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jeudi 13 octobre 2011

La taxe des hauts revenus est uniquement symbolique, c’est le modèle social qui doit être amputé ! (sic)

Pour Charles Beigbeder, du MEDEF, le retour à l’équilibre budgétaire nécessite le sacrifice de notre modèle social, car taxer les riches est ridicule et inefficace. La mondialisation vous inquiète ? vous avez grand tord car c’est une formidable opportunité pour nous et notre modèle social ! Qu’on se le dise ! 

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Ce mardi 11 octobre 2011, dans le grand journal de BFM radio, Charles Beigbeder, président de la « commission recherche et innovation » du MEDEF (et UMP convaincu) n’avait qu’un mot à la bouche : il est urgent de diminuer les dépenses sociales de 90 milliards d’euros, car il ne faut rien attendre de la nouvelle taxation sur les hauts revenus décidée par le gouvernement : elle est symbolique et dangereuse.

Analyse : Ce fut donc un festival de contrevérité et de mauvaise foi libérale pour justifier ce sacrifice. Ici, pas question d’augmenter les impôts qui ont pourtant fortement baissé pour les riches sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais uniquement de diminuer les dépenses sociales. En gros pas question que les riches, trivialement assimilés à des acteurs économiques dynamiques créant des « boites » et des emplois, mettent la main à la poche, c’est le social qui doit trinquer. La taxe sur les hauts revenus est symbolique (0,25 % de l’effort à faire) et ne sert à rien.

La taxe sur les hauts revenus est de 3 % pour les revenus de 250 000 à 500 000 euros et de 4 % au-delà. Pour Beigbeder, il faut trouver 90 milliards d’euros par an et que cette mesure rapportera 300 millions d’euros. D’après lui, même si l’on passait la taxe à 15 % cela ne ferait qu’un milliard soit 1 % du problème (pas tout à fait en fait, 1,11 %).

Analyse : Très bien, mais rien ne dit qu’il ne fallait pas fixer la limite à 100 000 euros de revenus annuels (déjà très confortable) et ne pas mettre une progressivité allant de 10 % à 30 %. Rien ne nous interdit de supprimer tous les cadeaux fiscaux mis en place par le président et qui nous ont mis dans cette situation.

Pour lui si cette taxe symbolique n’est pas accompagnée de mesures drastiques de réduction des dépenses cela peut être dangereux : il faut tailler dans la dépense. C’est donc un problème d’état providence « qu’il faut refonder, car on veut le sauver évidemment ». « Tout le monde doit faire un effort ».

Analyse : C’est assez fort, car si tout le monde doit faire un effort, il reconnait que les riches doivent faire un effort symbolique, mais que la presque totalité de l’effort doit être fait sur le social, c'est-à-dire : l’effort doit être porté presque exclusivement par les pauvres ! Il a même l’audace de dire qu’il faut « refonder » (donc détruire ou fortement raboter, de 90 milliards précisément) l’État-providence, et ce, « pour le sauver » « évidemment » ! l’État-providence : l’autre cheval de bataille des ultralibéraux…

D’après lui c’est par ce que nous sommes dans « un assistanat généralisé » et que « cela ne peut plus durer » que nous sommes dans cette situation, ce n’est en aucun cas à cause des banques. Cette taxe est « un message pas très positif pour les agents économiques les plus dynamiques qui créent des boites et des emplois ».

Analyse : La thèse qui veut que tous nos malheurs viennent des dépenses sociales qui ne sont que de « l’assistanat généralisé » est un grand classique de l’ultralibéralisme. Il est également très simpliste de considérer que les revenus supérieurs à 250 000 euros sont ceux des personnes qui créent « des boites et des emplois » ! Pour ma part, je dirais que c’est tout sauf cela. Mon pauvre plombier qui travaille 15 heures par jour, qui refuse des contrats et ne peut embaucher de nouveaux employés (il en a déjà quatre), car la banque ne lui prête plus et qui ne se verse que 2000 euros par mois est lui un vrai entrepreneur, un de ceux qui font l’emploi en France et il a des revenus à peine supérieurs aux SMIC ! N’oublions pas que les PME sont le premier employeur de France et que personne au gouvernement ne pense à lui. Les personnes qui gagnent plus de 250 000 euros sont des cadres de très haut vol d’entreprises du CAC40 ou pire, de purs investisseurs qui ne créent pas d’emploi, mais en détruisent régulièrement. Monsieur Beigbeder, il serait temps que vous regardiez autour de vous !

Montebourg en prend pour son grade : il s’oppose au retour des déficits sous la barre des 3 % alors, d’après Beigbeder, qu’il faudrait revenir à 0 % voir à +1 % ! Les Français ne comprennent pas la « science économique », car on ne l’apprend pas à l’école : 2/3 des importations chinoises sont réexportées, si l’on met des barrières douanières c’est toute l’économie qui s’effondre et « l’immense majorité de nos emplois qui disparaissent », un salarié sur quatre dépend de l’exportation, la mondialisation est une chance extraordinaire. Cela permet les grandes avancées technologiques de ces dernières années. Le monde est en croissance de 4 % par an certains sont à 8 % d’autres à +1 %. Il faut saisir cette chance : il y a des milliards d’êtres humains qui cherchent à améliorer leur niveau de vie, aidons-les, allons chercher ces nouveaux marchés fantastiques pour nos entreprises et on pourra financer notre modèle social.

Analyse : C’est tellement dense en contrevérité et en idéologie ultralibérale primaire que cela en devient amusant et facile à démonter :

  • Si l’on retournait à 0 % (ou même +1 %), ce que personne ne propose ni ne demande d’ailleurs à part Beigbeder, cela voudrait dire que la France n’investirait plus qu’elle ne ferait qu’accumuler des richesses. C’est comme interdire tout crédit à un ménage, nous pouvons nous en passer, certes, mais un peu de crédit bien utilisé n’a jamais fait de mal a personne bien au contraire ! C’est bien méconnaitre l’économie que de viser 0% ou +1%…
  • Dire que l’économie est une science comme il aime à le souligner est ridicule et bien évidemment faux, ceci, même pour des ignares, nous est rappelé par le nombre de crises économiques qui se succèdent et qu’on n’a pas su prévoir et empêcher. Manifestement monsieur Beigbeder n’est pas un scientifique sinon il saurait ce qu’est une science, c’est d’ailleurs bien regrettable car il est tout de même de formation ingénieur de l’école Centrale Paris !
  • Le fait que l’on réexporte une partie de ce qui est importé ne justifie rien. Si l’on prend l’exemple d’Apple aux États-Unis, nous savons que si la recherche et développement est américain, la fabrication est purement chinoise. Si l’on suit le raisonnement de Beigbeder, Apple est une bonne affaire pour les Américains pourtant on peut lire qu’Apple avec sa fabrication 100 % chinoise serait responsable pour plus un milliard du déficit commercial américain ! Ceci signifie simplement que, le réexport de produit hautement technologique n’est pas rentable et générateur de déficits commerciaux !
  • Dire que parce que l’on s’est mis dans une situation délicate qui est une impasse, il ne faut pas changer est absurde. Oui, mettre des barrières douanières n’est pas non plus une solution miracle, ce sera aussi difficile au départ, car cela bouleversera beaucoup d’équilibres, mais n’est-ce pas justement ce que nous devons faire ? Ne devons-nous pas remettre à plat le système, et ce, même si c’est difficile ?
  • La mondialisation est une chance extraordinaire seulement pour les peuples pauvres qui n’ont rien à perdre et tout à gagner, pour les Français ce n’est en aucun cas une affaire. Un homme politique et représentant du MEDEF ne doit-il pas se préoccuper uniquement des intérêts français ? S’il désire travailler pour des intérêts chinois qu’il parte en chine ou en Inde… Nous sommes en grave déficit comme Beigbeder aime le répéter pendant que les Chinois croulent sous les excédants budgétaires et Beigbeder nous propose de les « aider », c’est tout simplement surréaliste !
  • Faut-il rappeler à Beigbeder que les miettes de croissance que la mondialisation nous accorde ne sont pas de 1 %, mais très proche de 0 % comme le montre les derniers chiffres français…
  • Financer notre modèle social avec les nouveaux marchés qui s’ouvrent est une illusion ridicule : si cela marchait, nous n’en saurions pas là. Pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Parce que les pays pauvres sont plus protectionnistes que nous : une société occidentale ne peut entrer sur le marché chinois que si le gouvernement chinois est d’accord et en général ce n’est le cas que parce qu’il y a des transferts de technologie important sur des secteurs stratégiques pour les Chinois. Rien de tout cela en Europe et la chancelière Allemande a du se fâcher, car les Chinois venaient en Allemagne acheter des PME, pillait leur savoir-faire et repartaient en Chine !
  • Vous remarquerez qu’il ne parle absolument pas des mesures nécessaires pour réindustrialiser la France, seule option pour recréer des emplois au lieu de ne vanter que les emplois d’import (et exports) qui ne sont souvent que le symbole de l’aggravation de notre déficit commercial. Ou sont ses propositions innovantes sur le sujet ? Il est vrai que Beigbeder est plus un financier qu’un industriel : Il a fondé le courtier en ligne Selftrade, le fournisseur d'électricité Poweo, le producteur agricole AgroGeneration, la société de réservation de loisirs Happytime et la société financière Audacia. Rien d’industriel dans tout cela, son seul vrai contact industrile n’a duré que peu de temps : juste après sa sortie d’école il a travaillé deux petites années chez Matra Marconi Space. Année industrielles vite oubliées.

