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jeudi 27 septembre 2012

Le facteur 12 - pourquoi il faut plafonner les revenus

Livre de Gaël Giraud et Cécile Renouard, Carnets Nord, Parution : jeudi 29 mars 2012, ISBN : 9782355360602, 260 pages, 18 €

Facteur12

Le livre Facteur 12 de Gaël Giraud et Cécile Renouard a retenu mon attention, car il donne quelques clefs aux raisons du marasme économique actuel et milite pour une limitation des écarts de revenus d'un facteur 12.
La nécessité d'une société plus équitable, le choix du chiffre 12, les impacts sociaux, écologiques et économiques d'une grande disparité des revenus y sont détaillés et analysés avec l'aide de nombreux chiffres, études et exemples passionnants.
La lecture de ce livre révèle combien nous avons été endoctrinés par les médias et les libéraux afin d'écarter d'office certaines solutions en les ridiculisant ou par répétition de leur impossibilité.

Je ne peux que vous recommander chaudement ce livre qui vous aidera à penser par vous-même sur ces sujets d'actualité.

Bilan des écarts de salaires en France et dans le monde

Le revenu moyen après impôts des 10 % les plus riches est en France environ neuf fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Les pays nordiques ont un écart de 1 à 6, tandis que les États-Unis ont un écart de 1 à 16 ! Mais « le revenu moyen des 0,01 % les plus riches était de 108 SMIC à temps plein en 1998 » précisent les auteurs. Dans le cas des pays nordiques, le dernier décile 9 de la population a maintenu un bien meilleur niveau de cohésion sociale que celui de la France et le Forum de Davos a placé la Finlande en tête de tous les pays du monde en termes de compétitivité pendant plusieurs années. Pourtant, « les inégalités s'accroissent même au sein des pays riches les plus égalitaires, c'est-à-dire les pays du Nord de l'Europe, en particulier en Suède où le coefficient de Gini est passé de 0,21 à 0,26 en vingt-cinq ans » [le coefficient de Gini vaut 0 pour une égalité parfaite, et 1 une inégalité parfaite].

Surtout, « les 0,01 % des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42,6 % entre 1998 et 2005, contre 4,6 % pour les 90 % des foyers les moins riches ». Dix fois plus vite ! De même « Entre 2003 et 2010, la rémunération – nette de l'inflation – des PDG des entreprises du CAC 40 a augmenté de 20 % alors que celle des salariés de ces mêmes entreprises augmentait de 1 % ». Si l’on détaille encore : « Selon le magazine Capital de novembre 2008, les rémunérations moyennes, stock-options comprises, des 50 premiers patrons, représentaient 310 fois le SMIC. Mais en tête de peloton, on atteint ou l'on dépasse 1 000 SMIC, soit plus de 2 000 RMI. Et si l'on y ajoute les dividendes perçus, on crève le plafond avec plus de 20 000 SMIC pour chacun des trois patrons français les plus riches ».

En fait, ce sont les PDG qui sont à la tête d'entreprises de plus de 2 000 salariés qui se sont le plus récompensés, la rémunération brute moyenne des patrons des entreprises du CAC 40 (salaires et valeur estimée des stock-options attribuées annuellement) était de 6,47 millions d'euros en 2003, soit l'équivalent de 444 SMIC annuels bruts. C'est en cumulant ces avantages que l'on constate que certains patrons se voient octroyer jusqu'à 20 000 SMIC par mois. Ainsi en 14 ans de temps, le PDG du groupe Peugeot Citroën est passé d'un salaire de 35 fois le SMIC à 166 fois le SMIC en 2002 pour Jean-Martin Folz.

Quant à l'éducation, la plupart des grandes écoles publiques n'exigent plus, aujourd'hui, « le remboursement de leurs frais de scolarité aux élèves qui ne remplissent pas leur contrat décennal de service pour l'État. Pourquoi, dans ces conditions, les contribuables devraient-ils financer les études de ces jeunes étudiants, issus, pour la majorité, des couches les plus favorisées de notre société ? »

Le livre remarque encore : « Le fait que ces écarts financiers soient très souvent liés – et parfois pour toute la vie professionnelle – au niveau de la grande école dont on est issu, renforce cette aristocratie à la fois salariale et sociale et ne favorise pas le travail coopératif ». C'est en effet une grande tare de la France que l'on voit tous les jours dans les grandes entreprises : l'école d'origine décide de la carrière et pas la performance réelle sur le terrain, comble de l'iniquité et de l'inefficacité. Combien de points de croissance gagnerions-nous si nous changions cette pratique ridicule ? Combien les entreprises de notre pays seraient plus performantes ?

