printemps dernier, la formation contentieuse de la CNIL a même dû ordonner l’interruption en urgence d’un dispositif de vidéosurveillance mis en place dans une société de transport routier. En théorie, ce système était censé « lutter contre les dégradations matérielles et protéger les salariés. » Que nenni ! « Il plaçait le personnel sous surveillance constante, générale et permanente », rapporte-t-on à la CNIL. Plusieurs salariés étaient filmés en continu à leurs postes de travail, par deux caméras situées chacune à une extrémité de leur bureau commun !  La vidéosurveillance n’est pas l’unique source de dérives. L’an dernier, la Commission a enregistré 65 plaintes liées à la géolocalisation des salariés (50 sur les 8 premiers mois de l’année) et 60 pour la cybersurveillance (30 au cours de 2010).
Respecter le cadre légal
« Dès 1996, le Bureau International du Travail a adopté un recueil de directives sur la protection des données personnelles des travailleurs, rappelle Bernard Gbézo. Ce document met en garde les employeurs : les données collectées ne doivent pas être utilisées à des fins de contrôle des salariés, en particulier de leur comportement. » En France, le Code du Travail soumet les employeurs à une démarche bien cadrée, faute de quoi ils s’exposent à des sanctions civiles, voire pénales. Les recommandations de la CNIL sont aussi très claires. « La décision de l’employeur de contrôler les salariés doit être motivée par un intérêt légitime, prépondérant et nécessaire au fonctionnement de l’entreprise, tels que des problèmes de sécurité », rappelle notamment maître Louis Ducellier. C’est pourquoi il a intérêt, au préalable, à analyser in concreto l’objectif et la finalité d’un dispositif de surveillance », prévient-il.  Sans oublier de consulter le CE et d’informer les salariés sur sa décision. Un principe de transparence que cet employeur de la grande distribution semble avoir estimé superflu. Lourde erreur ! Suite à un enregistrement vidéo, il avait pris la décision de licencier pour faute un de ses salariés filmé en flagrant délit de vol. Seulement voilà, le Comité d’entreprise n’avait pas été informé ni consulté avant l’installation du système de vidéosurveillance…Résultat, dans un arrêt du 7 juin 2006*, la Cour de Cassation a tranché : l’enregistrement vidéo ne saurait être une preuve recevable pour établir la faute d’un salarié …

vendredi 29 octobre 2010

Dictature, suite et pas fin !

Nous avions déjà dénoncé la fuite en avant de la France vers un modèle dictatorial, mais hélas l’actualité ne cesse de nous donner raison.

Cette semaine c’est l’histoire d’un quadragénaire qui amusé par un récent lapsus de l'ancienne garde des Sceaux, Rachida Dati, a passé deux jours en garde à vue pour avoir envoyé un mail quelque peu indélicat à l'eurodéputée.

L’histoire : Rachida Dati avait fait un lapsus entre inflation et fellation fin septembre sur le plateau de Canal+. L’histoire avait fait le tour du web car les internautes trouvaient la vidéo amusante. Depuis, les lapsus se sont enchaînés : Hervé Morin qui déclarait que “c’est difficile d’expliquer à des cons” en parlant des français (voulait-il dire concitoyens? ou vraiment con?), Hortefeux qui parle “d’empreintes génitales” (au lien d’empreinte génétiques), Luc Chatel qui dit “le président de la république m’a nommé premier ministre”.

Amusant mais sans plus, tout le monde à le droit de faire un lapsus, encore que les “cons” dont je fais parti sont un peu inquiets… Revenons à notre quadragénaire. Il envoie un email à Rachida Dati pour lui demander une petite “inflation”. L’humour est un peu douteux, voir lourd mais méritait-il la suite des évènements ? Je vous en laisse juge.