Selon lui il faut faire « beaucoup, beaucoup de pédagogie » des réformes effectuées et de celles qui faut faire. Il ne faut pas attendre, car si l’on attend on peut doubler nos intérêts financiers. La journée d’action contre l’austérité est un échec total : 5000 personne à Marseille ce qui prouve que les Français ont compris qu’il fallait des sacrifices… D’ailleurs si nous ne faisons pas rapidement ces sacrifices, la dégradation de la note français va surement doubler les frais financiers de la dette.

Analyse : autre grande lubie des ultralibéraux : si l’on n’est pas d’accord avec eux c’est parce que nous n’y connaissons rien (nous n’avons pas été éduqués à la « science économique » à l’école) et parce que les bonnes idées ultralibérales n’ont pas été présentées avec suffisamment de pédagogie ! Vu le bilan désastreux du gouvernement, c’est pour cela qu’il faut faire « beaucoup, beaucoup de pédagogie » des réformes effectuées et, mais aussi de toutes celles qui faut que nous fassions pour satisfaire l’ogre libéral… En revanche Beigbeder a raison sur un point, un seul finalement, il faut traiter ce problème de la dette rapidement et avant l’élection présidentielle car la note de la France sera dégradée après et cela nous coutera plus cher… Mais l’élimination de la dette n’implique pas uniquement des rabotages sociaux.

Alors si, au MEDEF, c’est cela la « recherche et l’innovation », il est urgent de supprimer cette commission, car c’est de la foutaise pure et dure !

mardi 24 mai 2011

Mesures de radioactivité en Ile de France

Nous entendons partout que le nuage radioactif japonais risque d’arriver demain ou après-demain, mais que nous devons nous rassurer, car même s’il passe il n’y a absolument aucun risque. Le Blog économique et social a voulu en avoir le cœur net.

Nous avons fait mesurer la radioactivité ambiante depuis le 16 mars 2011 afin d’avoir une base de comparaison relative. L’appareil de mesure est un Radex RD1503 (appareil semi-professionnel) qui mesure les rayons X et Gamma et les particules Bêta en continu.

La mesure est faite chaque jour à la même heure et au même endroit. Une mesure continue de 30 minutes est effectuée et la moyenne des valeurs est prise. Vous trouverez à partir d’aujourd’hui et pendant toute la crise japonaise la mise à jour quotidienne du graphique de radioactivité. Il ne représente qu’un endroit en ile de France, mais les variations (s’il y en a) seront significatives du passage d’un éventuel nuage. Nous pourrons constater que les doses mesurées seront (ou pas) inoffensives.

Le point central sur chaque mesure indique la mesure moyenne sur une demie-heure tandis que l’excursion indique la plage possible de la valeur étant donné la précision de l’appareil de mesure. Les mesures sont en µSv/h.

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Nous pouvons avoir l’impression que la mesure de radioactivité augmente ces derniers jours, mais étant donné l’aspect statistique d’une telle mesure il est plus important de constater des tendances franches ou stablement croissante ou décroissantes.

Conclusion provisoire

Après une franche montée de 0,10 vers 0,14 resté stable autours de cette valeur pendant 15 jours, nous constatons qu’après une baisse reflétant une diminution des rejets à la centrale de Fukushima, nous avons une nouvelle montée qui se vérifie depuis plusieurs jours. Un pic à même été constaté à 0,20 il y a quelques jours !

Comme la situation n’est pas stable au Japon et que de nouvelles émissions pourraient être à déplorer, nous continuerons à mesurer régulièrement la radioactivité de l’air en France.


Un schéma très bien fait mais en anglais est disponible ici (merci à La Grenouille) et donne une idée sur la gravité ou non des chiffres mesurés ci-dessus.

jeudi 5 mai 2011

Douze propositions pour "sauver" le métier d'ingénieur

A lire dans La Tribune.fr:

Les chefs d'entreprise de l'Isae Executive Club "lancent un cri d'alarme" sur la situation du métier d'ingénieur en France. Ils publient un livre blanc qui formule douze propositions.

Ces derniers mois, la situation du métier d'ingénieur a suscité nombre de contributions, parfois polémiques : proposition de labelliser les formations universitaires (avorté face à la levée de boucliers des écoles), rapport de l'institut Montaigne préconisant de rénover la formation, mobilisation des doyens européens des formations en ingénierie pour favoriser les pratiques innovantes (La Tribune du 25 février 2011). A sont tour, l'ISAE Executive Club, collectif qui regroupe une centaine de cadres dirigeants et de chefs d'entreprise, vient de lancer un "cri d'alarme" en publiant un livre blanc ("Réinventer le métier d'ingénieur pour en valoriser le rôle dans la société"). Ils formulent  "douze propositions pour sauver le métier d'ingénieur" et éviter à terme "la perte de la maîtrise des technologies et de l'innovation" pour la France.

"La France - et l'Europe - n'aime plus son industrie. L'industrie (hors services à l'industrie) n'y représente plus que 16% du PIB contre 22% en 1998", énonce l'ouvrage en préambule. En cause, "une sorte de désertion d'un trop grand nombre d'ingénieurs formés et diplômés en France, qui boudent l'exercice des métiers scientifiques et techniques". Beaucoup alertent d'ailleurs depuis plusieurs années sur une pénurie d'ingénieurs. "Il n'y a pas à proprement parler de pénurie. La France en forme 30.000 par an ce qui correspond aux besoins du pays. Mais il y a un véritable désamour, nombre de diplômés exerçant finalement d'autres métiers notamment dans la finance", analyse Jacques Lefèvre, co-auteur du livre blanc. Le président de l'Isae Executive Club attribue cette désaffection à l'image vieillotte et austère véhiculée par la profession, la baisse de rémunération dont sont victimes les jeunes diplômés (hormis ceux des très grandes écoles) qui intègrent les bureaux d'études et la production ou encore le manque de pratique des enseignements. "La technologie de fait plus rêver", déplore Jacques Lefèvre.

Développer l'entreprenariat

Le livre blanc propose donc trois axes de mobilisation. Renforcer la dimension internationale tout d'abord. "Il faut passer de l'école PME à l'école multinationale, suggère Jacques Lefèvre. Les écoles doivent se regrouper pour créer des pôles ayant une masse critique de 5.000 diplômés par an." Il s'agit aussi de profiter par exemple des grands programmes industriels réalisés à l'étranger pour créer sur place (en Chine, au Brésil...) des sites de formation en label propre. Si le modèle très spécifique de l'ingénieur à la française fait la différence à l'étranger, il souffre toujours "d'un déficit d'image au démarrage", note Jacques Lefèvre. Le danger est donc de voir à terme les diplômés des pays émergents prendre le dessus. Autre axe d'action, le développement de l'innovation et de l'entreprenariat. La faiblesse de ces deux thématiques ont maintes fois été soulevées.

"Les jeunes ont des idées mais ne bénéficient pas de l'environnement nécessaire. Nous proposons d'utiliser les chefs d'entreprise comme stimulateurs d'innovation et créateurs de liens avec les PME innovantes", poursuit Jacques Lefèvre. De fait, les carrières en PME ne sont pas assez rendues attractives. Afin de soutenir l'industrie au niveau local, l'idée est de créer des actions sur les bassins d'emploi (prix innovation...) et de développer le maillage territorial. Enfin, le troisième cheval de bataille est de rapprocher les formations d'ingénieurs et le doctorat, sachant qu'à l'international, c'est généralement le doctorat qui le diplôme de référence. "Le rapprochement entre le monde de la recherche et les écoles d'ingénieurs doit devenir naturel", suggère Jacques Lefèvre. Un mouvement en phase d'amorçage, les écoles commençant à passer des partenariats avec les universités afin que leurs diplômés s'engagent dans des thèses.

Outre une revalorisation du métier aux yeux des jeunes, l'objectif est aussi que les ingénieurs "prennent place dans les débats de société et soient promu comme image du progrès", milite l'Isae Executive Club. Cela commence dès l'école primaire, au sein de laquelle des actions sont prévues en partenariat avec le ministère de l'Education nationale. Dans le sillage de son livre blanc, le collectif compte aussi "porter des actions en commun avec le syndicat professionnel Ingénieurs et scientifiques de France (IESF, ex-CNISF) et la conférence des grandes écoles, sans oublier le lobbying auprès du monde politique, à commencer par le ministère de l'enseignement supérieur. L'enjeu est taille : freiner la désindustrialisation de la France et éviter que les technologies d'avenir deviennent l'apanage des pays émergents.