Cette situation n’est pas cautionnée par les Français qui préconisent en majorité un écart de 1 à 10 (sondage CSA réalisé en septembre 2011).

Un nouvel impôt sur le revenu remplaçant un grand nombre de taxes existantes, notamment la contribution sociale généralisée (CSG), l'actuel impôt sur le revenu (IRPP), le prélèvement libératoire, la prime pour l'emploi, le bouclier fiscal.

Les écarts actuels de salaires ne sont justifiés par rien

Le salaire des cadres dirigeants ne s’explique pas par la loi de l’offre et de la demande. En réalité ils fort peu mobiles. Peu de grands patrons français se font embaucher dans une grosse entreprise étrangère à cause de l'obstacle de la langue et le difficile transfert des compétences d'un pays à l'autre. C’est d’ailleurs justement le contraire : c’est parce que « nos cadres dirigeants ne sont pas réellement mis en concurrence avec leurs alter ego chinois qu'ils peuvent se voir octroyer des revenus mirobolants, là où les salaires des techniciens sont contraints par le dumping salarial de leurs concurrents asiatiques. » Tout est dit.

D’ailleurs, pour tuer définitivement cet argument du marché, le livre note que, contrairement à ce que nous entendons régulièrement sur certains médias économiques, les marchés partiellement dérégulés et soumis à des euphories et des dépressions auto-réalisatrices provoquent des équilibres entre l'offre et la demande qui sont presque toujours très inefficace, c’est connu des économistes depuis les années 1980.

Les dirigeants ne sont donc pas soumis aux règles du marché, mais poussent fortement pour que le reste des employés y soient soumis : si nous répondions favorablement à la demande pressante « de toujours plus de flexibilité sur le marché du travail, les salaires seraient alors soumis aux mêmes aléas que ceux que connaissent les cours de la bourse. » Une partie essentielle de nos problèmes d’emploi « n'est pas le manque de flexibilité des prix et des salaires, mais, au contraire, leur excessive volatilité ». Le marché du travail, pour éviter les écueils, travail au ralenti. Ce ralentissement prudent, auquel toute l'économie est contrainte face à l'excès d'incertitude sur l'avenir, se traduit très exactement par du sous-emploi chronique.

L’argument de la fuite des « cerveaux » en cas de limitation des écarts de revenus ne tient pas non plus : si cet argument était pertinent, « les pays nordiques n'auraient depuis longtemps plus aucun cadre supérieur ou dirigeant. Ils n'ont pourtant pas connu ce phénomène. ». En revanche, en Grande-Bretagne, pays pourtant fortement libéral et, où les rémunérations ne sont pas limitées, « un diplômé britannique sur six quitte la Grande-Bretagne pour aller travailler à l'étranger, taux le plus élevé parmi les pays occidentaux. »

Notons également que la réduction des inégalités est très loin de provoquer la fuite des meilleurs, mais est au contraire un excellent moyen de les garder. Le SMIC en 2005 était de 8,03 euros bruts de l’heure ou 6,2 euros nets tandis qu’en « Suède (où il n'y a pas de salaire minimum national, mais des conventions de branche), les bas salaires dans ce secteur étaient en 2005 de l'ordre de 9 à 10 euros nets de l'heure. Pour comparaison, le salaire minimum fédéral américain était de 5,15 dollars ».

Autre explication de la situation actuelle : La théorie des incitations. Les fortes rémunérations sont en fait une incitation à la loyauté et à la performance pour les cadres dirigeants. Cette théorie conduit directement à « la dépossession de pouvoir d'une partie des actionnaires au profit du management des entreprises ». Au « lieu de fournir les moyens d'une organisation de l'entreprise “efficace” [elle] formalise la défiance des uns envers les autres (des actionnaires envers les patrons, des patrons envers les salariés, des assureurs envers les assurés, des banques entre elles…) ». Le salaire minimum d'un fonctionnaire français est de 1 149 euros net, soit à peine plus de 200 euros au-dessus du seuil de pauvreté. Si l'on suit la théorie des incitations, cette situation signifie-t-elle qu'un fonctionnaire n'a pas besoin d'incitation salariale pour travailler ? Puisque nous parlons des fonctionnaires, il est intéressant de remarquer l'écart salarial au sein de la fonction publique française est de l'ordre de 1 à 11, pas si loin de notre facteur 12...

