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mercredi 24 mars 2010

Allemagne, nous manges-tu notre croissance ?

Alors que les polémiques sur l’Allemagne, sa compétitivité, ses bas salaires vont bon train, j’ai voulu en savoir plus sur le système Allemand avec l’exemple concret d’un ami travaillant dans l’industrie automobile-outre-Rhin.

Travaillant dans l’industrie automobile, c’est le puissant syndicat de la métallurgie « IG Metal » qui régit une bonne partie des contrats de cette industrie. Première surprise lorsque l’on est embauché dans ce secteur, suivant son niveau de responsabilité, on peut se voir proposer deux types de contrats.

Contrats « au tarif »

Une de deux possibilités de contrat est dite « au tarif ». Dans ce cas, le travail est payé à l’heure et la grille salariale est négociée et gérée par le syndicat. Il y a douze niveaux de 1 à 12 ayant chacun deux sous niveaux A et B. Au bout d’un an et demi de sous niveau A, l’employé passe automatiquement en B. Les sous niveaux sont donc des niveaux d’ancienneté.

Pour chaque niveau et sous niveau un salaire correspond. Les augmentations de la grille sont négociées par le syndicat chaque année normalement. Si pour 2010 ils n’ont pas négocié d’augmentation étant donné la crise économique, pour 2011 l’augmentation de la grille sera de 2,7%.

Les employés au tarif peuvent être embauchés à 35h ou 40h. Dans le cas d’un contrat à 40h le salaire est plus élevé de 12,5% pour tenir compte du nombre d’heures travaillées en plus. C’est l’employeur qui décide. En revanche, en Allemagne, lorsque l’on parle de 35h ou 40h ce sont de vraies heures car les syndicats passent dans les bureaux et usines pour « vider » les éventuels récalcitrants. Une badgeuse est obligatoirement mise en place afin de traquer les heures qui dépassent. Nous pouvons compter sur la rigueur Allemande pour faire respecter à la lettre les horaires.

Pour chaque niveau, une fiche de définition de poste est obligatoirement définie, elle permet de définir précisément les tâches et périmètres de chaque poste.

En plus de ces subtilités de contrat une autre subtilité vient se glisser : Le contrat de travail peut être annuel ou mensuel. Une des principales différences est le nombre de mois de salaires prévus (12, 13, 14 mois par an). Le montant de la grille en tient compte.

En plus des salaires prévus dans la grille, deux primes annuelles sont possibles. Une prime personnelle correspondant à une récompense pour une performance exceptionnelle. Cette prime est assez rare. Le deuxième type de prime est une prime graduelle qui diminue si la grille augmente pour finalement s’équilibrer.

Les contrats « hors tarif »

Dans ce cas l’employé n’est plus payé à l’heure mais à l’objectif. Le salaire est donc le résultat d’une négociation personnelle et le nombre d’heures n’est plus décomptabilisé et ne donne donc pas droit à des récupérations. Il y a tout de même une limite légale de 10h par jour maximum mais peu vérifiée, le syndicat se désintéressant un peu de cette catégorie supérieure. Contrairement à la France, pour tomber dans cette catégorie avantageuse pour les entreprises, et afin d’éviter les abus, un salaire minimum est défini : il s’agit du salaire de la tranche 12B +35% pour les contrats annuels et 12B +30,5% pour les contrats mensuels. Ainsi par exemple un contrat annuel 12B de 35h est à 73 629€ (84147€ pour 40h). Pour pouvoir être au forfait comme le sont les cadres en France, il faut donc au moins avoir un salaire annuel de 73 629 + 35% = 99399 K€ ! De plus, toute augmentation de la grille « pousse » automatiquement les salaires plancher des hors forfait, les augmentations sont donc également au minimum garanties d’être au même niveau que celles des employés au tarif.

Quelles sont les différences avec la France ?

En France, il n’y a pas de grille négociée dans la métallurgie. Une tentation forte de mettre tout le monde « cadre » afin de passer le personnel en hors forfait a pour conséquence de dévaloriser le titre de « cadre » et de rendre corvéable à merci des catégories entières d’employés mal payés. Il y a bien une jurisprudence en cas d’abus d’horaires associés à un salaire normal (ou faible) mais cela ne s’applique éventuellement que lors d’un passage aux prud’hommes, donc lorsque le conflit est plus ou moins irréversible. En Allemagne, il y a un salaire minimum élevé afin de pouvoir basculer dans la catégorie des corvéables à merci. C’est d’ailleurs assez frappant, les bureaux Allemands sont désert vers 16H30 tandis que certaines rares personnes restent tard ce sont les « hors tarif ». Une des dérives du système est de proposer à des personnes au salaire proche du 12B un contrat hors tarif, mieux payé en apparence, mais lorsqu’on le reporte à l’heure réellement travaillée, il est souvent moins avantageux. Le phénomène existe en France entre privé et public.

Si les salaires semblent plus rationnellement gérés en Allemagne et plus hauts également (plus ou moins 25% à fonction égale), les impôts sont aussi plus importants pour un employé. C’est difficile à comparer mais on peut considérer que les impôts sont entre 30 et 100% plus élevés qu’en France. Le prélèvement de l’impôt sur le revenu est effectué sur le salaire brut. Les écarts de salaires suffisant pour que, même à impôts plus élevés les Allemands gagnent souvent un peu plus que les Français…

Pour l’employeur Allemand, c’est l’inverse, il paye tout compris 12% de moins qu’en France !

Le cadre de vie est bien meilleur qu’en France, le respect des 35h (ou 40h), la propreté des villes, la richesse apparente du pays, le dynamisme des petites villes où petits commerces côtoient activités sportives nombreuses sont un plus. Si l’Allemagne est le pays de Lidl, Aldi et autres Schlecker, cela reste des points de ventes à taille humaine et les hypermarchés n’ont manifestement pas tout envahis comme en France maintenant en vie les centre ville de toutes les villes du pays, y compris les toutes petites. Ce dynamisme des petits commerces est sûrement un bouclier contre le chômage également.

Nous entendons souvent que l’Allemagne est un pays cher, ce n’est pas vrai en général, cela dépend en fait des régions. Globalement le coût de la vie est similaire voir parfois plus bas qu’en France. Les restaurants sont moins chers par exemple. En revanche, la taxe automobile (vignette régionale) existe toujours et n’est pas donnée (exemple 330€ par an suivant les régions). La mutuelle peut être privée ou publique avec des tarifs et modes de fonctionnement très différents. On ne peut pas cumuler les deux ni passer de l’un à l’autre après un choix initial. La mutuelle publique permet l’accès à des prix bas (exemple un détartrage de dents à 55€ au lieu de 300€ avec la mutuelle privée) mais génère des dérapages. Ainsi une personne qui tente de prendre un rendez-vous médical se voit systématiquement poser la question de la mutuelle privée ou publique. Si la mutuelle est publique, il faut parfois attendre des mois, si la mutuelle est privée c’est beaucoup plus cher mais le rendez-vous est obtenu sous quelques jours. C’est un peu la même dérive qu’en France lorsque dans un hôpital nous voulons prendre rendez-vous avec un professeur dans le cadre de l’hôpital ou en consultation privée mais généralisé à tous types d’actes sans choix possible (autre que le choix initial privé/public). Si la mutuelle publique protège toute la famille, la mutuelle privée ne protège que le souscripteur et il faut donc payer en plus pour femme et enfants. La mutuelle est globalement plus chère qu’en France bien que ce soit difficile de comparer. Un prélèvement de 200 à 300€ par mois pour une mutuelle privée est l’ordre de grandeur.

Conclusion

Si ces données ne concernent que le secteur de la métallurgie, dire que les salaires sont plus bas qu’en France est sûrement faux. Le niveau de vie est clairement plus élevé et pour s’en convaincre il suffit un peu de voyager dans le pays. L’industrie n’y est pas décimée comme en France, et les nombreuses usines et sites industriels qui jalonnent la campagne Allemande témoignent de la grandeur actuelle de son industrie. Les raisons de cette situation florissante sont nombreuses : nombreuses PME solides, grosses industries tenues principalement par de riches familles qui manifestement respectent plus l’industrie locale que les actionnaires. Les droits de succession sont aussi beaucoup plus raisonnable ce qui évite de morceler le patrimoine et d’éviter que de nombreuses entreprises familiales tombent aux mains d’actionnaires juste pour payer ces droits. Le type d’industrie à faible concurrence et forte valeur ajoutée est également un atout. Ainsi, nul besoin de fustiger l’Allemagne pour améliorer notre performance mais d’en copier les principaux atouts : Droits de succession faibles, aide au développement de toute les PME indépendamment de leur taille au détriment des grosses entreprises, aide à la recherche, aide à l’export… Nous avons de nombreux atouts que l’Allemagne n’a pas : sécurité sociale pour tous à un prix raisonnable, plus forte démographie (l’Allemagne manquera bientôt d’ingénieurs et de main d’œuvre)…

jeudi 18 mars 2010

Le Figaro part en campagne électorale

Via les blogs de ses journalistes.