Clarisse Jay - 13/04/2011, 09:31

mardi 12 avril 2011

Nucléaire, peut-on encore faire confiance aux autorités nucléaires ?

Dans un entretien au journal Le Monde daté d'aujourd'hui, Thierry Charles, responsable des questions de sureté à l'IRSN, indique que la situation est stable et que le "pire est passé". Or, manque de chance, dans un autre article du même journal le même jour la gravité de l'accident est passée du niveau 5 au niveau 7 (sur 7). D'où la question évidente de la pertinence du jugement de l'IRSN.

Dans un entretien dans le journal Le Monde du mardi 12 avril, Thierry Charles, responsable des questions de sureté à l'IRSN, indique que "Depuis dix jours, la situation est à peu près stabilisée" même s'il modère ses propos en ajoutant, plus loin, que "Cela peut prendre des semaines, voire des mois." Pour une stabilisation définitive. Il ajoute ensuite que la zone d'exclusion "a été élargie à 30 km. Cela correspond à la zone postaccidentelle, où l'on observe des dépôts de radioactivité au sol. Nous pensons que c'est une mesure raisonnable." Puis enfin :"L'iode 131 est un radioélément a durée de vie assez courte, elle décroit d'un facteur 2 chaque semaine. Dans trois mois, son niveau sera complètement secondaire et les habitants pourront théoriquement revenir."

Interrogé sur la gestion de la crise par Tepco, il juge cette gestion correcte vu l’amplitude de la catastrophe « Il faut se mettre à leur place. Ils venaient de subir une énorme catastrophe naturelle où ils avaient potentiellement perdu des membres de leur famille lorsqu'ils ont dû faire face à une situation nucléaire inédite, avec plusieurs réacteurs endommagés en même temps. Leur principale erreur, c'est d'avoir tout misé sur le refroidissement des cœurs et d'avoir négligé les piscines de combustible au début de la crise. Avec plus de recul, on pourra analyser comment ils auraient dû réagir idéalement. ». Rien à reprocher à Tepco donc.

Cette déclaration laisse penser que l'accident est en bonne voie de résolution et que dans trois mois les habitants reviendront vivre près de la centrale. Déclaration idyllique, mais hélas très loin de la réalité ! Comble du sort pour monsieur Thierry Charles, le même journal, le même jour donne un tout autre son de cloche ! Les deux articles trônent cote à côté dans la rubrique Japon. On y apprend, les faits suivants :

Le Japon a placé ce mardi 12 avril l’accident nucléaire de Fukushima au même niveau de gravité que celui de Tchernobyl, le niveau 7, soit le plus haut de l’échelle. L’Agence de sureté nucléaire nippone ne peut pourtant pas être soupçonnée de surévaluer l’accident et a plutôt été jusqu’à présent plutôt très modérée. Elle avait en effet classé l’accident au niveau 5 alors que l’IRSN le classait au niveau 6. Elle indique aujourd’hui que les émissions radioactives restaient, jusqu’à présent, inférieures à celles de la catastrophe de 1986 (rejets évalués à 10 % environ). Mais, dans le même temps, la montée jusqu’au niveau de gravité maximum de 7 indique des « rejets majeurs de matières radioactives » avec « des effets considérables sur la santé et l’environnement ». 

Cette montée de la gravité nous prépare à une aggravation des conséquences de l’accident plutôt qu’à une stabilisation. Position confirmée par l’agence qui craint qu’à terme les « fuites radioactives » ne « dépassent finalement celles de Tchernobyl » ! Il n’est donc pas du tout question de revenir habiter autour de la centrale dans trois mois dans ce contexte. Les réacteurs ou leurs piscines fuient, pour preuve : des traces de strontium, un élément hautement radioactif produit par la fission nucléaire dans les réacteurs, ont été trouvées pour la première fois dans les sols et dans des plantes près de la centrale…

L’augmentation de la gravité se base sur les nouvelles mesures effectuées près du site : elle a été décidée « sur la base des mesures d'iode et de césium relevées dans l'environnement » indique l’agence japonaise. « Nous allons continuer de surveiller la situation. C'est un niveau provisoire ».

Comment Thierry Charles justifie-t-il la presque réhabilitation de la zone dans les trois mois dans de telles conditions ? Il nous présente la situation vue uniquement de l’iode radioactif. Il n’est certainement pas sans savoir que l’iode radioactif n’est pas le seul rejet lors d’un accident nucléaire et que c’est indiscutablement celui qui a (et de très très loin) la plus courte durée de vie et le seul dont on puisse se protéger par absorption d’iode (non radioactif) de manière à saturer la thyroïde. Ne parler que du cas de l’iode est donc ridicule et forcément de nature à minimiser l’accident. Au même moment l’autorité sanitaire souhaite créer une surveillance sanitaire sur 10 ou 20 ans et dans Le Parisien il est rappelé que la région qui entoure la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, pourrait être « inhabitable pendant dix ou vingt ans », a affirmé Kenichi Matsumoto, conseiller au secrétariat du cabinet du Premier ministre japonais, Naoto Kan. Il est tout simplement ridicule de penser que, même si la situation ne s’aggrave plus à partir de maintenant autour de la centrale, on puisse y habiter de nouveau dans les prochains mois…

Que penser de la vision très rassurante de la stabilité de l’accident alors qu’au même moment la gravité augmente et que le Japon avoue la possibilité à terme de rejets pire de Tchernobyl ?

Que penser également de la volonté de ne pas critiquer même un tout petit peu la gestion de Tepco qui, nous la savons tous a présent, fait ce qu’il peut en ce moment parfois maladroitement, a pendant des années négligées la sécurité de la centrale, et ce, depuis sa construction. Il est de notoriété publique maintenant que la centrale de Fukushima et les autres gérées par Tepco ont eu leur histoire émaillée de divers incidents plus ou moins graves. Que la centrale fut construite pour résister à des séismes de niveau 7 dans un pays ou le niveau 9 est possible. Que la double catastrophe naturelle (tremblement et tsunami, qui font pourtant souvent de pair) n’a pas été prise en compte. Le problème de Tepco n’étant pas trop sa gestion d’aujourd'hui, mais surtout sa gestion d’hier. Alors, pourquoi ne parler que de Tepco en bons termes ? Peut-être parce que si nous comparions avec la liste des incidents variés dans les centrales françaises nous aurions froid dans le dos… Surtout que dans le même moment sont dénoncé dans la presse la gestion de la centrale de Chinon (Indre-et-Loire) : Après inspection de la plus ancienne centrale de l'hexagone, l'ASN a dénoncé ce mardi à Orléans une « rigueur d’exploitation insuffisante » et demandé à EDF de prendre « des mesures fortes » pour corriger les dysfonctionnements. En tout ce sont 58 évènements significatifs pour 2010 qui ont été relevés…

Il n’y a pas a dire, l’IRSN, établissement public, a toujours une position volontairement rassurante et sous-évaluée de la situation. Ils ne craignent pas d’être démenti, parfois le jour même, pas la réalité des faits… Si en France nous avons besoin du nucléaire et qu’avec toute la bonne volonté et les moyens du monde nous ne pouvions pas nous en débarrasser dans l’immédiat, il est regrettable de toujours, encore et encore, constater cette volonté de cette industrie de cacher la vérité, de minimiser les risques et de tenir les citoyens dans l’ignorance de ce qu’ils risquent.

À ce titre la France n’est pas la seule. Sur la télévision nipponne NHK passe en ce moment un petit film qui explique aux enfants la crise de Fukushima. D’après ce film, la centrale est un petit personnage, le « Nuclear boy » qui est malade du ventre et risque de faire caca partout (oui vous avez bien lu !). Son caca “pue” et doit être évité pour cette raison. Le Fukushima boy est réconforté par le “Tchernobyl boy” (qui a été guéri en mangeant du béton) et le “TMI boy” (Three Miles Ilsland). A la fin du film il est indiqué que tout va bien se passer et que tout rentrera dans l’ordre bientôt. Bien que ce soit un film pour les enfants, c’est tout de même un peu gros non ? D’ailleurs même les enfants japonais sont dubitatifs…

Pendant ce temps, la gravité croit au japon et les médias n’en parlent déjà presque plus. Pourtant, comme le montrent les mesures effectuées par le Blog Economique et Social, la radioactivité en France a augmenté de 0,04 % (elle est passée de 0,10*Sv/h à 0,14 mesure en Île-de-France avec un appareil de précision ± 16 %) depuis l’accident. Si, comme le pensent les Japonais, nous passions de 10 % de rejets de Tchernobyl à, disons, 120 %, les mesures en France passeraient de 0,10*Sv/h à 0,58*Sv/h (augmentation de 0,48). Dans ce cas de figure extrême, nous dépasserions la limite autorisée en France (1mSv/an/personne) avec un taux de 8,76 mSv/an (même avec une marge de 16% et en prenant la valeur basse nous sommes a plus de 7mSv/an)…

jeudi 17 mars 2011

Les causes de l’accident nucléaire Japonais

La France étant un pays fortement nucléarisé, il est légitime de se demander quelles sont les raisons de l’échec cuisant du Japon sur le nucléaire et si ces raisons peuvent exister en France.