« Une part considérable de ce que je “produis” m'a été donnée par d'autres ». La réussite de l'un est la somme des réussites de toute l'entreprise et même du pays. De même, il a été démontré que de fortes rémunérations impliquent un usage plus important des prestations sociales. L'exemple est donné d'une entreprise textile du nord de la France dans laquelle, le patron avait reçu une rémunération de 23 millions d'euros en 2008, « bon nombre des salariés étaient payés au SMIC ou un peu plus – ce qui leur donne le droit de bénéficier de 50 à 200 euros mensuels au titre du RSA ». La question qui se pose est alors : est-ce à l'état de compenser les faibles salaires volontairement versés par de riches patrons ? D'une manière générale, cet exemple pose la question de la justification des rémunérations délirantes. La performance supposée des uns ne se justifie souvent par la performance l'entreprise entière. Que ferait un génial patron sans aucun employé, ou avec de très mauvais employés ? Lorsque Renault a pris le contrôle de Dacia en Roumanie, leurs espoirs de rentabiliser l'investissement dans le temps imparti s'est rapidement évanoui. Les usines étaient plus vétustes que prévu, mais surtout les ouvriers avait pris les habitudes classiques des anciens pays communistes, les maigres salaires versés obligeaient les salariés à travailler « à côté »: ils avaient un rendement abominable et parfois ne venaient pas travailler certains jours. Renault a réussi à relever la situation, mais cette réussite incombe-t-elle seulement aux dirigeants ?

Cet exemple nous amène à l'autre point important : la performance des cadres dirigeants est liée aux efforts cumulés par le pays entier durant des décennies : l'entreprise utilise les moyens de communication (routes, aéroports, internet, poste...), le système législatif, les avantages du système social (avoir des collaborateurs en bonne santé), mais aussi le système éducatif (disposer d'une main-d'oeuvre formée), etc. Ces moyens plus ou moins performants n'ont pas été payés par l'entreprise, mais par tous les impôts des uns et des autres durant des décennies. Lorsqu'une entreprise gagne de l'argent en France, elle a une responsabilité envers ce pays.

Si nous étions rémunérés à hauteur de notre apport et notre utilité pour la société, l'échelle des salaires serait complètement bouleversée. Que ferions-nous sans les routiers, les transports en commun, le personnel médical, etc. ?

Pourtant, selon Thomas (1995), « une politique budgétaire ciblée en faveur de l'appareil productif, financée par prélèvement sur le patrimoine des ménages fortunés, permet de réduire significativement l'inefficacité du marché du travail et, partant, de réduire le chômage. » Tout semble donc lier les inégalités et le chômage. Pourtant, le livre note que « réduire les inégalités ne résoudra pas tous nos problèmes. Mais les laisser se creuser dans les proportions inouïes que nous connaissons est certainement un bon moyen de les aggraver » en précisant « Un esclave corvéable à merci coûtera toujours moins cher qu'un salarié éduqué, bénéficiant de la sécurité sociale et d'une retraite. »

Des dangers de l'accroissement des inégalités

“L'accroissement des inégalités économiques est en partie responsable des grands déséquilibres économiques de la planète. Elle fait gonfler les dettes, privées et publiques, de façon insoutenable. Une société inégalitaire pénalise aussi les riches en augmentant les problèmes sanitaires et sociaux de toute la nation”.