La semaine dernière, la Police Judiciaire de Lyon a perquisitionné l’appartement de l’internaute aux aurores sur la plainte de Rachida Dati :  « Son appartement a été perquisitionné, son ordinateur saisi et il a été placé en garde à vue près de 48 heures » indique son avocat. Finalement, il comparaîtra le 3 décembre prochain avec pour motif “outrage à personne chargée d’une fonction publique”. De plus l’homme a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en contact Rachida Dati. Quant au procureur de la République de Valence, Antoine Paganelli, le traitement de cette affaire est normal : "l'outrage est caractérisé dès lors qu'une expression est de nature à rabaisser la considération réservée à une personne publique. En l'espèce, c'est Mme Dati en tant que député européen, qui est visée à travers sa messagerie". Quant à Dati, elle se défend ainsi : « Au vu de leur nombre [NDLR: nombre d’emails] et de l'insistance des propos qu'ils contenaient, je ne pouvais plus considérer sa démarche [NDLR: du quadragénaire] comme une simple plaisanterie. Je me suis sentie menacée. Au delà d'être une élue, je suis une femme et une mère, et j'ai tout simplement eu peur pour ma sécurité et surtout celle de ma fille. »

Cette nouvelle aurait parue dans la presse russe que nous n’aurions pas été étonnés, mais en France ! Mais ce fait est dans la droite lignée de l’action gouvernementale puisque le ton avait été donné avec Nicolas Sarkozy et son “casse-toi pov’con” qui n’est pas condamnable lorsqu’il sort d’une bouche présidentielle mais condamné lorsqu’il est écrit sur une banderole… Quand bien même le mail tomberait sous le coup de la loi, était-il nécessaire de faire subir une garde a vue digne d’un terroriste à un simple internaute dont le seul tord est d’avoir un humour de mauvais goût ? A ce compte-là il est urgent de construire de nombreuse prisons car bon nombre de nos “cons”citoyen (désolé) seraient répréhensibles.

Encore une triste affaire, ou la justice par complaisance se fait l’instrument d’un pouvoir toujours plus violent. Le gouvernement y gagne peut-être, mais certainement pas la France. 

jeudi 28 octobre 2010

Retraite : Parole à la propagande adverse !

Je reçois hier ce mail que je ne peux m’empêcher de publier car il est très représentatif de la propagande que les Français subissent en ce moment. Voici le message intégral et ensuite je vous livre mon analyse :

veuillez trouver ci dessous le modèle de mail que j'envoie aux médias:
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Bonjour,

à Monsieur François CHEREQUE, secrétaire Général de la CFDT

A calculer ma carrière de 1968 à 2008 en tenant compte du passage
de 40 h à 39 h puis à 35 h et des congés payés de 4 à 5 semaines.

J'ai travaillé environ 74500 heures.

Un salarié de 2000 à 2040 travaillera: 47 sem X 35h X 40 ans = 65800 heures.

Une différence de 8700 heures en MOINS soit 5 années d'activités en MOINS.

A moins que vous préfériez revenir à un départ à 60 ans, mais 39h  et 4 semaines de C.P.

Je doute que vous répondiez à ma réflexion, gênante il est vrai, et suis étonné que le gouvernement n'ai pas exploité cette démonstration dans les médias,
je m'y emploie.

Tous mes respects, Monsieur le secrétaire Général.
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Avec tous mes respects, Monsieur J.François KAHN

D’abord concernant la forme : je ne travaille pas pour Monsieur Kahn que ne n’ai même jamais rencontré, mais ce sera avec plaisir s’il le désire un jour.

Sur le fond : l’idée est intéressante et je me demande qui à pu le lui inspirer. A moins que cette idée lui est venue toute seule. Je ne vais pas me lancer dans une longue tirade dont j’ai le secret mais en deux mots, l’idée comporte les erreurs suivantes :

- Le calcul à l’air juste sauf qu’il ne prend en compte que les heures officielles et tout le monde sait que dans les entreprises d’aujourd’hui pour garder sa place ou tout simplement par conscience professionnelle, même à 35h rares sont ceux qui font vraiment 35h mais souvent beaucoup plus… Je connais même des cadres qui font plus de 60h et pourtant ils sont aux 35 heures !

