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mardi 17 mai 2011

Fukushima : le pire est déjà arrivé !

La semaine dernière, nous avons appris que le fond de la cuve du réacteur N° 1 était percé. Le combustible aurait fondu et serait prêt si ce n’est déjà fait) à se répandre sur la dalle de béton.

Le phénomène se serait produit en fait une vingtaine d’heures après que le refroidissement du réacteur a été coupé par le tsunami. Les barres auraient totalement ou partiellement fondu et auraient suinté vers le fond de la cuve. Cette dernière n’aurait pas résisté et se serait fissurée. L’injection d’eau de refroidissement dans le réacteur n’aurait pas donné satisfaction dans la mesure ou la cuve était percée. D’où une inondation d’eau fortement radioactive dans les sous-sols du réacteur dont nous avons entendu parler. TEPCO parle d’une température de fond de cuve de 120 °C ce qui parait trop raisonnable vu les circonstances.

Quels risques ?

La cuve percée va ou a déjà laissé passer le combustible fondu appelé corium. Il s’agit d’une sorte de lave de matériaux radioactifs en réaction permanente lui permettant d’entretenir une chaleur intense pendant des centaines d’années. Ce corium issu de la fusion du matériel combustible est bien entendu considérablement radioactif et nocif. À l’air libre, il va polluer fortement l’air de la centrale. Ceci va limiter ou même rendre impossible les opérations de diminution du risque. C’est pour cela que l’on entend parler de la construction d’un sarcophage. Sans ce sarcophage, la centrale serait une gigantesque source de pollution radioactive permanente.

Est-ce la solution ?

La construction du sarcophage n’est qu’une réponse à une dissémination aérienne de particules radioactives. Elle mettra des années à être construite et au prix de nombreuses vies humaines. Sa durée de vie n’excèdera pas 40 ans et comme pour la centrale de Tchernobyl il faudra tous les 40 ans reconstruire une nouvelle enveloppe. C’est donc un beau cadeau que nous faisons a nos enfants, aux enfants de nos enfants et à leurs enfants, etc.…

Mais surtout la pollution de l’eau est celle qui est le plus à craindre. Le cœur fondu une fois étalé sur le béton, va l’attaquer progressivement. Nul ne doute que la dalle de béton ne résistera pas très longtemps aux centaines de degrés du corium. D’autant plus qu’elle a surement été fragilisée par le tremblement de terre, voire qu’elle est déjà fissurée. Le béton percé, le corium atteindra le sol et vu sa température migrera vers les profondeurs. Bon débarras s’écrirons certains ! En effet, le centre de la Terre étant lui-même constitué d’une « sorte de corium », la radioactivité retournera d’où elle vient !

Hélas, il est plus que probable que le cœur rencontre une nappe phréatique sur son passage. Imaginez l’explosion qu’il pourrait s’en suivre ? Rencontre entre un corium en fusion et une eau froide. Sur ce dernier point, explosion ou non, nous n’avons aucune expérience d’un cas similaire, il est donc impossible de faire un pronostique fiable. La lave naturelle qui s’écoule sous la mer ne provoque pas d’explosion (ou très peu) finalement… Le vrai problème, avéré celui-ci, de ce contact est que l’eau potable et marine risque d’être polluées pour des dizaines de siècles. Scénario catastrophe, mais probable : les poissons et fruits de mer ne seront plus comestibles. Pire les animaux terrestres se nourrissant de produits de la mer (comme les oiseaux) seront contaminés. Leurs déjections seront contaminées. Les cultures également. À terme toute la chaine peut l’être…

Une chape de béton également sur l’information

La situation est grave voir désespérante. Remarquez que les médias en France n’en parlent plus. Il est plus croustillant de parler des possibles écarts de DSK mais pas seulement. Il est clair qu’en France un sarcophage est construit autour des informations sur le nucléaire. Nous ne savons rien. Les Japonais en savent un peu plus, mais pas beaucoup. J’avais déjà signalé le témoignage vidéo d’un expatrié français qui montrait, en pleine crise de Fukushima, le contenu des émissions de télévision : que du divertissement.

Les nombreuses erreurs japonaises

Les erreurs japonaises sont nombreuses. Elles vont de la construction de la centrale à sa gestion puis à la gestion de l’accident. Les responsabilités sont privées (TEPCO), mais également gouvernementales. Revue de la somme incroyable des erreurs.

  1. La centrale n’aurait jamais dû être construite en bord de mer. Cette implantation permet de simplifier la technologie du réacteur, mais le rend moins sûr en cas de problème.
  2. La centrale n’aurait jamais dû être située en zone sismique.
  3. La centrale était prévue pour résister à des tremblements de terre de niveaux 7 dans un pays qui a déjà vu le niveau 9 au moment de la construction
  4. Des ingénieurs japonais avaient averti de l’insuffisance des normes de construction sismique. Ils n’ont jamais été écoutés.
  5. La centrale n’était pas résistante à une double défaillance (tremblement de terre qui coupe l’électricité et tsunami qui met en panne les générateurs diésel). Double catastrophe pourtant hautement prévisible ! Un tsunami accompagne, hélas, souvent un tremblement en bord de mer
  6. La maintenance de la centrale était hasardeuse. Le nombre d’incidents sur les centrales de TEPCO au japon (et de ses concurrents également) étaient grand, les gravités des accidents également. Ces anomalies étaient souvent dissimulées.
  7. La centrale utilisait du MOX qui contient du plutonium (1 milligramme est mortel pour l’homme)
  8. La centrale de Fukushima a été prolongée, en fait elle aurait dû être arrêtée au moment du tremblement de terre. Notez que cet arrêt, s’il avait eu lieu, n’aurait peut-être pas évité un accident
  9. La catastrophe étant arrivée, TEPCO a mis en place des moyens ridicules et n’a pas été à la hauteur. Son président a disparu de la circulation, deux semaines après la presse dévoile qu’il est en arrêt maladie.
  10. Le premier ministre japonais ne se rend pas sur les lieux de l’accident et semble presque ignorer l’accident. Il le minore en tout cas. Il faudra attendre plus d’un mois pour le voir visiter la région.
  11. La gravité de l’accident a été largement minorée par TEPCO également pour finalement être reclassée au même niveau que Tchernobyl
  12. Le Japon a de nombreuses fois refusées toute aide internationale. C’est fort dommage, car une aide française et russe aurait été du plus grand secours. Le fait est que des étrangers sur place auraient vu de suite la gravité de la situation
  13. Le Japon aurait dû faire immédiatement appel aux Russes, forts de leur expérience
  14. Les mesures prises après l’accident sont inadaptées voir dangereuses
  15. L’eau fortement contaminée n’aurait jamais dû être rejetée en mer. La contamination de la chaine alimentaire étant à craindre au final. Sans oublier que poissons et fruits de mer sont une composante essentielle de l’alimentation des Japonais
  16. Les Japonais, numéro un mondial en robotique, se sont trouvés dans une situation ou aucun de leurs robots ne pouvait servir en de telles circonstances. Il a fallu une aide tardive américaine.
  17. Enfin, et surtout, la construction, la gestion et encore plus la gestion de la crise ne devait et ne pouvait pas être laissée sous la seule responsabilité d’une entreprise privée dont le seul but (comme toute entreprise privée) est de minimiser les couts et de maximiser les profits. On ne peut pas jouer à cela avec le nucléaire