Cette situation intenable ne tient que par un engrenage subtil. Les délocalisations invisibles (l'investissement représente 20 % du PIB des pays émergents contre 10 % dans les pays du bassin Atlantique Nord) sont « compensée par l'afflux de produits toujours meilleur marché de sorte que le pouvoir d'achat de ces classes moyennes ouest-européennes n'a pas diminué (sauf en Allemagne) jusqu'en 2010 ». C’est là qu’intervient le crédit à la consommation qui « vient alors se substituer à la faiblesse des salaires ». Ceci à une conséquence : les excédents commerciaux chinois étant libellés en dollars, Pékin est contraint de racheter de la dette publique américaine. « Les ménages nord-américains peuvent donc continuer de vivre au-dessus de leurs moyens ». Mais le système est pervers : les pays émergents revalorisent leurs salaires « afin de substituer des consommateurs du Sud aux consommateurs défaillants du Nord ». La situation est aggravée par les devises de la plupart des pays émergents qui restent largement sous-évaluées, comme le yuan chinois. Les pays émergents savent que leurs exportations bas de gamme ne leur permettront pas de durer, aussi, ils commencent à produire également du haut de gamme. Ainsi, « en dix ans, la part du haut de gamme est passée de 21 % à 33 % dans les exportations chinoises ». Autrement dit, il ne faudra plus compter non plus sur les exportations vers la Chine pour nos produits de luxe dans les décennies qui viennent. D'où une nécessité de redynamiser notre marché intérieur, et pour cela, le rendre plus égalitaire. En effet, là où les classes moyennes dépenseront la majorité de leurs revenus de pour vivre, les riches n'en dépenseront qu'une fraction et épargneront le reste. Une fraction d'autant plus petite qu'il est riche. Épargne qui ira se placer sur les marchés immobiliers rendant l'achat et les loyers inaccessibles pour les classes moyennes, qui, de fait, dépenseront moins.

Dans son livre Chemins de traverse, Faber, vice-président de Danone calcule qu'en redistribuant 30 % du salaire du centile le mieux payé de sa société aux 20 % de ses salariés les moins bien payés, cela permettrait de doubler leur salaire. « Généraliser l'opération “Faber” à l'ensemble de l'économie permettrait d'éradiquer la pauvreté en France ! »

Pour les grandes entreprises, c'est le même problème que pour leurs PDG : le taux d'imposition effectif moyen des entreprises du CAC 40 est de… 8 % (contre 13 % pour les PME) et plusieurs des « poids lourds » du CAC 40 ne paient rigoureusement aucun impôt sur le sol français!

Environ 45 % des propriétaires de comptes secrets suisses seraient des résidents de la zone euro. « Si l'on tient compte de cette richesse dissimulée, l'Europe redevient créditrice nette vis-à-vis du reste du monde, comme le Japon. Et l'ensemble des pays riches du Nord redevient à son tour créditeur net à l'égard de la planète. »

Les 10 dernières années ont été le théâtre de la réduction de la fiscalité sur les hauts revenus avec pour conséquence 80 milliards d'euros de manque à gagner chaque année depuis 2000 en France. Ce supplément de revenu des riches est allé à l'épargne qui a été empruntée par ceux qui en avaient besoin, moyennant un taux d'intérêt. Ceci concerne les entreprises, les collectivités territoriales, les États et les particuliers.

Mais les réductions d'impôts n'expliquent pas tout : la décision, adoptée en 1974, de rendre la banque centrale « indépendante » a eu pour conséquence d'ôter le pouvoir de création monétaire des mains des instances démocratiquement élues pour le confier à des experts. De fait, le pays est condamné à se financer auprès de créanciers privés. Ainsi, « tous les intérêts de la dette payés depuis 1974 représentent, en France, près de 1 200 milliards d'euros, sur les 1 650 milliards de dettes publiques ». « Sans eux, notre dette s'élèverait à 25 % du PIB français ».

L'annulation des taux d'intérêt et des cadeaux fiscaux suffirait donc à annuler entièrement le poids de la dette publique !

Les riches détruisent la planète

L'explosion des revenus d'un tout petit nombre (le centile le plus favorisé de la population) induit, de la part des bénéficiaires, un mode de vie extrêmement énergivore et destructeur de l'écologie planétaire.

Nous n'en avons pas conscience, mais ce qui fait fonctionner la machine industrielle mondiale, c'est avant tout l'énergie, et non le travail des hommes. La croissance du PIB est due à l'augmentation de la productivité des hommes, environ 1 %. À cette croissance est venue s'ajouter celle due à l'énergie fossile. Ainsi, la Révolution industrielle a été construite essentiellement sur la substitution de l'énergie (fossile) à l'énergie humaine, ce qui supposait une augmentation massive de notre consommation d'énergie fossile. Mais aujourd'hui nous savons que nous ne pouvons plus consommer davantage de pétrole chaque année, ce qui réduit notre croissance des deux tiers, soit un faible 1 %. Il est donc idiot de croire en une croissance et en des rendements de 15 %. « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Kenneth E. BOULDING, économiste américain (1910-1993).

