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mardi 5 octobre 2010

Pour ses cocktails et réunions, Borloo fait licencier 50 personnes

A lire dans Rue89.

Au sommet de la Grande Arche, 50 salariés vont sans doute perdre leur emploi, plus de 2 millions d'euros sont gaspillés et les musées de l'informatique et du jeu vidéo sont en passe d'être expulsés… Sombre chronique de la mauvaise gestion d'un ministère.

Le toit de la Grande Arche, où sont installés depuis trois ans le musée de l'informatique et plus récemment celui du jeu vidéo, accueille chaque année 250 000 visiteurs, Français et étrangers, simples curieux ou groupes scolaires intéressés par la transmission du patrimoine scientifique.

« Recouvrer l'usage de ces locaux pour ses besoins propres »

Prenant le prétexte d'une panne d'ascenseurs depuis réparée, les services du ministère du Développement durable ont contraint, il y a quatre mois, le site à la fermeture. La Grande Arche n'est plus ouverte au public ! Alors qu'il s'agit du principal monument des Hauts-de-Seine.

Pourquoi ? Officiellement, le ministère du Développement durable explique dans un courrier opportunément rédigé au milieu de l'été qu'il « entend recouvrer l'usage de ces locaux pour ses besoins propres ». Le ministère du Développement durable a t-il besoin de plusieurs milliers de mètres carrés au sommet de la Grande Arche ? Ou plus exactement : pour quoi faire ?

« Transformer le site en bureaux », tente d'expliquer la porte-parole du ministère. C'est sans doute ce que l'on appelle des « économies », car la transformation de tout le toit de la Grande Arche en bureaux coûterait, selon l'estimation de deux architectes, jusqu'à 17 millions d'euros !

Le ministère lorgne plutôt sur ces espaces d'expositions (de parfois 6,5 mètres de hauteur sous plafond) pour organiser les réunions, congrès et cocktails du ministre.

2 325 000 euros gaspillés pour des réunions et des cocktails

Des réunions et des cocktails, quoi de plus habituel dans un ministère ? Certes, mais quand la récupération de ces lieux entraîne la fermeture de deux musées et le licenciement de 50 personnes, on doit s'interroger sur l'utilité de l'opération.

Car depuis 2007, le toit de la Grande Arche abrite le seul musée de l'informatique en France, et vient d'ouvrir (avec le soutien d'une subvention du ministère de la Culture) un musée du jeu vidéo. Environ 200 classes découvraient chaque année avec leurs professeurs l'histoire des ordinateurs, d'Internet…

Lieu de préservation et de transmission de la culture scientifique, ce musée de l'informatique unique en son genre est géré par une association à but non lucratif, piloté par des passionnés, historiens, chercheurs soucieux de transmettre cette histoire moderne.

En expulsant le musée de l'informatique et en fermant la Grande Arche au public, le ministère gaspille les deniers publics. Ce gaspillage coûtera plus de 2 millions d'euros à l'économie française rien que pour la première année.

L'exploitation du toit de la Grande Arche et donc du musée de l'informatique était en effet équilibrée. Cette activité contribuait même de manière importante aux recettes fiscales :

  • 400 000 euros de TVA collectée par an,
  • 15 000 euros de taxe professionnelle,
  • 450 000 euros de charges sociales.

Auxquels il faut ajouter 360 000 euros versés par la collectivité aux salariés actuellement mis en chômage technique par le ministère. Et si l'on tient compte de la masse salariale de 1,1 million d'euros perdue pour l'économie française sur une année de non-activité, le total de 2 325 000 euros est atteint.

2 325 000 euros gaspillés pour organiser les conférences et cocktails du ministère…

Borloo, Mitterrand, NKM, Fillon… chacun baisse la tête

Face à cette décision qualifiée de « technocratique » par Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, le gouvernement est aux abonnés absent, chacun baissant la tête pour espérer être épargné par le scandale.

Jean-Louis Borloo, qui ne s'est pas exprimé sur le sujet, soutient ses hauts fonctionnaires, tout en se ménageant une porte de sortie. Mais c'est aussi le cas de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, que l'on aurait pu penser concerné par la fermeture de deux musées, ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'état en charge de l'Economie numérique, interpellée plusieurs fois sur ce dossier.

Même François Fillon, qui a pourtant clairement indiqué dans un courrier que ces deux ministres étaient en charge du dossier, ne semble plus avoir aujourd'hui l'autorité nécessaire pour les inciter à traiter le sujet.

A l'exception notable de Jacques Kossowski, député-maire de Courbevoie, qui a clairement affirmé son soutien au musée de l'informatique, les dirigeants des Hauts-de-Seine et de la Défense semblent bien embarrassés.

Le préfet, la présidente de l'Epad (devenu « Epadesa » cet été), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, également députée-maire de Puteaux, le président du conseil général… tout ce beau monde se désintéresse du sort des 50 salariés et des 2 millions d'euros gaspillés.

lundi 4 octobre 2010

Licenciés pour une faute grave fictive

A lire sur Europe 1.

Bigard, spécialiste de la viande, voulait fermer son site à tout prix, même illégalement.

L’usine Kerguelen, implantée à Lamballe dans les Côtes d’Armor, employait 80 salariés, qui travaillaient dans l'abattage de veaux et l'élaboration de produits transformés. Le site a fermé fin août, après avoir licencié une cinquantaine de salariés pour faute grave. Un motif de licenciement étrange pour un si grand nombre de salariés, vivement contesté par les employés et les syndicats.

Cette entreprise bretonne appartenant au groupe Bigard, le premier groupe d’abattage et de transformation de viande en France, souhaitait fermer rapidement le site. Mais son empressement pourrait l’avoir conduit à des procédures de licenciement illégales.

Des fautes graves étranges

“En 15 jours, au sein d'une même société, 45 personnes ont été licenciées pour faute grave. Et toutes ou presque pour avoir proféré des insultes envers leurs supérieurs hiérarchiques. C'est du jamais vu“, s’indigne Loïc Cauret, le maire de Lamballe, dans les colonnes du journal Le Télégramme .

Le licenciement pour faute grave est d’autant plus suspect que l’entreprise n’a pas hésité à remercier un salarié pour abandon de poste alors qu'il était… en accident du travail.

Une fermeture de site accélérée

Pour les syndicats, l'explication est limpide. "Bigard voulait arriver à vider le site extrêmement rapidement sans doute pour le vendre à un acquéreur dans des délais imposés", dénonce l’avocate des salariés, Florence Richefou. Et voulait s'éviter au passage un plan social. C'est la procédure légale en cas de fermeture d’une usine ; mais longue à mettre en place, elle s’accompagne du paiement des indemnités de licenciement et de préavis.

Autre élément que pointe l'avocate des employés : dans le cadre de la procédure de licenciement, l’entreprise a bien versé des sommes variables aux salariés concernés, qui ont le statut de dommages et intérêts et sont donc exemptées de charges sociales à l'exception de la CSG et de la CRDS. Or, selon le droit du travail, un licenciement pour faute grave n’y donne normalement pas droit. Une manière implicite, donc, de reconnaitre l'absence de faute grave.