Comment le Japon aurait-il dû gérer cet accident ?

TEPCO aurait dû être partiellement écarté et l’état et l’armée aurait dû prendre le contrôle de la situation. Un budget colossal aurait du être immédiatement alloué sur la base du cout de Tchernobyl. Une zone de cinquante kilomètres autour de la centrale aurait dû être bouclée immédiatement. L’armée aurait dû intervenir pour évacuer de forces toutes les personnes dans cette zone. Les animaux errants auraient dû être abattus, car ils sont vecteurs de pollution radioactive. Un générateur diésel de secours aurait dû être immédiatement mis en place. Une ou plusieurs routes de belle dimension auraient dû être construites pour accéder à la centrale. Une sorte de pont roulant aurait dû être acheminé sur place. Idéalement il aurait pu être télécommandé. Placé au-dessus des réacteurs, il aurait permis de déblayer les gravats, mais également d’extraire les combustibles usagés des piscines, soit 33 tonnes de MOX usagé. L’évacuation de ce combustible aurait pu être faite par mer. Il aurait même pu refroidir dans un port le temps que le Japon trouve le temps et les moyens de l’évacuer de la zone. Pour le cas des cuves, l’histoire est moins simple. Cela n’a jamais été fait dans de telles conditions. Les eaux contaminées auraient dû être évacuées par cargo. Un vieux cargo usagé et proche de la retraite aurait pu faire l’affaire. Ce bateau aurait pu être coulé au large. La radioactivité aurait été relâchée très progressivement dans l’océan sur des dizaines d’années.


Cette affaire est une des faillites du libéralisme économique mondial. Laisser une société privée gérer un tel potentiel de risque est plus qu’absurde. Le Japon paye et payera cher cette erreur basique. Le problème est que les populations, et pas seulement les populations japonaises, payeront également cher. L’accident a déjà et aura des conséquences de long terme sur la santé des populations de la région, mais aussi des régions éloignées. La pollution ne s’arrêtera pas à la frontière française. Lorsqu’un pays fait une telle erreur, c’est l’ensemble des populations de la planète qui risquent de payer, mais qui, elles, n’en ont jamais les bénéfices. Le nombre d’erreurs commises dans cette affaire est tel qu’il est purement et simplement incroyable.

mercredi 11 mai 2011

Délinquance : un fond de commerce pour l’UMP !

Depuis presque 10 ans, on nous assomme avec l'insécurité, certains se font élire avec un programme sécuritaire qui n'avait rien à envier au FN. Pourtant, les mêmes élus n'ont cessé de supprimer des policiers dans les commissariats. Hier soir une bande de jeunes a saccagé ma rue. Ces faits sont gratuits et devenus récurrents. Dire qu'ils sont directement liés à la politique de la droite de parler de sécurité et de dégrader les conditions pour assurer cette sécurité est devenu une évidence. Aujourd'hui est la goutte de trop !

Hier soir vers deux heures du matin une bande de jeunes désœuvrés ont saccagé ma petite rue. Les dégâts ne sont pas immenses, mais leur gratuité donne à réfléchir. Ils ont cassé des pare-brises de voiture, volé des enjoliveurs, pénétré dans le jardin d'un voisin sans rien voler (il n'y avait rien à voler), détruit plusieurs clôtures, etc. Le cas le plus écœurant : ils ont pénétré dans un jardin et volé les chaussures des quatre enfants du propriétaire (ce n'était même pas des chaussures de marque). Voulant emmener ses enfants à l'école, il n'a pas pu, car sa clôture grande ouverte et les enfants n'avaient plus de chaussures ! Ces dégradations font suite à une liste invraisemblable de faits similaires depuis un an. Vitre cassée pour un auto-radio à 30 euros, pare-brise défoncé, portière pliée… deviennent une menace permanente. La gratuité et l'amateurisme des auteurs est souvent déconcertants. La ville étant une ville plutôt pauvre, ils s'en prennent à des ouvriers, des retraités ou des Français moyens.

D'accord, l'économie n'est pas brillante et les jeunes payent le prix fort, mais tout de même. Je me suis dit que la crise était grave, que les Français pauvres avaient payé plus que les autres, que les enfants qui voyaient leurs parents après tant d'années d'usine être supprimés pour cause de délocalisation n'avaient surement plus foi en la société. Pourtant, ce soir en rentrant chez moi, j'ai vu un jeune de 18 ans environ comme on en voit souvent qui livrait des pizzas dans une cité. Job surement mal payé, mal considéré et dangereux (agressions, accidents de la route), mais pourtant exécuté avec courage par ce jeune. Oui la société moderne ne donne pas du tout l'exemple avec ses nombreuses injustices étalées à longueur d'émission de télévision, mais cela ne justifie pas tout. Comme tous les jeunes, il faut fixer des limites et les parents absents ou à la dérive socialement n'ont plus l'occasion de le faire. L'ultralibéralisme économique moderne conduit à cela. Alors lorsque l'éducation parentale et scolaire est défaillante et que la police n'est plus là non plus pour rappeler les limites, nous vivons dans cette violence contemporaine.

Si vous lisez les journaux (voir notes en bas de page) vous constatez chaque jour dans la rubrique faits divers la recrudescence des violences souvent gratuites et repoussant toujours les limites. Dans la même période nous subissons un discourt et un programme ultra sécuritaire. Pourtant le gouvernement, s'il prétend lutter contre la petite, la moyenne et la grande délinquance fait, hors caméra, tout le contraire. Il nous berce dans l'illusion de la vidéo-surveillance, pardon, la vidéoprotection (c'est plus vendeur avec ce nom !). Dans le même temps, les études s'enchainent et se ressemblent : la vidéo-surveillance est un outil comme un autre, mais certainement pas l'unique solution. Une caméra sans personne pour regarder l'écran ni pour intervenir rapidement ne sert à rien. Le paradoxe est là : compter sur des caméras pour faire le boulot est ridicule surtout si l'on diminue par ailleurs les effectifs policiers !