Il est évident que Le Figaro, vu son positionnement politique, ne peut que défendre l’UMP, aussi il n’est pas étonnant de constater chaque jour qu’ils participent à la campagne électorale. Toutefois certaines ficelles sont parfois un peu grosses.

Ainsi sur le blog, hébergé par le journal, d’Elsa Bembaron, journaliste au Figaro économie depuis 1997, on peut lire des affirmations originales que l’on ne lira nulle part ailleurs.

Ainsi nous apprenons avec grand étonnement qu’« Il flotte comme un léger vent d’optimisme sur la petite industrie française. Quelle mouche pique ces industriels ? Le printemps ? Les régionales ? ». Je suppose que personne n’avais remarqué cet optimisme, même pas BFM, qui pourtant n’est pas non plus ce que l’on peut appeler une radio de gauche… En revanche, il est clair que le régionales ont inspirées le cocorico que nous pouvons lire dans cet article si justement titré « vive le made in France ». Evidemment l’optimisme est tellement gros à quelques jours des élections que la journaliste n’a pas pu faire autrement que de relativiser elle-même : « Evidemment, tout cela est à relativiser d’urgence ». Ouf ! Nous avons faillis nous demander quelle mouche l’avait piquée…

D’ou viendrait ce si subit et miraculeux frémissement d’après elle ?

  • D’un « frémissement de reprise », ceci, par contre n’est pas très étonnant
  • Mais principalement, des politiques. Et pas n’importe lesquels bien entendu : « Les patrons industriels, grands ou petits, sont généralement contents d’avoir un ministre de l'industrie,  des Etats Généraux et même un Président de la République qui chante leurs louanges. »
  • La formule « l’industrie n’est pas un gros mot », plaît beaucoup paraît-il. Formule inventée par Thierry de Montbrial, directeur général de l'Ifri

Dommage que l’article ressemble a une publicité pour le gouvernement car il a le mérite de rappeler ce que je dis depuis longtemps « Vive le made in France ». Rappeler que les délocalisations ne sont pas toujours rentables car il faut « prendre en compte le coût global pour ne considérer que le prix facial. Si on analyse les coûts complets, les écarts sont moins attractifs. Au prix d’achat, il convient d’ajouter le transport, la non-qualité (qui a souvent un prix élevé), les éventuels retards… ». Très juste, comme je le faisais remarquer dans mon article Délocalisations, tous responsables ou presque ! L’article se finit par, comme il se doit en campagne électorale, une petite note d’optimisme qui finalement renforce sa thèse de départ : « Comme quoi on peut produire en France et être compétitif. »

Si Le Figaro se met au Made In France, alors franchement je ne vois pas pourquoi, vous lecteurs, vous résistez encore ! Achetons Français tant qu’il est encore temps ! Au train ou vont les choses, ça ne va pas durer…

mercredi 17 mars 2010

Nous sommes des moutons !

Et de plus en plus !

Certains d’entre vous on vu le film « I comme Icare » d’Henri Verneuil qui avait le mérite, dans un de ses passages célèbres, de vulgariser les résultats d’une expérience scientifique très intéressante menée entre 1960 et 1963 par le professeur de psychologie Stanley Milgram à l’université de Yale.

Le but avoué de l’expérience étant de mesurer l’efficacité d’une punition sur la capacité mémorisation. Pour de faire, Stanley passe une annonce dans les journaux de l’époque afin de trouver des participants à une expérience scientifique contre une indemnisation de $4,50. Les personnes choisies avaient de 20 à 50 ans, de tous niveaux d’éducation et de tous types de métiers.

Les personnes qui se présentaient suite à l’annonce se voyaient proposer une fausse expérience ayant pour principe apparent de mesurer la capacité de mémorisation d’un sujet en fonction d’une punition. L’illusion de l’expérience était entretenue par un tirage au sort déterminant, parmi les candidats, le professeur de l’élève. Mais le tirage était truqué et il n’y avait que des professeurs, l’élève étant systématiquement un acteur travaillant pour Stanley. Le sujet observé se voit donc confié automatiquement le rôle de professeur sensé faire apprendre une liste d’associations de mots type « ciel – bleu » à un acteur-élève qui, s’il se trompe, se voit infliger une punition par un voltage de plus en plus grand.

L’élève-acteur fait exprès de se tromper régulièrement et simule alors une douleur croissante (cris enregistrés) lorsqu’il se voit punis par un voltage de plus en plus grand. L’envoi progressif de décharge met les « professeurs » dans un état « agentique ». Chaque décharge confirme l’engagement de plus en plus fort du professeur. Un des usages des résultats de cette expérience étant de comprendre comment un peuple de gens normaux à pu obéir, sans se poser de question, à des ordres menant à la déportation de juifs dans des camps de la mort. Les résultats de l’époque étaient les suivants : L’obéissance à des ordres cruels et aberrants est facilitée par le morcellement des responsabilités (l’homme qui arrête les personnes, celui qui les conduit au train, celui qui ouvre les portes du camp, etc.…) et le respect de l’Autorité qui donne ces ordres.

Mercredi 17 mars 2010 à 20H35 sur France 2, une émission enregistrée a repris ce principe dans le but de faire un bilan entre les résultats de 1963 et ceux obtenus en 2009. Si des variantes ont été appliquées aux principes de l’expérience (cette fois il s’agit d’un jeu télévisé, « la zone extrême », avec un décor à la « Qui veut gagner des millions », une musique dynamique qui va avec et un véritable public), l’expérience est globalement identique et les résultats sont surprenants et inquiétants à la fois.

Une fois le principe des décharges électriques expliqué aux candidats, aucun participant ne refuse l’expérience. Pourtant, un peu plus loin dans le jeu 19% d’entre eux ont finalement abandonné le jeu. Près de 81% ont obéis aux règles presque aveuglement (30% n’ont même pas tenté de contester). Même si l’élève-acteur à 380 volts ne répond plus (pas de réponse égale mauvaise réponse), laissant penser qu’il est inconscient ou mort, 81% de ces candidats continuent d’envoyer jusqu’à 460 volts sous les incitations (qui sonnent parfois faux) de la présentatrice « Ne vous laissez pas impressionner, continuez ! », « le jeu exige que vous continuiez », « nous assumons toutes les conséquences » ou « qu’en pense le public ? ». Si le candidat persiste au bout de 5 injonctions, l’expérience s’arrête. Un des 9 candidats qui décident d’abandonner remarque avec justesse qu’il « ne doit rien au jeu ». Un autre, qui vient d’un pays communiste, indique que ces manettes électriques sont comme le communisme. La société démocratique que nous avons connue depuis notre naissance détruit-elle notre libre-arbitre ? Les candidats qui continuent extériorisent (et diminuent) leur stress par le rire (vers 80V), puis (pour 17% d’entre eux) en trichant (ce qui les déculpabilise), enfin, vers 320V la victime veut tout arrêter et les candidats vont nier la victime en parlant en même temps que ses cris. A l’époque de Stanley Milgram, ils étaient 62% à aller jusqu’ à aller jusqu’au bout, 19% de moins qu’aujourd’hui. Parmi les candidats, trois n'ont pas souhaité que leur passage figure dans le documentaire. Sur ces trois personnes, deux sont des « désobéissants ». Le plus rebelle d’entre eux a également refusé de se montrer : il a réussi à retourner en sa faveur le public de l'émission afin que cesse le tournage.

Les résultats de l’expérience changent si la présentatrice disparaît du plateau et laisse le candidat seul avec l’élève et le public : 75% des candidats abandonnent et le résultat est inversé. Mais que penser des 25% qui continuent ?

Evidemment nous pouvons discuter à loisir de la validité de cette expérience et de ses résultats, comme l’expérience originale a fortement été critiquée, la psychologie n’étant pas une science exacte. Il faut également dire que si les candidats étaient sensés ne rien gagner (40€) car le jeu était en phase de mise au point, néanmoins, durant le jeu, il est mentionné un gain d’un million d’Euros. Le candidat peut-il oublier les règles du départ et croire finalement au gain ? Comme le dit un des candidats, il est « au théâtre ». Ainsi l’expérience de France 2 suscitera donc encore plus de critiques que celle de Milgram. 15% des personnes qui jusqu’au bout ont déclaré à posteriori ne pas avoir cru à la réalité des décharges électriques (6% dans l’expérience de Milgram). Mais il faut se méfier des justifications d’après jeu, permettant aux candidats de justifier leurs actes.