Reconnaitre le licenciement économique

La CGT a donc décidé de lancer une procédure aux prud’hommes pour que ces départs soient reconnus comme licenciements économiques.

"L'inspection du travail a verbalisé l’entreprise il y a une huitaine de jours pour licenciements abusifs. On demandera réparation du préjudice moral", a menacé Daniel Jehan, secrétaire de l'Union locale CGT de Lamballe. "C'est remise en cause du code du travail".

vendredi 1 octobre 2010

“Entre nos mains”, documentaire passionnant

image

Dans un monde où les ouvriers et les employés sont traités comme des numéros, pire, comme une marchandise que l’on prend et que l’on rejette, ce documentaire nous rappelle l’alternative que constitue la création d’une coopérative (SCOP). Ce documentaire de Mariana Otero sort le 6 octobre dans les bonnes salles de cinéma et le Blog Economique Et Social, a été invité à voir le film en avant-première à Paris et à échanger avec sa réalisatrice.

Le documentaire raconte l’histoire réelle au printemps 2009, d’une cinquantaine de salariés de l’entreprise Starissima située à Orléans, confrontés à la faillite de leur entreprise de lingerie. Majoritairement des femmes, les salariés prennent l’initiative de reprendre l’entreprise, mais cette fois sous forme de coopérative. L’idée parait lumineuse et simple, mais rapidement ces femmes sont confrontées à la difficulté de devenir entrepreneur quand on n’y est pas préparé, à une réalité économique qu’ils devinent et à l’adversité de leur ancien patron.

Le documentaire couvre la création de cette coopérative jusqu’à son accomplissement. Il commence par présenter la situation de l’entreprise en faillite et l’émergence d’une volonté de reprise par ses salariés. Problème : cela signifie que pour chaque salarié (cadres ou ouvrier), il faut verser au minimum un mois de salaire pour recapitaliser l’entreprise, et ce, sans la moindre certitude que l’entreprise survivra à ses difficultés économiques. Si les ouvrières considèrent d’abord cette création de SCOP comme quelque chose de presque inconcevable (mettre de leur argent dans leur propre entreprise), elles finissent finalement par accepter de bon cœur.

Les idées du personnel sont amusantes et révélatrices : L’une d’elles pense que seuls les cadres auront le droit de vote dans la SCOP… Cela en dit long sur les rapports ouvriers-cadre. Une autre considère sa participation financière comme un nième sacrifice : elle a déjà beaucoup donné de sa personne. Il leur est difficile d’imaginer être (en partie) propriétaire de l’entreprise. Le mari agriculteur de Sylvie, une ouvrière qui est contre la SCOP, lui dit que l’argent de la participation aux bénéfice qu’elle a reçue de l’entreprise, n’a pas été gagné par “ses propre mains” et qu’elle peut donc le (re)verser à la SCOP ! Pourtant, cet argent, elle l’a bien gagné, elle plus que d’autres, à la sueur de son front. Mettre de l’argent dans la SCOP c’est un investissement, pas un don. Les ouvriers ont été tellement manipulés pendant des décennies qu’ils croient que tout extra en plus de leur salaire n’est pas de l’argent réellement gagné ! Ce n’est pas un bénéficiaire d’un parachute doré qui se poserait ce genre de question ! Toujours Sylvie, indique un moment qu’elle a reçue une amie samedi, que grâce à cela elle n’a pas fait le ménage chez elle, enfin elle indique “on dirait qu’on est fait pour ça, ménage, repassage, travail”… C’est presque du Zola… mais au 21ième siècle.

La caméra filme les questionnements des employés qui découvrent le monde entrepreneurial et les risques associés. Enhardis par la présence de la caméra, les employés évoquent sur un ton plein d’humour, dans le décor léger des sous-vêtements, des questions économiques et sociales. Si le spectateur peut être surpris par ces tergiversations et par l’hésitation des employés concernés, c’est surement parce qu’un mois de salaire n’a pas le même poids pour lui que pour ces hommes et femmes. Nous ne devons pas non plus sous-estimer la difficulté de devenir entrepreneur, difficulté que nous pouvons tous éprouver : qui n’a pas eu, un jour le rêve de créer son entreprise ou son commerce ? Mais qui a eu réellement le courage de passer à l’acte ? Tout est dit. Ainsi, la réaction des ces employés, est avant tout pragmatique, car il en va surtout de leur survie. La vérité, nous le verrons plus loin, est que certains et certaines risquent réellement beaucoup dans l’opération.

Pour l’ancien patron la possible transformation de son entreprise en SCOP n’est pas plus aisée a gérer : devant choisir entre l’abandon de son entreprise ou en devenir un simple employé/actionnaire, aucun de ces deux choix ne lui paraît possible. Il invente donc une troisième voie, bâtarde, qui après avoir semé le trouble est vite refusée par les employés. Le patron, même s’il ne l’est plus, reste craint (peut-être à raison). Comme dit une ouvrière congolaise “le serpent est mort, mais il fait encore peur” ! Finalement, le patron aura plus de difficulté à s’adapter à la nouvelle situation que ses ouvrières… Comme quoi l’éducation ne prépare pas tant que cela au monde qui évolue et nous restons tous des humains que l’inconnu inquiète.

Il est passionnant de suivre ce petit écosystème dans ses hésitations et finalement dans ses aboutissements. Cela nous fait réfléchir, loin de tout idéalisme politique, social, moral ou économique. D’un individualisme sage et résigné, nous arrivons à une démarche collective qui, pour une fois a du sens et redonne à tous le goût de travailler. L’ancien patron, lui, a refusé d’apparaître à l’écran, mais a autorisé le tournage. Finalement, son absence recentre le débat sur les employés. De l’adversité nait l’union, de l’union naît la force.

Hélas, la force, même unie, les bons principes et les bons sentiments ne sont pas toujours suffisants pour vaincre une situation catastrophique. La défection d’un gros client, le groupe d’hypermarchés Cora, plongera l’entreprise dans le noir. L’annonce est un choc, car un mois avant, Cora n’envisageait pas du tout de déréférencer Starissima. Que s’est-il donc passé ? Est-ce un mauvais coup de l’ancien patron éconduit par ses ouvriers ? Est-ce la SCOP qui a été sacrifiée sur l’autel de la réduction du nombre de fournisseurs ? Nous ne le saurons jamais. Cette défection donne le signal du refus pour toutes les banques de financer la SCOP : l’histoire est finie. Comme d’habitude en France, les investisseurs institutionnels ne sont pas bien courageux… Pertinente, une ouvrière s’interroge : “Mais tous les petits clients qu’on avait, c’est qui qui les a lâché ? C’est nous ou c’est eux ? Parce que maintenant ils seraient peut-être importants ces petits clients… C’était trop compliqué de les garder ?” Très juste question (et très pertinente réponse), qui s’applique, hélas ! a de nombreuses autres entreprises. Puis, les ouvrières remarquent le pouvoir (trop) grand des hyper-marchés.

