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jeudi 22 mars 2012

Danger sur la démocratie !

Nicolas Sarkozy, après la mort de Mohamed Merah tué par une opération du Raid a dressé plusieurs ébauches de mesures sécuritaires en théorie, mais plutôt liberticides en réalité. Parmi elles, la pénalisation des internautes qui consulteraient « habituellement » des sites internet promouvant le terrorisme ou la « haine ». Large programme !

« Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement »

Si personne n'est capable de dire comment le Président compte mettre en œuvre ces mesures, elles sont pourtant prévues pour être appliquées « sans délai » d’après le premier ministre François Fillon. Contrairement à ce qui avait été proposé jusque-là, ce ne sont pas les responsables de sites illégaux qui sont pénalisés, ou d’empêcher leur accès, mais de pénaliser la simple consultation d'un site par un internaute. Seul précédant : une loi très similaire existe et vise les contenus pédopornographiques : « Le fait de consulter habituellement un service de communication au public en ligne mettant à disposition une telle image ou représentation [pédopornographique] ou de détenir une telle image ou représentation par quelque moyen que ce soit est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. ».

Dans ce cadre, pourquoi ne pas agrandir la liste ? C’est bien tout le problème de ce genre de lois. Une fois qu’une liste est créée et que la loi est passée, il est facile d’agrandir les catégories concernées. Pourtant, la limite, et il doit en avoir une, n’est jamais précisée par ce genre de loi. Aujourd’hui les sites de terrorisme et de « haine » (assez vague) sont concernés, demain pourquoi pas des sites incitant à la grève, puis des sites de syndicats ou politiques extrémistes, les bonnes intentions ne manquent pas pour agrandir la liste. La proposition énoncée par M. Sarkozy rendrait, en théorie, la lecture de l'autobiographie d'Adolf Hitler illégale en ligne. Ou se situe la limite ? « On se trompe de cible en s'en prenant à Internet, il y avait du terrorisme avant Internet. Au lieu de criminaliser la consultation des sites, on a plutôt envie de voir que les efforts se concentrent sur les gens qui alimentent ces sites et qui sont responsables d'actes terroristes » a commenté à l'Agence France-Presse Lucie Morillon, responsable du bureau nouveaux médias de Reporters sans frontières. Jusqu’où va-t-on aller sans que les Français disent « stop ».

Attention, notre vie privée et nos pensées sont un patrimoine universel et qui doit rester inaliénable. Ne pas confondre risque éventuel et action réelle. Pourtant, nous n’en sommes pas loin. Est-ce que quelqu’un consulte un site critiquant la police ou le gouvernement n’est pas un site d’incitation à la « haine » ? Les lecteurs sont-ils pénalement sanctionable ? Jamais une démocratie n'a fait adopter ce type de loi. Et il faudra la combattre si elle voit le jour. Car la France, alors, ne serait plus une démocratie, mais un régime autoritaire.

Autres points : les chercheurs, journalistes seront-ils inquiété parce qu’ils ont été voir de tels sites ? Que veut dire la notion « d’habituellement » ? Est-ce une fois par jour, une fois par mois ou une fois par an ? Doit-on comptabiliser des visites sur le même site ou également celles sur des sites jugées comme étant du même type ? Pourquoi ne pas interdire les sites en questions ?

Enfin, techniquement, comment repérer ces visites ? Il n’y a hélas, qu’une solution : le DPI. Avec les logiciels de Deep Packet Inspection qui retracent tous les échanges, quelque soit leurs formats (mail, chat, site web, recherches sur internet...), leurs fréquences et leurs dates afin d'espionner automatiquement et de manière exhaustive et homogène de tous les citoyens d'un pays, on parle alors de « surveillance massive ». Par la fourniture de ces logiciels dont la France est spécialiste via la filiale de Bull AMESYS, nous avons aidé le dictateur libyen à identifier et surveiller ses opposants afin de les arrêter ! Considérés comme une arme de guerre électronique, les logiciels DPI ont un marché évalué à 5 milliards de dollars et ont débuté en 2001. La presse a révélé que le logiciel, vendu à de nombreux pays, dont beaucoup de dictatures, a permis de surveiller de nombreuses personnes et entités (poètes, journalistes, écrivains, historiens, intellectuels, ONG, des groupes de communication comme Al Jazeera ou la banque de Ben Ali...). Certains soupçonnent que le logiciel est également utilisé en France illégalement pour la surveillance quotidienne des Français, la proposition du président permettrait-elle d’officialiser cette situation ?

Dans la longue tradition de certain partit politiques de droite dans le monde (voir l’article Attaque généralisé sur les libertés, les actes isolés de terrorisme sont une bonne occasion pour tous ceux qui veulent contrôler leur peuple de définir encore et encore des lois de plus en plus restrictives et liberticides. La proposition formulée par M. Sarkozy fait écho aux prises de position répétées du président de la République concernant le nécessaire contrôle du Web, qu'il décrivait volontiers à mi-mandat comme une "jungle". Autre point, la proposition du président est évidemment hautement politique et tente de tirer parti de cette triste situation en vue des élections de 2012 qui approchent à grands pas. Mais ne nous trompons pas : déjà en 2005, Sarkozy a fait à peu près des propositions très similaires. La vie politique est un éternel recommencement avec Monsieur Sarkozy… Annonce équivalente aux banlieues qui devaient être passées au « Kärcher » et qui, bien évidemment, ne l’ont pas été. Preuve en est. Peu de chance que cela donne grand-chose de concret donc, sauf d’éventuelles dérives sur nos vies privées.

Lire également Le gouvernement Sarkozy veut censurer internet, France : le décret de l’incroyable flicage du net, Dérive totalitaire, où va la France ?.

mercredi 15 février 2012

MES, c’est urgent !

Avec la procédure accelérée pour faire voter l’Assemblée Générale sur la ratification du traité du MES (le 21 février 2012, soit en moins d’une semaine) il n’y a guère le temps pour informer les citoyens et d’organiser des débats publics.

Les députés auront à voter pour ou contre le MES, autrement dit pour le transfer de pouvoirs vers Bruxelles ou pour le maintien de la souveraineté du pays et un frein à la folie Bruxelloise. (On peut faire tous les beaux discours que l’on veut, mais cela ne changera pas que la zone euro est beaucoup trop hétérogène pour une seule monnaie. A cause de la monnaie unique tous les pays avec de moins bonnes conditions de productivité (en gros tous les pays du Sud) finiront automatiquement endettés sans possibilités de s’en sortir. L’euro est voué à l’échec.) [Explication : http://www.courtfool.info/fr_MES_les_votes_des_deputes.htm ]

Il est plus que probable, qu’avec des discours alarmistes les députés seront mis sous une pression énorme pour ratifier le MES. D’un autre côté les députés savent aussi, qu’aux prochaines élections législatives ils auront besoin des votes des citoyens pour garder leur siège.

Ce que l’on pourrait donc faire, c’est d’établir une liste avec tous les noms des députés sur laquelle on marquerait qui a voté pour ou contre le MES. On informerait les députés dès maintenant, qu’on va établir une telle liste et que l’on la publiera où que nous pourrons pour que les citoyens apprennent comment ils auront voté. Cela aura au moins pour effet qu’ils réfléchiront deux fois avant de voter. S’il faut craindre qu’une partie des députés soient prêts à se laisser impressionner par les discours alarmistes, un appel au bon sens et à la responsabilité individuelle ne me semble pas inutile.

Qui veut participer ?

Personnellement je n’ai pas les moyens de faire une telle liste et d’informer tous les députés tout seul. Je trouve aussi, qu’une telle liste aurait plus d’effet si elle était organisée par des Français. Il y a plusieurs tâches à répartir. D’abord, qui veut et peut établir la liste des députés ? Pour que cette liste soit facile à consulter, il faudrait qu’elle comporte les noms des députés, le département et, si possible, la ville et le parti politique. Ensuite, il faudrait plein de volontaires pour recueillir les informations sur comment chaque député a voté (à moins que quelqu’un sache si une liste avec le vote de chaque député est établie lors du vote à l’Assemblée Générale et comment on pourrait l’obtenir.) Joint à la liste, on pourrait également publier les prises de position sur le MES des différents partis politiques. Là aussi il faudrait des volontaires pour envoyer des photocopies d’articles de journaux ou des liens vers des articles sur l’internet. (Les données doivent être vérifiables !) Quels sont les sites internet qui acceptent de publier cette liste au moins jusqu’aux prochaines élections législatives et de la mettre à jour régulièrement (c'est-à-dire de la copier régulièrement d’une liste mère sur mon site ou un site à définir) ? Bien entendu, nous offririons aux députés la possibilité d’indiquer eux-mêmes comment ils ont voté et de rectifier d’éventuelles erreurs. Finalement, qui est disponible et capable de prendre en main l’organisation générale d’un tel projet ?

Je viens d’ouvrir une page où les résultats pourront être publiés : http://www.courtfool.info/fr_MES_les_votes_des_deputes.htm

Envoyez-moi s.v.p. au plus tôt, si possible dès aujourd’hui, vos réactions en indiquant avec quoi vous pourriez aider.

Merci d’avance !

Rudo de Ruijter

www.courtfool.info

lundi 13 février 2012

MES, ratification accélérée en France

Par Rudo de Ruijter,
Chercheur indépendant

le 13 février 2012

Le 2 février 2012 la nouvelle version du Traité du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) a été signé par les représentants légaux (Ambassadeurs de CoRePer) des 17 pays de la zone euro. [1]

Déjà Alain Juppé à déposé une loi en procédure accélérée pour faire ratifier ce traité par l'Assemblée Nationale [2].

La séance de ratification est prévue le 21 février 2012

Fin du pouvoir suprême du parlement

Comme j'ai dénoncé dans mes articles sur le MES, ce traité met fin à la souveraineté nationale des pays membres et réduit de façon significative le pouvoir des parlements nationaux, en particulier leur pouvoir suprême, celui de décider du budget de leur pays. Le traité qui sera associé au MES réduira encore davantage les possibilités des gouvernements nationaux pour gérer leur pays et pour faire face aux problèmes.

S'engager financièrement sans connaître les conditions

Si les pays de la zone euro ratifient le traité du MES [3], ils s'engagent à contribuer financièrement. Cependant, ils ne pourront pas bénéficier des contreparties, car celles-ci seront conditionnées par un autre traité qui n'est pas encore définitif (et donc ni signé, ni ratifié.) Curieux? Oui. Cette contribution financière n'est pas qu'un petit montant. Avec les chiffres actuels il s'agirait, au démarrage, d'un montant assez comparable aux impôts sur les revenus annuels. Le montant est dû en cinq tranches annuelles. Mais il est déjà prévu, que seulement quelques jours après la ratification française, au mois de mars, les nécessités financières pour le MES seront réévaluées. Des montants plusieurs fois supérieurs ont déjà été annoncés.