Malgré ces réserves, les résultats ne paraissent pas tellement éloignés de la réalité que nous visons tous les jours. Si l’émission titre « jusqu’ou va ma télé ? » et centre le débat autour de la télévision et de la téléréalité, l’expérience originelle, elle, n’a aucun rapport avec cette dernière. Dans la nouvelle édition, il s’agit d’un jeu télévisé où l’autorité est remplacée par une présentatrice et le chauffeur de salle. Aussi, je me suis demandé en quoi ces résultats peuvent être compris et utilisés dans le cadre de la France actuelle et non pas seulement dans le cadre télévisuel.

Tandis que le gouvernement et de nombreux autres gouvernements dans le monde, semblent mettre en place des méthodes et outils de contrôle de l’opinion publique (Loppsi & Hadopi, dénonciation permanente des dérives de l’Internet pour justifier ces mesures, espionnage informatique légalisé, etc.…), les citoyens perdent de plus en plus leur esprit critique. Ceux qui en ont encore un peu ont peur et se cachent. Comment ne pas mettre en regard ces résultats et les nombreuses couleuvres que nous avons dues avaler successivement ces dernières années ? Les bonus des traders avant la crise et reconduits après[1], le salaire mirobolant de certains patrons de grandes entreprises[2], les parachutes dorés parfois milles fois plus importants pour ces patrons que pour l’ouvrier licencié, la retraite dorée de 13 millions d’euros de certains tandis que la majorité reste de l’expectative de la date réelle de leur départ en retraite et du montant miteux de cette dernière[3], la préparation par le gouvernement d’un projet de loi offrant des parachutes dorés aux hauts-fonctionnaires[4], la demie chasse aux paradis fiscaux[5], la gabegie des hommes politiques qui, même en pleine crise, augmentent leur revenus[6], les différents scandales dénoncés du bout des lèvres par la majorité des médias[7], la prise de contrôle des médias par le pouvoir, le maintient, sans modification, de situations aberrantes et scandaleuses[8], le déguisement de la dette publique par des astuces comptable[9], la dégradation de l’Europe, etc. Comment pouvons-nous accepter tout cela sans réagir ? Nous sommes menacés, exploités, ridiculisés et personne ne réagit. Oui, nous avons des problèmes, et comme nous ne réagissons pas, nous méritons peut-être ce qui nous arrive…


[1] Par exemple BNP-Paribas a provisionné un milliard d'euros pour les bonus de ses 4.000 traders. 500 millions seront versés en mars, soit une moyenne de 125.000 euros par personne, tandis que les 500 autres millions d'euros seront distribués sous forme d’actions. Ce qui n’empêche pas la ministre des finances de dire sur France Inter «La BNP est bon élève et j'espère que l'ensemble des banques françaises vont suivre le même exemple pour qu'il y ait un peu de rigueur. Les activités de la banque ont été bien meilleures que l'année d'avant, deux fois meilleures d'après ce que je comprends et ils distribuent moins de bonus».

[2] Par exemple, le double salaire (PDG d'EDF et président du conseil d'administration de Veolia Environnement) du nouveau patron d’EDF est une réalité : 2 millions d'euros par an (soit 139 fois le SMIC annuel) – 1,6 million de la part d'EDF et 450 000 euros de la part de Veolia –, et ce alors que la ministre de l'économie et des Finances avait affirmé en novembre qu'il ne percevrait qu'un seul salaire… En dix ans, Entre 1997 et 2007, les rémunérations des patrons des grands groupes français ont augmenté chaque année de 15% en moyenne, contre 2% à peine pour l'ensemble des salariés.

[3] Dans un article du Parisien il est indiqué que le nouveau patron d'EDF conservera la retraite supplémentaire, pour laquelle Veolia a provisionné 13,1 millions d'euros en 2008. Le chiffre de 13,1 millions d'euros pour ce dernier figure dans le rapport annuel, à la rubrique du régime collectif de retraite supplémentaire, d'un montant total de 30,2 millions au 31 décembre 2008.

[4] Le parisien du 6 février 2010 : Bientôt des «parachutes dorés» pour certains hauts fonctionnaires ?

[5] Voir article de Marianne.

[6] Voir l’article du Point.

[7] Voir également cet autre article de Marianne.

[8] Dark pools, Hedge fund, Banque de détail et d’investissement, CDS…

[9] La Grèce, victime des hedge funds.

mardi 9 mars 2010

Journée “justice morte” contre le retours de la corruption ?

Aujourd’hui c’est la journée “justice morte” décidée par les professionnels de la justice (18 associations) en protestation au projet de réforme de la justice du gouvernement, un texte de 225 pages d’avant-projet de réforme du Code de procédure pénale soumis la garde des Sceaux. Un sujet capital pour l’avenir de la France et pourtant très peu couvert par les médias.

Une manifestation partira à 14H30 du Palais de Justice de Paris et s'arrêtera non loin de la Chancellerie, où une délégation sera reçue. « Le 9 mars 2010 est une Journée nationale de mobilisation justice rassemblant tous les professionnels exigeant que leur soient enfin donnés des moyens décents et dignes d'une véritable démocratie » indique le Syndicat des avocats de France. Une manifestation a Bordeaux aura également lieu.

En quoi devons nous soutenir cette profession dans son combat ?

Sur la forme, les professionnels ont seulement 2 mois pour se prononcer sur le texte sachant que la ministre de la justice a prévenue qu’elle ne reviendra pas sur la suppression du juge d’instruction ni du statut du parquet. Si bien que le secrétaire de l’Union Syndicale de la Magistrature (USM), Henri Ody s’interroge : « Je ne vois pas bien à quoi va servir la concertation » mais remarque bien les risques soulevés par le texte : « celui de voir enterrer les dossiers un peu sensibles à partir du moment où l’enquête est confiée à un magistrat dont la carrière dépend du pouvoir exécutif ». Pour quelles raisons ? Simplement parce qu’aujourd’hui porter jusqu’au tribunal une affaire délicate politiquement nécessite aux professionnels de se battre en ouvrant une information judiciaire en informant après coup la chancellerie ! Avec ce texte « ce sera impossible » indique Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature (SM) et substitut du procureur.

Pour confirmer les soupçons de loi facilitant la corruption financière, le texte inclus une réforme du régime de la prescription : seront désormais prescrits nombre de délits financiers (abus de bien social limité à 6 ans, abus de confiance simple (détournement de fonds) limité à 3 ans…). Dans le cadre d’une justice asphyxiée qui n’arrive plus à traiter ses dossiers, le projet prend toute sa signification. «  Les difficultés matérielles ne sont pas nouvelles, mais elles se sont accrues » affirme Marc Meslin, de FO-Magistrats.

Le texte donne un rôle plus important à l’institution policière qui sera en charge de l’ensemble des auditions de la procédure.

Au lieu de réformer en profondeur la justice et de la simplifier, le gouvernement empile les réformes sans cohérence et sans logique avec pour seule préoccupation l’adage « A un problème, une loi ». Ce qui fait dire à Virginie Duval de l'Union syndicale des magistrats « On revendique une justice plus équilibrée, loin de l'actuelle diarrhée législative » confirmé pour le juge Leblanc « On empile, à la manière d'un millefeuille juridique, les réformes les unes sur les autres, avant même qu'on ait pu les évaluer ! » Virginie Duval pense également que la justice subit des « atteintes incessantes à son indépendance ».

Alors double discours du gouvernement, en public il vilipende les fraudeurs, goinfres financiers, paradis fiscaux, etc. et en réalité il facilité la corruption ? Un projet très utile en pleine crise 2010, mais pour qui ?

jeudi 4 mars 2010

J’ai testé pour vous devenir “actionnaire”…

53 -Bourse

Qu’est-ce qui nous permet de critiquer la bourse si nous ne la connaissons pas ? Est-ce qu’un petit porteur peut s’en sortir dans ce monde impitoyable ? Quelles sont les règles de base que j’ai appris ? La bourse est-elle morale ? C’est pour tenter de répondre à ces simples questions que j’ai décidé d’apprendre quelques principes de base de la bourse et de tenter de jouer une petite somme, 1000€, pour apprendre. Certains me diront : pourquoi ne pas tenter de jouer avec un simulateur boursier qui ne me fera pas perdre d’argent plutôt que du vrai argent ? Simplement parce que c’est formateur de sentir le risque lorsque l’on joue avec son propre argent dont on peut avoir besoin. Le simulateur nous donne un avant goût mais n’est en rien représentatif de notre capacité rudement mise à l’épreuve avec notre propre argent. Je vous livre ici les résultats de mon expérience d’un an et demi : tous mes petits secrets (ou presque) et mes grandes découvertes (grandes pour moi).