C’est donc un film social, théâtral par certains côtés, mais qui nous fait vite retomber dans la cruelle réalité de l’économie. Il n’empêche, cette histoire est un témoignage d’un combat, et des difficultés associées. Sans compter la fierté (je sais, c’est peu lorsqu’on est au chômage) des combattantes, ce documentaire est formateur sur les possibilités offertes à toute entreprise en faillite et des risques et échecs possibles. Pour moi c’est un beau témoignage qui incite à se battre, encore et encore, car si cette tentative a échoué, d’autres réussissent et réussiront !

À voir dans toutes les bonnes salles, et que cela vous donne des idées ! Notez que si l’issue est triste, la fin du film donne une petite note d’espoir, surprenante à plus d’un titre, surprise en perspective donc, je vous en reparlerai lorsque le film sera sorti en salle depuis plusieurs semaines.

Quelques informations sur le film en exclusivité :

Mariana Otero, avait envie de parler de la vie en entreprise, mais ce n’est jamais facile à filmer, car il s’agit d’un lieu privé souvent très protégé. Un article de presse sur une SCOP en création a attiré son attention. Elle a eu envie de filmer la création d’une petite SCOP depuis le début jusqu’à son aboutissement. Elle s’est donc mise en relation avec l’association qui fédère les SCOP afin d’être prévenue de toute nouvelle création. Après plusieurs visites d’entreprises en transformation, son choix s’est arrêté sur Starissima car c’était une entreprise à taille humaine, comportant des cadres, des ETAM et des ouvriers de différentes nationalités. De plus, le secteur de la lingerie était assez léger pour parler de problèmes parfois trop sérieux…

L’entreprise, lâchée par son principal client, puis par les banques à laissé 50 personnes au chômage. Si la triste fin du documentaire aurait pu être déprimante, elle est finalement aussi légère que la dentelle que produisaient ses ouvrières : parfois, le chemin suivi est plus important que le but atteint. Mais un an et demi après cette issue tragique, le constat est tout de même navrant : les personnes autour de 50 ans n’ont pas retrouvé de travail à cause de leur âge, bien sûr (si je puis dire !), mais aussi, car la plupart n’avaient que Starissima dans leur CV ! Une vie entière fidèlement dédiée à l’entreprise, qui finalement se transforme en piège. Les cadres ont tous retrouvé du travail, plus ou moins vite, certain à pôle emploi… Celui qui aurait dû être choisi comme directeur de la SCOP, l’ancien chef des commerciaux, a eu plus de mal que les autres…

Il y a 2.000 SCOP en France qui emploient 40.000 personnes. La création d’une nouvelle SCOP à trois origines : ex nihilo, suite au départ en retraite d’un patron qui ne veut pas que son entreprise ferme, et suite à une faillite. Pour ce dernier type, seulement deux entreprises sur trois survivent. Starissima est donc LE cas sur trois qui échoue. Concernant les SCOP l’histoire la plus connue est le rachat de Brandt par la coopérative espagnole Fagor en 2005 qui a débouché tout de même sur 140 licenciements. Cet évènement est relaté dans le film “Les Fagor et les Brandt” primé au concours du film de l’économie sociale organisé par la Macif en 2008. À voir également.

Dans une SCOP les salariés sont actionnaires et donc verser une somme minimale fixée. En échange il obtient une voix, quelle que soit la somme versée. Ainsi, si l’un des salariés à 40 % de l’entreprise, il n’a pas plus de poids que celui qui n’en a que 1 %. Les décisions se prennent à la majorité des droits de vote. Lorsqu’il y a des bénéfices, une partie revient aux salariés/actionnaires. Cela change des entreprise ou nous travaillons !

Image et réalisation : Mariana Otero
Son : Pierre Carrasco
Montage image : Anny Danche
Montage son : Cécile Ranc
Mixage : Yann Legay
Collaboration comédie musicale : Pascal Deux
Musique originale : Fred Fresson
Production : Denis Freyd

Site du documentaire : http://diaphana.fr/film/entre-nos-mains



ENTRE NOS MAINS - Bande-annonce

Interview des salariés d'ENTRE NOS MAINS

La société de la connaissance a fait pschitt

A lire dans le Figaro :

La nouvelle est tombée dans les journaux du matin : les États-Unis ont enfin décidé de s’équiper en trains à grande vitesse. L’État de Californie, en la personne de son gouverneur, a donc tout naturellement lancé un appel d’offre pour la construction de ce réseau. Aubaine pour Alstom, et pour ce fleuron de la technologie française qu’est le TGV. On s’apprêtait à sabrer le champagne. Pensez donc ! Après tant d’années à lorgner sur ce fabuleux marché américain, totalement sous équipé. Et soudain, la désillusion : Arnold Schwartzenegger fait savoir qu’il «invite» les investisseurs chinois à se lancer dans la concurrence et à proposer leur propre technologie. Adieu, veaux, vaches, cochons et couvée… Pérette s’est fait piquer son pot au lait par des asiates.

Encore faut-il préciser que cette technologie chinoise, qui intéresse tant un gouverneur américain dont l’Etat vit déjà largement au crédit de l’Empire du Milieu – celui-ci pouvant en échange inonder le ménage américain surendetté de produits absolument indispensables et symboles du célèbre Way of Life envié du monde entier – cette technologie, donc, n’a strictement rien de chinois, puisqu’elle est française et allemande. En 2003, la Chine a choisi, pour créer son propre réseau à grande vitesse, de faire appel à Siemens et Alstom, et de payer, pour 9 milliards d’euros, un transfert de technologie. Autrement dit, les entreprises européennes ont fourni gentiment à des Chinois – dont on sait qu’ils sont si peu offensifs en matière commerciale, et si respectueux de la propriété intellectuelle et technologique – tout ce qu’il fallait pour qu’ils gagnent dix ou quinze ans dans la grande course à la modernité. En échange, bien sûr, d’un doigt de pied dans la porte de ce marché formidable. Logiquement, la porte vient de se refermer violemment sur le doigt de pied. Airbus, qui a suivi la même politique, tremble pour ses orteils.

Nous n’avions pas le choix, protesteront les grands défenseurs du monde tel qu’il va. Fermez le ban. Alors, disons-le clairement : cela s’appelle du chantage, et nous l’avons accepté au nom de la balance commerciale, et des emplois qui sont derrière. Soit. Qui a déjà vu ces Mercedes chinoises, semblables au boulon près à leur modèle allemand, n’était le logo, conviendra simplement que tout étonnement, et toute déploration a posteriori, seraient pour le moins indécents.

Mais la seule question qui vaille aujourd’hui est celle de la viabilité de ce modèle, et notamment de cette stratégie baptisée par le Conseil européen, réuni à Lisbonne en mars 2000, «société de la connaissance». La société de la connaissance, pour résumer brièvement l’objectif de ses concepteurs, est cette société où règne une croissance économique fondée sur l’innovation et la forte valeur ajoutée produite par des emplois ultra qualifiés. Pour atteindre ce nirvana, les pays européens se sont fixé comme horizon (ce fut inscrit dans la loi d’orientation sur l’école de 2005) de dépasser les 50% de diplômés du supérieur. L’idée est simple : nos emplois industriels non qualifiés ont disparu, sous les assauts d’une concurrence internationale menée par des pays sans la moindre protection sociale, dont la main d’œuvre est corvéable à merci, mais nos jeunes, hautement éduqués, pourront se diriger vers des emplois mieux rémunérés, tournés vers l’innovation et nécessitant créativité et capacité d’adaptation.