Dans les citées, les jeunes le savent : nombreux sont les lieux ou la police ne va plus et cette situation n'a pas cessée d'empirer depuis 2007. Échec de la politique de Nicolas Sarkozy ou volonté délibérée de maintenir un fonds de commerce sécuritaire ? Il est légitime de se le demander. Le problème n'est pas nouveau. En 2006 le maire de Massy (département 91, 37 700 habitants) réunit ses administrés afin de faire le bilan des incivilités récentes dans sa ville. Son discours est simple : trois ans avant cette date, les problèmes de sécurité ont brutalement empiré à Massy. La mairie s'en est ouvert au gouvernement de l'époque qui a promis plus de policiers pour maintenir l'ordre. Or, trois ans sont passés, les violences ont décuplé. Le maire donne sa version de la situation : depuis le signalement des incivilités au gouvernement, les effectifs de police sont passés de 3 policiers de permanence le dimanche à... 1 seul policier ! Conséquence : le policier seul de garde le dimanche soir ne se déplace plus sauf éventuellement pour un meurtre ! Voilà comment on repousse sans cesse les limites tolérables de la violence. Bruler une voiture, cambrioler un appartement ne nécessite plus forcément le déplacement de la police. Belle politique !

Nous n'en parlons pas assez, mais la situation s'est dégradée partout. Toutes les villes et toutes les régions sont touchées, personne n'y échappe... Paris n'est pas épargné. Dans le même temps des consignes idiotes sont données aux rares policiers restants : ils doivent faire du chiffre, du chiffre et encore du chiffre. Seuls les indicateurs comptent. Particulièrement expressif, l'exemple de l'indicateur "taux d'élucidation des affaires" est un indicateur idiot qui conduit à l'arrestation par wagons de SDF et de junkies, car pour une arrestation (relâché immédiatement) les policiers comptabilisent une résolution d'affaires ! S'approcher des 100 % d'affaires résolues est un jeu d'enfant dans ces conditions. Et pendant que le peu de policiers qui restent arrête les SDF à la chaine, ils ne résolvent pas les vrais cas de délinquances, car ces derniers demandent plus de temps de résolution (parfois des mois ou des années mêmes). Ce type d'affaires sérieuses ne sont donc pas bonnes du tout pour les indicateurs de la maison ! L'UMP gouverne la France comme une entreprise du CAC40 et l'on voit avec quelle efficacité...

Et la vidéosurveillance ? C'est à la fois un leurre et une mesure dirigée. En mettant beaucoup de caméras, on peut diminuer les policiers (ils n'ont plus besoin d'être dans la rue) et cela donne l'impression d'avoir fait quelque chose de fort pour la sécurité. Il s'agit donc que d'un leurre. En revanche dans les lieux riches (regardez le cas de Neuilly-sur-Seine), les caméras, assorties de nombreux policiers sont assez efficaces et les amis riches de la présidence sont très correctement protégés !

D'ou la question de savoir si cette politique de réduction d'effectifs et d'inefficacité structurelle savamment masquée par des déclarations (je devrais dire des "gesticulations" au sens militaire du terme) gratuites ("je vais nettoyer cette cité au karcher", karcher qui n'est jamais passé) n'est pas volontaire. Lorsque les gens sont de plus en plus inquiets pour leur sécurité, ils ne pensent plus au chômage, à la crise économique, aux maigres résultats du gouvernement en place : ils votent pour ceux qui "semblent" vouloir régler le problème. Pauvres naïfs ! S'ils savaient...


Liste des faits divers violent en un mois (simple recherche Google d’une demie-heure, écartant les fait-divers dans les petites villes). 
Cette liste parle d’elle-même :

mardi 10 mai 2011

Alstom délocaliserait au Mexique

A lire dans Le Figaro:

Le groupe Alstom projette de délocaliser au Mexique la production d’un composant de centrales nucléaires dont il a programmé l’arrêt sur son site de Belfort (Territoire-de-Belfort), ont affirmé jeudi des sources syndicales à l'AFP.


Les pièces concernées sont les ailettes, un élément qui permet de faire fonctionner les rotors des turbines de centrales et dont Alstom prévoit de fermer l’atelier de Belfort (70 salariés) dans le cadre de son plan de 4.000 suppressions de postes dans le monde, selon les syndicats CGT, CFE-CGC et CFTC. "La direction entend délocaliser nos ailettes vers d’autres sites du groupe en Suisse mais aussi au Mexique où des essais sont en cours pour accueillir nos types de fabrication, ce qui rend nos craintes avérées", a affirmé Jacques Rambur, délégué CGT d’Alstom Power (branche énergie du groupe) à Belfort.

Contactée par l’AFP, la direction d’Alstom Power s’est refusée à tout commentaire avant la tenue d’un comité central d’entreprise qui doit suivre de quelques semaines la réunion du comité de groupe européen du 28 février prochain. "Nous confirmons que Belfort est le centre d’excellence nucléaire du groupe", a déclaré un porte-parole.

La menace de délocalisation n’est pas nouvelle, selon la CFTC, qui avait interpellé dès 2009 les pouvoirs publics et les autres syndicats sur le sujet, a rappelé Philippe Stahl, son responsable départemental. Un autre composant de turbines de centrales, les diaphragmes, a déjà été transféré de Belfort au Mexique il y a quelques années.

samedi 7 mai 2011

Réconcilier l'entreprise et la société

A lire dans Les Echos:

Quand Michael Porter veut réinventer le capitalisme

Les entreprises ont perdu leur légitimité. Elles prospèrent désormais aux dépens de la société qui les entoure et les a vu naître. Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais le plus célèbre des penseurs de la stratégie d'entreprise, Michael Porter. Il vient de publier dans la prestigieuse « Harvard Business Review » un article qui fera date (1) et qui fait déjà beaucoup jaser dans les cercles économiques. Selon lui, il faut d'urgence réconcilier l'entreprise avec la société, si l'on veut sauver le capitalisme. Aller plus loin que la « responsabilité sociale d'entreprise », démarche devenue classique dans toutes les grandes multinationales, et reconsidérer l'objectif stratégique de l'entreprise : ce n'est plus de créer de la valeur pour l'actionnaire, mais pour la société tout entière. En se posant finalement quatre questions : Ce que je fais va-t-il accroître le bien-être des consommateurs ? Prend-il en compte la raréfaction des ressources naturelles ? Est-il bénéfique à mes fournisseurs ? Améliore-t-il le sort de la communauté à laquelle appartiennent mes sites de production et de vente ?