- Les gains de productivité réalisé depuis 1968 sont énormes et la France est un des pays du monde ou elle est la plus grande. 1 heure de travail de 1968 n’est pas égale à une heure de travail de 2010

- Le PIB de la France entre 1968 et maintenant a fortement augmenté. Pourquoi les gains n’iraient qu’aux actionnaires ? Pourquoi ne serviraient-ils pas a payer un peu des retraites ?

- La pénibilité du travail entre 1968 et aujourd’hui est très différente. Par exemple les cadres en 1968 n’avaient pas beaucoup de pression. Aujourd’hui même un tout petit cadre à une forte pression et craque. AVC, burn-out, épuisement, dépression, comment peut-on travailler, lorsqu’on est jeune, avec les conditions de 2010 jusqu’à 62 ans ? Déjà 40 % des personnes qui font valoir leur droit à la retraite ne sont déjà plus en activité ! En effet, le taux d'emploi des 55-64 ans stagne à 39 % en 2010, contre 48 % pour la moyenne de l'Europe…

- La durée de vie qui augmente cache en fait de nombreuses disparités. Pour les ouvriers, par exemple, l’espérance de vie n’a pratiquement pas augmentée alors que pour des gens très riches elle est maximale.

- Nous extrapolons les chiffres pour le financement des retraite en se basant sur le fait que l’espérance de vie ne va jamais cesser d’augmenter. De nombreux médecins pensent pourtant qu’elle ne peut que baisser a cause du stress et surtout des problèmes environnementaux. Nous entendons en ce moment que les Français ne se soignent plus faute de moyens financiers. Ne pensez-vous pas que cela n’aura aucun impact sur leur durée de vie ?

La loi est passé, dont acte. Mais je vais vous dire. Ce que j’entend partout dans les entreprises que je visite, c’est que tout le monde va lever le pied. Finis les semaines infernales de soit disant de 35h. Puisqu’il faut tenir jusqu’à 67 ans, nous avons tous sérieusement intérêt à lever le pied si nous voulons pouvoir la prendre un peu notre retraite. Le MEDEF aura voulu “sa” réforme mais il va tout de même la payer mais autrement. Car les français ne sont pas fous, s’il y a quelque chose dans la vie qui n’a pas de prix c’est bien leur santé. Lorsque la santé est partie, c’est trop tard…

Allons ! Envoyez la donc votre lettre, mais sous un air novateur, elle ne montre qu’un tout petit bout du problème. La réforme des retraites n’est pas un problème purement financier et mathématique, c’est surtout et avant tout un problème de choix de société. Soit nous faisons bénéficier à tous des progrès de la productivité et de la richesse engrangée par la France durant les 30 dernières années, soit certains gardent le tout pour eux. Voila l’enjeu qui s’est décidé…

C’est malin, je ne voulais pas faire cette longue tirade et, trop tard, c’est fait. Il faut dire que, nombreux sont ceux, qui finissent, en toute bonne fois souvent, par croire à la propagande des médias libéraux. Il faut qu’ils se réveillent, ils sont manipulés !

mercredi 27 octobre 2010

Molex, le capitalisme moderne en action

Le groupe américain Molex (30.000 personnes dans le monde) décide le 23 octobre 2008 de fermer son site de production de connecteurs automobiles de Villemur-sur-Tarn, portant à 283 salariés les victimes de cette fermeture. Mais, si la fermeture est douloureuse, la crise peut expliquer cette fermeture.

Suite à cette décision, le 28 novembre 2008 le conseil général assigne en référé Molex et exige la nomination d'un administrateur provisoire pour 3 mois. Décision refusée par le tribunal de commerce de Toulouse le 9 novembre.

Déconcertés, les salariés bloquent leur lieu de travail durant les fêtes de fin d’année 2008 afin d’éviter le déménagement des machines, car ils soupçonnent une délocalisation. La direction de Molex France dément.