Tout le monde se souvient de ce mois de janvier 2005, date de l’abolition des quotas de textile chinois fixés par l’Europe pour limiter leur intrusion sur le vieux continent. Alors qu’agonisaient les dernières entreprises de textile européen, les chantres de la société de la connaissance avaient expliqué aux futurs chômeurs que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, puisqu’en échange de tous ces T-shirts bas de gamme qui allaient envahir les hyper-marchés et enrichir la grande distribution, nous allions vendre des Airbus aux Chinois, et que nous serions largement gagnants.

Mais il y a pire que ce donnant-donnant où ceux qui perdent – les ouvriers non qualifiés qui ont peu de chance de se reconvertir immédiatement dans l’ingénierie aéronautique – doivent garder le sourire et voter pour la concurrence libre et non faussée (ce qu’ils ne firent pas le 29 mai suivant, mais l’incident fut vite effacé). Car cette idéologie de la société de la connaissance repose sur une erreur et une forfaiture. L’erreur consiste, en France et en Europe, à pousser massivement la jeunesse vers des études longues pour qu’elle vise des emplois de haut niveau. Or les PME qui font le tissu économique de la France, soumises à la concurrence «non faussée» de pays à faibles charges sociales, n’ont pas les finances pour remplacer tous leurs anciens employés titulaires d’un CAP par des titulaires d’un bac pro, ou même d’un bac+2. D’autant, et voilà la forfaiture, que ces bac+2 n’ont parfois pas le niveau qu’avaient les anciens CAP.

L’école, qui a voulu à toute force (et grâce à des pédagogues souvent issus de la gauche) répondre aux exigences d’un marché du travail qui demandait des salariés «adaptables», débarrassés des vieux savoirs inutiles mais capables d’«apprendre à apprendre», a mené à l’âge adulte des masses de jeunes privés de ce savoir global que constituaient les humanités classiques et souvent incapables de mener un raisonnement scientifique ou une argumentation. Les mathématiciens français en savent quelque chose, eux qui alertent depuis des années sur notre incapacité à former désormais des scientifiques de haut niveau.

Des jeunes qui arrivent au bac sans la maîtrise de la langue ni la capacité à développer un véritable esprit scientifique, et qui rêvent de percer dans la communication, le cinéma ou les médias, ont peu de chances face aux cohortes d’ingénieurs indiens et chinois bien décidés à conquérir le monde. Et ces jeunes à qui l’on aura vendu des diplômes démonétisés vivront comme une trahison leur reclassement dans des emplois largement en dessous de ce promettait leur CV. Quant aux emplois de proximité, métiers de bouche, artisanat, ils continueront de péricliter, faute de candidats (pendant que les grandes entreprises de la restauration et du bâtiment exploitent des immigrés clandestins, pour éviter d’embaucher dans des branches où les salaires sont plutôt élevés). Y a-t-il quelque chose de plus grave que de priver la jeunesse de son avenir ? Les films catastrophes du gouverneur de Californie ne sont finalement pas plus sombres que son TGV Chinois.

Par Natacha Polony le 14 septembre 2010 11h16

mercredi 29 septembre 2010

Un ingénieur japonais meurt de surmenage

A lire dans www.telegraph.co.uk:

Un des ingénieurs du constructeur leader, Toyota, est mort d'épuisement avoir passé de trop nombreuse heures de travail continues, a statué un bureau du travail japonais. La décision est la dernière d'une série de conclusions dans une nation où des horaires de travail extraordinairement longs ont longtemps été la norme pour de nombreux employés.
L'homme décédé était âgé de 45 ans et avait été sous forte pression en tant qu'ingénieur en chef dans l'élaboration d'une version hybride de la ligne de voitures  de Toyota appelée "Camry", a déclaré Mikio Mizuno, l'avocat représentant sa femme. L'identité de l'homme est tenu secrète à la demande de sa famille, qui continue à vivre à Toyota City, où l'entreprise est basée.
Dans les deux mois avant sa mort, l'homme a effectué en moyenne plus de 80 heures supplémentaires par mois, selon M. Mizuno. Il a régulièrement travaillé la nuit et le week-end, a souvent été envoyés à l'étranger et a été confronté à la responsabilité de présenter un prototype à la North American International Auto Show de Detroit quand il est mort de maladie cardiaque ischémique en Janvier 2006.
La fille de l'homme a retrouvé son corps à leur domicile la veille d'un départ pour les États-Unis. La décision, qui a été rendue le Juin 30, permettra à sa famille de recevoir des prestations de son régime d'assurance-emploi. Un agent du Bureau du travail d'Aichi travail a confirmé la décision. Dans un communiqué, Toyota Motor Corp a présenté ses condoléances et a dit qu'il travaillerait à améliorer le suivi de la santé de ses travailleurs.
Il ya un effort au Japon pour réduire le décès dû au surmenage, connu sous le nom «karoshi». Ces décès ont augmenté régulièrement depuis le ministère de la santé a reconnu pour la première fois le phénomène en 1987.
L'an dernier, un tribunal dans le centre du Japon a ordonné au gouvernement de verser une indemnité à Hiroko Uchino, l'épouse d'un employé de Toyota qui s'est effondré, mort au travail à l'age de 30 ans en 2002. Elle a porté l'affaire devant les tribunaux après que sa demande au bureau du travail local d'indemnisation aie été rejetée.

mardi 28 septembre 2010

Danfoss: 24 postes menacés de délocalisation en Pologne

A lire dans LeDauphine.com.

La société Danfoss envisage, selon un communiqué daté de ce lundi 6 septembre,  "d'arrêter la production de pompes à chaleur dans son usine de Valence. La réorganisation pourrait concerner environ  24 postes". La société précise également que "la production devrait vraisemblablement être effectuée en Pologne."

Le directeur général de Danfoss Avenir Energie, Eric Violon, a pour sa part déclaré que "Danfoss assume pleinement sa responsabilité sociale et souhaite proposer une série de mesures aux salariés susceptibles d'être concernés par la réorganisation envisagée en leur offrant toutes les opportunités possibles pour trouver un nouvel emploi."

A noter que, toujours selon le communiqué, "la réorganisation n'affectera pas les départements des ventes et de l'assistance technique de Valence, étant donné l'importance que le marché français continue de représenter pour Danfoss Heat Pumps.

lundi 27 septembre 2010

On revient à la médecine du travail instituée par Pétain

Passé en douce en même temps que la réforme des retraite, les médecins du travail reporterons directement aux entreprises. Difficile dans ces conditions de dénoncer les conditions de travail dangereuses. Des affaires comme l’amiante ne risque plus de sortir…

A Lire dans Le Monde:

Gaspard : Pourquoi le fonctionnement de la médecine du travail a-t-il été amendé au milieu d'un texte sur la réforme des retraites ? En aviez-vous été informé ?