Procédure accélérée, information incomplète

En raison de la procédure accélérée on a toutes les raisons de craindre que les députés n'aient pas assez de temps pour prendre connaissance de quelques informations essentielles, qu'on leur a cachées.

En particulier on peut craindre que la plupart des députés ignorent toujours,

1. que l'euro ne peut pas fonctionner dans une zone si hétérogène;

Voici la raison:

Rien n'empêche les consommateurs dans des pays à faible productivité de préférer des produits meilleurs et moins chers venant de pays à plus forte productivité. Cela entraîne un flux permanent d'euros des pays faibles vers les pays forts. Il en suit, que les pays faibles manquent en permanence d'euros et doivent emprunter toujours plus pour pouvoir disposer d'euros. (Avant l'euro, ces pays pouvaient dévaluer leur monnaie de façon à rendre les produits d'importation plus chers pour leurs habitants et rendre les produits d'exportation moins chers pour les acheteurs étrangers. Cela freinait les importations, augmentait les exportations et rétablissait la productivité du pays.)

Dans la zone euro les pays participants ont beaucoup trop de différences dans les conditions qui déterminent la productivité, comme par exemple le climat local, la situation géographique, la fertilité du sol, le volume d’eau douce disponible, la présence ou non de sources d'énergie, les distances à couvrir et les difficultés de transport. Ces conditions déterminent en grande mesure l’échec ou la réussite d’activités économiques. La Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal (pour n'en mentionner que quelques uns) ne ressembleront jamais à l'Allemagne.

En outre, la Banque Centrale Européenne ne dispose que d'un seul taux d'intérêt pour 17 économies différentes. Un changement de ce taux, dont on a toujours dit qu'il est si important pour guider l'économie, ne peut que profiter à certains pays, tandis que les autres devront en subir les conséquences. Monétairement cette zone n'est pas gérable.

2. que la méthode des "fonds de secours", qui consiste à charger plus de dettes sur des pays qui en ont déjà trop, ne rime à rien;

Les projets que les prêteurs financent ne profitent pas à la population dans les "pays bénéficiaires". Ces projets sont généralement exécutés par des entreprises étrangères, qui viennent le plus souvent avec leur propre personnel. L'argent n'entre même pas dans ces pays, mais va à ces entreprises étrangères. Et comme l'argent n'est pas dépensé dans ces pays, ces pays ne disposent pas de cet argent et donc ne pourront pas le rembourser. En fait, les pays "bénéficiaires" ne se noient que davantage dans les dettes.

3. que le MES, en tant que traité international, a priorité sur la législation nationale, ce qui veut dire, en particulier, que le parlement ne dispose pas d'un droit de véto lors des rehaussements de capital du MES;

Il convient de lire très soigneusement l'article10, qui est rédigé de telle façon qu'un ignorant peut croire que les "procédures nationales applicables" signifient un droit de véto. Cependant, même si cela était le cas, ne pas accepter les hausses du capital du MES signifierait sortir du MES, et par définition sortir de l'euro, et par définition sortir de l'Union Européenne. (Bruxelles, dans son insolence, a ficellé tous les traités ensemble pour vous faire peur de dire non. Le Général De Gaulle n'est plus là, alors qui ose?

4. que les coupes budgétaires détruisent inutilement l'économie et les acquis sociaux;

La discipline budgétaire n'a rien à voir avec une quelconque nécessité pour chaque pays pris individuellement. Aucun des pays membres de la zone euro n'avait des problèmes insurmontables au moment de son adoption de l'euro, malgré ses dépassements budgétaires et malgré ses dettes.

Dans tous les états membres le gouvernement est à la base de beaucoup d'activité économique. Les coupes budgétaires réduisent cette activité et mettent les gens au chômage. Apparemment, ces têtes du Troïka pensent que miraculeusement ces chômeurs trouveront un emploi plus productif. Au contraire, le plus prévisible sera, qu'on devra soutenir des millions de gens en détresse avec une population active de plus en plus réduite. Viendront s'y rajouter tous les expatriés des autres pays en difficulté, qui espèrent trouver un emploi - même mal payé - dans les pays réputés plus riches.

5. qu'il existe une solution saine qui rapporte gros...

Vous connaissez l'alternative, qui consiste à retourner au franc d'antan. C'est une possibilité. Comme la création de francs ne coûte quasiment rien et qu'on les échange contre tous les euros en circulation dans le pays, cela fait une jolie cagnotte d'euros. L'histoire qui dit que quitter l'euro coûte cher est archi-fausse. Il en va de même pour les histoires effrayantes que la coopération européenne s'arrêterait, si l'on quitte l'euro.

Réintroduire le franc c'est un bon pas. Mais si l'on veut éviter que les crises financières continuent à ravager notre société, il faudra aller un pas plus loin. La cause profonde de ces dérapages du monde financier, c'est la croissance démesurée et exponentielle de la masse d'argent. Elle est causée par la multiplication de l'argent par les banques privées. Les banques privées créent de l'argent sous forme d'avoirs chaque fois qu'elles émettent des prêts. Et plus elles émettent des prêts, plus elles gagnent des intérêts.

La solution est donc de créer une Banque Centrale de l'État (il ne faudra pas l'appeler BCE, mais Banque de l'État Français), qui sera seule habilitée de créer de l'argent. (C'est d'ailleurs la façon dont la majorité des gens pensent que cela fonctionne, ce qui hélas! n'est pas le cas actuellement.) Dans ce nouveau système, les banques privées actuelles n'auront plus le droit de créer de l'argent du néant et elles pourraient - si elles veulent - devenir des guichets de la Banque d'État. Elles ne recevraient plus d'intérêts, mais, à la place, un dédommagement pour leurs services. Si elles acceptent, les usagers pourraient même garder leurs comptes actuels.

Pour une explication facile, lisez l'article Des dettes d'État au franc d'État.

Parlementaires sous pression

Normalement les représentants du peuple doivent pouvoir voter librement et sans être mis sous pression. Si l'on juge les informations très subjectives et alarmistes qui leurs sont données et le peu de temps qui leur est laissé pour s'informer plus correctement, il y a un risque évident que le vote du 21 février 2012 ne respecte ni l'éthique, ni les règles démocratiques. Il en va de même pour l'absence de référendum pour connaître l'opinion du peuple sur le transfert de souveraineté vers le MES.

Et si l'on refuse le MES?

Si nos représentants refusent le MES, nous devons quitter l'euro. Va-t-on perdre des marchés? Non, au contraire, on devient plus compétitif sans les coûts démesurés de l'euro. Est-ce que cela met fin à la coopération européenne? Bien sûr que non, l'Europe ne peut pas se passer d'une forme de coopération et cela continuera, quel que soit la monnaie de ces membres.

Vive l'Europe

Si l'Europe veut être une communauté de gens qui travaillent ensemble en respectant les différences de chacun, elle ne devra plus laisser le monde financier détourner ses aspirations. Nous n'accepterons pas une dictature Bruxelloise, ni sous prétexte qu'il faut sauver l'euro, ni sous prétexte qu'il faut sauver les banques, ni sous quelque prétexte que ce soit.

Références:

[1] Texte du nouveau Traité du MES (du 2 février 2012)
http://www.european-council.europa.eu/media/582863/06-tesm2.fr12.pdf  (si pas disponible, copie ici)
video de 3'51'': http://www.youtube.com/watch?v=rFTbIGahzhU

[2]. Projet de loi d'Alain Juppé en procédure accélérée pour la ratification française du traité.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl4336.asp

[3] Selon l'article 48 du traité il n'y a pas besoin que tous les pays membres ratifient le traité. Il suffit que ceux qui détiennent ensemble 90% des souscriptions du capital se déclarent d'accord. Le nombre de souscriptions par pays est dans le tableau II sous le texte du traité. (Ils ont donc déjà tenu compte de l'éventualité que la Grèce et/ou un autre petit pays quitteraient l'euro ou refuserait de se rendre.)

Reproduction:

Cet article peut être publié librement dans des journaux, magazines ou sites web.

Contact:

L'auteur, Rudo de Ruijter, peut être contacté via courtfool@orange.nl

vendredi 10 février 2012

Attaque généralisée sur les libertés

Si les révolutions arabes pouvaient donner l'impression d'un vent de liberté dans les bastions les plus fermés des dictatures orientales, les dernières nouvelles du monde ne sont pas bonnes du tout pour les amateurs de libertés. Démonstration des changements discrets et généralisés que nous subissons.

Difficile de dire quand le mouvement a vraiment commencé, mais l'on peut considérer comme fait marquant et sorte de go dictatorial le Patriotic Act voté aux États-Unis suite au 11 septembre. Cette date a été l'occasion pour tous les dictateurs en herbe de serrer la vis de la démocratie avec une très belle excuse : lutter contre le terrorisme. Il est clair que ce n'ai qu'un prétexte, car le système Échelon, grandes oreilles des États unis sur toutes les communications de la planète était souvent justifié par un besoin de se défendre contre des attaques terroristes. Or, il se trouve que l'attaque du 11 septembre n'a pas été empêchée par les écoutes d'Échelon, bien au contraire, si ce système s'est avéré redoutable pour des missions pour lesquelles il n'était pas prévu (comme, par exemple, espionner les communications d'Airbus afin de donner l'avantage à Boing sur de juteux contrats commerciaux), il s'est révélé incapable de repérer les échanges des terroristes. Comme toujours ce genre de loi et d'outil ne protège pas le peuple d'individus malfaisants, mais les expose à toutes sortes de dérives politiques et démocratiques. Lesdits malfaisants étant très bien renseignés, ils évitent les pièges de ces systèmes et lois, ce qui n'est pas le cas du citoyen lambda.