Mauvaise protection contre les séismes

La première chose qui choque c’est que la centrale de Fukushima était construite pour résister qu’à un séisme de magnitude 7. Or le séisme qui a eu lieu était de magnitude 8,9 ! Cela n’a l'air de rien, mais si l’on regarde la définition de la magnitude qui n’est pas linéaire, cela revient à avoir sous-estimé les séismes d’un facteur 80 environ. Il y a bien eu sous-estimation de la puissance possible des séismes dans cette région. Ce constat n’est pas nouveau déjà en 2006 : Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d'experts établissant les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises avait démissionné pour protester contre l’inconscience du comité. « À moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » Avait-il annoncé de manière presque prémonitoire dans un article daté du 11 aout 2007 dans l’Herald Tribune. Tout le monde à l’époque au Japon avait ignoré ses avertissements, il a finalement eu raison.

Son avertissement était pourtant basé sur des faits avérés : en aout 2005, un séisme avait affecté la centrale d'Onagawa (nord de Fukushima). Le pire est qu’il a eu raison bien avant 2011. Le 16 juillet 2007, un séisme de magnitude 6,8 a endommagé sérieusement la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. De forts séismes ont eu lieu en mars 2007 puis en 2008.

Ishibashi Katsuhiko est sismologue et professeur à l'université de Kobe.

WikiLeaks révèle selon le quotidien britannique Telegraph que l'AIEA avait également averti le Japon en 2009 qu'un séisme important pouvait poser «un problème sérieux» à ses centrales nucléaires. Le gouvernement Japonais n’avait pas réagit autrement qu’en créant une sorte de hot-line… Déjà en 2006 le gouvernement japonais s'était opposé à l'ordre d'un tribunal de fermer une centrale dans l'ouest en raison de sa résistance insuffisante à un séisme. L'Agence de sécurité nucléaire et industrielle Japonaise avait estimé que le réacteur était «sûr» et que «toutes les analyses sur sa sécurité avaient été effectuées de façon appropriée», indique le câble.

Rappelons que le sud de la France aussi est soumis aux séismes. Le 11 juin 1909, un séisme d’une magnitude 6 a été enregistré en France (séisme de Lambesc).

Choix d’une technologie économique, mais moins sure

Le réacteur de Fukushima est un réacteur à eau bouillante contrairement à ceux de la France qui sont à eau pressurisée. La différence est essentielle, car dans le cas des réacteurs français il y a un circuit primaire et secondaire. Dans le cas de la centrale Fukushima, il n’y a qu’un seul circuit fermé de refroidissement.

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Ceci est moins cher car si cela évite la construction d’un circuit secondaire, mais également d’une tour de refroidissement. Cette dernière est remplacée par de l’eau de mer ce qui implique une installation en bord de mer. Bords de mer qui peuvent être frappés par des tsunamis. Dans de telles conditions, des systèmes techniques auraient dû être mis en place pour résister à une double catastrophe: séisme et tsunami.

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Il est également clair que la centrale n’était pas protégée contre une double défaillance : coupure d’électricité et panne de générateur diésel. Ceci est tout à fait regrettable pour une centrale si dangereuse.

Un carburant toxique

Le carburant du réacteur 3 est du MOX. Or ce combustible est une belle saleté. Composé d’uranium et de plutonium, issu de déchets nucléaires recyclés, le MOX considéré comme « bien plus réactif que les combustibles standards » par Jean-Marie Brom, ingénieur atomique, directeur de recherche au CNRS. « Le plutonium, qui n’existe pas à l’état naturel, est un poison chimique violent. Le mieux aurait été de ne pas en mettre du tout ». L’inhalation d’un micro-gramme de plutonium est suffisante pour provoquer un cancer du poumon !

Le MOX fut inventé dans les années 1960 et testé par les États-Unis qui le rejetèrent le considérant dangereux et peu rentable. À l’origine, le Japon avait prévu de fabriquer son propre MOX, mais des incidents à répétition dans son usine de fabrication avaient conduit le Japon à jeter l’éponge et un contrat de fourniture de MOX a été passé avec l’opérateur nucléaire français AREVA… Le MOX est produit par l’usine Mélox du site nucléaire de Marcoule dans le Gard qui produit 140 tonnes de MOX par an ! Sa construction fut décidée par Monsieur Jospin.

Le réacteur de troisième génération EPR que la France est en train de construire marche à l’uranium enrichi ou au MOX.

Un exploitant opaque

Tepco est le quatrième producteur mondial d'électricité, jugé très efficace avec un taux de coupure parmi les plus faibles du monde. Pourtant, comme toutes les entreprises du secteur nucléaire du monde, reste très opaque dans sa gestion des risques. Accusés de fausses déclarations dans les rapports d'inspection gouvernementales avaient poussé la direction à démissionner en 2002. En 2007, la NISA, l'Agence de sureté industrielle et nucléaire, avait estimé à 97 incidents, dont 19 critiques, les accidents dissimulés aux autorités entre 1978 et 2002. Cette constatation concernait toute les entreprises d’électricité japonaises, mais en particulier Tepco. En juillet 2007, le séisme avait provoqué un incendie et une fuite radioactive à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande du monde et gérée par Tepco. Encore une fois l’entreprise est contestée pour avoir tardé à donner des informations précises sur les deux incidents. Enfin concernant le séisme de mars 2011, Tepco est encore critiqué : elle aurait refusé l’aide des américains le 12 mars pour finalement être acculée à la demander d’elle-même plusieurs jours plus tard. Cette attitude leur a valu une remarque acide du premier ministre japonais le 15 mars : "Alors que les explosions étaient filmées par toutes les télévisions, il vous a fallu plus d'une heure pour en informer le gouvernement". Tout est dit. Le premier ministre a également reproché à Tepco d’avoir évacué très tôt ses employés de la centrale en ne laissant que les employés des filiales de Tepco gérer l’accident ! Il avait alors conclu : "Vous êtes les seuls face à ces problèmes. Quitter la centrale est impossible. Soyez prêts à tout. Si vous vous retirez maintenant, ce sera la fin de Tepco."

Sur ce point, nous ne sommes manifestement pas mieux lotis.

mardi 15 mars 2011

Japon : La TV diffuse en boucle des show ridicules pendant que l’hypothèse d’un Tchernobyl se rapproche

Un lecteur de mon blog me signale une vidéo à voir absolument. Un Français habitant à Tokyo avec sa femme et ses enfants pousse une colère homérique quant il constate avec horreur que la télévision Japonaise ne parle plus de la catastrophe qui se déroule en ce moment a quelques kilomètres de là, mais diffuse au contraire sur toutes les chaines des shows qui se veulent humoristiques ou l’on vous apprend a choisir la meilleure pizza et/ou l’on rie et s’amuse sans retenue.

Il y voit une aberration, une volonté délibérée du gouvernement japonais de ne plus parler de l’accident et d’amuser les habitants de Tokyo qui sont cloitrés chez eux. Il s’inquiète de ne rien savoir du drame qui se déroule près de chez lui et qui, si explosion il y a, tuera des millions de Japonais et n’épargnera pas la capitale. Il s’exprime en anglais pour qu’un maximum de gens à travers le monde puisse savoir comment sont traités les Japonais par leur propre gouvernement.

Ce témoignage qui date de ce mardi (aujourd’hui lorsque j’écris ces lignes) concorde bien avec les autres informations je possède. Regardez déjà le peu de nouvelles que nous avons eue aujourd’hui. L’opération silence à commencé hier soir lorsqu’un site japonais donnant les dernières mesures de radioactivité autour de la centrale et qui était très fréquentée à été complètement fermé. Dans les grandes entreprises françaises, on demandait aux expatriés de rentrer (billet payé par l’entreprise pour toute la famille), mais en revanche les Français en contrat local pouvaient rentrer en France, mais il devait payer eux-même leur billet. Quant aux Japonais qui travaillent au Japon, leur entreprise leur demande de venir travailler coute que coute même s’ils arrivent très en retard. Toute personne ne venant pas travailler est immédiatement traitée comme démissionnaire et licenciée. Néanmoins, si la situation devait déraper dans les prochaines heures (forte probabilité hélas, voir après la vidéo), il est clair que entre entre être licencié et mourir le choix sera vite fait.

Sans être alarmiste inutilement, l’accident vient d’être classé niveau 6 sur une échelle de 7. Le niveau 7 représentant Tchernobyl. C’est dire que c’est extrêmement grave. Je pense que le succès ou l’échec des tentatives de refroidissement seront connus dans les deux jours qui viennent, voir demain. En cas d’échec, une contamination nucléaire de forte ampleur est à craindre. Je ne peux m’empêcher de penser à ce peuple, aujourd’hui pacifique, qui décidément n’a pas de chance avec l’atome.