Bernard Salengro : Non. On nous avait annoncé une réforme, mais qui viendrait après la réforme des retraites, qui serait publique, annoncée. Alors qu'on a eu un amendement glissé en dernière minute, en catimini, comme si on avait honte de la zizanie qu'on faisait.

L'amendement est essentiellement l'amendement 730, déposé par le gouvernement, qui transforme le service de santé au travail, qui était un service protecteur des salariés, en un service protecteur des entreprises.

guillaume : Comment en est-on arrivé à cette dérive ?

De façon tout à fait logique. Parce que c'est ce que les employeurs demandent depuis toujours.

Reprenez les éditoriaux du Dr Georges Clemenceau, l'homme politique qui était médecin du travail, dans L'Aurore, en 1906. Il disait déjà, pour défendre la reconnaissance de la maladie du plomb : les médecins du travail sont considérés comme des gêneurs par les employeurs.

Et il y a toujours eu la pression des salariés pour que les médecins du travail les protègent – c'est ce qui s'est passé en 1946 – et la pression des entreprises pour que les médecins du travail les aident à rentabiliser le système.

La tentative du Medef sur les députés UMP et sur Eric Woerth, le ministre du travail, a réussi, puisqu'ils présentent textuellement la demande du Medef qui avait été présentée il y a deux ans aux organisations syndicales et que toutes avaient refusée à l'unanimité.

C'est aussi simple que de dire : on va organiser la lutte antidrogue en la confiant aux dealers. Ce n'est pas possible, ça ne marche pas.

Kristoff : Quel est le danger véritable de cette réforme pour les salariés ?

C'est qu'au lieu d'avoir un système de protection, ils vont avoir un système de manipulation. Et sous couvert d'un affichage sympathique, la santé au travail, on va avoir des professionnels pour lesquels on pourra se poser des questions de confiance, d'indépendance, de confidentialité, et de réalité de leur aide.

C'est tellement facile de dire à une personne qui a une surdité que c'est dû au fait qu'elle va trop en boîte de nuit, ou à une personne atteinte d'un cancer du poumon que c'est dû au fait qu'elle fume trop et non pas à l'amiante qu'elle a manipulé toute sa vie.

Charles-Hubert de Girondi : Quels sont les moyens dont disposent les médecins du travail pour se protéger d'éventuelles pressions des employeurs ?

Aujourd'hui, le médecin du travail, pour être indépendant, a plusieurs cordes à son arc. L'indépendance, ce n'est pas l'absence de pressions, c'est plus l'équilibre des pressions. Dans l'entreprise, l'équilibre des pressions, c'est l'équilibre entre les pressions des employeurs et celles des salariés. C'est pourquoi l'indépendance des médecins du travail est facilitée lorsque la représentation des salariés est organisée et facilitée.

Par ailleurs, le médecin du travail est un salarié protégé, que l'on ne peut licencier qu'avec l'accord d'une représentation des salariés à la Commission de contrôle des services ou le comité d'entreprise, avec l'accord de l'inspecteur du travail, et celui du médecin inspecteur du travail. C'est dire s'il est protégé.

Rouletabille : Vous n'exagérez pas un peu en prétendant que la protection des salariés est remplacée par la sécurité des employeurs ?

Je ne pense pas exagérer. Le système de médecine dans les usines existe depuis longtemps. C'était une médecine sous l'autorité de l'employeur, chargée d'optimiser le matériel humain par la sélection, par l'entretien. C'est la médecine du travail avec sélection génétique instituée par Pétain.

A la Libération, on a repris les outils et les hommes en leur donnant un objectif opposé – cela a été voté à l'unanimité des députés : éviter toute altération de la santé du fait du travail.

Avec cet amendement, on retourne vers le système de Pétain, car les médecins du travail avaient une indépendance garantie par la loi, protégés contre le licenciement par l'inspecteur du travail, et bénéficiant d'un agrément renouvelé tous les cinq ans par l'autorité des services déconcentrés du ministère.

Tout cela saute au profit d'une mention indiquant que c'est sous l'autorité de l'employeur. On imagine que la direction du poulailler par le renard n'est pas une grande garantie...

SOS : Quelle est la position de l'Ordre des médecins sur cette question ?

La position de l'Ordre des médecins, que j'ai sollicité il y a dix jours, quand l'amendement est sorti, a été de reprendre sa déclaration de juin dans laquelle il dit son opposition avec la loi qui vient d'être votée.

Si vous regardez le site du Conseil national de l'ordre des médecins, à la date du 16 septembre, il y a un texte qui dit que l'Assemblée nationale a voté une importante réforme de la santé au travail, le texte ne répond pas aux attentes des salariés, ni aux nécessités de l'exercice des médecins du travail dans le respect de leur indépendance technique.

Le médecin du travail doit être le coordonnateur de l'équipe de santé pluridisciplinaire. Et l'intervention de médecins non spécialisés en médecine du travail doit se faire au sein du service de santé au travail, sans être déconnectée de la connaissance du milieu de travail et des postes de travail.

Ils disent qu'ils s'étonnent de l'absence de toute concertation, ce qu'ils regrettent vivement, alors qu'ils demandent depuis six mois à être reçus par le ministère. Dans ces conditions, ils ne peuvent qu'émettre une vive protestation.

Pierre Farce : De quels moyens disposent les professionnels et les syndicats pour s'opposer à cette évolution de la médecine du travail ? On en parle peu.

Le fait qu'on en parle peu, c'est ce que voulait Eric Woerth en glissant cet amendement dans le grand brouhaha de la retraite.

Heureusement, des syndicalistes et la CFE-CGC ont repéré cet amendement et ils ont tiré la sonnette d'alarme pour que petit à petit la population s'aperçoive de la rouerie qu'est ce cavalier législatif. Car c'est une loi cachée derrière une autre loi.

dimanche 26 septembre 2010

LA DÉLOCALISATION EST-ELLE ENCORE PAYANTE?

A lire dans Chefs d’entreprise.

Chef d'entreprise Magazine N°51 - 01/09/2010 - Sophie Sanchez

Hausse des salaires dans les pays émergents, augmentation des coûts de transport, problèmes de qualité, retards de livraison... Autant d'ombres au tableau des délocalisations qui viennent atténuer, voire effacer, les gains liés à cette solution de production. Décryptage des raisons qui amènent certaines entreprises à rebrousser chemin.

Voir ailleurs si l'herbe est plus grasse, ou plutôt partir pour éviter de connaître des périodes de vaches maigres. C'est la décision qu'ont dû prendre certaines sociétés françaises dès la fin des années 80, emboîtant le pas aux firmes américaines et allemandes qui avaient déjà fait, plus tôt, ce choix de la délocalisation. Selon une récente étude de l'Insee sur l'évaluation de l'impact du commerce international sur l'emploi, près de 12 % des chefs d'entreprises de plus de 20 salariés ont déclaré avoir délocalisé entre 2002 et 2007. Première raison invoquée par les sociétés quittant le sol français: faire baisser le prix de revient en faisant travailler des « mains » moins onéreuses et être ainsi plus compétitives face à des concurrents bénéficiant de coûts de production plus faibles. La réduction de la masse salariale serait en effet la principale motivation pour 79 % des PME (source KPMG-Medef). «La différence de coût entre la main-d'œuvre française et celles des pays dits «low cost" serait de 1 à 5, voire de 1 à 10 dans les pays de l'Est et du Maghreb, et de 1 à 20 dans les pays asiatiques », précise Philippe Peyrard, directeur général délégué de la coopérative de lunetterie Atol et membre fondateur du Comité des entrepreneurs pour un développement responsable de l'économie (Cedre).