Le cas d'école du “Patriot Act”

Ainsi, le Patriot Act est de cette veine : restreindre la liberté des Américains pour de fausses raisons de sécurité intérieures. Votée le 26 octobre 2001, à peine un mois après l'attentat du 11 septembre, ce texte de 132 pages permet aussi bien des choses en apparence inoffensives pour un citoyen américain et liées au terrorisme que de « Easter Eggs » étonnants : discrètement, le texte permet des « Sneak and peek warrant » soit des perquisitions pouvant être menées sans la présence de l'intéressé et même dans le cadre de simples délits. Il est clair que nous nous éloignons fortement de l'aspect terroriste de la loi. Cette partie du Patriot Act a été jugée, plus tard comme anticonstitutionnelle et a donné lieu a un scandale ou un innocent a été pris a tord par le FBI pour un terroriste. Le Patriot Act instaurait également des NSL, des mandats directement délivrés par le FBI sans nécessité d'un juge qui donnait accès au FBI à toutes les bases de données du territoire (fournisseurs internet, sites web, entreprises...). Le NSL interdit également l'information des personnes concernées par cet accès à des données personnelles par le FBI. Bien qu'il aurait dû être assez exceptionnel, le recours au NSL s'est très vite installé dans le volume avec 70 000 demandes par ans de 2003 à 2006. Y a-t-il autant de terroristes potentiels ? En 2003 les données acquises par le NSL sont autorisées à être stockées par le FBI lui permettant de se constituer une gigantesque base de données de la population américaine, innocente ou non. Pire, l'accès à cette base fut étendu aux gouvernements locaux, à l'état et à de mystérieuses « entités appropriées du secteur privé » ! Dénomination floue permettant tout simplement d'abolir la notion de vie privée... Plaintes et scandales suite à des abus aidant (par le FBI et le département de la Défense), le NSL fut abandonné en 2008... Toujours dans le Patriot Act, il était prévu de grandes facilités sur les écoutes téléphoniques et les accès aux fichiers personnels. Les demandes de données devaient être satisfaites par toutes les entreprises américaines même si lesdites données se situaient physiquement en Europe. Le FBI pouvait également perquisitionner, en plus des particuliers, les entreprises, les cabinets médicaux, les écoles et universités, les bibliothèques, les librairies sans recourir à un Juge. Les effets néfastes sur les libertés du Patriot Act ont été réduits grâce à des actions comme celles de l'association de défense des droits de l'homme (ACLU) et par des résistances locales (360 villes américaines ont boycotté cette loi).

Dans cet exemple, il est clair comment une mesure justifiée devient vite une mesure de contrôle de la population digne de 1984 de G. Orwell.

Le SOPA

Le Stop Online Piracy Act (H.R.3261) est une loi visant à lutter contre la violation du droit d'auteur aux États-Unis. Par cette loi un site suspecté d'enfreindre le droit d'auteur peut se voir privé de ressources publicitaires, voir ses payements PayPal supprimés, se voir déréférencé des moteurs de recherches et enfin débranché purement et simplement de l'internet. La SOPA interdit également le streaming d'oeuvres protégées (diffusion en continu de vidéo) qui deviendraient un crime. La SOPA permet de réclamer des sanctions judiciaires contre des sites situés hors des États-Unis et soupçonnés d’enfreindre ou de faciliter la violation de copyright. Pour satisfaire à ces obligations, il serait nécessaire de mettre en place des techniques d'espionnage massifs (Deep Packet Inspection, voire plus loin) rendant illusoire toute vie privée sur internet. Heureusement, si certains bénéficient de la SOPA d'autres verront leurs intérêts financiers menacés, c'est ainsi que Google, Facebook, Yahoo, eBay, AOL, Twitter, LinkedIn, Mozilla et Zynga ont cosigné une lettre ouverte contre le SOPA. L'application sauvage de la SOPA éliminerait une grande partie des logiciels libres et sonnerait le glas de l'innovation sur internet et des startups. Ainsi, une journée générale de fermeture des sites web américains a eu lieu le 18 janvier 2012 en signe de protestation contre SOPA et PIPA (voir ci-après). Ce jour-là de nombreux services prestigieux étaient indisponibles et affichaient une page de protestation. La presse aussi faisait écho de ces problèmes comme le montre cet éditorial du magazine Fortune : « une fois encore, le Congrès se contente d’adjuger les enchères de puissants lobbyistes — en l’occurrence, Hollywood et l’industrie musicale. Ce serait franchement banal si la législation proposée n’était pas si draconienne ». La bataille a déjà eu des répercussions financières : une liste des entreprises supportant la SOPA a circulé sur internet et l'hébergeur Go Daddy, partisan de cette loi a perdu son client Wikipédia et a dû affronté une campagne de boycott le forçant ne plus supporter cette loi.

La PIPA

Dans la même période que la SOPA, une autre loi similaire faisait débat : la PROTECT IP Act (PIPA, Preventing Real Online Threats to Economic Creativity and Theft of Intellectual Property Act of 2011, ou S. 968). Comme la SOPA, le but est de donner des outils au gouvernement américain et aux ayants droits pour limiter l’accès aux sites dédiés au piratage et aux contrefaçons, avec une emphase sur les sites hébergés hors des États-Unis... PIPA est donc complémentaire de SOPA.

Depuis, le Sénat américain a décidé de suspendre le projet PIPA, puis le projet SOPA dans l'attente d'un accord plus large... Tout un programme.

L'anecdotique, mais terrifiant UEFI

L'Unified Extensible Firmware Interface est une simple norme définissant le successeur du BIOS (logiciel qui démarre votre ordinateur avant de passer la main à Windows ou Linux). Jusque-là rien d'extraordinaire. Pourtant, l'UEFI permet de protéger les systèmes d'exploitation installés sur la machine par l'usage de signatures numériques certifiant le système d'exploitation. Un système non autorisé (non signé) serait interdit de démarrage. Problème : Linux n'est pas signé et pourrait tout simplement disparaitre des PC de demain supportant l'UEFI ! Mais surtout le système pourrait éliminer tous les logiciels gratuits du monde, non signés ils ne pourront pas fonctionner ! Nous pouvons aller plus loin : imaginez que vous écriviez un texte déplaisant pour un gouvernement ou une grande entreprise. Une fois publié sur internet, le texte pourrait se voir instantanément interdit sur tous les ordinateurs de la planète par la simple inscription du fichier sur une liste noire ! L'outil idéal des dictatures et des grandes entreprises.

Google, Twitter, Skype et leurs impacts sur les autres pays

Depuis de nombreux autres exemples américains sont à déplorer. L'affaire Wikileak et tous les ennuis étranges de son non moins étrange dirigeant. Comme les accusations de viols arrivent au bon moment... Comme son extradition vers les États-Unis est proche... Que penser également de l'assaut militaire sur le patron de MegaUpload ? Pourquoi ne pas utiliser des moyens judiciaires plus normaux ? Et cela soulève toujours la même question : un fournisseur d'accès est-il responsable de l'usage fait par ses utilisateurs ? Accuse-t-on le fabricant du couteau lors d'un meurtre ? MegaUpload supprimait-il rapidement les contenus illicites lorsqu'on les lui signalait ? Si c'était le cas que reproche-t-on à ce service ?

Autres exemples récents : ces dérives ne concernent pas que le FBI, le département de la Défense et le gouvernement, mais également les entreprises privées. Nous ne parlerons pas des nombreuses dérives et provocations du réseau social Facebook, mais un fait récent est tout de même « frappant ». Google a discrètement annoncé que les requêtes d'accès aux blogs hébergés par l'entreprise seraient redirigées vers des serveurs locaux. Cette phrase anodine révèle en fait que cette mesure technique permettra à Google une plus grande coopération avec les pays tiers. En clair : le respect des souhaits de censure de chaque pays sera respecté, quels qu'ils soient. Si Google s'était fait remarqué à l'origine par sa résistance à la censure Chinoise, résistance qui li avait valu un exil à Hong Kong, le mot d'ordre de Google a bien changé depuis cette époque, l'heure étant à la coopération avec les gouvernements. Ainsi, en France, jusqu'à présent Google présentait les statistiques des requêtes en accès aux données personnelles ou aux demandes de retrait su gouvernement (mauvais chiffres en forte hausse dans le cas de la France), nous sommes en droit de nous demander si cette transparence va continuer. Pourquoi un tel retournement ? Les raisons sont surement complexes, mais la principale étant surement d'ordre financière. En s'inscrivant dans les lignes politiques et législatives des pays, Google est en mesure d'attendre, moins de représailles, une plus grande ouverture aux marchés internes de ce pays et donc un bond dans ses résultats financiers. Google un fait isolé ? Pas du tout ! Skype propose également un filtrage des communications suivant le pays d'usage du logiciel. Ainsi en Chine, les conversations mentionnant le Dalai-Lama sont censurées. Twitter suit exactement le même chemin. Raison officielle : Se mettre en conformité avec les lois locales. La vérité est que les filtrages parfois complets de ces services par certains gouvernements ont représenté un manque à gagner flagrant. Au diable la démocratie et vive le bizness, cela en dit long sur l'éthique associée. Il est probable que lorsque le grand public s'en rendra compte (parfois trop tard), l'image de marque et la sympathie envers la marque seront fortement écornées, mais en attendant faisons du bizness. Triste, lorsque l'on sait le rôle que certaines de ces technologies ont eu lors des révolutions arabes. Il est probable qu'elles joueront, à l'avenir, un rôle inverse... Plus une technologie se démocratise, plus les censeurs veulent la contrôler.

La France n'est pas à la traine sur le sujet...

Tout cela n'est qu'un délire américain me direz-vous ? Pas tout à fait puisque les nouvelles politiques de Google, Twitter, Skype et consorts impactent fortement tous les autres pays, y compris le nôtre. De plus, comme nous le verrons, la France n'est pas en reste sur le sujet. Depuis l'élection de Sarkozy, un vent liberticide a soufflé. Il y a eu la trop méconnue loi Loppsi puis la Loppsi II, l'Hadopi et l'Hadopi II.

Loppsi et Loppsi 2

Grâce à ces lois, les officiers de police judiciaire avec autorisation d'un magistrat peuvent accéder directement à des fichiers informatiques à distance par voie télématique/informatique et y prendre les informations qu'ils désirent. De plus la rassembler les fichiers de données existants (STIC, fichiers de police, JUDEX, gendarmerie) au sein d'une même base appelée ARIANE permettant de croiser les informations sur un individu.

LOPPSI 2 va beaucoup plus loin : Création du logiciel Péricles permettant de faciliter l'accès aux bases de données réunies. Elle prévoit l'extension des droits des policiers municipaux, elle facilite l'usage de caméra vidéo sur la voie publique et autorise la police à installer des logiciels-espions discrètement sur les ordinateurs des citoyens ! Elle permet la surveillance des informations circulant sur internet et la conservation durant une année de données liées à l'usage d'internet : adresses IP (signature d'un internaute), pseudonymes, matériels utilisés, coordonnées, logins et mots de passe et tout autre identifiant ! Cette loi se rapporte de la tentative chinoise d'installer en standard des logiciels espions sur le PC chinois (tentative annulée vu le tollé en Chine).

Enfin, la France s'est tristement illustrée en Libye, officiellement nous aidions les opposants à vaincre un régime totalitaire (noble position!) et officieusement (mais indirectement) nous étions les fournisseurs de logiciel d'espionnage redoutable des opposants libyens : avec les logiciels de Deep Packet Inspection qui retrace tous les échanges quelque soit leur format (mail, chat, site web, recherches sur internet...), leur fréquence et leur date afin d'espionner automatiquement et de manière exhaustive et homogène de tous les citoyens d'un pays, on parle alors de « surveillance massive ». Par la fourniture de ces logiciels, nous aidions indirectement ce régime dictatorial à identifier et surveiller ses opposants afin de les arrêter ! Bien sûr ce que nous disions sur MegaUpload est aussi valable pour AMESYS, l'entreprise n'est pas responsable de ce qu'en font ses clients. En revanche, la vente de logiciel aussi sensible, considéré comme une arme, implique forcément une autorisation de vente au plus haut niveau de l'état. Le fait est que le logiciel a été vendu en Lybie et qu'il a donc reçu toutes les autorisations de ventes nécessaires. C'est là qu'intervient la responsabilité de la France dans cette affaire. Il est étonnant de constater que la France est un des leadeurs de cette technologie DPI via la filiale de Bull nommée AMESYS, considéré comme une arme de guerre électronique. Ce marché est évalué à 5 milliards de dollars et a débuté en 2001 (encore...). La presse révèlera que le logiciel, vendu à de nombreux pays, dont des dictatures notoires, a permis de surveiller de nombreuses personne et entités (poètes, journalistes, écrivains, historiens, intellectuels, ONG, des groupes de communication comme Al Jazeera ou la banque de Ben Ali...) et que le logiciel est également utilisé en France pour la surveillance quotidienne des Français !