Ainsi, il est difficile d'obtenir globalement des rendements de plus d'un pour cent. Pour obtenir plus, il est nécessaire de rendre la bourse volatile, avec des variations subites et en partie dues à des effets d'annonces, du « bruit », sans réalité matérielle.

En définitive, cette situation nous enseigne que les pays qui disposent des ressources énergétiques seront les grands gagnants de la bataille industrielle internationale. Les solutions qu'on nous propose souvent, la montée en gamme des produits, l'augmentation des services n'ont guère de chance de réussir, car les pays émergents montent également en gamme et « les services sont, eux aussi, extrêmement gourmands en énergie ». La stratégie chinoise d'adopter une approche protectionniste pour les biens complexes est couronnée de succès, car elle a contraint les entreprises chinoises à les produire.

Nous n'avons pas d'autre solution que de nous orienter vers la fabrication de produits écologiques et « bio » alors que la concurrence continue de vendre, moins chers, des produits « sales ». Malheureusement, la consommation des ménages ne pourra pas s'orienter vers les produits « verts » utilisant moins de pétrole et plus d'énergies renouvelables, tant que seront disponibles des produits bradés venus des pays émergents. Car produire propre conduira, au moins dans un premier temps à produire plus cher. D'où l'importance de redistribuer correctement les richesses dans notre pays, afin d'absorber cette hausse. Quant aux produits sales, il nous revient de les pénaliser avec une taxe douanière, ce qui diminuerait leur attractivité. Le traité de libre-échange de Genève en 1994 a eu des effets globalement négatifs.

Un argument est souvent avancé lorsque nous parlons de barrières douanières : les possibles « rétorsions » auxquelles nous aurions droit. Le fait est que celles-ci existent déjà largement aujourd'hui. Si de nombreux pays ne jouent pas le jeu comme la Chine, l'Europe est le seul continent à vouloir « jouer » le jeu libre-échangiste. « Cessons d'avoir peur du reste du monde : il a aussi besoin de nous ». De plus « si chacun attend que l'autre soit d'accord pour mettre en place une telle taxe, nous en discuterons encore dans trois décennies »...

Le livre révèle qu'un « chef de famille est cadre supérieur présentera ainsi un bilan annuel moyen de 8,5 tonnes de CO2, contre 6,7 pour les employés. Davantage de loisirs et surtout un usage de l'avion accru – 38 % des émissions des transports d'un cadre supérieur contre 18 % pour la moyenne des ménages – sont les principaux postes de pollution. Les ouvriers prêtent aussi davantage attention à la consommation d'énergie ».

Il est clair dans l'esprit de tous que plus nous sommes riches plus nous polluons. Et même si les riches sont minoritaires « Dans une société inégalitaire, la dilapidation écologique des très hauts revenus sert d'exemple à toute la société. » En effet, chaque classe sociale prend pour exemple la classe sociale qui lui est supérieure. Ainsi, le comportement des riches aspire tous les autres. Or les problèmes écologiques ne peuvent se résoudre uniquement par un comportement plus responsable des riches : tout le monde doit contribuer et réduire le train de vie des riches y contribuera.

L'impact du revenu sur la pollution est modéré pour l'alimentation, mais « significatif pour les services, le logement, l'achat de biens et sont énormes pour la mobilité (la voiture, surtout) ». « Conclusion : outre le plafonnement des revenus, une mesure comme la mise en place de taxes substantielles sur les voitures haut de gamme et sur le transport en avion serait un bon instrument de justice écologique ». L'impact écologique de l'épargne des hauts revenus est elle difficile à calculer, mais aggrave encore le bilan.

Nous savons que nous devons réduire d'un rapport quatre nos émissions de gaz à effet de serre. Le livre nous explique que le facteur 12 est également un élément essentiel pour parvenir au facteur 4 écologique.

La réduction de la dette nous est présentée comme un impératif à mettre en place rapidement. Pourtant si tout le monde vend des actifs pour payer ses dettes, la valeur de ces actifs va diminuer. Si cette baisse est plus rapide que le désendettement des acteurs les plus lourdement endettés, l'effet inverse va se produire : plus on se désendette, plus le poids de cette dette augmente… En revanche, si une masse critique de débiteurs renoncent à rembourser leurs dettes, l'économie repartira. « C'est pour cette raison que, n'en déplaise aux créanciers, l'annulation des dettes est un bon moyen de permettre à une économie de ne pas se désintégrer ».