Décider de la somme à investir

Il faut remarquer que jouer en bourse avec moins de 1 000€ n’est pas rentable et risque de vous coûter de l’argent au final. Pourquoi ? Parce que la plupart de frais de bourse sont constant pour de sommes inférieures à 1 000€. Jouer moins implique des frais non optimisés. La première règle à connaître est de savoir qu’on ne doit jamais jouer en totalité la somme investie sur une action. Il faut donc diversifier nos placements. L’idéal étant d’avoir une dizaine d’actions variées ce qui signifierai donc un investissement optimisé de 10 000€. Evidemment si l’on prend plus de risques on peut diversifier moins et investir disons sur 5 valeurs (donc 5 000€ au total). Le premier constat est donc que, pour jouer en bourse de manière moins risquée et rentable, il faut avoir au moins 10 000€ donc ce n’est pas a la portée de toutes les bourses (si je peux me permettre ce jeu de mots facile). Il s’agit là d’une première inégalité entre les joueurs modestes et les joueurs riches, ces derniers ont toutes les chances de faire un investissement moins risqué et plus rentable. Nous verrons plus loin que c’est en fait bien pire…

Le choix du courtier

Pour jouer en bourse il faut passer par un courtier, une plateforme qui prendra vos ordres et vous donnera les cours en temps réel (indispensable). Il est important de bien choisir son courtier car ses tarifs sont déterminants pour éviter les pertes d’argent. Il faut savoir que tout existe, du courtier le plus luxueux au plus low-cost. Le choix n’est pas si évident que cela, les courtiers cossus offrent des services précieux pour la réussite de nos investissements. Evidemment pour une petite somme investie il est préférable de minimiser les frais de prendre le courtier le moins cher possible. Je ne donnerai pas de nom mais actuellement en France le moins cher prélève 2,5 € par ordre de bourse inférieur à 1 000 €. Soit tout de même 5€ (achat et vente) par investissement. Ceci signifie 0,5 % (minimum) de la somme à investir (si on investit tout nous 1000 € dans une même action !). Car si nous voulons éviter de passer à la tranche suivante (plus cher), il faut que la vente soit inférieure à 1 000€ donc que l’achat soit d’autant plus inférieur à 1 000 €. Exemple optimisé : nous espérons faire un gain de 5% sur l’action X avec un investissement maximum de 1 000€. Il faut donc que nous investissions 952,3€ de manière à ne pas dépasser mille euros lors de la vente. La formule est simple : A = 100*V/(100+P). A est le montant d’actions à acheter, P est le pourcentage maximum de gains espérés sur cette action et V est le montant à la vente de nos actions.

Si vous investissez de grosse sommes, les courtiers low-cost ne sont pas la solution il faut regarder le courtier qui a les frais les plus faible pour la tranche de transaction que nous allons faire et qui offre le plus de services. Nous pouvons donner cette deuxième règle : choisir son courtier en fonction des frais les plus adaptés à la somme à investir. Notez que l’annulation d’un ordre ou son expiration n’est pas facturée.

Préparation

Règle trois : Il est impératif de lire la presse financière et/ou une radio financière afin de se tenir au courant de toute nouvelle intéressante sur nos actions. Il y a pléthore de sites web qui parlent de ces sujets mais tout ce qu’ils conseillent n’est pas forcément judicieux. Il faut idéalement regarder ces informations chaque jour de préférence le matin ou le midi. Règle quatre : lorsque vous achetez une action, notez, avant l’achat, les raisons précises qui vous ont conduit à l’acheter (intuition personnelle, conseil (radio Y, site web Y, amis Z)). Indiquez également l’espérance de gain en % ou la valeur de vente cible. Documenter ses achats est le meilleur moyen de comprendre pour quelle raison nous réussissons et nous nous trompons, donc d’apprendre.

Apprendre

Les marchés ont leurs lubies et leurs habitudes. Il existe de nombreux proverbes boursiers qui ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre mais qui sont tout de même instructifs. « On achète la rumeur et on vend la nouvelle » : ceci veut dire que les rumeurs font (parfois) monter (ou descendre) les actions et lorsque la rumeur devient vraie le cours risque de s’effondrer (ou de monter), il est donc urgent de vendre (ou d’acheter). Pourtant certaines rumeurs ne sont pas achetées par contre la nouvelle, une fois divulguée, fait fortement monter l’action. Ce qui est certain c’est qu’une action qui grimpe très fortement sur une courte durée (matinée, journée, semaine) risque fort de chuter : c’est la prise de bénéfices des investisseurs. Ceux qui ont acheté l’action et qui voient la plus value soudainement exploser préfèrent vendre pour « ramasser » les gains. Ceci nous donne deux autres règles. Règle cinq : Surveiller ses actions le plus souvent possible, plusieurs fois par jour est même conseillé. C’est parfois une autre inégalité entre les petits joueurs et les gros joueurs : le temps disponible pour optimiser son investissement. Règle six : Si une action a beaucoup monté il faut la surveiller de près et au moindre retournement de tendance la vendre. Savoir si une baisse sur 10 minutes est un retournement de tendance ou juste une variation passagère est très délicat. Il faut donc souvent être raisonnable et vendre lorsque l’on a fait un gain qui nous paraît raisonnable au risque de ne pas vendre au sommet de l’action. Règle sept : si une action baisse fortement ne pas céder à la panique tant qu’elle n’est pas vendue, nous n’avons rien perdu ! Toutefois si au bout d’un temps très long (à juger par soi-même), l’action ne remonte pas et les perspectives de cette action ne sont pas fameuses dans la presse, il faut parfois se faire mal et vendre à perte. Il faut alors profiter d’un petit rebond temporaire pour vendre en limitant la perte. C’est là que nous devons remarquer un point crucial du risque imposé par la bourse : si une action baisse de 10% (par exemple notre investissement passe de 1 000€ à 900€), il ne faut pas une hausse de 10% pour qu’elle retrouve sa valeur initiale mais une hausse de 11,11% ! Ceci nous indique qu’il est très difficile de se « refaire » avec une baisse. En pratique lors d’un effondrement de la bourse et/ou de nos actions, il peut être excessivement long de retrouver notre investissement initial. En revanche lorsque la valeur boursière des actions est au plus bas, c’est le moment d’acheter. Reste à être certain que nous soyons bien au plus bas… Si toutes nos liquidités sont investies dans des actions bloquées (car en perte), nous sommes coincés pour profiter des bonnes affaires. Règles huit : Ne jamais investir toutes nos liquidités à un instant donné car en cas de baisse forte de la bourse nous serons coincés. Cela confirme bien ce que nous avons déjà vu à savoir que sans une grosse somme à investir nous n’avons aucune chance. Car avec 1 000€ que l’on investit de moitié en dix actions différentes, cela donne 50 € par action et donc des frais de courtage de 10% ! Il faut donc que notre action monte d’au moins 10% pour que nous rentrions dans nos frais…

Dans les réactions classiques de la bourse, si vous la suivez, vous remarquerez que les hausses sont souvent le matin (le bon moment pour vendre), l’ouverture de Wall-Streets (l’après midi pour nous) est parfois synonyme de bonnes ou mauvaises nouvelles faisant varier nos actions (suivre les annonces attentivement). Le midi est un moment calme ou il peut être opportun d’acheter car les valeurs sont un peu plus basses.

Règle neuf : noter nos achats/ventes et plus values (prenant en compte les frais de courtage) dans un carnet et/ou mieux un fichier Excel. A chaque achat il est important de calculer la valeur minimale de revente. Comme les tarifs des ordres dépendent de tranches de montants d’investissement, le calcul sous Excel peut être un peu complexe. D’ailleurs, les tarifs sont dégressifs en fonction du montant : exemple, 2,5€ jusqu’à 1 000€, puis 5€ jusqu’à 5 000€, etc. Encore une fois les gros investisseurs sont favorisés ce qui est anormal. Le système pousse en faveur de gros montants et du coup néglige les petits porteurs.

Résultats de mes investissements

Le bilan de mes investissements en 2009 : 24% de rentabilité annuelle à comparer avec des sicav (index MSCI EMU représentant 299 actions de 11 pays Européen) qui, sur la même période, ont progressées de 20%. Soit tout de même 4% de plus. Alors que le livret A plafonne à 1,25% la manipulation peut être tentante mais les plus-values sont imposables. Si bien qu’en fin d’année nombreux sont ceux qui « liquident » les actions en moins-value afin de contrebalancer les plus values faites. Règle dix : La bourse peut légèrement baisser en fin d’année comme elle baisse souvent en septembre.