Hadopi 1 et 2

Dans la même veine, l'Hadopi était contestable puisqu'il se basait sur des données non fiables (adresse IP) pour incriminer tel ou tel citoyen de téléchargement illégal. Principal visé : le moyen de téléchargement peer to peer qui fut, du coup, délaissé pour d'autres technologies non traitées par l'Hadopi (streaming, direct download...). Depuis l'annonce de l'Hadopi 2, nous savons que les prochaines cibles ne seront plus seulement la technologie "peer to peer" mais toutes les autres. Cela n'avait pas encore été fait non pas par négligence, mais parce que c'était plus difficile à tracer. Or avec la technologie DPI que nous avons évoquée ci-dessus, c'est un jeu d'enfant. Aussi, la mise en place de l'Hadopi 2 signifie officiellement l'usage massif du DPI en France, et ce, avec toutes les dérives que permet une technologie aussi puissante. Les premières victimes ne seront pas celles que l'on croit, ce sera ceux qui ne savent pas se protéger, ceux qui ne sont pas spécialistes soit, nous tous. Les dérives existent, aux USA, mais aussi en France (écoute téléphonique illégale), soyez certains braves gens que cette nouvelle technologie (et toutes les autres évoquées ici et ailleurs) se retournera contre d'honnêtes citoyens un jour, ce n'est qu'une question de temps.

Loi du Secret des Affaires

Après des années de négociations parlementaires menées par le député UMP Bernard Carayon, l’Assemblée nationale a adopté, lundi 23 janvier 2012, un texte qui sanctionne la violation du secret des affaires comme un délit.

Problème, le texte est suffisamment flou pour empêcher toute révélation de scandales futurs : « Sont qualifiées d'informations à caractère économique protégées, les informations ne constituant pas des connaissances générales librement accessibles par le public, ayant, directement ou indirectement, une valeur économique pour l'entreprise, et pour la protection desquelles leur détenteur légitime a mis en œuvre des mesures substantielles conformes aux lois et usages, en vue de les tenir secrètes. ». La révélation d'une fraude financière, sociale, fiscale, écologique constituerait une révélation d'information non "librement accessibles par le public" et "ayant, directement ou indirectement, une valeur économique" ! Cette loi du secret des affaires est une protection contre la divulgation de magouilles. Il est légitime de se demander si le laboratoire Servier aurait-il pu utiliser un tel dispositif juridique pour empêcher ou sanctionner les fuites sur le Mediator ? Idem pour les scandales PIP et de l'amiante. Une loi anti-Wikileak et anti-lanceurs d'alertes en quelque sorte... Pas sûr que la démocratie en sortira plus grande, mais il est certain que de futures catastrophes sanitaires seront systématiquement payées par les contribuables...

Le fichier des gens honnêtes

La semaine dernière, l’Assemblée Nationale à adopté la proposition de loi « relative à la protection de l’identité » : il s’agit de la création d’un fichier national qui regrouperait les données biométriques de tous les citoyens français. Le fichage par cette loi est global et on ne peut s’empêcher de penser au Nazisme et à toutes les dérives possible. De plus le fichier, comme n’importe quel autre fichier, peut être piraté. La biométrie n’est pas une science parfaitement exacte même si l’on essaye de nous le faire croire, il y a toujours quelques pourcent d’erreur possible.  La proposition de loi émane du GIXEL qui est le groupement français des industries de composants et de systèmes électroniques. Encore l’intérêt particulier qui prévaut sur l’intérêt général…

En Europe : Le secret ACTA

Passé dans un silence organisé par ses défenseurs, le Anti-Counterfeiting Trade Agreement a été signé par l'EU le 26 janvier 2012. Le rapporteur du projet au Parlement européen, Kader Arif, a démissionné le même jour traitant l’ensemble du processus ayant abouti à la ratification de l’accord définitif de "mascarade". Il fit part des menaces que ce texte fait peser sur la société civile, de la surdité aux revendications du Parlement européen concernant les atteintes aux droits individuels, ainsi que de manœuvres pour que le traité soit adopté avant que l’opinion publique ne soit alertée. L'absence de transparence dans les négociations avait fait débat. Remarquez bien qu'en France la presse n'en a pratiquement pas parlé. Wikileak avait averti de ce projet dès 2008, est-ce aussi pour cela qu'on s'est acharné sur cette organisation ?

De quoi s'agit-il ? Officiellement l'ACTA vise les pays émergents comme la Chine, la Russie et le Brésil qui ne respectent pas le droit d'auteur et son une source de contrefaçon importante. Sur le principe l'ACTA permet l'obtention de toute information détenue par une personne ou une organisation sur une potentielle violation du droit d'auteur. Précisément : les autorités compétentes auront le pouvoir d’ordonner aux fournisseurs d'accès à internet qu’ils livrent aux ayants droit l’identité de leurs abonnés suspectés de piratage. Les fournisseurs d'accès seraient également tenus de surveiller leur réseau afin de prévenir de tout trafic de contrefaçon. Ils seraient alors ramenés à de super gendarmes surveillant toutes les communications de leurs clients. L'ACTA prévois également l'interdiction de protéger ses communications par exemple par un chiffrage. Or nous savons bien que dans les pays totalitaires, le chiffrage des communications est la seule échappatoire pour les dissidents... Pire, l'ACTA impose des mesures susceptibles de bloquer la circulation de médicaments génériques au nom de la lutte contre la contrefaçon ! Une tendance déjà en place : en février 2009 des médicaments contre le sida achetés par Unitaid furent bloqués pendant un mois par les autorités douanières d’Amsterdam. Avec ACTA, ces mésaventures seront légendes et plus graves. L'ACTA prévoie également l’obligation de sanctionner le contournement des protections numériques (DRM) ou la mise sur le marché (gratuite ou payante) d’appareils/logiciels permettant ce contournement : il s'agit tout simplement de la fin de la copie privée ! Transformer un CD en MP3 pour l'utiliser dans son baladeur ou son autoradio devient un acte de contrefaçon !

Il ne fait absolument aucun doute que l'ACTA est demandé par les mêmes entreprises que les lois SOPA et PIPA américaines. Les conséquences pour l'innovation et la liberté d'expression seront les mêmes et aboutissent aux mêmes solutions d'espionnage massif de l'internet.

Conclusion

Patriot Act, PIPA, SOPA, UEFI, ACTA, HADOPI, LOPPSI I & II, DPI, Secrets d'Affaires, loi relative à la protection de l’identité et bien d'autres dont nous n'avons pas parlés ici ne sont pas un hasard. Certes c'est le résultat de lobbys puissants et généreux vis-à-vis des politiques, mais pas uniquement. Il est bien difficile de ne voir, dans ces attaques très bien coordonnées, qu'une simple volonté de protéger les ayants droits. Le marteau-piqueur est trop gros pour écraser une si petite noisette. À vous de vous faire une opinion, mais pour moi cela ne fait aucun doute : la démocratie est largement attaquée en occident.

Comme souvent, les luttes contre une minorité provoquent au mieux des privations ou au pire des abus pour tous les autres. Cette idée du risque zéro est ridicule, car elle est impossible (nous l'avons vu, la technologie n'a pas empêché le 11 septembre et n'en empêchera pas un autre), il est même difficile de dire que grâce à elle le risque est diminué et de combien. En revanche pour le citoyen lambda, elle est source de tous les risques, de tous les abus et symbolise le chemin discret, mais bien réel que prennent nos démocraties : le totalitarisme. Il est difficile ou impossible de supprimer une dictature (regardez les problèmes actuels des pays du printemps arabe), mais maintenir une démocratie est encore plus difficile. Il y a toujours un groupe d'hommes qui ont du pouvoir et de l’argent et qui en veulent inéluctablement beaucoup plus. Le pouvoir pour la gloire, le pouvoir pour le garder, le pouvoir pour gagner plus d'argent. Oui, ce qui est pénible avec les vraies démocraties c'est que les scandales se savent un jour ou l'autre et qu'elles sont de vraies empêcheuses de magouiller en rond... Corrigeons cela ! (Sic !)

PS: La liste complète des attaques en France contre la liberté est trop grande pour être évoquée ici mais nous pouvons tout de même noter également (merci à Sylvie ARCHAMBAULT):

- Août 2007 : loi sur les peines plancher
- Février 2008 : loi sur la rétention de sureté
- Septembre 2008 : fichier Edvige
- Octobre 2008 : fichier base élèves
- Décembre 2008 : Le fichier ELOI
- Juin 2009 : décret anti-cagoules
- Novembre 2009 : création des milices "citoyennes"
- septembre 2011 : Compteur Linky EDF obligatoire
- Janvier 2012 : fichier des « gens honnêtes » voté à l'assemblée

Et ne parlons pas de l'affaire Tarnac montée de toutes pièces, de la multiplication des caméras de video surveillance, du record historique d'entassement dans nos prisons, des manifestations dispersées avec violence, des fadettes, des cambriolages chez les journalistes et le politiciens. "C'était encore possible de résister mais ils n'ont rien fait"dit Serge Portelli dans ce magnifique plaidoyer pour notre liberté : Paroles de Résistance

samedi 20 août 2011

Affaire Lagarde-Tapie, révélatrice de la ligne éditoriale des journaux français

Les dernières révélations de Mediapart sur l’affaire Lagarde-Tapie n’ont pas reçu le même traitement dans la presse nationale : les différences de traitement de cette affaire révèlent des différences de lignes éditoriales, mais aussi surement de l’allégeance plus ou moins forte au pouvoir en place. Il était donc très intéressant de faire un tour de la presse afin d’y voir plus clair.