Il faut également rappeler que cet accident, autant que les risques associés à l’énergie nucléaire, révèle également le problème de la gestion de centrale par des entreprises privées. Guidées uniquement par le profit de court terme, la gestion d’usines aussi délicates que le sont les centrales nucléaires ne devrait pas leur être confiée. Nous ne pouvons que regretter également l’attitude rémanente des autorités de tous les pays qui mentent et cachent les risques encourus par toute activité nucléaire. Au lieu de mettre le débat sur la place publique, en toute transparence, et que tout le monde puisse choisir où mettre le curseur entre énergie pas chère et sécurité absolue, les gouvernements s’obstinent à prendre leur peuple pour des idiots et positionnent le curseur en toute opacité. Est-ce cela la démocratie ? Pourquoi avons-nous laissé le lobby du nucléaire devenir aussi fort dans tous les pays ?

Une question se posera peut-être hélas : si un ou plusieurs réacteurs devenaient fortement polluants ces prochains jours, il faut imaginer que le Japon si petit, deviendraient inhabitable pour des milliers voir des millions d’années. En plus de morts que cela occasionnerait, il faudrait que chaque pays accueille les survivants. Vous pouvez penser que je vais trop loin, mais regardez sur une carte la partie condamnée de la Russe suite à l’explosion de Tchernobyl, comparez cette zone à la taille du Japon, imaginez qu’il y a 11 réacteurs sur l’ile et qu’aucun n’est en très bon état depuis le séisme et le tsunami. L’explosion d’un réacteur suffirait pour rendre la zone inhabitable. Que se passera-t-il si les autres réacteurs ne sont plus maintenus ? N’oublions pas qu’à l’époque de Tchernobyl des centaines de milliers de Russes avaient été sacrifiés (on peut dire cela puisque personne ne leur disait les risques qu’ils encouraient) pour éviter que l’accident ne dégénère. Qui se sacrifiera au Japon maintenant que l’histoire de Tchernobyl est connue ? Le Figaro titre déjà ce soir : “Japon : les kamikazes du nucléaire sacrifient leur vie”: Ils seraient une cinquantaine de héros, dans des conditions folles, à jouer le tout pour le tout dans la centrale de Fukushima afin d'éviter la fusion du cœur des réacteurs.

Voilà pourquoi ce Français est dans une colère noire…

 

Hypothèse catastrophique (à ne pas lire si vous êtes émotifs)

L’explosion qui a eu lieu au réacteur n°1 de Fukushima est très vraisemblablement due à de l'hydrogène qui se combinant avec l’oxygène à exploser à la moindre étincèle. En revanche, celle de l’explosion du réacteur 3 est différente : pas de fumée blanche très vite dispersée caractéristique d’une combustion rapide d’hydrogène, mais un flash rouge avec une projection de débris à la verticale puis d’une fumée noire. Ce réacteur 3 ne fonctionne pas avec du combustible classique comme le réacteur 1, mais au MOX (mélange d'oxydes d'uranium et de plutonium, issu de déchets nucléaires fabriqués dans des centrales dites à "Surgénération"), un combustible recyclé qui est la spécialité de la France qui le fabrique à la Hague et à Marcoule. Or ce combustible est également extrêmement toxique, sans commune mesure avec les autres combustibles nucléaires. Le MOX est également plus délicat à refroidir que les autres…

L’explosion du réacteur 3 fait donc penser a une explosion de l'enceinte de confinement qui entoure le réacteur. Si cette hypothèse est exacte, il est déjà trop tard puis que cela veut dire que le réacteur est à l’air libre et en fusion et qu’il va progressivement, mais très lentement s’enfoncer dans le sol (syndrome chinois). Cette éventualité est catastrophique. À Tchernobyl des milliers d’ouvriers ont été sacrifiés pour creuser sous le réacteur afin de consolider son plancher. Étant donné la toxicité du MOX, un enfoncement serait catastrophique pour toute la planète, car les nappes phréatiques et l’océan seraient contaminés.

Encore une fois, il ne faut pas être basiquement antinucléaire, mais tous les peuples ont le droit de choisir les risques qu’ils encourent et combien cela leur coute (ou leur fait économiser). Je suis heureux du nucléaire Français, je pense qu’il est plus sur que celui des autres pays. Mais le risque zéro n’existant pas le pire est toujours possible même si sa probabilité est faible. En revanche, je m’inquiète parfois des décisions opaques qui sont prises en notre nom et dont nous ne savons rien. Je m’inquiète de la privatisation rampante d’EDF.

lundi 20 septembre 2010

Inde: Le virus de l’invention

A lire sur http://senegal-business.com/2010/09/inde-le-virus-de-linvention/

Banque à distance, informatique… En l’espace de dix ans, les Indiens sont devenus des leaders en matière de sous-traitance. Mais, aujourd’hui, ils ne veulent plus se contenter d’être au service du monde entier.

Alors que les pays développés s’inquiètent de voir leurs emplois industriels et tertiaires s’externaliser en Inde et que la ville de Bangalore est devenue synonyme de délocalisation, les Indiens se demandent, eux, si leur pays n’est pas condamné à rester ad vitam aeternam le « back office » du monde.

En l’espace de dix ans, l’Inde est devenue le paradis des services off shore?: elle représente plus de 50 % du marché mondial des services à distance et de nombreuses multinationales y ont délocalisé leurs opérations de gestion les plus répétitives, notamment leurs services informatiques complexes.

Jusqu’à présent, les Indiens se contentaient d’accomplir des tâches subalternes, telles que la saisie des données ou l’écriture de logiciels. Malgré leur expertise, les techniciens et ingénieurs locaux demeuraient au mieux des « cyber coolies ». Au grand regret des responsables politiques et des décideurs économiques, qui savent que si leurs entreprises avaient plus tôt et plus massivement investi dans la recherche-développement (R&D), elles auraient été capables d’inventer un Google ou un Skype, ainsi qu’une myriade de produits susceptibles de révolutionner le high-tech. Pas question de laisser passer sa chance une seconde fois?!

Système D version hindie

Un rapport de la Banque mondiale de 2008, consacré à la sous-performance de l’Inde comparée à son potentiel d’innovation, soulignait que ses dépenses en R&D n’ont jamais dépassé 1 % du PIB, contre 1,4 % en Chine. Résultat?: sur les 50 demandes de brevets industriels enregistrées en Inde entre 1995 et 2005, 44 émanaient d’entreprises étrangères. Une absence de créativité qui étonne, quand on connaît le dynamisme des ingénieurs et des scientifiques d’origine indienne installés en Occident, en particulier dans la Silicon Valley. Le fondateur du groupe américain Sun Microsystems, l’inventeur de la puce Pentium et le créateur de Hotmail sont indiens.

Toutes ces inventions sont-elles condamnées à voir le jour à l’étranger pour accéder à la notoriété?? Certes, il y a des raisons historiques à ce blocage de la créativité scientifique et entrepreneuriale. Le régime économique en vigueur en Inde jusqu’au début des années 1990 a freiné l’expression de l’initiative privée. Soucieux de garder la haute main sur l’économie, les pères fondateurs avaient opté, après le départ des Britanniques, en 1947, pour un modèle socialiste, où la planification laissait peu de place à l’innovation et à la concurrence. Ce système a été très largement assoupli depuis 1991, favorisant une croissance industrielle forte et l’émergence de grandes entreprises privées, notamment dans le domaine de l’informatique (Infosys, Wipro, TCS…).

Stimulée par sa jeunesse (plus de 50 % de la population a moins de 25 ans), l’Inde se dirige résolument vers une société du savoir et de l’information. Consciente que, pour y parvenir et s’y maintenir, il faut être à la pointe du progrès et innover. Une inventivité qui est une deuxième nature pour les entrepreneurs locaux, car, pour survivre dans le chaos indien – désorganisation, jungle réglementaire, prix tirés vers le bas –, ils doivent faire preuve de jugaad (terme hindi qui désigne une créativité mâtinée de système D).

Or, dans ce pays où l’économie informelle reste la règle et où un tiers de la population, soit 400 millions de personnes, vit avec moins de 1 dollar par jour, les stratégies d’innovation doivent combiner recherche de la qualité et réduction des coûts – des matériaux, de production et de vente. La Nano, la première voiture de qualité à 2?500 dollars, produite par le groupe Tata, en est l’exemple le plus célèbre. Parmi beaucoup d’autres. Dernière nouveauté?: un ordinateur à écran tactile similaire à l’iPad, mais qui coûtera seulement 35 dollars – une commande du gouvernement –, et dont le lancement est prévu pour 2011. Les chercheurs et les entrepreneurs indiens proposent également des jambes artificielles à 25 dollars ou des opérations de la cataracte à 30 dollars. Ils ont conçu des hôtels « Ginger budget », avec des chambres dotées de tout le confort pour 20 dollars la nuit. ITC, un géant du tabac, de l’agroalimentaire et de l’hôtellerie, a équipé 31?000 villages de points internet, les « e-Choupal », pour que les agriculteurs puissent se tenir informés des conditions météorologiques, des cours des denrées sur les marchés internationaux et des techniques d’amélioration de la production.