PHILIPPE PEYRARD directeur général délégué de la coopérative de lunetterie atol et membre fondateur du cedre.

«Une entreprise qui fabrique des produits volumineux peut perdre ce qu'elle aura gagné en main-d'oeuvre rien qu'avec les frais transport, mais aussi d'emballage et de logistique.»

D'autres critères poussent les entreprises à tenter l'aventure vers d'autres contrées. Sont notamment évoqués la recherche de nouveaux relais de croissance, le développement du chiffre d'affaires ou tout simplement l'obligation de suivre les grands donneurs d'ordre. Si les attraits de la délocalisation semblent encore bien réels, certaines entreprises ayant déplacé leur production effectuent pourtant le mouvement inverse. Outre de grands noms comme Décathlon, Samas, Atol ou Pétrole Hahn, des PME retrouvent aussi le chemin de la France. «Les chefs d'entreprise qui ont généralement la tête dans le guidon et ne sont pas forcément bien conseillés se rendent compte, une fois sur place, que l'équation économique était erronée, car ils n'avaient pas pris en compte le coût complet d'une délocalisation », explique Philippe Peyrard (Atol). Frais de transport, de logistique et de stockage, prix de formation de la main-d'oeuvre, difficultés de manager les équipes à distance, augmentation des salaires locaux, turnover, problèmes de qualité, retards, etc. Au final, la facture peut s'avérer lourde et le projet moins opportun. Une étude du cabinet de conseil Mckinsey démontre ainsi qu'une entreprise délocalisée qui intègre ces coûts cachés, fait passer ses gains de productivité de 22 à 3 %. Mieux vaut donc, pour une entreprise voulant installer des sites à l'étranger, effectuer correctement ses calculs et mesurer les conséquences d'une telle décision.

Des factures de transport à la hausse.

L'un des postes à ne pas négliger dans les coûts d'une délocalisation est bien entendu celui du transport. Fabriquer du mobilier induit des coûts nettement plus importants que si l'on produit des tee-shirts. Mais, quelle que soit la nature du produit, les termes de l'équation semblent changer avec l'envolée des prix du pétrole. Les coûts de transport d'un container auraient ainsi plus que triplé depuis 2000. Outre la question environnementale, produire loin pose problème aux entreprises. Dans un contexte où elles se doivent d'être de plus en plus souples et réactives face aux demandes des clients, être tributaire de plusieurs semaines de transport maritime, notamment pour les entreprises travaillant dans les pays asiatiques, s'avère handicapant. « Sans compter que pour optimiser les containers et éviter de multiplier les trajets, nous commandons de grosses quantités, ce qui induit des avances de trésorerie et des capacités de stockage à l'arrivée conséquentes », relate Alain Comalada, p-dg de la société PEG, spécialisée, notamment, dans la fabrication de couettes, oreillers et isolants. Avec la flambée du baril, la délocalisation de proximité semble recueillir aujourd'hui beaucoup de suffrages. Des entreprises, qui avaient vu dans la Chine un nouvel Eldorado, replient bagage pour privilégier les pays de l'Est ou le Maghreb. De plus, certains dirigeants ne souhaitent pas que les sites de fabrication soient trop éloignés de leur marché. A l'instar du fabricant allemand de papeterie et d'instruments d'écriture Pelikan, qui a choisi de produire en République tchèque, ils veulent pouvoir être réactifs, avoir un œil sur la production ; « veiller au grain » n'est pas sans intérêt quand on a rencontré des problèmes de qualité.

Revenir à la qualité et au made in France.

Du bleu proche du vert, des produits abîmés, des textiles tâchés... Combien de dirigeants ayant délocalisé leur production ont-ils échappé aux sueurs froides à réception de leurs containers? Geneviève Lethu, spécialiste des arts de la table, en a fait les frais. Confrontée à des soucis de qualité et de conformité des produits avec les fabricants chinois, la PME a décidé, en 2002, de revenir au « bercail ». Ses couteaux sont aujourd'hui fabriqués à Thiers et son linge de maison dans les Vosges. L'étiquette « made in France » et le savoir-faire qui l'accompagne s'avèrent pour la marque un gage de qualité et un argument marketing. Certains patrons font aussi du maintien de leur activité en France leur fierté. Oliver Colas, l'un des dirigeants de la jeune société bretonne Argolf, spécialisée dans la fabrication des putters, insiste: «Nous nous refusons à ne regarder que le prix de fabrication. Nos putters sont conçus dans le respect d'une tradition et d'un savoir-faire qu'il faut perpétuer. Pour donner naissance à des produits de qualité, la proximité et la possibilité de suivre la fabrication et les fournisseurs de A à Z sont indispensables. Produire local permet aussi de préserver des emplois et d'être en phase avec les problématiques de développement durable. » De plus, se séparer de la production ne conduit-il pas à mettre en danger sa capacité à préserver des savoir-faire spécifiques, à innover et se démarquer ? C'est l'avis de Philippe Peyrard qui aime relater le retour en France d'Atol. Ayant enfin trouvé un partenaire prêt à le suivre en 2004, il quitte la Chine et fait rimer sa relocalisation avec innovation. « Les consommateurs français sont prêts à payer plus cher pour un produit de meilleure qualité et leur offrant une vraie valeur ajoutée. Jouer sur ces leviers plutôt que sur celui du seul prix revient à se positionner dans un cercle vertueux, car proposer des produits sophistiqués permet également de mieux exporter. » Les entreprises voulant délocaliser doivent aussi se poser l'épineuse question de la propriété intellectuelle. Le dépôt de brevets, coûteux et temporaire, ne suffit pas à enrayer les risques d'une copie des technologies ou de débauche d'un salarié préalablement formé.

Difficultés à recruter et à fidéliser du personnel qualifié.

La gestion du personnel représente aussi un point noir sur le tableau de la délocalisation. Si le coût de la main-d'œuvre est moins élevé, il est désormais difficile, dans certains pays, de trouver des salariés qualifiés, les meilleurs candidats ayant souvent déjà été recrutés. « Les bons éléments sont très sollicités par les grands groupes, confirme François Schmidt, p-dg d'EFS, PME spécialisée notamment dans la production de matériels de mesure. Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir recruter un technico-commercial chinois afin de développer notre propre filiale à Hangzhou. » Même son de cloche pour Benoît Martel, directeur export d'Aromatech, entreprise spécialisée dans les arômes alimentaires installée en Chine: « Il faut veiller à motiver et à fidéliser des collaborateurs très sollicités. » Par ailleurs, si la main-d'œuvre reste effectivement moins chère qu'en France, la tendance est à la hausse, que ce soit en Europe de l'Est, en Inde ou en Chine. Dans l'empire du Milieu, l'explosion des suicides (comme chez Foxconn Technology) et les grèves poussent les entreprises à augmenter les salaires.