Depuis l’annonce du versement d’une somme d’argent considérable associée à un préjudice moral incroyable que beaucoup de victimes anonymes envieront, nous nous doutons bien que l’affaire Lagarde-Tapie sera tumultueuse. Dans ce contexte les nouvelles vont de mal en pis pour la nouvelle chef du FMI. Manque de chance, pourtant prévisible, après « l’échec » de DSK suite à la plainte pour viol portée contre lui, il a fallut que la France milite pour un(e) remplacent(e) français(e) qui avait pourtant déjà une affaire grave sur le dos. Christine Lagarde est en effet soupçonnée en juillet 2008 d’avoir favorisé l’usage d’un tribunal arbitral de juridiction privée menant à un versement très avantageux pour Bernard Tapie : suite à la décision du tribunal arbitral, ce dernier à reçu du CDR 285 millions d’euros d’indemnités plus des intérêts pour un montant total de 400 millions d’euros en règlement du litige qui l’opposait au Crédit Lyonnais sur l’affaire de la vente d’Adidas en 1993. En fait Tapie n’a touché « que » 304 millions d’euros à cause de diverses créances qu’il a fallu déduire. La décision de Madame Lagarde favorable à Bernard Tapie daterait de sa prise de fonction de Christine Lagarde en juin 2007. A cette époque elle devait trancher sur ce dossier et malgré l’opposition des sept magistrats du CJR elle a opté pour une solution favorable à Tapie. La décision fait de suite polémique, car le choix de l’arbitrage fait par Lagarde n’est pas habituel et que Bernard Tapie avait été un des soutiens de Nicolas Sarkozy durant sa campagne présidentielle (et après). Cette affaire résonne de nouveau comme celle du Fouquet’s. Du côté du ministre on évoque la longueur de l’affaire qui durait déjà depuis 12 ans et de la facture des avocats qui commençait à sérieusement grimper, il fallait donc en finir. Certes, mais pourquoi en finir au grand avantage de Bernard Tapie ? D’autant que si l’affaire trainait en longueur les chances de Tapie d’avoir raison devenaient de plus en plus faibles. Premier revers de fortune pour Lagarde : le 4 août la commission des requêtes avait donné un avis favorable à l’ouverture d’une enquête sur l’ancienne ministre. Mardi, une commission d’instruction a été saisie dans ce cadre afin de décider si elle doit être jugée pour « complicité de faux » et « complicité de détournement de fonds publics ».

Autant dire tout de suite que l’affaire n’est pas brillante pour l’ex-ministre et actuelle directrice du FMI. Si peu brillante, qu’en cas de condamnation, ce serait une nouvelle humiliation pour la France sur la scène internationale après l’affaire DSK toujours en cours. Pourtant, déjà lors du choix du nouveau président du FMI, il était clair que Madame Lagarde avait une épée de Damoclès au dessus de la tête avec un fil de plus en plus ténu… Finalement suivant l’évolution des résultats de l’enquête, l’affaire risque fort d’éclabousser directement Nicolas Sarkozy. Car si la décision a été prise des la prise de fonction de Christine Lagarde au ministère, c’est peut-être parce qu’on lui a demandé de régler cette affaire dans un sens qui arrangeait le pouvoir. On comprend mieux, sous cet éclairage, l’importance de cette affaire pour la France et pour la présidentielle de 2012. D’où l’intérêt de suivre la presse sur ce sujet.

Dans ce cadre, les mauvaises nouvelles se suivent et se ressemblent. La position de l’ex-ministre devient de plus en plus délicate au fur et à mesure des décisions de justice et des révélations de la presse. Dernière révélation en date : Mediapart dévoile les motivations qui ont conduit la CJR à ouvrir une enquête. La CJR parle d’implication « personnelle » de la ministre dans le dénouement en faveur de l’homme d’affaires, mais également de nombreuses « anomalies et irrégularité ». L’article de Mediapart est payant et donc de diffusion limitée à ses abonnés. En revanche, le reste de la presse se fait plus ou moins l’écho de cet article. Nous avons classé en trois catégories les journaux : ceux qui dévoilent les meilleurs morceaux de l’article, ceux qui atténuent la portée de l’article et ceux qui n’en parlent pas ou presque (article relégué en fond de journal).

Les journaux qui n’hésitent pas

Dans la liste des journaux qui n’hésitent pas à parler du contenu de l’article de Mediapart, nous avons :

L’express et L’expansion avec le titre « Affaire Tapie : un document accablant contre Christine Lagarde » et dans l’article est citée la CJR qui estime que l’ex-ministre s’est impliquée « personnellement » dans cette affaire entachée de « nombreuses anomalies et irrégularités ». Lagarde « parait avoir personnellement concouru aux faits, notamment en donnant des instructions de vote aux représentants de l’État dans le conseil d’administration de l’EPFR », Établissement Public de Financement et de Restructuration, « voire au président de cet établissement public en sa qualité de membre du conseil d’administration du CDR ». Le journal rappelle également la note du 1er août 2007 du directeur général de l’Agence des participations de l’État qui déconseillait Lagarde de poursuivre dans la voie d’un arbitrage privé qui « pourrait être considéré comme une forme de concession inconditionnelle et sans contrepartie faite à la partie adverse ». L’article rappelle également que le CJR avait indiqué que le choix des arbitres « n’apparait pas conforme aux pratiques habituelles » et souligne un résultat positif pour Tapie puisque le tribunal a satisfait « 80 % des demandes du camp Tapie pour le préjudice matériel et 90 % pour le préjudice moral » alors que dans le même temps les consultations d’avocats spécialisés laissaient entrevoir une annulation de la sentence.

Le journal Le Monde titre « Affaire Tapie : la CJR estime que Lagarde s’est impliquée « personnellement » ». Le contenu de l’article cite les mêmes passages que L’express et ajoute que selon Mediapart, les motivations de la CJR constituent un "document en tout point accablant pour Christine Lagarde".

Libération titre « Affaire Tapie-Lagarde: pourquoi la CJR a ouvert une enquête », l’article de source AFP relève un autre extrait des motivations du CJR : «Le processus qui a conduit (...) à la condamnation du CDR [Consortium de Réalisation, structure publique qui gérait le passif du Crédit Lyonnais, ndlr] au paiement de sommes élevées à la charge des finances publiques comporte de nombreuses anomalies et irrégularités» et reprend les principaux éléments des journaux ci-dessus.

Rue89 titre « Affaire Lagarde : "Une action concertée" au profit de Tapie » et l’article, moins complet que les précédents, ajoute des informations nouvelles et explosives : deux des trois arbitres étaient proches de Tapie sans que Bercy ne demande leur remplacement ! D'autre part, « Christine Lagarde ne s'est pas opposée à la décision des arbitres. Au contraire, puisque ‘sans attendre l'expiration du délai d'un mois’ dont elle disposait pour contester le verdict, elle a ‘demandé par écrit aux administrateurs représentant l'État [au CDR, ndlr) de s'exprimer en défaveur d'un recours en annulation’. ‘Ces faits, à les supposer démontrés, sont susceptibles de constituer à la charge de Mme Lagarde les délits de complicité de faux par simulation d'acte et de complicité de détournement de fonds publics […]. Le ministre parait avoir personnellement concouru aux faits […].’ »

Les Échos titrent « Enquête sur Lagarde : la CJR relève « anomalies » et « irrégularités » (article réservé aux abonnés) et reprend les informations de Mediapart : le CJR «estime que l'ex-ministre s'est impliquée « personnellement » dans un processus comportant « de nombreuses anomalies et irrégularités » … « La directrice générale du FMI se serait impliquée notamment « en donnant des instructions de vote aux représentants de l'État dans le conseil d'administration de l'EPFR [Établissement public de financement de restructuration, gérant le soutien financier de l'État au Consortium de Réalisations, NDLR], voire au président de cet établissement public » en sa qualité d'administrateur du CDR, selon le document.

Idem, pour La Tribune qui titre « Affaire Tapie : ça commence très mal pour Christine Lagarde » ne rentre pas dans les détails, mais souligne que « Christine Lagarde "parait avoir personnellement concouru aux faits". Elle aurait donné des "instructions de vote" »

Le journal La Croix titre « Christine Lagarde «personnellement» impliquée dans l'affaire Tapie, selon la CJR » mais ne détaille pas plus que cela l’information.

Les journaux très modérés

Le journal 20 minutes titre « Enquête sur Lagarde: La Cour de justice de la République relève anomalies et irrégularités, d'après Mediapart », le contenu relève les principaux éléments, mais ne donne pas de détail.

Le parisien titre un très sobre « L'enquête sur Christine Lagarde lancée officiellement » et le contenu de l’article est également sobre, car il ne mentionne absolument pas l’article de Mediapart ni les motivations de la CJR… Mais le journal publie un nouvel article « Affaire Tapie: la CJR pointe le rôle de Christine Lagarde » rappelle que les sommes versées seront à la charge des finances publiques (vous et moi, donc). Il rappelle rapidement les principaux éléments de l’article de Mediapart.

Les journaux qui n’en parlent pas ou très peu

Challenges titre « Affaire Tapie/Lagarde : l'enquête officiellement ouverte » et dans un article court qui ne parle pas de l’article de Mediapart ni des motivations du CJR, rappelle que des investigations sont en cours pour savoir si l'ex-ministre s'est rendue coupable de "complicité de faux" et "complicité de détournement de biens publics".

Le figaro publie une brève « Lagarde: l'enquête officiellement lancée » un article AFP de moins de 10 lignes qui n’évoque en rien les révélations de Mediapart.

Rien sur France Soir ni sur Le Point.

Conclusion

Le Point et Challenge n’ont pas forcément une fréquence de publication leur permettant de réagir vite, nous verrons s’ils en parleront plus tard. Un doute subsiste tout de même.

Le manquement de France Soir n’est pas compréhensible, car il sont abonnés à l’AFP et n’ont donc pas jugé nécessaire d’en parler malgré des « Unes » pas toujours importantes (Guérini, Belle/Blonde/désagréable, sport, …).

Le Figaro a choisi clairement de ne pas en parler par loyauté vis-à-vis du gouvernement, car s’il ne parle pas de ce sujet il fait sa « Une France » sur l’euthanasie, le docteur Bonnemaison, la canicule, le nouveau préfet de Marseille et les parents d’accueil… Bref, il y avait largement de la place pour cet article et il s’agit clairement d’un choix éditorial…

L’AFP finalement est la grande surprise, car si elle a inspiré ou été à l’origine de bon nombre d’articles ci-dessus, elle a produit un article sans complaisance pour Lagarde et le gouvernement. Et l’AFP récidive aujourd’hui avec un article sur Bayrou pas beaucoup plus agréable : « Dans cette incroyable affaire Tapie, il est un motif d'espérer, c'est la force d'une justice indépendante qui lève l'un après l'autre tous les obstacles mis sur sa route » puis plus loin autre citation de Bayrou : « La décision de la CJR est impressionnante par la précision de l'analyse et de la définition des manquements, des illégalités, des complicités qui ont permis, au sein même de l'État, la décision la plus scandaleuse des dernières décennies ».