Est-ce immoral ? Il faut savoir que « les banques commerciales créent la plus grande part de la monnaie qu'elles prêtent ». « Créer cette monnaie ne leur coûte (presque) rien. Lorsque la société des débiteurs est au bord de l'implosion, est-ce donc si immoral de renoncer à rembourser un argent qui n'a (presque) rien coûté à personne ? »

Le fait est que l'argent injecté par les banques centrales n'irrigue pas l'économie : les centaines, voire milliers, de milliards que la BCE accorde aux banques commerciales depuis 2008 sont absorbées sans la prêter à l'économie réelle (un effet qui s'appelle le « credit crunch »). Dans notre situation de désendettement, il est vital de ne pas diminuer les revenus des acteurs endettés qui seraient susceptibles de consommer. Vital de prêter aux entreprises qui veulent investir. D'où la nécessité de réformer radicalement le secteur bancaire européen, qui ne joue plus son rôle.

Tout le problème est que l'état se trouve dans l'obligation de nationaliser les dettes privées tandis que les profits restent fortement privés. L'exemple d'AIG est frappant : l'assureur avait vendu la promesse d'une compensation de 80 milliards de dollars en cas de faillite de Lehman Brothers. « Lorsque Lehman a finalement fait faillite le 15 septembre 2008, AIG s'est retrouvée dans l'incapacité de s'acquitter de sa promesse ». « Pour éviter la faillite d'AIG, la puissance publique américaine a renfloué l'assureur de 80 milliards, financés évidemment par le contribuable. »

Les inégalités ne favorisent pas la démocratie

Une société moins inégalitaire est plus démocratique, car elle facilite l'accès au débat politique du plus grand nombre tandis qu'elle réduit l'une des sources importantes du sentiment d'injustice et de la défiance qui aujourd'hui découragent beaucoup d'Européens. Mieux encore : tout indique que les citoyens d'une société égalitaire se portent mieux (y compris les plus riches !) et sont plus heureux…

Pourquoi cet état de fait? Seule une minorité refuse d'admettre cette situation mortifère, et c'est celle qui détient le pouvoir économique, les positions politiques d'influence, le contrôle des médias…

Le livre remarque que « la croissance joue peu en faveur des pauvres dans les pays les plus inégalitaires » et que « Plusieurs travaux montrent la corrélation entre le manque de confiance dans la société et la sous-performance économique des pays ». D'où la défiance des Français envers leurs institutions depuis les années 1980. De fait, une amélioration du dialogue social et du service public sont nécessaires dans notre pays.

Remarquons que PIB et bonheur d'un peuple ne sont pas entièrement liés. Depuis1970 et les enquêtes d'Easterlin 20, il est établi que le bonheur n'augmente pas de manière linéaire avec le PIB moyen par habitant. Mais nous savons également que la peur du déclassement social à un impact important. Le passage que nous avons vécu dune entreprise État à une entreprise-projet rend possible l'explosion des salaires de certains : puisqu'il n'y a plus de grille salariale stable. La part variable dépend de la performance du cadre et non de celle de son entité, elle accroît la pression sur lui et « l'incite à adopter un comportement agressif afin de remplir ses objectifs plutôt que de travailler avec d'autres à la réalisation d'objectifs communs ».

La rémunération est-elle la seule solution pour récompenser, fidéliser et attirer les talents ?Nombre d'entreprises qui ont des difficultés à embaucher des talents ont déjà répondu à la question : « les conditions de travail et la convivialité, l'utilité, la satisfaction et le sentiment d'accomplir une activité professionnelle qui a du sens ». D'où le développement de conciergerie dans les entreprises par exemple.

Si nous y regardons de près : « Dans la tranche des 0,01 % des salaires les plus élevés pour 2007, nous trouvons près de 40 % de salariés de la finance, 20 % de chefs d'entreprise et 10 % de sportifs ». Pourtant, une enquête auprès des Français indique que « quasiment deux tiers des Français – 64 % – fixent ce revenu maximal à moins de 10 000 euros » soit un « écart acceptable en France entre le plus bas et le plus haut revenu est de 1 à 11. »

Limiter les écarts de salaire permet de sortir de la l'idéologie individualiste et donc contre-productive pour la collectivité du « travailler plus pour gagner plus ». Nous pourrions travailler autrement et mieux, tout en répartissant mieux le travail dans la société afin de réduire le chômage. Et ce, tout en favorisant de nouveaux équilibres de vie au niveau individuel. Le bon fonctionnement des entreprises repose sur la mise en œuvre de relations spontanées, et à une certaine forme de gratuité. La construction de liens est essentielle à la production de biens. Steve Jobs l'avait bien compris, puisqu'il a fait construire un siège social pour Apple avec une architecture telle que tout le monde est obligé de se croiser dans la journée malgré la taille du bâtiment.