Si l’on regarde ma meilleure performance : Thomson achetée un soir peu avant la fermeture de la bourse et revendue le lendemain avec 6% de plus. L’explication est que Thomson était sur la sellette d’une liquidation et le lendemain l’entreprise a été sauvée par un accord des créanciers, d’où la forte augmentation (plus forte que 6% mais j’ai été raisonnable). Evidemment les forts gains (si j’avais joué gros) de l’opération sont à mettre en regard avec le risque associé. Que se serait-il passé si finalement Thomson n’avait pas été sauvé ? Ceci nous amène à nous poser la question de l’utilité sociale de telles spéculations. Que signifie pour une entreprise l’achat et la vente d’actions par un investisseur en moins de 24 heures ? Se pose la question de la moralité de la bourse car obtenir du 24% alors qu’un livret A est rémunéré presque rien du tout pose aussi un problème… Evidemment pour obtenir ces performances, j’ai passé des heures, j’ai aussi eu un peu de chance. Mais ce travail est-il productif et pour qui ? Ce qui est certain c’est que l’on peut faire beaucoup plus que 24%. Il suffit d’avoir des relations et d’obtenir indiscrétions, d’être abonné à des lettres d’informations onéreuses donnant des pistes d’investissements et des informations parfois confidentielles pour avoir des performances dix ou cent fois supérieures. Nous pouvons nous demander également à qui nous prenons l’argent lorsque nous faisons un gain important. Evidemment l’argent vient d’autres investisseurs moins heureux. Mais la question est surtout qui sont-ils ? Il est fort à parier que ce sont souvent des petits porteurs. Je ne veux pas dire par là que les professionnels ne perdent jamais (les évènements récents le montre bien) mais qu’en général, en moyenne, ils s’en sortent bien mieux que les autres. Nombres de petits porteurs se font régulièrement « plumés » car, eux, n’ont pas eu les informations capitales qui leur ont permis de ne pas se faire avoir. La bourse est un milieu de spécialistes et professionnels que ces derniers ont tout fait pour se réserver tout en faisant semblant d’être accessible à tous. La encore tout est fait pour que le commun des mortels n’aie jamais accès aux performances extraordinaires des marchés.

L’utilité de la bourse est évidente pour les entreprises qui souhaitent lever de fonds pour investir et se développer, mais comment la bourse aide ces entreprises lorsqu’elles ont déjà levé ces fond ? La bourse, finalement, est-elle morale sachant que la loi des dividendes met une forte pression sur les entreprises leur demandant des rendements théoriquement impossibles sauf à licencier et délocaliser ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives au système boursier ?

Enfin que penser du système des « black pools », systèmes alternatif aux grandes bourses règlementées et exploités par un prestataire de services ou un opérateur de marché. Créés vers la fin des années 90 aux Etats-Unis, les « dark pools » permettent, à l’abri de tout regard indiscret (et anonymement !), d’échanger des actions sans aucun contrôle extérieur comme c’est le cas des bourses traditionnelles. L'objectif affiché étant de ne pas chahuter la Bourse, de ne pas faire chuter ou flamber les prix avec une quantité trop importante de titres. Mais c’est aussi un sympathique moyen de contourner la législation. Pourtant "la progression des "dark pools" peut être dangereuse au regard des objectifs de la régulation, et notamment de l'efficience des marchés", s'inquiète Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Une belle verrue créée de toute pièce par les investisseurs sous prétexte de libéralisation et de libre concurrence de la bourse. Autorise depuis 2007 par l’Europe, et dont on a vu la multiplication des offres en 2009. Les puissants de ce monde se sont bien gardés de nous parler de ces « verrues » durant la crise financière !

Note complémentaire

Je n’ai pas tout testé, en particulier certains outils très risqués comme les « Turbo[1] ».

Notons que fin janvier 2010 la bourse a rechutée un peu et que la plupart des investissements que j’avais en portefeuilles ont chutés d’environ 8%. Les sauts brutaux de croissances boursières peu prévisibles mettent fortement en péril les investissements. Ainsi en quelques semaines j’ai perdu la majeure partie des maigres gains (maigres car la somme investie était faible), par comparaison, durant la même période, les SICAV i ont perdues 8% également de leur valeur. C’est ainsi que j’ai du injecter un peu d’argent frais pour regagner un peu d’argent en réorientant mes investissements sur des valeurs qui ont beaucoup baissées. D’où la règle huit ci dessus. J’espère que cette expérience aura éclairé ceux qui critiquent la bourse sans jamais y avoir joué et les dissuadera de venir se faire plumer à leur tour. Car même si je recommençais l’expérience aujourd’hui, fort de mes découvertes, il faut bien avouer que je me bats à armes inégales et que seul un investissement fort en temps et une bonne connaissance de l’économie peut aider à gagner. Noter enfin la onzième et dernière règle : nous avons beaucoup plus de chances de gagner sur des actions et un marché que l’on connaît bien (par exemple celui ou l’on travaille) que sur d’autres.


[1] Un turbo est un instrument de placement coté en bourse qui vous donne la possibilité, grâce à un effet de levier, de profiter plus rapidement des hausses et des baisses de cours. En raison du levier, un placement en turbos est plus risqué qu'un investissement direct dans la valeur sous-jacente. Si le cours de la valeur sous-jacente atteint ou dépasse le niveau d’arrêt, le turbo est automatiquement liquidé et la valeur résiduelle est remboursée à l'investisseur. Dans ce cas, vous pouvez perdre l'intégralité de votre investissement. Si la valeur sous-jacente est cotée dans une devise étrangère, le cours du turbo peut être influencé négativement par les effets liés au taux de change.

mercredi 24 février 2010

La qualité des produits, l’autre grande victime de la crise

52 - Qualité

Une des conséquences les moins attendue de la crise financière est la baisse de qualité des produits que nous achetons aujourd’hui et dans les 3 prochaines années. Pour faire face à une réduction importante des ventes, les entreprises ont due trouver des solutions. La plupart de ces solutions ont un impact sur la qualité des produits qu’elles fabriquent ou vont fabriquer :

  • Pression sur les fournisseurs : le problème est reporte sur le fournisseur qui doit lui-même restaurer sa marge par une ou plusieurs des techniques décrites ci-dessous
  • Chasse au gaspillage : c’est sûrement la plus inoffensive des techniques de restauration de la marge mais peut tout de même parfois avoir un impact sur la qualité. Le but étant d’identifier les étapes inutiles ou génératrices de travaux sans valeur ajoutée, l’impact sur la qualité devrait être nul. En pratique, appliquée à l’extrême, cette méthode peut conduire à des solutions abusives. Exemple : en fin de chaîne de fabrication, au lieu de tester le produit, on effectue un rapide contrôle visuel. L’impact qualité peut être grand dans ce cas mais il faut être conscient que la méthode est tout de même détournée car le test fin de chaîne n’est pas du gaspillage mais une étape essentielle pour garantir la qualité du produit finis
  • Externalisation d’activités : consiste à sous-traiter une activité jugée comme non productive et a faible valeur ajoutée. Etape suivante de la chasse au gaspillage, on optimise les parties non rentables. L’externalisation, présentée ainsi, semble nécessaire et même souhaitable pour de nombreux dirigeants d’entreprise. Néanmoins cette technique est en générale réservée aux moyennes et grandes entreprises. L’impact qualité semble être nul mais a condition que la nature et le cahier des charge des travaux sous-traités soit identique a ce qui était fait en interne. La grande idée derrière les pratiques d’externalisation est que l’entreprise qui reprend un travail fait en interne est un spécialiste du travail et le fera forcément mieux. Cela peut être vrai pour, par exemple, des travaux de ménage, pour des travaux plus complexes ou techniques, ce n’est pas si évident que cela. Citons l’exemple d’une entreprise du CAC40 qui a externalisé sa paye (faite de façon satisfaisante avant) et qui a dû essuyer de nombreux problèmes parfois graves durant un an et demi suivant sa mise en place. Certains problèmes n’étant toujours pas réglés d’ailleurs. L’expertise d’un spécialiste ne semble pas évidente à coup sûrs, tout dépend de la méthode et du sérieux du choix du prestataire. Mais le problème principal vient du fait que les activités sous-traitées n’ont pas le même périmètre, impliquant une chute plus ou moins importante de qualité de la prestation. Cela semble évident d’ailleurs, l’expertise de la société externe est souvent compensée par la marge qu’elle est obligée de faire pour que son activité soit rentable. De nombreuses externalisations sont donc de fausses bonnes idées. Lorsque cette externalisation n’a pas un lien direct avec la conception et/ou la production des produits de l’entreprise, il n’y aura pas, en général, d’impact sur la qualité. En revanche, lorsque l’externalisation touche les activités de conception (R&D) et/ou production, le risque d’une dégradation est grand
  • Autre grande idée des dirigeants d’entreprise pour réduire les coûts : la réduction du personnel par des plans sociaux ou des non remplacements de départs. C’est le tout venant de la gestion d’entreprise. La marge diminue ? Diminuons les « people[1] ». La diminution des forces vives de l’entreprise est souvent catastrophique pour cette dernière. Pour quelles raisons ? Simplement car cela démoralise ceux qui restent, tente les plus performant s (ceux qui ont le plus de chance de trouver du travail ailleurs très rapidement) à partir de l’entreprise, est souvent brutale et ne laisse pas le temps de la réorganisation du travail. Ne soyons pas démagogue : il n’est pas possible de faire le même travail avec beaucoup moins de gens. Consciemment ou inconsciemment, la réduction du personnel s’accompagne très souvent d’une réduction des tâches effectuées voir du bâclage de ces tâches. C’est la que la chute de qualité intervient. La conception, fabrication et contrôle des produits est moins bon, l’impact est inévitable.