Confrontées à cette hausse des coûts de la main-d'œuvre en Chine (plus de 10 % sur la zone côtière), certaines sociétés transfèrent leur production au Cambodge ou au Laos. Des pays comme la Tunisie ou le Maroc deviennent aussi des destinations de plus en plus compétitives. « Les entreprises qui délocalisent seront toujours confrontées à la concurrence de pays à plus faibles coûts. Il s'agit donc d'une vision à court terme qui érode les sociétés dans leur capacité à imaginer et à innover », commente El Mouhoub Mouhoud, professeur à l'université Paris-Dauphine.

Alors délocaliser ou pas? Les entreprises doivent en amont d'un tel projet se poser les bonnes questions: la main-d'œuvre est-elle prépondérante dans mon activité? Ai-je les moyens d'encadrer la production outre-frontières? Quel sera le poids du poste transport dans le coût global? Le site de fabrication nécessite-t-il une proximité avec le client final? Aucun dirigeant ne peut s'exonérer de cette démarche.

TEMOIGNAGE La délocalisation m'a fait perdre en qualité ALAIN COMALADA, p-dg de la société PEG

L'expérience de la délocalisation aura laissé un goût amer à Alain Comalada, p-dg de la société PEG, spécialisée notamment dans la fabrication de couettes, oreillers et isolants pour les vêtements et le bâtiment. Lorsque cet entrepreneur normand veut se lancer dans la microfibre, il y a trois ans, il ne trouve pas en France de fournisseur capable de lui proposer une machine répondant à cette activité. Il décide alors de mettre le cap vers la Chine. Une série de mésaventures attend alors Alain Comalada: problème de qualité, retards dans la fabrication et la livraison, communication difficile. La facture s'avère plus lourde que prévue, la charge de stress également. « Lorsque l'on travaille avec des grands noms de la distribution, exigeants et intraitables, on ne peut pas se permettre ce genre d'incertitudes. Nous avons dû faire appel sur place à des laboratoires pour contrôler la qualité des produits et éviter les mauvaises surprises. » sans compter que pour faire face aux délais de livraison (un mois de bateau) et optimiser les containers, la société est amenée à commander de grosses quantités de marchandises, ce qui induit des avances de trésorerie et de grosses capacités de stockage à l'arrivée. Echaudé par cette solution de production décevante et onéreuse, Alain Comalada parvient à rapatrier, en 2009, toute la production d'oreillers et de couettes synthétiques en s'équipant de la fameuse machine qui lui permet alors de produire lui-même sa microfibre. Aujourd'hui, l'entrepreneur a installé une nouvelle usine à Varneville, à une vingtaine de kilomètres du siège social, et emploie 10 personnes en CDI.
PEG - Repères
- ACTIVITE: Fabrication d'articles textiles, sauf habillement
- VILLE: Dénestanville (seine-maritime)
FORME JURIDIQUE: SA à conseil d'administration
DIRIGEANT: Alain Comalada, 56 ans
ANNEE DE CREATION: 1850
EFFECTIF: 98 salariés
CA 2009: 25 MEuros

ZOOM La prime à la relocalisation

Comment stopper l'hémorragie ou plutôt comment redonner du sang neuf à une économie anémique? Le gouvernement semble avoir choisi son remède. Evoqué par Christian estrosi, ministre de l'Industrie, en octobre 2009, et confirmé par Nicolas sarkozy lors des Etats généraux de l'industrie en mars dernier, le principe d'une prime à la relocalisation a été adopté. Il s'agirait d'une enveloppe de 200 mEuros, partagée entre les entreprises de moins de 5 000 salariés qui ramèneraient leur activité en France. Cette somme, issue du grand emprunt, servirait à financer, sur trois ans, des avances remboursables. Les conditions: les entreprises concernées doivent investir au moins 5 MEuros et créer 25 emplois minimum, de préférence dans des bassins à revitaliser. Autant dire que cette mesure ne concerne que les grosses pme.

samedi 25 septembre 2010

Mickael Wamen, syndicaliste chez Goodyear: "La lutte passe par le juridique"

A lire sur www.lesinrocks.com:

En pleine mobilisation contre la réforme des retraites, Mickael Wamen, secrétaire du syndicat CGT chez Goodyear dans la Somme, poursuit son combat contre la délocalisation. Pour lui, la lutte doit impérativement passer par le juridique.

"La lutte des classes, ça crève", lance Mickael Wamen, 38 ans, secrétaire CGT de l'usine de pneus Goodyear d'Amiens-Nord. Il sort, ce matin-là, d'une réunion à l'Union départementale du syndicat, à 8h30. La veille, il s'est couché à 2 heures du matin. Il a assisté, à Paris, à l'avant-première du documentaire Tous ensemble, réalisé par Eric Guéret, sur les mutations de la lutte syndicale face à une crise financière sans précédent. A la projection, il y a croisé des "gars" de Molex et Total. "Ainsi que du beau monde comme Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, qui a parlé de la parité alors que nous, on agonise. Franchement, c'était pas le sujet", dit-il, agacé.

Dans le local de la CGT de l'usine, Evelyne, l'une des seules femmes, acquiesce. Elle se fiche d'être entourée de huit mecs, qui fument des "rouges", des Marlboro, et parlent de cul ("ma nana m'a refusé une gâterie, hier soir").

Son seul motif d'inquiétude : les Conti viennent d'approuver un plan de la direction prévoyant le maintien de l'emploi en échange de sacrifices financiers. "Ils ont baissé leur froc. De tous les grands combats de salariés enclenchés ces derniers mois dans l'industrie, seul le nôtre tient bon", regrette Mickael. Ici, les plans successifs, y compris le dernier datant de mai 2009 prévoyant le licenciement de 817 personnes et la reprise du site, ont été gelés grâce à l'action syndicale : "Avec notre avocat, maître Fiodor Rilov, nous avons trouvé des vices de forme."

Mickael peut réciter par cœur le code du travail

Aucun licenciement à Amiens, mais les machines tournent à 30% de leurs capacités. Les salariés jouent aux cartes sur les lignes de montage, vague à l'âme en bleu de travail. Et "en bas", dans le local CGT, le combat continue sans la flamme des débuts, mais avec une expertise accrue.

Depuis 2007, le début des ennuis, Mickael s'est transformé. Il peut maintenant réciter par cœur le code du travail - "Les manifestations main dans la main, avec bobonne et les chiens, ne servent à rien. La lutte passe aujourd'hui par le juridique." Il est aussi devenu (un peu) psychologue : "Quand, il y en a un qui chiale dans un coin, j'ai appris à lui remonter le moral." Il a une voix qui déclame, un portable greffé dans l'oreille et des tracts dans les doigts. Il en écrit trois par jour.

Sa vie est celle d'un monomaniaque. Aujourd'hui, débordé, le délégué CGT doit par exemple appeler madame Creton, l'inspectrice du travail, et organiser le blocage de l'Espace industriel Nord, le 23 septembre : "Rendez-vous à 4 heures du mat, au rond-point de l'Oncle Sam (du nom du restaurant Grill d'Oncle Sam - ndrl)". Il s'attaquera ensuite à la coordination d'une manifestation de toute la filière qui aura lieu le 8 octobre, devant le Mondial de l'auto, à Paris. "Après une journée comme ça, c'est impossible de déconnecter. Pendant les vacances d'été, ma femme ne m'a pas supporté, j'étais trop agressif", raconte-t-il.