Dans le même esprit, un nombre croissant d’entreprises adaptent leurs produits non plus seulement au budget, mais aussi aux besoins des plus pauvres. Parfait exemple de cette innovation dite « inversée », car elle s’inscrit dans une approche bottom-up (de bas en haut)?: un réfrigérateur ultracompact, peu gourmand en électricité et qui peut fonctionner sur piles. Conçu et produit par la société Godrej, il est le résultat de plusieurs mois d’enquête dans les bidonvilles et en milieu rural pour comprendre les besoins des plus démunis.

Les autorités ont décrété que la décennie 2010 serait celle de l’innovation et ont créé, en 2000, la National Innovation Foundation, qui doit statuer sur la faisabilité de 140?000 inventions. Pourtant, les jeunes entreprises peinent à se constituer un capital de départ. Car les banques et les investisseurs indiens préfèrent encore investir dans des entreprises établies de longue date plutôt que de jouer les business angels pour financer des projets neufs, fussent-ils à fort potentiel. Ce qui oblige les entrepreneurs à lever des fonds à l’étranger quand ils ne peuvent pas emprunter à des proches.

Echec interdit

« L’Inde est freinée par trois handicaps majeurs?: un réseau financier rétrograde, qui refuse d’injecter de l’argent frais dans des idées nouvelles?; un système éducatif qui privilégie l’apprentissage par cœur à la résolution concrète des problèmes?; et une culture qui juge sévèrement l’échec et où les choix de carrières sortant des sentiers battus sont vus d’un très mauvais œil », explique le New York Times, citant Nadathur S. Raghavan, qui fut, dans les années 1980, l’un des fondateurs du géant informatique Infosys Technologies.

Plusieurs indices laissent cependant penser que cette situation est en train de changer. Lentement, mais sûrement. Ces dernières années, de plus en plus de multinationales (Capgemini, Cisco, General Electric, Intel…) ont délocalisé leurs services de R&D en Inde. Parallèlement, le pouvoir d’achat local a augmenté très sensiblement, rendant rentable la recherche de produits destinés aux classes moyennes. Le gouvernement réfléchit, pour sa part, à un assouplissement des lois régissant la création de fonds de capital-risque (venture funds). Toutes les conditions semblent aujourd’hui réunies pour que les métropoles indiennes deviennent des Silicon Valley du XXIe siècle, d’où sortiront les Xerox, Amazon, Mozilla, Netscape et Yahoo! de demain.

Jeune Afrique

vendredi 25 juin 2010

Les ingénieurs frappés par la crise économique

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La crise économique est bien là pour les ingénieurs, et singulièrement les plus jeunes d'entre eux, mais des lueurs d'espoir existent. Tel est, en substance, la conclusion de l'enquête 2010 du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF) qui a été rendue publique vendredi 25 juin. Elle a été établie à partir de 45 000 questionnaires.

Lire l’article complet sur le site du Monde.

J’avais expliqué dans un article complet la mort des ingénieurs qui explique pourquoi la France ne décollera pas. Dossier complet à lire ici.

vendredi 7 mai 2010

Nouvelle usine du Japonais TORAY près de Lyon

Le groupe japonais TORAY investira 70 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production de son usine de Saint Maurice de Beynost. Les raisons de cette localisation sont la compétence du personnel du site,  le prix compétitif de l’électricité, l’environnement scientifique et les aides publiques.

Cette implantation initialement prévue en Europe de l’Est, a été rendue possible par la mobilisation de l’Association pour le développement Economique de la région Lyonnaise), des élus locaux et des chercheurs. Conclusion 80 emplois de créés en plus des 460 existants.

vendredi 19 février 2010

Quels sont les articles les plus envoyés ?

Un article du New York Times a retenu mon attention. Un groupe de chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont étudié une liste des articles les plus envoyés par email du New York Times. Il ont effectué cette analyse en vérifiant le site web du New York Times toute les 15 minutes durant 6 mois. Le résultat est assez intéressant.

Les articles les plus partagés sont :

  • Les articles suscitant une émotion à dominante positive sont préférés aux articles négatifs
  • Les articles longs ont plus de chance d’être choisis car ils sont souvent plus profonds dans leur analyse et donc plus valorisant pour le lecteur
  • Les articles inspirant admiration, élévation de l’esprit sont également choisis. Surtout si ces articles permettent au lecteur de voir le monde différemment. Ils sont partagés entre amis dans l’espoir de recevoir en retour d’autres articles du même style. La motivation peut être aussi de montrer combien nous sommes bien informés en envoyant des articles surprenants à ses proches
  • Les articles sur des sujets qui impressionnent et/ou qui offrent un défit intellectuel sont également partagés
  • Les articles scientifiques ont également du succès, notamment ceux qui inspirent l’espoir. Ils permettent de montrer a nos amis que nous avons un bon niveau scientifique et ainsi de nous valoriser. Il permettent de partager une idée ou une émotion dans son cercle de connaissance et de renforcer encore les liens qui nous unissent a eux

mercredi 13 janvier 2010

On achève bien des ingénieurs

Ou, pourquoi la France ne « décollera » pas...

49 - Ingenieur

Quel est le point commun entre une entreprise en crise et un pays en crise ? Dans les deux cas il faut innover, se démarquer de ses concurrents directs ou indirects. Mais avant d'aller plus loin rappelons ce qu'est l'innovation.

L’innovation
Innover c'est créer, imaginer et concevoir des technologies, des objets ou des services qui apportent un avantage à l'existant. Les innovations, lorsqu'elles apportent un réel avantage à ceux qui les utilisent, peuvent créer un ou plusieurs nouveaux besoins[1] ou redynamiser des besoins existants en stagnation ou en déclin[2]. Une technologie innovante, grâce aux brevets, valorise le créateur (personne morale ou physique) en permettant d'appliquer cette technologie à des cas concrets sous forme d'objets[3] ou de services[4].

Pourquoi innover est la seule issue d'une entreprise ou d'un pays ? Alors que la mondialisation fait rage et que tous les grands pays veulent avoir la maîtrise de tous les domaines[5], l'ancien modèle où certains pays détenaient seuls (ou en petit nombre) une technologie n'est plus d'actualité[6]. La mondialisation, en augmentant les échanges financiers, technologiques et commerciaux, a également servi à uniformiser les besoins et surtout les technologies. Lorsque la concurrence est forte et parfois inégale à cause des salaires, de la législation ou de la fiscalité, les gains s'amenuisent et rendent précaires notre survie. Ainsi, si certaines niches restent encore l'apanage de certains pays ou groupe de pays[7], il ne faut pas croire que la situation durera longtemps. Être leader dans un ou plusieurs domaines n'est plus une garantie dans un monde de libre-échange. Lorsque tout se ressemble, il n'y a d'autres choix que de faire sans cesse mieux et différent : d'innover.

Qui créé l'innovation ?

Poser cette question est se demander qui va nous sauver ? Il y a en fait deux types d'innovations qui sont créés par des populations un peu différentes.

  • L'innovation "lourde" ou de longue haleine, appelée « recherche fondamentale » est effectuée par des chercheurs sans des laboratoires publics[8] ou privés[9]. Ces chercheurs peuvent avoir des profils universitaires ou de grandes écoles d'ingénieurs. La recherche fondamentale se caractérise par son aspect détaché des applications possibles et immédiates.
  • Le deuxième type de recherches consiste à améliorer une technologie, un objet ou un service déjà existant : il s'agit de la « recherche appliquée ». Par exemple, c’est en améliorant très fortement la puissance lumineuse des LEDs qui existent depuis 1962 (utilisées comme simples voyants lumineux jusqu'alors), que les éclairages à LED (plus durables et à faible consommation) remplaceront progressivement les éclairages incandescents, néon et fluorescents.

La recherche appliquée a un gros avantage sur la recherche fondamentale pour ceux qui la finance : les applications concrètes et commercialisables sortent en quelques mois ou années tandis que celles produites par la recherche fondamentale ne sont rarement connues à l’avance et débouchent (ou pas) une à plusieurs dizaines d'années plus tard. Dans ce cadre, il est bien évident que les entreprises privées se contentent de recherches appliquées rentables rapidement, tandis que la recherche fondamentale est le fait d'entités publiques. A l'exception de quelques très rares grosses entreprises. Malgré tout, il est à noter que ce sont souvent les recherches, en apparence, les plus décorrélées d'applications immédiates qui, à long terme, produisent le plus d'innovations. Il est donc indispensable d'investir dans les deux types de recherches. La recherche appliquée est réalisée par des ingénieurs dans des services R&D (Recherches et Développements). Entre parenthèse, ce que l'on appelle service R&D dans les entreprises privées, se limite souvent à la partie "D" (Développement) c'est à dire à la création de produits commercialisables très rapidement et contenant une innovation très modérée.