Comme le dossier stagne, fin avril 2009, les salariés séquestrent le cogérant de Molex SARL (la filiale française), Marcus Kerriou, et Coline Colboc, deux cadres de l’entreprise. En parallèle, la bataille judiciaire continue et commence à donner des résultats : un report de quatre mois de la fermeture du site.

En mai 2009, le CE de l’entreprise publie un rapport produit par le cabinet d'expertise comptable SYNDEX qui montre que l’usine est rentable économiquement. Ceci donne lieu a la suspension par la justice du plan de restructuration pour défaut d'information et de consultation du CE. Les dirigeants, qui ne l’entendent pas de cette oreille, font appel.

La situation s’envenime en juillet 2009 et les salariés déposent un préavis de grève illimitée. Fin juillet, le gouvernement s’en mêle et il s'engage à négocier avec les dirigeants de Molex afin de trouver une solution de reprise pour l'usine. Mais en août, la situation dégénère et le directeur du développement de Molex est agressé à la sortie de l'usine. Cet évènement provoque la décision de Molex de gérer ce dossier directement des États-Unis. Ceci donne un espoir aux salariés qui stoppent la grève. L’entreprise indiquer travailler avec le gouvernement afin de trouver une solution. Mais la fermeture reste la seule solution proposée par la direction américaine. Puis le 28 août 2009, la direction déclare être en négociations avec une société susceptible de réindustrialiser le site de Villemur-sur-Tarn. Mais l’espoir est de courte durée lorsque début septembre le groupe annonce l’échec des négociations.

Les partenaires sociaux se sentent libres d’assigner Molex en référé pour non-paiement des salaires. L’espoir arrive cette fois du gouvernement qui indique être sur le point de signer un accord avec le fonds d'investissement américain HIG et la direction de Molex pour une reprise partielle du site. Mais l’espoir ne durera pas : l’usine ferme définitivement en octobre 2009.

En avril 2010, la justice donne raison aux salariés et au CE en condamnant à 6 mois de prison avec sursis deux anciens dirigeants pour entrave au bon fonctionnement du CE. Ce qui n’est vraiment pas cher payé si l’on considère le sort de 200 personnes.

Au final, c’est 188 dossiers qui sont déposés aux prud’hommes contre Molex. Ces dossiers provoquent la décision, en octobre 2010, de la liquidation judiciaire de sa filiale française Molex Automotive SARL. C’est un véritable scandale pour les Molex, car c’est cette filiale qui est chargée du paiement des congés de reclassement et du Plan de Sauvegarde de l'Emploi. La liquidation implique donc que le plan social ne sera plus financé ! Le groupe américain se sert de cette décision comme moyen de pression et indique qu’il refuse de revenir sur sa décision si les plaintes déposées aux prud'hommes ne sont pas retirées. La direction de Molex, qui a déjà financé 90% du plan (30 millions d'euros) et redoute de devoir payer plus avec les actions au prud’hommes. L’entreprise pourrait même devoir payer de 100 000 a 200 000 euros par salariés. Le plan social actuel prévoit 5 ans de salaire par employé.

Mais le vrai scandale est là : ce mercredi 27 octobre, le groupe annonce des bénéfices "record" au troisième trimestre qui décide d’augmenter de 14,8 % le dividende versé à ses actionnaires. Avec un chiffre d'affaires de 897,7 millions de dollars, en hausse de 33 % sur un an, et un bénéfice net de 75,1 millions de dollars, le groupe américain est bien loin de sa contre-performance de l’année dernière '(perte de 15,1 millions). Pour les Molex et le gouvernement, c’en est trop : le gouvernement annonce avoir demandé à Renault et PSA de ne plus avoir "le moindre échange commercial" avec Molex et de renégocier les contrats en cours. Belle réaction, qui fait scandale chez Molex USA, mais qui ne devrait pas, car nous pouvons douter que PSA ou Renault se prive, à l’avenir, de Molex si, sur certains produits, cet équipementier est moins cher que les autres. Les achats de Renault et PSA sont suffisamment forts dans leur entreprises respectives pour ne pas tomber dans ce piège. L'Etat détient 15% de Renault et 3% de Peugeot il n'a donc pas le pouvoir de les obliger à quoi que ce soit.