Quant aux gagnants ils sont nombreux même si L’Express, Le Monde et Libération sortent du lot. C’est tout de même un bon point pour la liberté de la presse en France même si en août l’impact d’un tel article ne sera pas très grand…

lundi 1 août 2011

La vidéoprotection, une gabegie

A lire dans Le Monde:

Après Paris, c'est Marseille, deuxième plus grande ville de France, qui a annoncé son plan "1 000 caméras". La question est à l'ordre du jour du conseil municipal extraordinaire qui a lieu le 30 mai dans la cité phocéenne. De fait, les municipalités de toute taille, de la grande métropole jusqu'au village de zone rurale, sont de plus en plus nombreuses à s'équiper en vidéosurveillance. Elles répondent en cela à une "priorité" de la politique de sécurité depuis 2007. Et pourtant, l'efficacité de cette technologie est tout sauf démontrée du point de vue scientifique.

Rappelons d'abord que la vidéosurveillance est utile à bien des choses : pour surveiller des entrepôts, des dépôts et des parkings, afin de lutter contre le vol de matériel. Les banques l'utilisent pour filtrer les entrées et sorties et réduire les risques de braquage. Des magasins s'en servent contre le vol à l'étalage. Les casinos pour repérer les tricheurs.

La vidéosurveillance contribue aussi à la sécurité publique. On l'utilise pour surveiller le trafic autoroutier, et prévenir les accidents dans les sites industriels sensibles... Tout cela existe et fonctionne plus ou moins bien depuis longtemps. La vidéosurveillance est en effet utilisée dans des buts précis, afin de gérer des risques concrets bien identifiés.

Mais ce que l'Etat appelle désormais "vidéoprotection" et qu'il tente de généraliser à toutes les collectivités territoriales (et aux bailleurs sociaux) par une pression politique et une incitation financière, c'est autre chose. Il s'agit ici de déployer des caméras dans l'espace public, dans les rues de nos villes et de nos villages, pour y surveiller tout en général et rien en particulier, en affirmant que cela aura des effets à la fois préventifs et répressifs permettant de diminuer la délinquance.

Or, les évaluations scientifiques contredisent cette affirmation, remettant ainsi en question la bonne gestion de cet argent public. Précisons d'abord que, par définition, l'évaluation scientifique ne peut être menée que par des chercheurs indépendants du pouvoir politique et des entreprises privées commercialisant cette technologie. L'éthique scientifique ne tolère pas le conflit d'intérêts.

Ensuite, l'évaluation scientifique ne se situe pas sur le terrain philosophique mais sur celui des faits. Elle cherche en l'espèce à répondre aux questions suivantes : la vidéoprotection est-elle une technique efficace de lutte contre la délinquance ? Est-elle un investissement rationnel au regard de l'évaluation d'autres outils de prévention et de répression ? Enfin, une évaluation scientifique repose sur des études de terrain, des observations longues et répétées de fonctionnements ordinaires des dispositifs, des comptages et des calculs précis, des comparaisons rigoureuses et une connaissance de la littérature scientifique internationale.

Tout cela se distingue des arguments des promoteurs politiques et financiers du système, qui utilisent des exemples spectaculaires mais isolés, des faits divers réels mais décontextualisés, des arguments d'autorité au lieu de démonstrations vérifiables et des calculs budgétaires qui "oublient" de compter le coût salarial. Pour toutes ces raisons, beaucoup d'élus et de citoyens seront sans doute surpris d'apprendre que, premièrement, la vidéoprotection n'a qu'un impact marginal sur la délinquance ; deuxièmement, qu'augmenter cet impact supposerait des moyens policiers supplémentaires alors qu'ils se réduisent ; troisièmement, que le coût réel du système "assèche" tellement les budgets de prévention de la délinquance que l'on doit conclure à un usage très contestable de l'argent public. Développons un peu.

1. La vidéoprotection ne surveille par définition que l'espace public et elle est installée dans les centres-villes. Elle n'a donc aucun impact sur les violences physiques et sexuelles les plus graves et les plus répétées qui surviennent dans la sphère privée. Elle n'en a pas davantage sur les atteintes aux personnes, moins sérieuses, survenant sur la voie publique et qui relèvent le plus souvent d'actes impulsifs (bagarres, rixes entre automobilistes, querelles de sortie de bar, etc.).

Elle n'a ensuite qu'un impact dissuasif marginal sur des infractions fréquentes comme les vols de voiture, les cambriolages de résidences principales ou secondaires, et même sur toute la petite délinquance de voie publique des centres-villes où elle est installée. En réalité, la vidéo permet surtout de repérer et d'identifier a posteriori les auteurs de rixes et d'attroupements sur la voie publique, de dégradations de biens publics ou privés sur la voie publique, enfin, et plus rarement, de vols avec violence, de vols à l'étalage, de braquages de commerces ou encore de petits trafics de stupéfiants.

Tout cela à condition que les caméras soient positionnées sur les lieux de ces délits au bon moment, ce qui est loin d'être le cas, puisque la plupart des caméras effectuent des "parcours" prédéfinis laissant des zones sans surveillance pendant plusieurs minutes.

En définitive, l'impact en termes de détection d'infractions autres que routières se situe entre 1 % et 2 % du total des infractions sur la voie publique traitées en une année par les services de police ou de gendarmerie sur le territoire de la municipalité concernée.

Enfin, l'aspect judiciaire n'est guère plus probant. Les réquisitions d'images à des fins d'enquête après des infractions sont du même niveau statistique, sans que l'on sache si ces images ont été exploitables et exploitées dans la suite des procédures judiciaires. On est donc loin, très loin, d'un système efficace de prévention de la délinquance. Ce bilan plus que médiocre conduit nombre de villes déjà équipées à mobiliser la vidéosurveillance à d'autres usages qui permettent d'en légitimer l'utilité : le contrôle de la circulation et du stationnement, la sécurisation de l'intervention des policiers, des pompiers ou des ambulanciers.

2. Il existe de nombreuses évaluations étrangères (Angleterre, Australie, Canada, Etats-Unis...), qui montrent que, dans de rares cas, l'impact de la vidéosurveillance peut être plus important. Quel est le facteur-clé ? Contrairement au discours dominant en France, ce n'est pas l'augmentation du nombre de caméras. L'expérience londonienne (au moins 60 000 caméras, soit autant que ce qui est prévu pour la France entière) le montre. Il ne sert à rien de chercher à "saturer" l'espace et de s'émerveiller devant des murs d'écrans donnant le sentiment de voir et de contrôler toute une ville au même moment.

La clé réside dans le couplage étroit de la vidéosurveillance avec les forces de police présentes dans la rue, afin d'accroître le niveau d'information des policiers, mais aussi de diminuer leur temps d'intervention.

En d'autres termes, il ne sert pas à grand-chose de repérer plus vite un problème si la police n'intervient pas plus vite. Dès lors, la situation française apparaît dans tout son paradoxe, pour ne pas dire dans son absurdité puisque la vidéoprotection est promue par les pouvoirs publics comme un substitut et une contrepartie à la réduction des effectifs policiers.

3. Il est sans doute inévitable que des entreprises à but lucratif cherchent à vendre leurs produits à tout prix, en les présentant comme dotés de facultés qu'ils n'ont qu'en partie et en dissimulant les coûts réels pour l'utilisateur. Cela se constate dans tous les domaines, et le marché privé de la sécurité n'échappe pas à la règle.

Il est en revanche plus étonnant que l'Etat participe à ce marketing par l'intermédiaire des préfets, ainsi que de fonctionnaires de police et de gendarmerie chargés de relayer sur le terrain le "plan de vente" des entreprises privées. En effet, les caméras perdent toute efficacité préventive lorsqu'elles ne sont reliées à aucun système de visionnage en temps réel et qu'une municipalité ou un bailleur ne peut donc qu'espérer, par exemple, récupérer le matin une image exploitable d'une infraction commise la veille.

Et que l'on ne dise pas que le raccordement des caméras aux postes de police ou de gendarmerie résoudra le problème puisque, encore une fois, cela s'effectue conjointement à la réduction du nombre de ces fonctionnaires et donc de leur disponibilité pour des missions nouvelles. En réalité, pour avoir des chances de donner des résultats, le système de caméras doit être relié à un centre de supervision dans lequel des opérateurs visionnent les images 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365.

De plus, ces opérateurs doivent être assez nombreux pour limiter le nombre d'écrans à visionner faute de quoi, au bout de quelques minutes, les observations montrent qu'ils ne voient plus rien. Ainsi, l'on est en train de rompre l'égalité de traitement du service public et de compromettre toute politique globale et intégrée de prévention de la délinquance, au profit d'un mirage technologique que seules les communes les plus riches pourront s'offrir pour des profits qui s'estimeront davantage en termes de visibilité politique et de sentiment d'insécurité que de lutte efficace contre la délinquance. S'agit-il en tout cela d'une politique rationnelle, efficace et bonne gestionnaire des deniers publics ? Il est permis d'en douter.

vendredi 1 juillet 2011

Le gouvernement Sarkozy veut censurer internet

 

A lire sur Bug Brother:

 

Avaaz ("voix" dans plusieurs langues d'Asie, du Moyen-Orient et de l'Europe de l'Est), créé en 2007 afin de "fédérer les citoyen(ne)s de toutes les nations pour réduire l'écart entre le monde tel qu'il est et le monde voulu par la grande majorité d'entre nous", et qui fédère aujourd'hui près de 10 millions de citoyen(ne)s, dans le monde entier, vient de lancer une pétition "à l'attention du Président Nicolas Sarkozy" :

Nous vous appelons à retirer immédiatement le projet de décret qui permettrait au gouvernement d'être juge et partie pour définir les contenus en ligne et les services de l'internet auxquels nous pouvons accéder. Ce décret disproportionné menace nos droits et nos libertés démocratiques ainsi que la liberté d'expression garantie par la Constitution française.

Lancée ce jeudi 30 juin, elle a déjà recueillie plus de 40 000 signatures.

Le projet de décret, révélé par Marc Rees de PCInpact, et publié sur OWNI, vise en effet à "industrialiser les mesures de blocage et de filtrage (de sites web -NDLR) à l’échelle du pays... tout en évitant soigneusement le passage devant un juge".

Le Conseil National du Numérique, qui réunit des professionnels de l'économie numérique et qui a été créé par Nicolas Sarkozy pour, précisément, donner son avis sur tout ce qui a trait au Net, a fustigé ce projet de décret aux motifs, notamment, qu'il vise moins à faire condamner les auteurs des contenus préjudiciables qu'à censurer les fournisseurs d'accès à l'Internet qui permettent d'y accéder, et qu'il met donc en place "un système de filtrage préventif illicite" :

Le projet de décret doit faire l’objet de nombreuses modifications afin notamment de faire concilier la nécessaire lutte contre la cybercriminalité avec le principe constitutionnel de la liberté d’expression

Ce qui fait dire à Avaaz que "Le gouvernement Sarkozy veut censurer internet par un décret qui pourrait bloquer des sites et pages de recherche", ce que l'ONG qualifie d'"assaut contre la liberté d'expression" :

Ce nouveau décret permettrait aux ministres de retirer tout contenu internet menaçant selon eux "l'ordre public", sans passer par un juge. C'est pourquoi un Conseil en charge de l'Internet créé par Sarkozy a condamné cette mesure comme étant inconstitutionnelle, et les experts internationaux sont en état d'alerte. Mais le décret pourrait malgré tout être adopté dans les prochains jours.