La croissance est entre les mains des ingénieurs

Après cette longue (et je n’espère pas trop fastidieuse) introduction nécessaire pour bien comprendre les enjeux de la recherche, nous pouvons aborder le cœur du sujet : Vous l'avez déjà compris, notre destin n’est pas entre les mains exclusives de financiers (qui récupèrent les plus hautes rémunérations), mais bien entre les mains des chercheurs et ingénieurs. Ainsi la recherche (fondamentale et appliquée) devrait être au cœur des préoccupations du gouvernement et des entreprises qui sont sensés préparer notre avenir à moyen et court terme.

Le monde ne peut être divisé en usines et centres de recherche !

Notons également que ceux qui nous font croire à un monde segmenté entre ceux qui conçoivent (les ingénieurs des pays développés) et ceux qui fabriquent (la Chine et l'Inde, souvent qualifiés d’”usines du monde”) sont bien surs des illusionnistes ! Les soi-disant pays-usines sont en fait nos futurs concurrents de demain. En fabriquant nos produits, ils apprennent comment ils sont constitués, et voient, par l'œil neuf qu'ils apportent, les améliorations technologiques possibles puis finissent par proposer leurs propres produits plus novateurs. Si cette façon de procéder est de bonne guerre, elle n'en est pas moins réelle et, d'une certaine façon, un peu déloyale. Il est en effet plus simple de comprendre comment marche un produit déjà créé que de le concevoir soit-même de toute pièce, occultant du même coup les années ou dizaines d'années, nécessaires à son élaboration dans sa forme actuelle. Ainsi, il est simple de comprendre pour un ingénieur comment marche un aspirateur cyclonique de marque Dyson pourtant ce dernier a demandé plus de 20 années d'efforts à son inventeur (qui a également mis en jeu ses biens personnels dans l’opération).

Le cas du Japon

Est-il utile de rappeler l'histoire du Japon qui après sa défaite lors de la deuxième guerre mondiale a du reconstruire son économie. Il a commencé par fabriquer des objets de piètre qualité pour l'Occident (montres, jouets, petite électronique, ...). Dans le même temps le pays devenait un roi de la contrefaçon, mais la mauvaise qualité de ses produits lui a valu des chutes de commandes si bien que la priorité du gouvernement Japonais fut de relever globalement les qualité produite par le pays. Le Japon est ainsi donc devenu une référence en matière de qualité[10]. Grâce a cela, il est devenu riche et, fort de ses connaissances en production et contrefaçon, a investit massivement dans la recherche (fondamentale et appliquée). Ce fut rapidement l'âge d'or de l'électronique de pointe du Japon. De grands groupes se sont constitués : Sony, Panasonic, Mitsubishi, Toyota, Honda, ... Il est fort possible que la Chine prenne exactement le même chemin. De nos jours le Japon a perdu de sa superbe car en 1999, le pays a connu une crise financière très grave dont il ne s'est jamais remis ! Décidément l'histoire se répète sans que nous n'en apprenions jamais rien...

Pourquoi la France risque de perdre à ce jeu ?

Discrètement la finance a pris le pouvoir dans le monde et en particulier en France. A niveau d’étude égal, il vaut mieux travailler dans la finance que dans la recherche. Les Polytechniciens l’ont bien compris depuis des années et désertent en majorité la recherche pour la gestion, finance et direction d’entreprise. Aujourd’hui, en France, il faut admettre qu’il faut être fou pour faire de la technique[11] ! Pourtant ce ne sont pas les financiers qui nous sauverons. L’exemple de la Grande-Bretagne qui a beaucoup trop misé sur la finance à bien montré durant la crise toute les faiblesses de son modèle. Les ingénieurs d’hier, qui avaient considération et haut niveau de vie, sont aujourd’hui dans la même posture qu’étaient les ouvriers il y a dix ans : ils sont pressurés, menacés et finalement délocalisés. Nous ne comptons plus les grandes entreprises qui discrètement ouvrent des centres de recherches dans les pays de l’Est, au Maghreb ou en Asie. Cet aspect n’est pas médiatisé. Ceux qui sont aujourd’hui encore employés en France subissent tous les jours cette violence que constitue l’ouverture progressive, sous leur nez et avec leur coopération forcée, de ces centres. Nous nous étonnerons ensuite des suicides soudains chez les ingénieurs.

Le gouvernement actuel a clairement choisi le camp de la finance et ne se prive même pas d’attaques basiques sur les chercheurs « à budget comparable un chercheur Français publie de 30% à 50% en moins qu’un chercheur Britannique dans certains secteurs[12] » a dit le président en janvier 2009. Il applique ici encore, les mêmes recettes d’entreprise (et de financiers) dont on sait qu’elles ne marchent absolument pas : les indicateurs[13]. L’important n’est pas le nombre d’articles mais leur qualité et les brevets que l’on dépose. Ceux qui ont fait de la recherche une fois dans leur vie savent bien qu’il est assez facile de « publier pour publier ». Durant le même discourt la suite de la phrase indique tous le mépris que les puissants ont aujourd’hui envers les chercheurs : « si on ne veut pas voir ca, je vous remercie d’être venus, il y a de la lumière, c’est chauffé… ». Cette semaine le président, dans son discours sur l’enseignement supérieur et la recherche est resté plus neutre dans son langage mais la démonstration d’autosatisfaction de sa politique sur le sujet montre bien que le gouvernement n’a rien compris aux enjeux que nous évoquons ici. Le fait que « les sciences connaissent une certaine désaffection, parmi la jeune génération » est évoqué par le président sans qu’il n’en tire les conséquences…

Voila pourquoi la France est très mal partie pour affronter la grande tempête que qui nous attend. L’époque de « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées »[14] est bien loin. Nous aurons bientôt ni pétrole, ni idées mais beaucoup de chômeurs.

Update 13/05/10:  Voici un article du figaro qui est fort intéressant : Ces patrons qui investissent en France

L’industrie nationale a de nombreux atouts à jouer, alors que la distance peut effacer les gains d’une délocalisation.

La crise contribue à faire évoluer les mentalités. Les entreprises se livrent à des analyses plus fines avant de réaliser un investissement et, éventuellement, de délocaliser ou relocaliser. «Certains industriels partis de France découvrent avec l’expérience les coûts cachés de la délocalisation», analyse Michel Ghetti, président du cabinet de conseil FIE.

Frais de transport, difficultés à gérer une activité à distance, coût de «non-qualité», transferts de technologie, retards, perte de savoir-faire, frais de déplacement des acheteurs viennent atténuer, voire complètement effacer, les gains liés à la délocalisation.

Didier Bouvet, directeur pays francophones de Bucci Industrie, raille «les acheteurs qui prônent les délocalisations, voyagent en première et dorment dans des trois-étoiles en Chine ». Des coûts induits qui, selon lui, ne sont pas assez pris en compte par les grandes entreprises. «Une délocalisation génère en moyenne 20% d’économies. Les coûts cachés effacent 12 points et le solde est souvent compensable par l’amélioration des processus de production», ajoute Michel Ghetti.

Le spécialiste mondial du décolletage, Baud Industries, a ainsi rapatrié en Savoie une partie de sa production polonaise grâce à la robotisation de ses ateliers, qui lui permet de gagner en compétiti­vité face à ses concurrentes. «L’automatisation est un moyen de garder des emplois en France», ajoute Didier Bouvet.

Le retour en France de la production de porcelaine de Geneviève Lethu reste sans doute l’exemple le plus frappant de relocalisation. Le choix de ce spécialiste des arts de la table a été motivé par des problèmes de qualité, des assiettes commandées vert prairie et arrivant vert bouteille.

Certains patrons font aussi du maintien de leur activité en France leur fierté. Patrick Ballu, président d’Exel, le numéro un mondial des pulvérisateurs agricoles, en est l’illustration : «Je me refuse à délocaliser ma production, explique-t-il. Ça ne sert à rien d’aller expliquer aux Chinois comment faire à notre place !» Cette année, son entreprise, qui réalise 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, investira environ 5,8 millions en France, pour y augmenter sa production. Attaqué par les Chinois sur le marché du jardinage, Patrick Ballu résiste en proposant des produits de qualité, résistants et innovants.

Le groupe Liebherr finalise à Colmar la construction d’une nouvelle usine d’engins miniers. L’investissement, de 82 millions d’euros, a été décidé il y a quatre ans. Le retournement du marché (les commandes ont plongé de 40% l’année dernière) n’a pas changé la donne. Alain Boher, directeur général de Liebherr, vante «le savoir-faire des ouvriers, techniciens et ingénieurs, les moyens logistiques disponibles en Alsace. Liebherr est un groupe familial qui investit régulièrement ses bénéfices dans l’outil de production». Et même si les débouchés pour des pelleteuses pouvant peser jusqu’à 800 tonnes et coûter 8 millions d’euros sont pour l’essentiel hors d’Europe. Mais pas question pour autant de délocaliser. «Nos fournisseurs sont en très grande majorité européens, les investissements réguliers faits sur le site nous permettent de rester compétitifs», ajoute Alain Boher.