Tout cela a un petit air de déjà-vu, mais Porter l'articule dans un nouveau concept, la valeur partagée (« shared value »). Son idée centrale est qu'en plaçant au coeur de son action les préoccupations sociales et environnementales, l'entreprise en retirera des bénéfices sonnants et trébuchants. Autrement dit, ce qui est bon pour la société est bon pour l'entreprise. Il ne s'agit plus ici de soutenir des actions humanitaires ou sociales pour améliorer son image et se donner bonne conscience, mais d'en faire l'axe principal de son développement, moteur d'innovations nouvelles et d'amélioration de la productivité.

Apôtre de la compétition et théoricien du positionnement des entreprises (« Les Echos » du 20 février 2008), Michael Porter élargit d'un coup le champ de vision de l'entreprise, au besoin en écornant des convictions bien établies (y compris par lui-même) sur les bienfaits de l'externalisation et de la délocalisation des activités. Pour lui, les entreprises restent prisonnières d'une conception étroite de la création de valeur qui « optimise la performance financière de court terme en passant à côté des besoins les plus importants des consommateurs et en ignorant ce qui influe largement sur la viabilité à long terme de ces entreprises ».

Déconsidéré aux yeux de l'opinion, et pas seulement en France, le monde de l'entreprise doit oeuvrer à réconcilier progrès économique et progrès social, mis à mal par des décennies de restructurations, de délocalisations et de pression actionnariale qui ont détruit le lien entre l'entreprise et sa communauté d'origine.

Précisons que Michael Porter n'est pas un dangereux gauchiste, mais le plus réputé des professeurs de Harvard qui conseille les PDG des plus grandes sociétés mondiales ainsi que de nombreux dirigeants politiques. D'ailleurs, son idée n'est pas de corseter les industriels par de nouvelles régulations et taxes, mais de les convaincre que leur intérêt de long terme suit ce chemin. Il estime notamment que la conséquence des comportements actuels est la banalisation des produits par la compétition sur les prix, une faible innovation, une croissance réduite et la disparition des avantages comparatifs. A l'inverse, une communauté prospère génère de la demande, développe des infrastructures critiques et crée un environnement favorable aux affaires. Que faire alors ? Michael Porter propose trois directions d'actions : les produits, la chaîne de la valeur et l'action locale.

Réviser produits et marchés

Dans les pays avancés, cette révision est déjà largement en cours sous la pression des consommateurs qui ne demandent pas forcément plus, mais mieux, que ce soit dans l'alimentation ou l'environnement. Porter cite les cas d'Intel, d'IBM et de General Electric qui ont déployé leurs efforts en direction des économies d'énergie et su, dans le cas de GE, créer en quelques années une activité considérable (18 milliards de dollars en 2009). C'est justement cette capacité à créer des marchés et à y gagner de l'argent qui rend les entreprises plus efficaces que les associations ou les gouvernements, y compris pour améliorer le sort des individus et des communautés. Dans les pays les moins avancés, le marché est celui de la « base de la pyramide », théorisé par le professeur américano-indien C.K. Prahalad. Le développement de la téléphonie mobile en Afrique est le cas classique de la rencontre entre un marché considérable (1 milliard de clients) et l'amélioration spectaculaire de l'économie locale de ces pays.

Revoir la chaîne de la valeur

Cela concerne notamment la logistique et les transports. Cette chaîne a été bouleversée par la mondialisation et la concurrence du coût du travail. On récolte des noix de cajou en Afrique, que l'on traite en Asie. Les transports incessants coûtent de plus en plus chers, sont source de délais et de coûts supplémentaires (stockage, management). Selon Porter, Wal-Mart aurait ainsi économisé 200 millions de dollars en 2009 en revoyant son packaging et en réduisant les trajets de ses camions. En matière d'approvisionnement, l'auteur cite l'exemple de Nespresso qui a investi dans l'aide aux planteurs locaux de café en installant des usines sur place et en leur fournissant apport technique et formation pour augmenter le rendement de leur exploitation et la qualité du café. Il ne s'agit pas de commerce équitable, mais d'investissement local profitant à la fois au fournisseur et au client.

Quant à la productivité des employés, le vénérable professeur de Harvard ose affirmer qu'investir dans son personnel, sa santé, son bien-être et sa formation a un effet mesurable sur la productivité qui compense bien des délocalisations à l'autre bout du monde...

Créer des écosystèmes locaux

Il rassemble dans un même lieu fournisseurs, écoles, universités, infrastructures. On rejoint ici une autre marotte de l'Américain, qui a popularisé la notion de « cluster » comme la célèbre Silicon Valley, dont l'avatar français (et colbertiste) s'appelle « pôle de compétitivité ». Une idée progressivement abandonnée par les dirigeants, regrette Porter, qui milite pour des espaces ouverts et transparents qui ne refusent pas la concurrence, comme c'est le cas en Caroline du Nord dans le « Research Triangle » près de Raleigh. Le fabricant d'engrais Yara a de son côté investi au Mozambique et en Tanzanie pour développer des routes et des ports afin de favoriser l'activité de ses clients fermiers. Des ensembles qui ne peuvent s'établir qu'en collaboration avec le politique et la concurrence.

Ce cercle vertueux de l'entreprise, qui développe sa communauté qui en retour consomme ses produits, à la manière de la révolution fordienne du début du XX e siècle, peut-il s'enclencher ou n'est-il qu'un feu de paille qui s'éteindra à la moindre reprise de l'emploi aux Etats-Unis ? Il y a probablement des deux. S'il est certain que même Michael Porter ne transformera pas des loups en agneaux (Nestlé, Wal-Mart ou GE étant plutôt du côté des loups), les entreprises confrontées à la stagnation de leurs marchés domestiques, à la nécessité de répondre au défi des pays émergents et à la raréfaction des ressources naturelles doivent élargir leur champ de vision et retrouver l'ambition du long terme. Tout simplement parce qu'elles y ont intérêt.

pescande@lesechos.frblogs.lesechos.fr/escande(1) « The Big Idea : Creating Shared Value », Michael Porter et Mark Kramer, « Harvard Business Review », janvier-février 2011.

jeudi 5 mai 2011

Douze propositions pour "sauver" le métier d'ingénieur

A lire dans La Tribune.fr:

Les chefs d'entreprise de l'Isae Executive Club "lancent un cri d'alarme" sur la situation du métier d'ingénieur en France. Ils publient un livre blanc qui formule douze propositions.