Comme le résume le livre, « C'est l'interrogation sur la finalité de la sphère économique qui manque souvent aux chantres du “laisser-faire” »

Les solutions

Le plafonnement des écarts de salaire à un rapport 12, au lieu de plafonner uniquement les niveaux, fournit en effet une incitation très forte aux hauts revenus à ce que les revenus les plus faibles augmentent, car les leurs augmenteront douze fois plus vite (pour les plus élevés).

L'État pourrait aussi faire du facteur 12 une condition nécessaire d'éligibilité pour les appels d'offres publics et les partenariats publics/privés. Il pourrait imposer ces conditions aux entreprises qui bénéficient de l'aide publique directe, jusqu'à ce qu'elle ait remboursé ce qu'elle doit à l'état.

L'idée de plafonner ou de réduire les écarts de salaires peut paraître dogmatique tant les libéraux ont fait tout leur possible pour rendre une telle idée ridicule. Pourtant, il faut se rappeler que cela n'est pas si ridicule dans l'absolu et que même les États-Unis sont passés par cette étape. Le plafonnement des revenus remonte à Platon et fut reprise par l'Américain Felix Adler, philosophe et fondateur du National Child Labor Committee, propose en 1880 une fiscalité allant jusqu'à 100 %. Roosevelt institue une taxe de 79 % sur les revenus supérieurs à 5 millions de dollars. En 1944 le Congrès américain adopte une taxe de 94 % sur les revenus supérieurs à 200 000 dollars. Des taux avoisinant 90 % sont maintenus jusque dans les années 1960, et passent à 70 % au moment de la présidence de Lyndon Johnson (1963-1969). En octobre 2008, en Allemagne, a été décidée la suspension des bonus et des dividendes et un plafonnement des salaires annuels à 500 000 euros dans les banques aidées par l'État. Ce qui revient, grosso modo, à un facteur 60.

Contrairement à ce que l'on demande ici ou là le livre prône pour une augmentation de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers). Évidemment, prise seule, cette mesure serait fatale pour les plus pauvres des Français, mais il faut la voir dans un cadre plus global.

Comme nous l'avons vu, la suppression des niches et cadeaux fiscaux accordés depuis 2000 rapporterait entre 80 et 100 milliards d'euros annuels.

« À court terme, une monétisation partielle des dettes publiques par la BCE, accompagnée de l'émission d'eurobonds, eux-mêmes adossés à une convergence budgétaire des États, permettrait de ralentir la progression de l'incendie des dettes ».

Le livre prône également « une taxe exceptionnelle levée une seule fois sur l'ensemble du capital national (actifs financiers, fonciers et immobiliers des résidents français, soit 12 500 milliards d'euros) qui garantirait le remboursement d'une part significative de notre dette publique nationale ».

Il est urgent de revaloriser les salaires européens en vue de constituer une demande solvable capable de rendre rentables de nouveaux investissements industriels sur le sol européen.

La grande réforme fiscale que promet chaque président et que personne ne fait réellement (Hollande y compris) est pourtant nécessaire : mettre en place un impôt sur le revenu remplaçant un grand nombre de taxes existantes, notamment la contribution sociale généralisée (CSG), l'actuel impôt sur le revenu (IRPP), le prélèvement libératoire, la prime pour l'emploi, le bouclier fiscal.

Les parachutes dorés et les retraites chapeaux doivent être encadrés par des lois. Exemples frappant : « Patrica Russo et Serge Tchuruk ont quitté Alcatel, laissant cette entreprise en grande difficulté, avec 6 millions [d'euros] chacun ». « Pierre Richard, l'ex-patron de Dexia et l'un des principaux responsables de la faillite de la banque qui a coûté plusieurs milliards d'euros aux contribuables français, perçoit aujourd'hui une retraite annuelle de 600 000 euros ».

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