Le Président Sarkozy a montré au sommet du G8 qu'il soigne son image de dirigeant moderne et de partisan d'internet. Ainsi, si nous sommes suffisamment nombreux à exiger qu'il enterre ce projet de censure, nous pourrons faire pencher la balance et empêcher qu'il ne mette la main sur internet. Lançons un gigantesque appel national demandant à Sarkozy de protéger la liberté d'internet. Signez la pétition urgente et faites-la suivre à tous.

Cette initiative intervient au moment même où l'UMP, créée par Nicolas Sarkozy, vient de lancer ses 45 propositions pour une "révolution numérique", sous-titrée "Le meilleur reste à venir" et qui, in fine, cherche à se démarquer du bilan catastrophique du gouvernement Sarkozy/UMP pour ce qui est de la défense des libertés sur Internet.

La France a en effet été placée cette année dans la liste des pays sous surveillance dans le classement de Reporters sans frontières (RSF) des "ennemis de l'Internet" du fait, notamment, de la Hadopi, de la LOPPSI, mais également de la volonté de Nicolas Sarkozy de civiliser l'Internet, comme si les internautes étaient des "sauvages" qu'il convenait de coloniser (voir aussi L’enfer, c’est les « internautres »).

Non content de rappeler, en introduction, que le Conseil Constitutionnel avait censuré le projet de "riposte graduée" de la Hadopi au motif que «la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme », le programme de l'UMP entend précisément consacrer l'intervention d'un juge dès lors qu'il s'agit de bloquer, filtrer ou censurer un site web...

Reste donc à savoir en quelle mesure les citoyen(ne)s signataires de la pétition d'Avaaz aideront ceux qui, au sein même de l'UMP, ont conscience qu'il est dangereux, et contre-productif, d'attenter aux libertés sur le Net...

jean.marc.manach (sur Facebook) @manhack (sur Twitter)

mardi 31 mai 2011

L'Australie abandonne le filtrage par souci d'économie

Au moment ou le gouvernement (qui décidément n’en rate pas une) décide de filtrer l’internet l’Australie, précurseur de ce domaine, abandonne car inefficace et trop cher. Pourquoi faut-il que nous essayons toujours ce qui ne marche déjà pas ailleurs ? Simplement par idéologie et copinage !

A lire sur Numerama:

Mesure contestée et coûteuse, le filtrage du net australien ne pourra plus s'appuyer sur les finances du pays. Par souci d'économie, le gouvernement a décidé de suspendre - au moins pour un temps - ce dispositif afin de récupérer 9,6 millions de dollars et les réaffecter à d'autres projets.

La rigueur budgétaire ne touche pas seulement les pays européens. Elle frappe aussi les États situés dans l'hémisphère sud, comme l'Australie. Comme sur le Vieux Continent, le gouvernement de Julia Gillard est obligé de procéder à des arbitrages parfois douloureux, nécessitant dans certains cas de sabrer certaines mesures afin de faire quelques économies supplémentaires.

Le filtrage d'Internet est concerné. Le quotidien The Australian rapporte que le gouvernement va suspendre au moins temporairement ce programme, afin d'économiser 9,6 millions de dollars australiens (environ 7,2 millions d'euros) sur trois ans. Reconduit dans ses fonctions lors du remaniement en septembre, le ministre des communications et de l'économie numérique s'est montré très tôt sensible à ces problématiques.

Lors de la préparation du budget, le gouvernement a justifié cette décision en notant que les consultations avec l'industrie ont montré le faible rôle des subventions face à l'accroissement des technologies de filtrage déjà disponibles, notamment au niveau des navigateurs et des moteurs de recherche. Les économies réalisées seront en conséquence redéployées ailleurs.

L'efficacité du filtrage est de toute façon loin d'être parfaite. La liste noire établie par l'ACMA (Autorité australienne des communications et des médias) ne s'est pas limitée aux seuls sites pédo-pornographiques ; plusieurs sites pornographiques légaux ont été ajoutés, tout comme des sites religieux, des pages Wikipédia, des sites sur l'euthanasie, des sites de liens BitTorrent et même une agence de voyage, un site de pari et le site d'un dentiste.

La Fédération Française des Télécoms, une instance chargée de défendre les intérêts de plusieurs opérateurs de télécommunications, avait adressé une étude d'impact sur le filtrage des contenus pédo-pornographiques souhaité par le gouvernement. Les FAI avaient conclu que le coût du filtrage pourrait coûter très cher, et monter jusqu'à 140 millions d'euros pour une technique comme le DPI.

"Plus la technique de blocage est précise, plus elle est coûteuse et plus elle présente un risque de congestion au niveau de l'équipement d'inspection (DPI), qui se matérialise le jour où un site à fort trafic (Google, YouTube...) est inséré dans la liste des sites à bloquer" est-il expliqué. Chaque contrôle est également un défi éthique, car cela consiste à examiner toutes les conversations privées afin d'en vérifier la légalité.

vendredi 20 mai 2011

Quand l’Amérique délire…

Le 19 mai 2011, le New York Post publiait un article de Andrea Peyser qui donne effectivement la chair de poule, mais pas comme le pense l’auteur. L’article est un ramassis de haine vis-à-vis des non-Américains et d’amalgames tous aussi ridicules les uns que les autres. Racisme, nationalisme, plaidoyer antifrançais, rien ne nous sera épargné.

Je vous livre les meilleurs morceaux : « Assez, c'est assez. Débarrassez-vous de votre répulsion ! De l'automne à l'été, ils arrivent sur nos côtes. Le décadent. Le dépravé. Le malodorants, avide, ivre et fou.

Ils sont des parias et violeurs présumés. Des petits délinquants et ceux qui commettent des crimes passionnels, d’opportunité ou d'ennui. Ils ont une chose en commun. Ils sont de nationalité étrangère. »

Ainsi, pour Andrea Peyser, les étrangers qui viennent à New York sont forcément des décadents, des dépravés, des gens qui ne se lavent pas et qui sont devenus fous de trop boire ! Bel exemple de nationalisme déplacer qui, hélas, confine au pur racisme. Même le Front national dans ses pires heures n’aurait pas été aussi virulent ! Pour moi cet amalgame est non seulement regrettable, mais répréhensible. On ne peut catégoriser les gens de la sorte et opposer les bons, gentils, sobres et honnêtes américains au reste du monde mis, pour l’occasion, dans le même sac.

L’allusion à l’affaire DSK (confirmée plus loin dans l’article original) est également sans respect de la présomption d’innocence et catégorise tous les étrangers comme des violeurs. Faudrait-il rappeler à cette femme que les affaires de sexe et de violence sont légion dans son pays ? Que l’Amérique dispose du triste record de morts par armes à feu ? Et que ce pays possède des journalistes qui n’ont de journaliste que leur carte de presse, vu le contenu répréhensible et facile de leurs articles ? Pas besoin de faire d’études pour sortir de telles inepties, pas besoin d’enquêter pour généraliser de pareilles âneries…

Je vous livre la suite : «  Qu'est-ce qui dans cette ville attire les impropres? Des gens qui n'ont aucun respect pour un minimum de valeurs américaines ?

Bien avant que le chef du Fonds monétaire international et époux du siècle, Dominique Strauss-Kahn, 62 ans, ait agressé sexuellement une jeune fille de 32 ans qui l'accuse de l’avoir sodomisée dans sa luxueuse suite d'hôtel à 3000$ la nuit, cette ville était déjà un refuge pour les voyous bien nantis. »

J’ai lu, comme tout le monde (plus que tout le monde ?) les divers rebondissements de l’affaire DSK mais je n’ai jamais entendu parler de sodomie dans le cas de DSK mais plutôt de fellation. Peu importe ? Certes sauf que celle qui parle est journaliste et est sensée au moins aussi au courant de l’affaire que moi, voir plus !

La réponse à la question posée arrive plus loin dans l’article : les Américains sont des masochistes qui pensent qu’ils méritent la peine qu’ils s’infligent. Je crois surtout que ceux qui pensent ainsi ont des problèmes psychologiques…

La suite de l’article vaut le détour : « Beaucoup sont protégés par ce fléau de notre ville, l'immunité diplomatique - un permis de voler, ou même mutiler. Mais, comme Strauss-Kahn nous l’a enseigné, l'immunité n'est pas nécessaire si vous avez une nation amie où vous pouvez vous enfuir. Quand il faut arrêté à l'aéroport JFK, Strauss-Kahn était à une minute de décoller pour la France, dont les citoyens préfèrent manger de la moutarde jaune plus tôt que de forcer un mécréant a affronter la justice américaine. »

Je connaissais l’image ridicule de la France en Amérique, nous sommes des mangeurs de grenouilles (c’est devenu un peu rare de nos jours), est-ce pire que de manger du bœuf trafiqué aux hormones et des hamburgers industriels ? Je connaissais l’image du béret qui illustre tellement que les Américains sont parfois si étroits d’esprit qu’ils parlent sans savoir… La dernière fois que j’ai vu un homme avec béret et baguette sous le bras c’était dans un film américain, sinon je n’en ai jamais vu dans la rue en France ! Mais là nous sommes dans un autre type d’insulte plus pernicieuse : la moutarde ! C’est comme si je parlais des Américains comme des violeurs mangeurs de ketchup ! Bref.

Je ne parle même pas de l’insinuation sur le fait que DSK fuyait et qu’on l’aurait attrapé de justesse avant qu’il ne s’échappe vers la France. Bonjour, encore une fois la présomption d’innocence ! Oui la France, encore pays des droits de l’homme, n’extrade pas ses concitoyens. Que l’on aime ou pas, c’est notre pur droit et cela relève uniquement de notre souveraineté et ne regarde en rien les autres pays.

Sur l’affaire DSK nous trouvons plus loin : « Lorsque les autorités ont rattrapé Strauss-Kahn, qui a déjeuné avec sa fille après avoir, dit la femme de ménage, fait irruption hors de la salle de bain, nu - une attaque qui serait visuellement comique si elle n'était pas si perverse - il était dans un avion à l'aéroport JFK. (Il reconnait avoir eu une relation sexuelle avec elle, mais qu’elle était consentante).