Ces derniers mois, la situation du métier d'ingénieur a suscité nombre de contributions, parfois polémiques : proposition de labelliser les formations universitaires (avorté face à la levée de boucliers des écoles), rapport de l'institut Montaigne préconisant de rénover la formation, mobilisation des doyens européens des formations en ingénierie pour favoriser les pratiques innovantes (La Tribune du 25 février 2011). A sont tour, l'ISAE Executive Club, collectif qui regroupe une centaine de cadres dirigeants et de chefs d'entreprise, vient de lancer un "cri d'alarme" en publiant un livre blanc ("Réinventer le métier d'ingénieur pour en valoriser le rôle dans la société"). Ils formulent  "douze propositions pour sauver le métier d'ingénieur" et éviter à terme "la perte de la maîtrise des technologies et de l'innovation" pour la France.

"La France - et l'Europe - n'aime plus son industrie. L'industrie (hors services à l'industrie) n'y représente plus que 16% du PIB contre 22% en 1998", énonce l'ouvrage en préambule. En cause, "une sorte de désertion d'un trop grand nombre d'ingénieurs formés et diplômés en France, qui boudent l'exercice des métiers scientifiques et techniques". Beaucoup alertent d'ailleurs depuis plusieurs années sur une pénurie d'ingénieurs. "Il n'y a pas à proprement parler de pénurie. La France en forme 30.000 par an ce qui correspond aux besoins du pays. Mais il y a un véritable désamour, nombre de diplômés exerçant finalement d'autres métiers notamment dans la finance", analyse Jacques Lefèvre, co-auteur du livre blanc. Le président de l'Isae Executive Club attribue cette désaffection à l'image vieillotte et austère véhiculée par la profession, la baisse de rémunération dont sont victimes les jeunes diplômés (hormis ceux des très grandes écoles) qui intègrent les bureaux d'études et la production ou encore le manque de pratique des enseignements. "La technologie de fait plus rêver", déplore Jacques Lefèvre.

Développer l'entreprenariat

Le livre blanc propose donc trois axes de mobilisation. Renforcer la dimension internationale tout d'abord. "Il faut passer de l'école PME à l'école multinationale, suggère Jacques Lefèvre. Les écoles doivent se regrouper pour créer des pôles ayant une masse critique de 5.000 diplômés par an." Il s'agit aussi de profiter par exemple des grands programmes industriels réalisés à l'étranger pour créer sur place (en Chine, au Brésil...) des sites de formation en label propre. Si le modèle très spécifique de l'ingénieur à la française fait la différence à l'étranger, il souffre toujours "d'un déficit d'image au démarrage", note Jacques Lefèvre. Le danger est donc de voir à terme les diplômés des pays émergents prendre le dessus. Autre axe d'action, le développement de l'innovation et de l'entreprenariat. La faiblesse de ces deux thématiques ont maintes fois été soulevées.

"Les jeunes ont des idées mais ne bénéficient pas de l'environnement nécessaire. Nous proposons d'utiliser les chefs d'entreprise comme stimulateurs d'innovation et créateurs de liens avec les PME innovantes", poursuit Jacques Lefèvre. De fait, les carrières en PME ne sont pas assez rendues attractives. Afin de soutenir l'industrie au niveau local, l'idée est de créer des actions sur les bassins d'emploi (prix innovation...) et de développer le maillage territorial. Enfin, le troisième cheval de bataille est de rapprocher les formations d'ingénieurs et le doctorat, sachant qu'à l'international, c'est généralement le doctorat qui le diplôme de référence. "Le rapprochement entre le monde de la recherche et les écoles d'ingénieurs doit devenir naturel", suggère Jacques Lefèvre. Un mouvement en phase d'amorçage, les écoles commençant à passer des partenariats avec les universités afin que leurs diplômés s'engagent dans des thèses.

Outre une revalorisation du métier aux yeux des jeunes, l'objectif est aussi que les ingénieurs "prennent place dans les débats de société et soient promu comme image du progrès", milite l'Isae Executive Club. Cela commence dès l'école primaire, au sein de laquelle des actions sont prévues en partenariat avec le ministère de l'Education nationale. Dans le sillage de son livre blanc, le collectif compte aussi "porter des actions en commun avec le syndicat professionnel Ingénieurs et scientifiques de France (IESF, ex-CNISF) et la conférence des grandes écoles, sans oublier le lobbying auprès du monde politique, à commencer par le ministère de l'enseignement supérieur. L'enjeu est taille : freiner la désindustrialisation de la France et éviter que les technologies d'avenir deviennent l'apanage des pays émergents.

Clarisse Jay - 13/04/2011, 09:31

mardi 19 avril 2011

France : le décret de l’incroyable flicage du net

A lire sur AgoraVox :

Une info passée en douce, par le biais d'un simple décret :

"Sur le Web : la police a désormais accès à toutes vos données personnelles

Un décret oblige désormais les fournisseurs de services sur Internet à conserver pendant un an mots de passe, traces d'achats ou commentaires laissés sur le web par les internautes. La police pourra y avoir accès lors d'enquêtes, ainsi que le fisc ou l'URSSAF. Tollé général sur la Toile."

Il aura suffi d'un simple décret, décidé en catimini, dans les cabinets feutrés d'un pouvoir de plus en plus aux abois, pour démontrer que, décidément, ce qui s'est passé en Tunisie, puis en Egypte, à savoir le rassemblement populaire permis par le net, fout une sacrée trouille aux gouvernants, immédiatement en oeuvre de "neutraliser" un éventuel effet boule de neige, dans un pays comme la France, ex-championne des libertés, et, notamment, de la liberté d'expression...

Le décret n° 2011-219 du 25 février 2011 relatif à la conservation et à la communication des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne a été publié hier au Journal Officiel sans l'avis de la CNIL rendu le 20 décembre 2007. Cet avis a été rendu sur le fondement de l’article 11-4°a) de la loi informatique et libertés. Dans ce cas, l’avis de la CNIL n’est pas systématiquement publié. Notre Commission a décidé de publier cet avis sur son site.