"Au pire, j'aurai permis à tout le monde de travailler trois ans de plus"

Son père, ancien syndicaliste de Dunlop (même groupe que Goodyear) a, quant à lui, du mal à suivre : "A son époque, les délocalisations n'existaient pas. Elles ont commencé il y a dix ans, et la crise a été un prétexte pour les accélérer." Mickael pense qu'à terme Goodyear arrivera probablement à ses fins. "Au pire, j'aurai déjà permis à tout le monde de travailler trois ans de plus et j'en suis fier."

Combien de temps avant que les nerfs ne lâchent ? "Je suis sanguin, mais je peux tenir encore toute une vie." Mickael est convoqué par la direction, le 28 septembre, en vue d'un entretien préalable à une sanction disciplinaire.

«Les appareils électroménagers sont volontairement fabriqués pour durer moins longtemps»

A lire dans Libération.fr:

Le constat est alarmant. Et illustre au mieux la société de surconsommation qui est la nôtre dans les pays riches. Selon l'association Les Amis de la terre, la durée de vie actuelle des appareils électroménagers serait aujourd'hui en moyenne de 6 à 9 ans, contre 10 à 12 ans il y a une dizaine d'années, alors que, paradoxalement, les technologies n'ont de cesse de progresser.

Alors que la prévention des déchets est au cœur des Assises nationales des déchets qui se déroulent depuis ce jeudi et jusqu'à demain à Paris, l'ONG vient de rendre public un rapport intitulé «L'obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage» sur les produits électriques et électroniques.

Un travail qui, selon Les Amis de la terre, «montre que les stratégies mises en place pour réduire la durée de vie des produits augmentent considérablement le volume des déchets, mais aussi contribuent à l'épuisement des ressources naturelles».

Anne-Laure Wittmann (photo), responsable de la thématique déchets aux Amis de la terre France, revient pour libération.fr sur cette enquête et livre des propositions pour sortir de la logique commerciale en place.

Pourquoi avoir lancé une telle étude?

Depuis quelques années on entend souvent parler de réduire nos déchets, à l'instar par exemple de la campagne de l'Ademe «Réduisons nos déchets, ça déborde». Les actions sont principalement ciblées sur le consommateur en fin de chaîne. On parle aussi beaucoup des emballages mais peu des appareils électriques et électroniques, alors que tout le monde a le sentiment plus ou moins diffus que les produits sont de moins bonne qualité et durent de moins en moins longtemps. La machine à laver de grand-mère a tenu vingt ans, celle qu'on achète aujourd'hui va peut-être durer cinq-six ans.

Cette étude est-elle une première en France?

Oui. En France, l'obsolescence programmée est un concept très peu connu. C'est un sujet beaucoup plus connu dans les pays anglo-saxons, en particulier au Royaume uni.

Cette tendance à l'obsolescence des appareils répond-elle, de la part des fabricants, à une volonté de faire des économies dans la fabrication, c'est-à-dire avec des technologies moins évoluées, ou dans la qualité des matériaux utilisés dans la fabrication?

Elle répond surtout à un souci de vendre plus, parce qu'il y a eu quand même des avancées technologiques. Mais nous sommes dans une ère de consommation de masse. L'idée, c'est de vendre des grandes quantités et le plus souvent possible. Les appareils ménagers sont donc volontairement fabriqués pour durer moins longtemps

Vous voulez dire que les fabricants font volontairement fabriquer des choses plus fragiles?

Concernant la qualité, il y a eu, comme vous le savez, une délocalisation massive de la production hors d'Europe, majoritairement en Asie, pour réduire les coûts, notamment en ressources humaines. Quant à la fragilité des produits, elle résulte de matériaux de moins bonne qualité. On peut aussi réduire la durée de vie d'un produit en faisant en sorte qu'il ne soit pas démontable: par exemple quand la batterie, au lieu d'être vissée, est soudée. Dans ce cas, le réparateur ne pourra pas intervenir, car il y a un sceau qui l'engage en terme de responsabilité s'il la dessoude puis la ressoude. Ou alors parfois il est même impossible de dessouder et donc de procéder à la réparation.

Cette tendance à rendre les produits non-réparables est-elle nouvelle ou s'accélère-t-elle?

Les réparateurs de chaînes hifi que nous avons interrogés nous ont dit qu'à partir des années 90 les appareils sont devenus plus difficilement réparables. Il y a eu une baisse des prix sur le bas de gamme qui fait que les produits ne sont pas réparables ou du moins ce n'est pas rentable économiquement de les réparer par rapport au prix d'achat de neuf.

Vous avez interrogé cinq fabricants (But, Carrefour, Casino, Conforama, Darty) sur votre constat. Quelle est leur réponse et vous satisfait-elle?

Non. La plupart sont restés assez vagues dans leurs réponses. La conclusion qu'on en tire, c'est que leurs services après-vente sont des vitrines pour rassurer le consommateur et lui signifier qu'il y a une relation client et qu'ils sont joignables. Mais concrètement, les réparateurs de ces enseignes ont comme consigne de ne pas passer plus de vingt minutes chez les clients qui les appellent pour des pannes. Ils ne vont pas chercher avec application à faire le maximum de réparations possibles. Ils font le service minimum.

Vous voulez dire qu'ils sont dans la vente à outrance et pas du service au client?

Exactement. En France, on a un modèle économique par rapport à la réparation qui ne va pas. On attend des revendeurs et des distributeurs qu'ils fassent en même temps la réparation. C'est le fameux service après-vente. Il y a un côté un peu schizophrène là-dedans. Moi, si je suis revendeur, je vais essayer de vendre, de faire du chiffre.

Que préconisez-vous?

Il faut un circuit économique de la réparation qui soit plus sain. Nous sommes en train de réaliser des guides locaux de la réparation et du réemploi.

Les pouvoirs publics sont-ils au courant de la situation que vous dénoncez? Quelle est leur politique en la matière?

On dénonce le fait qu'ils aient donné carte blanche depuis une trentaine d'années aux fabricants, et qu'ils les aient laissé petit à petit diminuer la durée de garantie des produits comme une peau de chagrin. Là où avant on avait des garanties de dix ans, maintenant vous avez une mini garantie de un an. Et si vous voulez rallonger la garantie, vous devez payer en plus. C'est devenu un business. Et ces distributeurs ont mis en place leur propre service d'assurance privée. Ce n'est plus l'assurance du constructeur.

Que suggérez-vous aux pouvoirs publics qui sont censés protéger le consommateur?

On pense que les pouvoirs publics devraient imposer un rallongement de la durée de la garantie constructeur. Ils pourraient aussi davantage soutenir le secteur de la réparation. On a bien défiscalisé en partie les services d'aide à la personne. Les emplois liés à la réparation ne sont pas délocalisables, c'est de la main d'œuvre française.