Pour résumer, si la crise a eue de nombreux impacts que nous connaissons tous, ce n’est pas le propos de cet article, un impact moins (ou pas du tout) médiatisé est que parmi les entreprises qui ont du réajuster leurs activité face à une baisse de commande ou une baisse de marge, il est plus que probable que la qualité de leurs produits baisse à l’avenir. Pourquoi « à l’avenir » ? Parce que de la conception à la commercialisation, il s’écoule souvent entre 1 et 4 ans suivant les produits. Ainsi les produits « d’après crise » les plus simples à concevoir (sans électronique et/ou partie mécanique complexes) et produire vont bientôt arriver dans le commerce. Pour les produits les plus complexes (produits électroniques, mécaniques ou électrique complexes), il faudra attendre 2010 jusqu’à 2013 avant qu’ils ne soient proposés à la vente. Et à ce moment là vous penserez peut-être à cet article lorsque vous constaterez peut-être des chutes de qualité. Le problème est que cette tendance risque d’être durable, il est plus facile de dégrader la qualité que de la (re)construire encore plus dans un environnement économique et idéologique ou la rentabilité sera toujours préférée à toute autre possibilité. Notez que les consommateurs ont un rôle important car s’ils se positionnent clairement dès maintenant pour les produits de qualité et fabriqués en France (en se renseignant systématiquement sur internet avant tout achat important) les priorités des entreprises changeront naturellement. Certains argumenterons que les produits de qualité coûtent chers, ce n’est pas toujours le cas (d’où l’intérêt de se renseigner) et dans le calcul de coût du produit acheté, sa durée de vie réelle est un point fondamental.

Qu’en déduire ? Si vous avez des investissements important ou critiques à faire, faites-les maintenant en vous renseignant amplement avant, il sera bientôt un peu tard (du moins pour certaines marque et produits). Réagir ainsi est «également bon pour une « éventuelle » (on ne sait plus maintenant) reprise économique…


[1] Réduction du personnel. Mot anglais utilisé prétentieusement par certain manager. On touche là aux limites du management, car de telles solutions, si simples n’auraient, finalement, pas besoin d’un dirigeant trop bien payé pour les prendre mais pourraient être prises par un logiciel !

samedi 20 février 2010

Les raisons de la chute de l’industrie Française

Est disponible, depuis peu, un rapport sur la désindustrialisation en France par Lilas DEMMOU Chargée de Mission à la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique du Ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi. Si ce texte n’est qu’un simple rapport de recherche, il nous éclaire néanmoins très bien sur l’état actuel de l’industrie en France et de son évolution ces dernières années et dans le futur.

Il est clair que des données chiffrées manquaient. On apprend donc que « l’industrie a perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d’emplois ou encore 71 000 par an » principalement dans l’industrie manufacturière. Pour expliquer ce recul impressionnant trois hypothèses principales sont évoquées (en gras) :

  • Recours croissant vers une externalisation (sur le territoire) des services qui représenteraient 25% des pertes d’emploi industriels entre 1980 et 2007. Ainsi en 1980 l’externalisation serait de 9% et de 25% en 2007. Elle concernerait toutes les branches industrielles. L’externalisation de la production serait plus limitée pour l’automobile et l’énergie, mais ces derniers externaliseraient beaucoup de services (avec les biens de consommation). Cette externalisation aurait connu un coup de frein ces dernières années.
  • Les gains de productivité ont impliqué une baisse de la demande. Les gains de productivité font baisser les prix des produits industriels. Mais si cette baisse des prix n’est pas compensée par une hausse de la consommation équivalente, cela implique une destruction d’emplois. Il semblerait que ce déséquilibre ait été atteint en France en 1960. Ce phénomène est dû au fait que le ratio entre le revenu et la consommation en produits industriels n’est pas linéaire mais en U inversé. Pourtant le secteur industriel a plus de possibilité de gains de productivité que les autres mais la baisse importante des biens industriels qui en résulte n’est pas suffisante pour stimuler d’autant la croissance de la consommation de ces biens

Ces points conjugués indiqueraient qu’un transfert vers les services de 25% des emplois perdus aurait eu lieu. Ceci indique une perte d’emploi non pas de 36% mais de 28,42% dans le secteur industriel.

  • La concurrence étrangère et l’ouverture des frontières commerciales contribueraient à une perte de 13% à 45% (suivant la méthode d’évaluation) 1980 et 2007. Perte qui s’est accélérée les 10 dernières années (perte de 20 à 63%) en particulier à cause de la concurrence entre pays développés.
    • La plus forte croissance économique des années 1985 et 1995 n’a fait que ralentir la tendance sans l’inverser
    • En contrepartie, les services commerce, transports, finances, immobilier, aux entreprises et aux particulier ont subit une augmentation de 53% de leur emploi
    • Les secteurs les plus touchés sont les biens intermédiaires (41%), biens de consommation (29%) et d’équipement (18%), l’automobile (7%), l’énergie (4%), l’agro-alimentaire (0,3%). Pourtant c’est la branche biens de consommations (52% en 25 ans) et automobile (40%) qui ont perdu le plus d’emplois.

Une partie de ces pertes d’emplois ont été transférées vers les services. L’évolution de la part de l’industrie dans l’emploi dépend du différentiel de gains de productivité entre l’industrie et les services.

Si les gains de productivité permettent des prix plus bas et donc une consommation accrue ainsi qu’un transfert plus important vers les services, cela n’est toute fois pas suffisant et finalement implique la destruction de 29% d’emplois industriels. Pour vulgariser l’information, la proportion des biens industriels dans l’usage que l’on fait de notre revenu diminue à partir d’un certain niveau de revenu. Pourtant, ce phénomène n’est pas irréversible, comme l’indique cette étude : « il dépend de la qualité des biens et de leur innovation technologique » comme le soulignait déjà mon article sur les ingénieurs.

L’ouverture des frontières commerciales est passée de 11,5% à 18%. Dans le même temps le solde extérieur industriel est passé de -15Md€ à -54Md€ soit –360% de dégradation ! Cette ouverture expliquerait jusqu’à 45% des destructions d’emplois (dont 17% relatifs aux pays émergeants).

  • Pour réduire ce chiffre il faudrait que nous produisions et exportions des produits différents de ceux que nous importons. Les produits manufacturés perdent les plus d’emplois tandis que l’agro-alimentaire en bénéficierait
  • La concurrence des pays à bas coûts explique moins de la moitié des pertes d’emploi dû à la concurrence internationale
  • La majeure partie du recul de l’emploi industriel est due à la perte de compétitivité de la France

Conclusion de l’étude

Nous en déduisons que la destruction d’emplois industriels (non transférés vers les services) est croissante depuis l’an 2000 (de 1 à 5% depuis 2000). L’impact néfaste des gains de productivité s’est accéléré depuis l’an 2000 également (65% depuis 2000). La compétitivité de la France est en chute depuis 1990 (de 20% à 65% des emplois perdus depuis 2000). Nous indique que nous subissons de plus en plus la concurrence des pays développés et dans une moindre mesure celle des pays en développement.

Notons que la dégradation de la compétitivité de la France n'a pas encore complètement impacté l’emploi. De plus la situation est variable suivant le niveau de qualification des travailleurs. Un agrandissement de la fracture sociale et du chômage en prévision ?

Solutions possibles

L’article ne donne pas de solution et se contente de constats ce qui est regrettable. En revanche les conclusions sont suffisamment claires pour qu’on en déduise les contre-mesures (par ordre de priorité) :

  1. Augmenter la compétitivité de la France par la baisse du coût du travail, l’amélioration du niveau d’éducation et des infrastructures
  2. Spécialiser la production manufacturière Française de manière à en réduire la concurrence (comme savent si bien le faire les Allemands)
  3. Réduire l’ouverture extérieure Française surtout tant que les deux points précédents n’ont pas encore portés leur fruits.

Il est a noter qu’il est fondamental pour les entreprises modernes de « maîtriser tous les facteurs de la création de valeur-client » comme l’indique Jacques Léger, auteur de « l’Avenir de notre industrie ! ».