Nous avons donc un groupe américain qui décide de fermer une usine française rentable (surement pas assez, mais par rapport à quoi ?) en pleine période de crise et qui, parce que les salariés contestent en justice le non-respect par le groupe de la loi française, décide de ne plus payer le plan social. Dans le même temps, la crise est finalement passée et le groupe fait plus de bénéfices qu’avant la crise. Nous avons là tous les ingrédients du modèle ultralibéral que l’on nous vend en permanence dans les médias et qui ne cesse de prouver qu’il ne mène qu’à l’exclusif enrichissement des actionnaires et l’appauvrissement de tous les autres.

La preuve ? "Le ministre Estrosi a une nouvelle fois adopté une approche très agressive concernant notre situation en France. Nous sommes très surpris que le gouvernement français interfère dans nos relations commerciales" a déclaré la vice-présidente de Molex, Ana Rodriguez, en charge des ressources humaines, dans un entretien téléphonique à l'AFP. Pour elle, il s’agit uniquement d’une “interférence”. C’est normal puisque dans la doctrine ultralibérale, l’état ne fait presque plus rien et les société sont souveraines. De quoi se mêle-donc ce “petit ministre français” ?

D’ailleurs elle continue : "Il y a eu beaucoup de confusion entre les résultats que nous avons publiés pour l'ensemble du groupe et ce qui se passe en France", en effet, dissocier le groupe et la filiale française est pratique car quand la crise est là : on peut supprimer l’un sans que l’autre fasse faillite. Quand tout va bien, il n’y a plus aucun rapport financier entre les deux non plus. La vie des entreprises est simple dans le royaume ultralibéral : personne n’est responsable de rien, sauf pour récupérer les dividendes, dans ce cas cette lourde responsabilité n’incombe qu’aux seuls actionnaires. Facile !

Que représente une poignée de 200 salariés face à la gourmandise d’actionnaires exigeants des rentabilités à deux chiffres ? Molex nous le rappelle : ils ne représentent ab-so-lu-ment rien !

3 journalistes s’occupent de l’affaire Woerth / Bettencourt ont été cambriolés

25/10/10: Selon l’AFP, Gérard Davet, journaliste au Monde, se serait fait dérobé son ordinateur portable et son GPS. L’ordinateur contenait ses futurs articles et toutes les informations associées. Le GPS indiquerait la liste précise de ses derniers déplacements. Tiens donc.

26/10/10: Selon LePost.fr, Hervé Gattegno, journaliste au Point qui suivait le dossier Woerth-Bettencourt à perdu son ordinateur portable suite à un vol dans la rédaction du journal dans la nuit du 21 au 22 octobre : le même jour que le journaliste du Monde !

Lorsque l’on ajoute à ces deux évènements troubles le fait que le journal Le Monde a porté plainte, le 20 septembre, pour "violation du secret des sources" et "collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux" au sujet de la récupération par les services de renseignement, à priori de manière illégale, la justice le confirmera, de la liste des communications téléphoniques du journaliste qui travaillait sur l’affaire Woerth-Bettencourt, cela fait un peu beaucoup !

Le 27/10/10 Médiapart révélait qu’il a été en fait le premier à être cambriolé, mais il ne l’a annoncé que maintenant : « Mediapart n'avait pas jugé nécessaire de médiatiser ce cambriolage, qui peut très bien être le fait d'un simple maraudeur, jusqu'à ce que l'on apprenne que les journalistes du Monde et du Point avaient été victimes de vols similaires. »

Ainsi cette nouvelle affaire, la quatrième depuis septembre, le mauvais présage dont nous parlions hier se précise dans cette affaire qui n’a, décidément, rien de simple. Comment de telles choses sont-elles possible dans une démocratie ?