Ben oui, le seul espace d'une véritable information indépendante, finit par nuire à la "COMMUNICATION" diffusée par les médias aux ordres...

La propagande officielle ne saurait souffrir d'une atteinte si grave à sa diffusion tous azimuts ; aussi, tous les internautes se retrouvent désormais totalement fliqués, jusque dans leur intimité la plus inviolable, par la grâce d'un décret digne des pires dictatures...

On savait déjà être écouté, localisé, filmé, épié, dans l'espace public par tous les moyens mis à disposition d'un état policier (système "échelon" à la mesure planétaire, écoutes illégales, puces des téléphones portables, caméras de surveillance, etc...) ; c'est maintenant à l'espace privé que s'attaquent, en douce et en toute pseudo "légalité", les petites mains de big brother....

Formidable tartufferie, ce décret intervient sous la présidence française du G8, censé (sic) "s'occuper de la protection de la vie privée" ; comme annoncé par Sarkozy, en Décembre 2010 (je cite) :

Le 17 décembre 2010, le Président de la République a annoncé son intention de réunir les principaux acteurs mondiaux de l'Internet en marge du sommet du G8 de Deauville, en mai prochain. L'inscription du sujet de la protection de la vie privée à l'ordre du jour du G8, qui se tiendra sous la présidence française, permettrait de franchir une étape décisive dans la protection de la vie privée face au développement des technologies du numérique et éclairerait le rôle déterminant que la France joue en la matière.

Etonnant, non ? :-)

On lira ici la réaction et le communiqué de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés), dont voici la conclusion :

La Commission souhaite que le projet de décret précise que les données seront transmises par des employés individuellement désignés et appartenant aux services en charge des demandes de communication de données des prestataires concernés.

Enfin, l’article 7 dispose que les données transmises seront enregistrées et conservées pendant une durée de trois ans dans des traitements automatisés mis en œuvre par le ministère de l’intérieur et le ministère de la défense.

La Commission rappelle qu’un dossier de formalités préalables, relatif à la mise en œuvre de ces traitements, devra lui être adressé et demande que le projet de décret précise que :

  • le ministère de l’intérieur et le ministère de la défense ne seront destinataires et ne conserveront dans les traitements précités que des données correspondant aux demandes qu’ils auront respectivement introduites ;
  • le traitement des données communiquées par les FAI et hébergeurs aura pour unique objet la conservation et la consultation et ne sera pas interconnecté ou rapproché avec d’autres traitements y compris ceux résultant du décret n° 2006-1651 du 22 décembre.

Conclusion qui ressemble plus à un voeu pieux, qu'à une légitime remise en cause légale de cette atteinte indubitable à la vie privée des internautes.

On attend donc la réaction des diverses associations de citoyens ; consommateurs, internautes, pour les recours devant :

- le conseil constitutionnel,

- les instances juridiques européennes,

pour exiger et obtenir l'annulation de ce decret de la honte, pris en totale infraction avec les DROITS énoncés dans la loi "Informatique et libertés ; droits que vous pouvez défendre de diverses façons par le biais d'actions en justice, de pétitions, de recours légaux, etc...

Il est d'une extrême urgence, pour tous les internautes, de faire défendre ces droits, sous peine de se voir bientôt entièrement à la merci de l'arbitraire d'un pouvoir en train de détruire les derniers champs de liberté, pour asseoir une domination sans contrôle sur la liberté d'expression.

A vos claviers ; diffusez l'information, sensibilisez le maximum de personnes autour de vous, contactez la CNIL, les associations de citoyens, pour donner du poids aux actions et recours en justice, qui essaieront de préserver un des derniers espaces de liberté à la disposition du plus grand nombre..

samedi 16 avril 2011

jeudi 14 avril 2011

Teleperformance aura dépensé 128 millions pour sa restructuration en France

A lire sur Les Echos:

Sur deux ans, l'addition du plan social francais est élevée pour le leader mondial des centres d'appels externalisés. En 2010, son coût a pesé sur le résultat opérationnel du groupe qui s'élève à 119 millions d'euros après provisions.

«Dans un univers délicat, 2010 s'est déroulée correctement, avec une accélération de l'activité au second semestre et une croissance organique forte en Amérique du Nord et au Brésil», observe Daniel Julien, président du directoire de Teleperformance. La société qu'il a fondée en 1978 avec quelques lignes téléphoniques est devenue une entreprise globale: de leader en France en 1985, elle est passée numéro un européen en 1995 puis mondial en 2007. L'année dernière, elle a dépassé les 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit une hausse de 11,4% par rapport à l'année précédente, mais limitée à 1,1% à devises et périmètres constants.

«Nous sommes dans le haut des estimations données. La seule région du monde où on observe une décroissance organique est l'Europe, compte tenu notamment des difficultés en France», précise Daniel Julien. La France, source de tous les maux de Teleperformance, qui y emploie encore 5.800 personnes aujourd'hui mais où les effectifs tomberont à 5.200 en juin prochain. «La France, c'est 100% de mes pertes, un marché subventionné par les marchés étrangers de notre groupe», commente le fondateur de Teleperformance.

Une activité de plus en plus internationale

Dans un métier où «80% du compte d'exploitation correspond à des salaires», les employés de l'Hexagone sont trop chers. «Il y a une contradiction entre le citoyen qui veut conserver les emplois dans son pays et le consommateur qui recherche les prix les plus bas. Les prestataires de services "business to business" sont souvent des bouc-émissaires: les grandes entreprises ont tendance à les utiliser de manière flexible en fonction du dynamisme de leur marché, servant en premier lieu leurs propres centres d'appels internes. Etre variable d'ajustement dans un pays où la flexibilité est organisée, cela se passe bien, mais en France ce n'est pas le cas», regrette Daniel Julien.

Teleperformance se veut ainsi de plus en plus internationale, avec 120.000 salariés dans 50 pays et un chiffre d'affaires réalisé à 37% dans la zone anglophone et Asie-Pacifique, 34,7% en Europe, et 28,3% dans la zone iberico-Latam. La France ne pèse plus que 5% des effectifs et 12% de son chiffre d'affaires. Les coûts de restructuration dans son pays d'origine ont coûté très cher à l'entreprise: 21 millions en 2009, 47 millions en 2010, sans compter les pertes qui se chiffrent en dizaines de millions, selon Daniel Julien, évoquant une ardoise totale de 128 millions d'euros sur deux ans. Le résultat opérationnel avant ces éléments exceptionnels s'élève à 174,5 millions d'euros pour 2010, mais tombe à 119 millions après les provisions pour restructuration.