Dans un article (« Industrie, le retour des vieilles lunes ») parut dans « La tribune » de ce samedi, Erik Izraelewicz indique trois fausse solutions à la crise qui accélèrerait notre désindustrialisation :

  1. Une vision nostalgique de l’industrie avec comme exemple Apple qui crée au US mais fabrique en Chine. « L'industrie de demain, c'est un mélange de manufacture et de bureaux d'études, de matériel et d'immatériel. »
  2. L’État peut sauver l’industrie. Le FSI est cité en exemple d’une attente trop forte et irrationnelle de l’état. Il cite comme je l’indiquais dans un récent article les mauvais choix low-cost de Renault comparés aux bons choix haut de gamme des Allemands BMW et Mercedes. L’attitude soudée de ces derniers (entre industriels et entre industriels et syndicats) est soulignée.
  3. La préférence nationale est une solution. « Si politique industrielle il doit y avoir, elle ne peut plus être aujourd'hui qu'à un niveau régional - celui de l'Europe pour la France »

Cette sympathique vision libérale est bien belle mais ne résous rien. Les « vielles lunes » peuvent encore nous éclairer comme nous allons le voir !

Apple est un bel exemple mais un pays ne peut pas avoir que des services ou des bureaux d’étude, il faut donc tout de même s’occuper fortement de l’industrie qui souffre en ce moment. Attention à ne pas avoir une France sans usine, ce qui réussit si bien en ce moment à Alcatel-Lucent et Dell (sic).

L’État ne peut pas tout, certes, mais peut influer fortement sur la compétitivité de la France (voir les solutions possibles ci-dessus) et aider notre pays à se structurer en pôles de compétitivité. Durant ces vingt dernière années, il n’y a eu aucun accompagnement de l’État concernant la stratégie industrielle, nous en voyons aujourd’hui le résultat !

Quant à la préférence nationale, fortement combattue par les libéraux de tous poils, qui, entre parenthèse, avec leurs solutions toutes faites, nous ont conduits dans cette impasse, si elle n’est pas LA seule solution devrait être un point important de notre stratégie.

  • En effet, nous avons vu l’impact de l’ouverture croissante de la France sur l’emploi dans cette étude. « Les très grandes entreprises du Cac 40, qui produisent au moins cher pour vendre sur tous les marchés, s’en accommodent. Mais en France, les PME, qui ne peuvent se redéployer à toute vitesse, disparaissent » indique Pierre Gattaz, président de Radiall et auteur d’un ouvrage intitulé « Le Printemps des magiciens ». Doit-on rappeler que les PME sont le plus grand employeur de France et que la restauration notre compétitivité passera par elles ?
  • Pourquoi accepterions-nous des produits étrangers qui ne respectent pas le centième des règles et normes que nous nous imposons ?
  • Quant à l’Europe, nous voyons hélas, qu’elle a été mal construite et qu’elle nous impose plus de contraintes que d’avantages !

Notez également qu’un pays comme la Chine ne se prive pas de protectionnisme déguisé malgré leur forte croissance. A moins que cette dernière ne soit en partie expliquée par cela…

vendredi 19 février 2010

La dictature commence-t-elle par le numérique ? (mise à jour)

Alors que le monde entier reconnait l’inefficacité des mesures techniques pour lutter contre la grosse délinquance et le terrorisme, le gouvernement se lance, lui, dans une politique du « tout répressif » qui ne laisse aucun doute sur son manque d’efficacité mais laisse en revanche beaucoup de doutes sur les motivations cachées de cette loi votée ce mardi 16 février à l’Assemblée Nationale. Comme le texte est ennuyeux et long au possible (123 pages), peu de gens ont fait l’effort de le lire, mais le blog économique et social s’est dévoué.

  • Le développement de la vidéosurveillance (qui étrangement s’appelle maintenant vidéoprotection dans le texte de loi) pour prévenir des risques terroristes, site vitaux et intérêt fondamentaux de la nation. C’est suffisamment vague pour permettre d’en mettre partout. Si l’état pourra financer 50% des frais d’installation, les coûts d’exploitation sont à la charge des communes. Notons également que des agents privés conventionnés peuvent également dépouiller ces enregistrement. Une commission nationale de la vidéoprotection gèrera ce système. Efficacité ? Très controversée comme le montre de nombreuses études. Effets indésirables ? Favoriser des entreprises privées d’installation et d’exploitation de ces réseaux. Limitation ? On ne peut pas tout surveiller et cela déplacera la criminalité vers des lieux sans caméra. Sans parler du coût global que cela représente et de l’ajout d’une nouvelle commission (comme si nous n’en avions pas assez).
  • Un nouveau délit d’usurpation d’identité[1] est créé. Efficacité ? Faible, la plupart des problèmes étant liés à des voleurs étrangers. Effets indésirables ? La loi est trop floue et pénalise un simple usage de l’identité d’un tiers ou de « données de toute nature permettant de l’identifier » en vue de « troubler sa tranquillité ». Ainsi l’usage d’une vidéo, d’une photo, une caricature mais aussi d’un nom ou même d’un surnom ou d’un pseudo semblent entrer dans le cadre de cette loi. Ainsi critiquer un homme connu, un politicien ou le chef de l’état troublerait sans aucun doute sa tranquillité et tomberai sous le coup de la loi. Limitation ? Aucune, la formulation est si vague que cette loi peut servir à de nombreuses choses comme empêcher les humoristes, journalistes, et même les blogueurs de s’exprimer. On ne peut s’empêcher de penser aux affaires des banderoles « casse-toi pauvre con », aux hommes politiques filmés à leurs insu et qui déclarent que quand il y a un auvergnats ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.
  • Des mouchards informatiques[2] pourront être discrètement installés sur les ordinateurs de suspect (qu’est-ce qu’un suspect ?) afin d’intercepter la frappe au clavier, les emails, chat, sites consultés et fichiers téléchargés. Efficacité ? Nulle pour les grandes organisations criminelles et terroristes, nous avons tous vu que malgré la puissance technologique des Etats-Unis, le 11 septembre n’a pas été évité. Effets indésirables ? Surveiller les opposants, journalistes, syndicalistes, militants, etc.… Avec ce genre de possibilité, c’est l’affaire d’espionnage de Greenpeace par EDF qui est légalisée (EDF étant une entreprise d’intérêt national possiblement déstabilisée par l’association). Limitation ? Seul un juge d’instruction peut décider de l’usage d’un mouchard. Juge d’instruction dont la disparition est programmée… Qui décidera ensuite ? Quand à la nature des infractions justifiant un tel usage d’espion ils sont vastes[3] et modifiables discrètement.
  • Blocage obligatoire par les fournisseurs d’accès d’une liste sites pédopornographiques. Efficacité ? Cette mesure ne changera pas les habitudes des détraqués sexuels qui trouveront vite comment la contourner. De nombreuses études montrent son inefficacité[4]. Intérêt possible ? La liste de site est principalement limitée à la pédopornographie mais pourra aisément évoluer vers ce que le gouvernement veut. Filtrage de site politiques, syndicaux, d’opposants… Limitation ? Cela va couter cher aux fournisseurs d’accès (62 millions d’euros si l’on en croit l’expérience australienne) et va surement augmenter les prix des abonnements ou vos impôts. La liste est donnée par le ministère de l’intérieur donc à géométrie variable.
  • Les agents de Police municipale pourront obtenir le statut d’Officier de Police Judiciaire mais rendrons compte à la police ou la gendarmerie. Ceci permettrait d’effectuer arrestations, des perquisitions, de recueillir des indices et preuves, d’établir des procès verbaux et de notifier des décisions de justice. Efficacité ? Mauvaise à très mauvaise car obtenir un statut ne permet pas d’obtenir les formations nécessaires. Intérêts possibles ? Permettre l’élimination d’encore plus de fonctionnaires de police (comme cela a déjà commencé) au profit d’administrations territoriales. Limitations ? De nombreuses bavures sont en perspective et l’augmentation des impôts locaux paraît inévitable.
  • Le croisement de fichiers policiers est permis pour la lutte de la petite et moyenne délinquance. A noter que les victimes sont également fichées. Efficacité ? Médiocre quand on voit déjà l’obsolescence des fichiers existants. Intérêt possible ? Augmenter le pouvoir de la police et la pression sur les individus en stockant toute information (y compris obsolète) pour une durée indéterminée. Limitations ? Des fichiers faux et obsolètes, s’ils peuvent permettre des pressions sur les individus ne permettront pas normalement leur condamnation devant un tribunal.
  • Dans les cas de récidive de délits routiers (alcool, drogue, conduite sans permis), le véhicule sera confisqué. Efficacité ? Forte pour les gens pauvre mais complètement inefficace sur la grosse délinquance et les riches. Intérêts possibles ? A part la confiscation de véhicules de petits délinquants, l’autre intérêt est une source de revenu supplémentaire pour le gouvernement, avec une estimation de 20 000 confisqués par an, la somme récupérée peut être coquette. Limitation ? La grosse délinquance et les personnes riches ne seront que peu affectées.
  • Les préfets pourront décréter un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans. De plus un contrat de responsabilité parentale sera signé avec les parents. But : Supprimer les avantages sociaux des parents qui ne sont pas suffisamment responsables de leur enfants
  • Encadrement des sociétés d’intelligence économique. Efficacité ? Non mesurable si l’on ne sait pas l’objectif de la mesure qui tombe comme un cheveu sur la soupe. A part garantir la souveraineté de la police.
  • Augmentation de 7 à 10 ans de prison de la peine encourue pour vols avec violence sur personnes vulnérables. Efficacité ? Nulle car 10 ans ne seront pas plus dissuasifs que 7 ans. Intérêts possibles ? Aucun, c’est une mesure opportuniste dictée par l’actualité[5]. Limitation ? Aucune, loi inutile.