Au contraire, pour Tiziano Puppini, directeur général d’ASTP, un distributeur d’acier, c’est la proximité du marché qui justifie un investissement de 2 millions d’euros dans une usine à Beauvais (Oise). «Nos poutres, poteaux, ronds à béton en acier sont directement livrés sur les chantiers de construction. Dans notre métier, les coûts de transport sont très importants», précise Tiziano Puppini.

Update du 26/06/10: Voici un article intéressant de futura-science :

Les ingénieurs français à l'heure de la mondialisation : c'est le thème des P'tits déjeuners de la science, une série de rencontres organisée par l'Insa ce jeudi 24 juin à Paris, et dont Futura-Sciences est partenaire. Gérard Duwat, qui observe les ingénieurs à la loupe, nous décrit une population active, bousculée par la crise mais raisonnablement optimiste.

A l'heure d'une certaine sinistrose et de la crainte d'une désindustrialisation des pays européens, qu'ont à dire les ingénieurs français ? Pour le savoir, l'Insa, Institut National des Sciences Appliquées, organise... un petit déjeuner. C'est le troisième rendez-vous de ces P'tits déjeuners de la science, à Paris, au Palais de la Découverte, organisés sur la période 2009-2010. En décembre dernier, on a parlé des femmes dans la science et en mars 2010 de la recherche face à la mondialisation.

Ce jeudi, les intervenants, parrainés par Claudie Haignéré, débattront des ingénieurs français et d'une question : sont-ils performants face à la mondialisation des talents ?

Autour de la table viendront s'installer Philippe Vivien, DRH d'Areva, Stéphane Jobert, DG de Kuribay HR Consulting, Gérard Duwat, responsable de l'Observatoire des ingénieurs au CNISF, Charles Gadea, professeur de sociologie (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et directeur du Laboratoire Printemps (UMR 8085) et Marie Thiry, ingénieure maintenance à la SNCF (promotion 2009 - Département Génie Electrique Insa de Lyon).

Gérard Duwat, à la tête de l'Observatoire des ingénieurs au CNISF, le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France, est aux premières loges pour prendre le pouls de cette population. Tous les ans, l'Observatoire réalise une enquête de grande envergure qui reçoit 50.000 réponses. Elle permet de suivre le nombre d'emplois, les rémunérations, la nature des postes occupés, les parcours professionnels et même les appréciations des ingénieurs sur leur carrière et leurs fonctions.

C'est à lui que Futura-Sciences a demandé de brosser un état des lieux de cette population, dans une atmosphère de refroissidissement économique.

Y a-t-il une pénurie et crise des vocations ?

Au début des années 2000, nous avons craint un risque de pénurie mais, depuis, la capacité de formation a été augmentée (de nouvelles écoles sont nées, les université forment désormais des ingénieurs...). Le nombre de jeunes ingénieurs a augmenté d'environ 10.000 personnes par an. Aujourd'hui, les écoles en forment 34.000 par an. Il y a maintenant un équilibre entre cette offre et la demande du marché, la situation actuelle rend temporairement l’offre légèrement excédentaire. Quant aux vocations scientifiques elles se sont taries face à l’appel de certains métiers jugés plus faciles d’accès et plus rémunérateurs. Les écoles d’ingénieurs n’en ont pas vraiment souffert, et la crise va replacer les valeurs à leur place. A suivre donc...

Comment évolue la proportion des femmes chez les ingénieurs ?

Il y a actuellement environ 530.000 ingénieurs en France dont 17% de femmes, mais 21% chez les moins de 30-34 ans. Cette proportion augmente faiblement mais régulièrement, les femmes représentent 25% des élèves des écoles. Ceci reste faible comparé aux 50% de jeunes filles des baccalauréats scientifiques. On remarque aussi une différenciation entre les filières. Les femmes sont majoritairement dans les domaines des sciences de la vie, de l'agroalimentaire et de la chimie. Il reste toujours une différence persistante de rémunération, qui ne peut pas s'expliquer entièrement par les conséquences de la maternité sur les parcours professionnels.

Les ingénieurs délaissent-ils l'industrie ?

Actuellement, entre 47 et 48% des ingénieurs sont employés dans des entreprises industrielles. Mais il faut ajouter tous ceux qui travaillent dans des sociétés de service sous-traitantes pour l'industrie. La part réelle du secteur industriel dans l'emploi des ingénieurs est en fait de 55%.

Y a-t-il à craindre que la mondialisation déporte des emplois vers d'autres pays ?

La mondialisation, c'est d'abord une facilité d'échanges à l'échelle de la planète. Cela pose certes de nouveau défis et accentue toute les formes de compétition. il faut donc être les meilleurs ! D'ailleurs, les écoles françaises et les ingénieurs eux-mêmes s'y adaptent très bien. Près de 90.000 ingénieurs travaillent à l'étranger, et parmi eux les deux tiers sont partis de leur propre chef. Aucune frontière ne peut empêcher l'intelligence et le savoir-faire de voyager...

La crise économique touche-t-elle les ingénieurs ?

En 2009, le taux de chômage chez les ingénieurs est passé de 3,4 à 5,4%. Le nombre d'embauches a nettement diminué : 48.400 au lieu de 71.700 en 2008. On observe que le « turn-over » s'est réduit. Les ingénieurs ont eu moins tendance à chercher un autre emploi. Mais on a vu en 2009 une progression de la création d'entreprises par des ingénieurs entrepreneurs mais aussi, il faut le souligner, par des jeunes qui venaient d'entrer sur le marché du travail. Signal positif, 20% des ingénieurs qui avaient perdu leur emploi en 2009 en ont retrouvé un dans le premier trimestre 2009, en CDI pour moitié.

Qu'en est-il de la mixité sociale, une question soulevée récemment avec une proposition de loi ?

Il y a clairement des classes sociales plus représentées à l’entrée des écoles d'ingénieurs, notamment les enfants de cadres mais aussi d'enseignants. Les écoles en sont conscientes et c'est d'ailleurs une de leurs préoccupations. Le système des bourses, accordées le plus souvent sur des critères sociaux, montre son efficacité. Actuellement, entre 26 et 27% des ingénieurs de moins de 30 ans ont été boursiers. Un tiers de ces bénéficiaires affirment que cette aide leur a été indispensables et que sans elle ils n'auraient pas pu mener à bien leurs études.

Globalement, vous semblez optimiste ?

C'est vrai. J'ai trois convictions. La première est que le combat pour la compétitivité de l'économie actuelle peut être gagné grâce aux innovations, domaine de prédilection de l'ingénieur. Le deuxième, c'est que les écoles françaises d'ingénieurs forment très bien leurs élèves, pour l’acquisition des bases scientifiques et techniques bien sûr, mais elles développent surtout l'aptitude à analyser et apporter des solutions aux problèmes complexes. La troisième est que les ingénieurs français, lorsqu'on les interroge, disent majoritairement qu'ils aiment ce qu’ils font et s’y épanouissent. Ils ont par ailleurs quelques critiques à formuler sur l’organisation de l’entreprise. Ce sera pour une prochaine fois...


[1] Comme Internet qui a su se rendre indispensable

[2] Comme les Smartphones ont donnés un nouveau souffle à la téléphonie mobile et les netbooks aux ordinateurs

[3] Exemple : la technologie LED nous offre des écrans de portables et de TV qui consomment moins mais également des éclairages économiques pour la maison

[4] Exemple : la technologie de compression vidéo mp2 puis mp4 a permis la télévision numérique

[5] Comme la Chine qui veut maîtriser l'automobile, l'aéronautique, l'espace, le nucléaire, etc.

[6] Par exemple, autrefois l'énergie nucléaire était maîtrisée que par la France, les russes et les américains

[7] Comme l'Allemagne qui est encore leader dans les machines-outils dont tous les pays producteurs ont besoin comme la Chine

[8] Exemple : CNRS, universités, etc.

[9] Exemple des laboratoires de recherches d'IBM qui ont inventés de nombreuses choses

[10] C'est encore le cas aujourd'hui avec les champions que sont Toyota et Panasonic

[11] Ce n’est pas le cas de tous les pays, les Etats-Unis sont un contre-exemple

[12] Bien entendu, il ne précise pas lesquels, ni si en moyenne c’est également vrai

[13] Ceux qui ont une fois mis les pieds dans une grande entreprise savent que les indicateurs sont une des plus grandes perversions de l’entreprise moderne.

[14] Slogan d’une campagne publicitaire du milieu des années 1970 lors du premier choc pétrolier. Aujourd’hui nous n’avons toujours pas de pétrole et plus d’idées !