Strauss-Kahn a été à deux minutes de suivre la voie de Roman Polanski - un autre citoyen français, qui avait admis avoir droguée et eu des relations sexuelles avec une adolescente de Los Angeles dans les années 70, puis a finalement fui la justice des États-Unis pour le sein protecteur de la France. Les Français, voyez-vous, n'ont pas de traité d'extradition avec les États-Unis. »

Je ne suis pas fan de Polanski et souhaitait qu’il prenne enfin ses responsabilités sur ce même blog. Pourtant, cette manière de mettre Polansky et DSK dans le même sac malgré qu’il ne soit pas prouvé qu’il ait tenté de fuir (pourquoi déjeuner avec sa fille après un viol ?) est encore ridicule. Cette façon de stigmatiser la France et les Français, de les faire passer pour des pédophiles et autres violeurs est purement scandaleuse ! L’Amérique n’a-t-elle pas, hélas, ses propres violeurs ? Andrea Peyser l’ignore-t-elle vraiment ?

Le reste de l’article devient de plus en plus hétéroclite et incohérent : « L’idiot d’iranien Mahmoud Ahmadinejad, l'an dernier se tenait devant l'Assemblée générale des Nations Unies et a cruellement accusé les États-Unis d’avoir une responsabilité dans les attentats du 9/11. Le président zimbabwéen Robert Mugabe, dont la femme arbore une Rolex à 40,000$ alors que des millions de ses concitoyens vivent dans la misère, traite son déplacement en Amérique comme un shopping de 2 millions de dollars, tout en fustigeant l'Occident des sanctions économiques prises à son encontre. »

Quel rapport avec le début de l’article ? Traiter Ahmadinejad d’idiot est tout de même un peu fort. Je ne l’aime pas du tout non plus, surement pas pour les même raison, car je me fiche bien de ce qu’il dit (même sur les États-Unis ! Désolé Madame Andrea Peyser…), mais déteste la répression qu’il fait subir sur son peuple. C’est dommage qu’une journaliste comme Andrea Peyser ait, un petit peu, oublié ce « détail ».

La suite de l’article est encore plus hétéroclite et délirant, tout y passe : une employé qui a accusé le Haut Commissariat pour les réfugiés d’abus sexuels en 2003 et n’a toujours pas eu son procès (immunité diplomatique), un américain paraplégique à cause d’une mission pour l’ONU en Afrique s’est vu refusé une indemnité de 2 millions de dollars par le pays africain, 17 millions de dollars d’amendes de stationnement impayées pour cause d’immunité diplomatique, Donald Trump qui est stupide et bling-bling, un chanteur transsexuel qui a indiqué cette semaine qu’il allait épouser sa petite amie, 84 arrestations liées à la drogue à Union Square Park, un vol d’iPad, les livres montrant des lesbiennes et de la bestialité qui finalement ne seront pas interdits et enfin, pour finir, la bataille juridique qui va commencer en vue d’interdire le feuilletage de magasines porno dans les librairies si un enfant se trouve dans l’environnement proche…

Proposition de l’article : lorsque des étrangers viennent à New York, il faut qu’ils mettent en garantie tous leurs biens en échange ! Waouh ! Nous sommes au pays de la liberté, cela se sent ! Même la Chine ne demande pas le millionième de ce qu’elle propose ! Mais qu’a donc telle fumée ? Pourquoi un journal ayant pignon sur rue publie-t-il un article si contestable, insultant, raciste, ridicule et farfelu ?

J’ai contacté le journal (en anglais) : « J’ai été profondément choqué par la vision raciste que l’auteur a des étrangers et en particulier des Français. Dans notre pays *décadent*, un tel article serait tombé sous le coup de la justice pour racisme. L’article, de plus, est un assemblage hétéroclite d’idées faciles et préconçues qui mènent le lecteur vers le néant. Il me semble que vous devriez faire quelque chose concernant cette situation pitoyable. Je me demande si vous aurez suffisamment de courage pour publier cette lettre et y répondre. Cordialement. Eugène. »

Pour l’instant pas de réponse. Lire également Affaire DSK: la face cachée du New York Post.

Pour votre sécurité…

photo

 

jeudi 19 mai 2011

Automobilistes, otages du gouvernement ?

A lire sur www.korben.info:

Automobilistes, otages du gouvernement ?

L’automobile est une vaste arnaque… Bon, je vous épargne les discours sur le prix de l’entretien d’une voiture, sur le coût de l’essence, la pollution et les accidents car ça on le sait tous et on fait avec… et je vais juste vous parler rapidement de 3 points qui m’ont particulièrement agacés cette semaine

Les avertisseurs de radars

On commence tout d’abord par l’interdiction sans concertation décidée par le gouvernement, de supprimer à la fois les panneaux indiquant les radars automatiques et surtout d’interdire complètement l’utilisation, la détention, la fabrication, l’importation et la vente de ce qu’on appelait jusqu’à maintenant les détecteurs de radar « légaux ». Raison officielle : Cela nuit à la politique de sécurité routière, donnant un sentiment d’impunité aux conducteurs.

Moué, on y croit moyen… ce qu’on voit surtout c’est que c’est un bon moyen de faire encore plus d’argent car n’importe qui, même respectant les limitations de vitesse se fera forcement flashé. C’est mathématique… Un petit moment d’inattention, un panneau qu’on a raté parce qu’on a doublé un camion à ce moment là, ou une urgence qui nécessite une accélération rapide pour éviter un accrochage… Pas besoin d’être un chauffard. Interdire les avertisseurs de radars va probablement permettre d’augmenter le nombre d’infractions (en plus de mettre une partie des gens qui travaillent dans ces sociétés au chômage). Je me trompe peut être mais on verra bien. Des associations d’automobilistes comme l’AFFTAC protestent activement, soutenus par les fabricants.

La question que je me pose maintenant, c’est surtout une question pratique… Comment vont-ils pouvoir interdire ça ?

Ce genre de système est aussi présent dans les GPS et les téléphones. Doit-on les interdire aussi ? Va-t-on donner à la police des droits supplémentaires pour fouiller dans nos téléphones portables ? Et est-ce qu’interdire aux utilisateurs de s’informer les uns les autres de la présence de ces radars est une entrave à la liberté d’expression ?

Oui, je sais, ça fait plus qu’une question mais ce sont des vraies interrogations. Je n’aime pas trop quand le gouvernement prend une décision aussi rapidement sans prendre le temps de s’informer auprès d’experts, surtout quand cette décision impacte un grand nombre de français. Si vous avez un détecteur de radar légal, allez vous arrêter de l’utiliser ? Si j’étais fabricant de ce genre d’appareil, je crois que je jouerai le jeu jusqu’au bout en continuant à les vendre, tout en amenant cette histoire en justice.

Quelle sera la prochaine étape ? Interdire les phares sur les voitures sous pretexte que les gens s’en servent pour se prévenir ?

Le prix des carburants

Le deuxième point que je voulais aborder, c’est le prix du carburant… Enfin, plus exactement le site www.prix-carburants.gouv.fr proposé par le gouvernement, qui permet de connaitre le prix de l’essence dans les stations autour de chez soit. Très pratique, gratuit et vraiment « gentil » de la part de nos dirigeants… Sauf qu’il y a un hic… Il n’y a pas d’application mobile officielle pour ce genre de service. En général, quand on cherche une station essence, on est déjà en voiture. Donc avoir un beau site web, c’est bien, mais avoir une véritable application (ou version HTML) mobile, ce serait vraiment efficace pour aider les automobilistes à consommer intelligemment. Mais cela ne semble pas dans les priorités de l’Etat. Du coup, des développeurs indépendant ont utilisés ces données accessibles gratuitement pour faire leur propre application.

Je pense par exemple à CarburantFuté ou AndroCarbu, 2 applications pour Android qui permettent de connaitre le prix de l’essence de manière géolocalisée… Ou plutôt qui « permettaient » car depuis quelques jours, les créateurs de ces applications ont reçu des plaintes de la part du site officiel, qui leur réclame tout simplement 35 000 €/an pour utiliser leurs données. Ça fait un peu cher pour des développeurs d’applications gratuites, je trouve. Les dév comme les utilisateurs sont tout simplement dégoutés et Prix-Carburants.gouv.fr garde ainsi le monopole sur l’affichage de ses données. Moins de gens peuvent comparer les prix de l’essence, mais ça ils s’en foutent. Dans la mesure ou ce site a été créé avec nos impôts, je ne vois pas pourquoi les données ne seraient pas distribuées en open data et donc accessible à tous. C’est juste naze et je pense qu’on peut encore attendre avant que le site gouv se lance dans la conception d’une appli iPhone/Android/WP7.

Bref, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi j’hésite entre une volonté de faire un bon petit racket à l’ancienne ou une volonté de freiner des quatre fers cette jolie initiative. Dommage…

Le fichier des cartes grises

Enfin, le dernier point dont je voulais vous parler concerne nos données personnelles. Depuis 2009, la loi permet au gouvernement de vendre à des entreprises privée, l’intégralité des informations nominatives présentes sur nos cartes grises. En gros, pour un prix allant de 0,087 € à 0,2 € en fonction des quantités de données achetées, n’importe quelle société peut s’approvisionner un bon petit fichier client contenant les noms, prénom, sexe, date et lieu de naissance, adresse postale, le numéro d’immatriculation, les caractéristiques techniques de la voiture (marque, modèle, couleur…etc) ainsi que la date du dernier contrôle technique.

Cette vente est effective depuis le 11 avril de cette année et personne ne nous a demandé notre avis. Il y a 40 millions d’automobilistes en France… L’intégralité de ces données ne couterait « que » 3,4 millions… Autant dire une pacotille pour les grosses boites. Heureusement, dans les déclarations récentes, vous pouvez cocher une case indiquant que vous ne voulez pas « être vendu », mais que faire lorsqu’on est déjà immatriculé depuis longtemps ? A qui s’adresser ? Logiquement à la préfecture mais personne ne sait réellement quelles démarches il faut faire.

cap 2011 05 18 à 10.11.32 Automobilistes, otages du gouvernement ?

Ça peut sembler anodin mais la vente de ce genre de fichier par l’Etat, est un véritable abus. De quel droit font-il cela ? Sans en informer véritablement les français, et d’une manière assez sournoise car c’est en oubliant de cocher la case que vos informations personnelles seront vendues. Un espèce d’accord tacite par omission, sans parler de tous ceux qui comme moi n’ont pas eu à donner leur avis. On peut aussi s’interroger sur l’utilisation que feront ces sociétés privées de toutes ces informations. La plupart, ce sera pour nous saouler avec le contrôle technique mais les autres ?

Et une fois que les infos sont vendues, si je fais ma demande de radiation de ce fichier commercial, est ce qu’il faudra en plus que je déménage et que je change d’immatriculation pour ne plus recevoir toutes ces infos commerciales ? Et enfin, que la fait la CNIL ?

Je sais bien que la France a besoin d’argent en ce moment, mais faire ce beurre sur le dos et dans le dos des français, c’est difficilement supportable. Si vous voulez plus d’infos sur cette histoire de fichier de carte grise, je vous invite à lire cet excellent article.

Merci à Jeff et Jonathan