Divers autre mesures en vrac !

  • Sont maintenant punis les personnes créant des sites de nature « à inciter des mineurs à se livrer à des jeux les mettant physiquement en danger ».
  • Traitement en base de donnée des empreintes génétiques 
  • Autorisation des scanners corporels
  • Renforcement des peines sanctionnant la révélation des identités d’agents de renseignement
  • « Entraver le déroulement des débats d’une assemblée parlementaire ou d’un organe délibérant d’une collectivité territoriale » sera punis
  • La distribution d’argent sur la voie publique (ou toute publicité annonçant un tel évènement est sanctionné
  • La vente à la sauvette est sanctionnée
  • « Le montant au-delà duquel le paiement pour l’achat au détail des métaux ferreux et non ferreux ne peut être effectué en espèces » sera fixé par décret
  • « Le fait de troubler la tranquillité du voisinage par une occupation en réunion des espaces communs ou des parkings souterrains ou des  toits des immeubles collectifs d'habitation ayant pour effet de perturber l'accès ou la libre circulation des personnes est  puni de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe. »

  • Le conducteurs en état d’ébriété pourront se voir imposer, à ses frais, l’installation d’un système d’anti-démarrage par éthylotest sur leur véhicule

  • Les échanges et vente de points du permis de conduire seront sanctionnés

  • Les établissements de nuit vendant de l’alcool devront disposer de systèmes de dépistage de l’imprégnation alcoolique

  • La mesure des vitesses moyennes par radar entre deux points de parcours est autorisée

  • Les actes de justice pourront être fait par téléconférence

  • Création de la réserve civile de la police nationale (retraités des corps actifs de la police nationale)

Qu’en déduire ?

Il est évident que ce texte va permettre de décharger la police au profit de la police municipale et de société de surveillance privée (vidéosurveillance). Un surcoût non négligeable sera transféré sur les impôts locaux et vers les abonnements internet. Internet sera mis au pas avec la possibilité de surveillance discrète de toutes les communications, le filtrage d’une liste extensible de sites et la protection de l’honneur et de la tranquillité des personnes (inconnues et surtout connues). Le croisement des fichiers policier rendra plus efficace les mesures ci-dessus. De plus quelques mesures clientélistes sont venues se greffer (violences aux personnes vulnérables, couvre-feu pour les mineurs, …)

En pratique les mesures ci-dessus sont définies de manière si floues que tous les abus seront permis et que cela ressemble au « patriot act » français du président. Un acte de guerre délibéré contre internet et ses nuisances supposées ou réelles, officielles ou officieuses. Malheureusement, comme le « Patriot Act » l’efficacité de ce texte est assez compromise.

Si vous êtes investisseur, je vous conseille vivement d’investir dans des sociétés de vidéosurveillance (oups, je voulais dire de vidéoprotection), de matériel de filtrage de l’internet, de data-centers, et de logiciels et matériels de surveillance, d’anti-démarrage par éthylotest, de radars, de téléconférence, de scanners corporels et de génétique. Leurs actions vont bientôt exploser en France !

Il est néanmoins bien triste de voir la France, historiquement défenseur des droits de l’homme, se lancer dans l’aventure de la censure du web, telle que n’importe quelle dictature que nous savons si bien critiquer par ailleurs.

La Dictature a déjà commencé avec le filtrage de sites politiques

L’assemblée Nationale a été la première a connaître les joies du filtrage du net et déjà c’est discutable. Bien sûr les sites pornographiques divers sont bloqués. En partie seulement car, comme le révèle Bakchich, il y a de gros trous. Plus problématique : certains sites politiques font partie du lot ainsi le site Semaine Anticoloniale 2010, franchement anti-Sarkozy, est également filtré pour raison de site malveillant. La censure politique est donc déjà là, j’en ai marre d’avoir toujours raison !


[1] « Art. 222-16-1. – Le fait de faire usage, de manière réitérée, sur un réseau de communications électroniques, de l’identité d’un tiers ou de données de toute nature permettant de l’identifier, en vue de troubler la tranquillité de cette personne ou d’autrui, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

« Est puni de la même peine le fait de faire usage, sur un réseau de communications électroniques, de l’identité d’un tiers ou de données de toute nature permettant de l’identifier, en vue de porter atteinte à son honneur ou à sa considération. »

[2] « Art. 706-102-1. – Lorsque les nécessités de l’information concernant un crime ou un délit entrant dans le champ d’application de l’article 706-73 l’exigent, le juge d’instruction peut, après avis du procureur de la République, autoriser par ordonnance motivée les officiers et agents de police judiciaire commis sur commission rogatoire à mettre en place un dispositif technique ayant pour objet, sans le consentement des intéressés, d’accéder, en tous lieux, à des données informatiques, de les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu’elles s’affichent sur un écran pour l’utilisateur d’un système de traitement automatisé de données ou telles qu’il les y introduit par saisie de caractères. Ces opérations sont effectuées sous l’autorité et le contrôle du juge d’instruction.

« Art. 706-102-5. – En vue de mettre en place le dispositif technique mentionné à l’article 706-102-1, le juge d’instruction peut autoriser l’introduction dans un véhicule ou dans un lieu privé, y compris hors des heures prévues à l’article 59, à l’insu ou sans le consentement du propriétaire ou du possesseur du véhicule ou de l’occupant des lieux ou de toute personne titulaire d’un droit sur celui-ci. S’il s’agit d’un lieu d’habitation et que l’opération doit intervenir hors des heures prévues à l’article 59, cette autorisation est délivrée par le juge des libertés et de la détention saisi à cette fin par le juge d’instruction. Ces opérations, qui ne peuvent avoir d’autre fin que la mise en place du dispositif technique, sont effectuées sous l’autorité et le contrôle du juge d’instruction. Les dispositions du présent alinéa sont également applicables aux opérations ayant pour objet la désinstallation du dispositif technique ayant été mis en place. »

[3] Meurtre, torture, enlèvement, vol, destruction, délits d’armes et explosifs en bande organisée, trafic de stupéfiants, traite des humains, proxénétisme, fausse monnaie, terrorisme, aide d’étrangers en situation irrégulière, blanchiment et recels, association de malfaiteurs, délit de non-justification de ressources correspondant au train de vie.

[4] Les cabinets d'étude, Marpij et Insight, ont réalisés une étude d'impact sur le filtrage pour la Fédération française des télécoms, l’étude démontre que toutes les techniques de blocage, "sans exception aucune, sont contournables".

[5] Le 29 janvier un couple de septuagénaires ont été tués de 87 coups de couteau.

Quels sont les articles les plus envoyés ?

Un article du New York Times a retenu mon attention. Un groupe de chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont étudié une liste des articles les plus envoyés par email du New York Times. Il ont effectué cette analyse en vérifiant le site web du New York Times toute les 15 minutes durant 6 mois. Le résultat est assez intéressant.

Les articles les plus partagés sont :

  • Les articles suscitant une émotion à dominante positive sont préférés aux articles négatifs
  • Les articles longs ont plus de chance d’être choisis car ils sont souvent plus profonds dans leur analyse et donc plus valorisant pour le lecteur
  • Les articles inspirant admiration, élévation de l’esprit sont également choisis. Surtout si ces articles permettent au lecteur de voir le monde différemment. Ils sont partagés entre amis dans l’espoir de recevoir en retour d’autres articles du même style. La motivation peut être aussi de montrer combien nous sommes bien informés en envoyant des articles surprenants à ses proches
  • Les articles sur des sujets qui impressionnent et/ou qui offrent un défit intellectuel sont également partagés
  • Les articles scientifiques ont également du succès, notamment ceux qui inspirent l’espoir. Ils permettent de montrer a nos amis que nous avons un bon niveau scientifique et ainsi de nous valoriser. Il permettent de partager une idée ou une émotion dans son cercle de connaissance et de renforcer encore les liens qui nous unissent a eux

dimanche 14 février 2010

Xin Nian Kuai Le !

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C’est le nouvel an pour des milliards de Chinois. Bonne année a tous.