L'Hexagone spécialisé sur la clientèle à forte valeur ajoutée

«A partir du moment où l'on a décidé de sauver la filiale française, il fallait le faire le mieux possible, pour redémarrer au plus vite», commente le président du directoire qui souhaite spécialiser l'Hexagone sur la clientèle à plus forte valeur ajoutée, avec son produit Platinium. Une prestation facturée de 20% à 30% plus cher mais avec des réponses sur mesure et non du quantativisme taylorien, de l'aveu même de Daniel Julien. Plus question non plus d'en passer par les fourches caudines de clients qui n'ont eu de cesse de diminuer les prix depuis quinze ans au gré des évolutions technologiques. Pour ce faire, Teleperformance va continuer à se développer de manière équilibrée entre croissance organique et externe, en rachetant des sociétés de 50 à 150 millions d'euros de chiffres d'affaires, profitables et faciles à intégrer.

MARTINE ROBERT

Fillon en Ferrari, nouvel accroc à la « République exemplaire »

A lire sur Rue89:

Les vacances de François Fillon, suite… En vacances en Toscane en 2009, le Premier ministre s'est fait gracieusement prêter une Ferrari par le patron de la marque italienne, Luca di Montezemolo : c'est Charlie Hebdo qui révèle l'info dans son numéro à paraître mercredi.

Ajouté aux vacances en Egypte dans l'avion du président Moubarak, ce cadeau vient saper un peu plus l'image de Père La Rigueur que s'est construite François Fillon, par opposition au bling-bling de Nicolas Sarkozy.Matignon n'a pas voulu commenter les informations de l'hebdomadaire satirique, qui a obtenu confirmation du service de presse de Ferrari :

« Le président de Ferrari, M. Luca di Montezemolo, est un cher ami de M. François Fillon et de son frère, M. Pierre Fillon [qui est vice-président de l'Automobile Club de l'Ouest (ACO), organisateur des Vingt-Quatre Heures du Mans, ndlr].

C'est normal pour Ferrari que d'importants représentants du showbiz, de la politique, de la culture et du sport testent nos voitures, même si ce ne fut pas le cas en l'occurrence ».

L'hebdomadaire n'a pas pu savoir quel modèle a été prêté au Premier ministre, que l'on sait grand amateur de voitures de sport. Mais Charlie Hebdo a trouvé que sur le site Just4VIP.com que la location d'une Ferrari va de 748 euros à 12 451 euros par jour, selon les modèles. Un beau cadeau de Ferrari, donc, en 2009, l'année de la pire récession depuis des décennies avec ses centaines de milliers de chômeurs supplémentaires.

La couleur de l'UMP

Une affaire privée ? C'était déjà l'argument employé pour les vacances de Noël passées par le Premier ministre et sa famille en Egypte, avec la généreuse contribution d'Hosni Moubarak chassé du pouvoir par son peuple deux mois plus tard ; c'était aussi l'argument de Michèle Alliot-Marie et de ses vacances en Tunisie alors que Ben Ali réprimait les manifestations avant d'être contraint au départ.

Dans tous ces cas, rien d'illégal. Mais quel contraste par rapport à l'image lisse et rigoureuse « vendue » par François Fillon dans les pages papier glacé de Paris Match ! Et par rapport à l'exemplarité qu'exigerait la direction des affaires publiques, surtout en période de grave crise sociale dans le pays.

Et que dire du projet de loi sur la « déontologie dans la vie publique » que Nicolas Sarkozy a demandé à François Fillon de préparer, afin, disait l'Elysée au lendemain du scandale MAM, de « promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française » ? On attend le texte avec trépidation.

La Ferrari bleue (la couleur de l'UMP ? ) de François Fillon restera, à côté du bling-bling présidentiel et des vacances tunisiennes de MAM, et de quelques autres extravagances éthiques, un symbole de la faillite de ce beau slogan de campagne sans lendemain que fut pour Sarkozy la « République exemplaire ».

mardi 12 avril 2011

Nucléaire, peut-on encore faire confiance aux autorités nucléaires ?

Dans un entretien au journal Le Monde daté d'aujourd'hui, Thierry Charles, responsable des questions de sureté à l'IRSN, indique que la situation est stable et que le "pire est passé". Or, manque de chance, dans un autre article du même journal le même jour la gravité de l'accident est passée du niveau 5 au niveau 7 (sur 7). D'où la question évidente de la pertinence du jugement de l'IRSN.

Dans un entretien dans le journal Le Monde du mardi 12 avril, Thierry Charles, responsable des questions de sureté à l'IRSN, indique que "Depuis dix jours, la situation est à peu près stabilisée" même s'il modère ses propos en ajoutant, plus loin, que "Cela peut prendre des semaines, voire des mois." Pour une stabilisation définitive. Il ajoute ensuite que la zone d'exclusion "a été élargie à 30 km. Cela correspond à la zone postaccidentelle, où l'on observe des dépôts de radioactivité au sol. Nous pensons que c'est une mesure raisonnable." Puis enfin :"L'iode 131 est un radioélément a durée de vie assez courte, elle décroit d'un facteur 2 chaque semaine. Dans trois mois, son niveau sera complètement secondaire et les habitants pourront théoriquement revenir."

Interrogé sur la gestion de la crise par Tepco, il juge cette gestion correcte vu l’amplitude de la catastrophe « Il faut se mettre à leur place. Ils venaient de subir une énorme catastrophe naturelle où ils avaient potentiellement perdu des membres de leur famille lorsqu'ils ont dû faire face à une situation nucléaire inédite, avec plusieurs réacteurs endommagés en même temps. Leur principale erreur, c'est d'avoir tout misé sur le refroidissement des cœurs et d'avoir négligé les piscines de combustible au début de la crise. Avec plus de recul, on pourra analyser comment ils auraient dû réagir idéalement. ». Rien à reprocher à Tepco donc.

Cette déclaration laisse penser que l'accident est en bonne voie de résolution et que dans trois mois les habitants reviendront vivre près de la centrale. Déclaration idyllique, mais hélas très loin de la réalité ! Comble du sort pour monsieur Thierry Charles, le même journal, le même jour donne un tout autre son de cloche ! Les deux articles trônent cote à côté dans la rubrique Japon. On y apprend, les faits suivants :

Le Japon a placé ce mardi 12 avril l’accident nucléaire de Fukushima au même niveau de gravité que celui de Tchernobyl, le niveau 7, soit le plus haut de l’échelle. L’Agence de sureté nucléaire nippone ne peut pourtant pas être soupçonnée de surévaluer l’accident et a plutôt été jusqu’à présent plutôt très modérée. Elle avait en effet classé l’accident au niveau 5 alors que l’IRSN le classait au niveau 6. Elle indique aujourd’hui que les émissions radioactives restaient, jusqu’à présent, inférieures à celles de la catastrophe de 1986 (rejets évalués à 10 % environ). Mais, dans le même temps, la montée jusqu’au niveau de gravité maximum de 7 indique des « rejets majeurs de matières radioactives » avec « des effets considérables sur la santé et l’environnement ». 

Cette montée de la gravité nous prépare à une aggravation des conséquences de l’accident plutôt qu’à une stabilisation. Position confirmée par l’agence qui craint qu’à terme les « fuites radioactives » ne « dépassent finalement celles de Tchernobyl » ! Il n’est donc pas du tout question de revenir habiter autour de la centrale dans trois mois dans ce contexte. Les réacteurs ou leurs piscines fuient, pour preuve : des traces de strontium, un élément hautement radioactif produit par la fission nucléaire dans les réacteurs, ont été trouvées pour la première fois dans les sols et dans des plantes près de la centrale…

L’augmentation de la gravité se base sur les nouvelles mesures effectuées près du site : elle a été décidée « sur la base des mesures d'iode et de césium relevées dans l'environnement » indique l’agence japonaise. « Nous allons continuer de surveiller la situation. C'est un niveau provisoire ».

Comment Thierry Charles justifie-t-il la presque réhabilitation de la zone dans les trois mois dans de telles conditions ? Il nous présente la situation vue uniquement de l’iode radioactif. Il n’est certainement pas sans savoir que l’iode radioactif n’est pas le seul rejet lors d’un accident nucléaire et que c’est indiscutablement celui qui a (et de très très loin) la plus courte durée de vie et le seul dont on puisse se protéger par absorption d’iode (non radioactif) de manière à saturer la thyroïde. Ne parler que du cas de l’iode est donc ridicule et forcément de nature à minimiser l’accident. Au même moment l’autorité sanitaire souhaite créer une surveillance sanitaire sur 10 ou 20 ans et dans Le Parisien il est rappelé que la région qui entoure la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, pourrait être « inhabitable pendant dix ou vingt ans », a affirmé Kenichi Matsumoto, conseiller au secrétariat du cabinet du Premier ministre japonais, Naoto Kan. Il est tout simplement ridicule de penser que, même si la situation ne s’aggrave plus à partir de maintenant autour de la centrale, on puisse y habiter de nouveau dans les prochains mois…

Que penser de la vision très rassurante de la stabilité de l’accident alors qu’au même moment la gravité augmente et que le Japon avoue la possibilité à terme de rejets pire de Tchernobyl ?

Que penser également de la volonté de ne pas critiquer même un tout petit peu la gestion de Tepco qui, nous la savons tous a présent, fait ce qu’il peut en ce moment parfois maladroitement, a pendant des années négligées la sécurité de la centrale, et ce, depuis sa construction. Il est de notoriété publique maintenant que la centrale de Fukushima et les autres gérées par Tepco ont eu leur histoire émaillée de divers incidents plus ou moins graves. Que la centrale fut construite pour résister à des séismes de niveau 7 dans un pays ou le niveau 9 est possible. Que la double catastrophe naturelle (tremblement et tsunami, qui font pourtant souvent de pair) n’a pas été prise en compte. Le problème de Tepco n’étant pas trop sa gestion d’aujourd'hui, mais surtout sa gestion d’hier. Alors, pourquoi ne parler que de Tepco en bons termes ? Peut-être parce que si nous comparions avec la liste des incidents variés dans les centrales françaises nous aurions froid dans le dos… Surtout que dans le même moment sont dénoncé dans la presse la gestion de la centrale de Chinon (Indre-et-Loire) : Après inspection de la plus ancienne centrale de l'hexagone, l'ASN a dénoncé ce mardi à Orléans une « rigueur d’exploitation insuffisante » et demandé à EDF de prendre « des mesures fortes » pour corriger les dysfonctionnements. En tout ce sont 58 évènements significatifs pour 2010 qui ont été relevés…

Il n’y a pas a dire, l’IRSN, établissement public, a toujours une position volontairement rassurante et sous-évaluée de la situation. Ils ne craignent pas d’être démenti, parfois le jour même, pas la réalité des faits… Si en France nous avons besoin du nucléaire et qu’avec toute la bonne volonté et les moyens du monde nous ne pouvions pas nous en débarrasser dans l’immédiat, il est regrettable de toujours, encore et encore, constater cette volonté de cette industrie de cacher la vérité, de minimiser les risques et de tenir les citoyens dans l’ignorance de ce qu’ils risquent.

À ce titre la France n’est pas la seule. Sur la télévision nipponne NHK passe en ce moment un petit film qui explique aux enfants la crise de Fukushima. D’après ce film, la centrale est un petit personnage, le « Nuclear boy » qui est malade du ventre et risque de faire caca partout (oui vous avez bien lu !). Son caca “pue” et doit être évité pour cette raison. Le Fukushima boy est réconforté par le “Tchernobyl boy” (qui a été guéri en mangeant du béton) et le “TMI boy” (Three Miles Ilsland). A la fin du film il est indiqué que tout va bien se passer et que tout rentrera dans l’ordre bientôt. Bien que ce soit un film pour les enfants, c’est tout de même un peu gros non ? D’ailleurs même les enfants japonais sont dubitatifs…

Pendant ce temps, la gravité croit au japon et les médias n’en parlent déjà presque plus. Pourtant, comme le montrent les mesures effectuées par le Blog Economique et Social, la radioactivité en France a augmenté de 0,04 % (elle est passée de 0,10*Sv/h à 0,14 mesure en Île-de-France avec un appareil de précision ± 16 %) depuis l’accident. Si, comme le pensent les Japonais, nous passions de 10 % de rejets de Tchernobyl à, disons, 120 %, les mesures en France passeraient de 0,10*Sv/h à 0,58*Sv/h (augmentation de 0,48). Dans ce cas de figure extrême, nous dépasserions la limite autorisée en France (1mSv/an/personne) avec un taux de 8,76 mSv/an (même avec une marge de 16% et en prenant la valeur basse nous sommes a plus de 7mSv/an)…