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samedi 13 novembre 2010

Obama : la peur de l'offshore est dépassée

A lire dans Le MagIT:

En visite en Inde, le président américain a tenu un discours rassurant pour les grands outsourceurs du pays, inquiets de la montée du protectionnisme aux Etats-Unis.

En déplacement en Inde, le président américain a défendu l'offshore pratiqué très largement sur le sous-continent. Selon Barack Obama, la vision de centres de services dans des pays à bas coût détruisant les emplois aux Etats-Unis est dépassée. Et d'expliquer que les relations commerciales entre les deux pays améliorent tant le niveau de vie indien qu'américain.

Tenu dimanche devant un parterre de dirigeants à Mumbai, ce discours un brin convenu vise à calmer les inquiétudes des milieux d'affaires indiens qui s'alarment d'une montée du protectionnisme aux Etats-Unis. Un état comme l'Ohio a ainsi interdit le recours à l'offshore dans les contrats publics. En mai, Barack Obama avait également évoqué une réforme de la fiscalité, afin de limiter les délocalisations dans les pays à bas coût par les entreprises américaines.

Les grands outsourceurs indiens supportent également un renchérissement des visas de travail vers les Etats-Unis, décision prise par Barack Obama. Cette mesure, qui doit rapporter 600 millions de dollars, touche les entreprises de plus de 50 salariés dont plus de 50 % travaillent avec un visa.

mercredi 10 novembre 2010

Cameron porte parole des néolibéraux

David Cameron en Angleterre s’est engagé dans une violente course au désengagement de l’état qui n’est pas sans rappeler l’époque Tatchérienne qui à fortement appauvrit le pays voir notre article sur les privatisations). Éducation, budget des ministères, privatisations, etc. La mesure symbolique de son idéologie : mettre les chômeurs en fin de droit au travail dans des missions d'intérêt général. Il s’agit en fait de 30 heures de travail hebdomadaires et obligatoires, sur quatre semaines « seulement ». Ceux qui ne viendront pas travailler verront leurs allocations chômage supprimées pendant trois mois. Si le sujet excite fortement les néolibéraux et les UMP de tous poils, il révolte les autres. Mais qu’en penser ?

Pour se faire une opinion de cette proposition, il est nécessaire d’examiner les opinions favorables et défavorables au projet et de les regrouper en opinions justes ou erronées.

Les plus de la réforme

- Le travail obligatoire de 30 heures sur quatre semaines n’est pas très contraignant, mais assez pour que les faux chômeurs soient démasqués !

- Remettre au travail des chômeurs longue durée peut redonner du courage à ceux qui, lassés, n’y croient plus.

- Avoir une utilité sociale, même limitée à 4 semaines pour redynamiser les exclus de la société.

- Ces travaux peuvent, éventuellement, améliorer un CV un peu vide.

- Ces heures peuvent aider des associations qui, sans elles, ne peuvent faire correctement faire leur travail.

Les moins de la réforme

- Compliqué à mettre en place, car trouver un emploi utile a plusieurs millions de personnes n’est pas aisé. Par exemple, il ne sera pas souhaitable de demander à un chômeur ayant BAC+5 de balayer les rues.

- Risque de dérive si le travail fourni remplace celui d’une autre personne qui aurait pu être embauchée, ce système ne doit être appliqué que pour des travaux non monnayables sinon il agirait comme une sorte de « délocalisation intérieure »

- Un chômeur doit se consacrer à 100 % à sa recherche d’emploi. Même 30 heures par semaine sont une charge trop grande pour permettre une recherche d’emploi active. Argument minoré, toutefois, par la durée de 4 semaines seulement et qu’en fin de droit, un chômeur passe moins de temps à chercher un emploi.

- Les aides pour les chômeurs en fin de droits sont assez ridicules pour que l’on ne puisse pas vivre seulement avec cela, une journée de chômeur en fin de droit est une bataille quotidienne pour trouver des ressources supplémentaires.

- Cette proposition fait partie d’un ensemble de mesures dont le but est de supprimer, à terme, tout ce qui reste encore des avantages sociaux.

- Réforme très démagogique taillée sur mesure pour les néolibéraux.

Les mauvais arguments pour ou contre la réforme

- C’est une évidence de devoir fournir un salaire si l’on reçoit une rémunération : non, les aides sociales ne sont pas une rémunération, mais une aide. En aucun cas il ne s’agit d’un salaire. Il s’agit en fait d’une aide caritative destinée à définir un seuil minimum de pauvreté. S’exprimer ainsi est comme faire l’aumône, mais en exigeant un service en retour ! Ceux qui pensent ainsi sont comme Sophie de Menton qui indiquait sur Arte le 19 novembre 2009 : « il y avait un homme […] en train de mendier à la gare de Lyon l’autre jour et je lui donne un euro et je lui dis soyez gentil montez-moi ma valise et […] il m’a rendu mon euro et m’a dit je suis mendiant et pas larbin ».

- C’est un retour de l’esclavage sous forme moderne : que l’on soit d’accord ou pas avec cette mesure, on ne peut pas dire que travailler 30 heures pendant 4 semaines n’est tout de même pas un esclavage ! Ceux qui disent cela devraient se renseigner sur ce qu’était réellement l’esclavage. Tout ce que l’on peut dire est que si une tâche est effectuée sans salaire c’est bien un cas d’abus de faiblesse.

- Si l’on considère le travail comme une servitude c’est que nous sommes décadents : faux débat, il n’est pas question ici de servitude ni même de travail d’ailleurs puisque pour qu’il y ait travail, il doit y avoir salaire.

- Tout salaire mérite travail : faux dans ce cas, car ce n’est pas un salaire. Si l’on qualifie une aide sociale à un salaire, alors il faut qualifier une rente à un salaire et donc mettre les rentiers au travail !

- Quand celui qui travaille ne vit pas mieux que celui qui ne travaille pas, pourquoi se lèverait-il tôt le matin ? Faux, il suffit de voir comment vivent les gens qui bénéficient des minimums sociaux pour comprendre qu’ils sont bien loin d’un niveau de confort élevé leur permettant de se passer de travail. Personne ne vit mieux au chômage qu’en travaillant sauf si l’on triche !

- Madame Thatcher a toujours eu de bonnes idées. Cela éviterait peut-être à certains profiteurs professionnels de passer d'éternelles vacances aux frais des contribuables : madame Thatcher a été une catastrophe pour l’Angleterre. Destruction (il n’y a pas d’autres mots) du réseau ferré, privatisation à tour de bras, paupérisation de la société, destruction du syndicalisme et donc du dialogue social (5 lois), forte augmentation de la productivité jamais redistribuée aux salariés, dégradation de la situation de l’Irlande, incitation de l’immigration pour faire baisser les salaires, forte poussée du chômage, désindustrialisation précoce du pays, augmentation considérable des frais universitaires, instauration de la précarité de l’emploi… La liste des âneries de l’époque Thatcher est longue et a pour résultat l’état de pauvreté extrême du pays aujourd’hui. Quant à dire que le chômage est être en vacances, celui qui dit cela n’a jamais été au chômage de sa vie ou fait malhonnêtement référence (car ils sont minoritaires, heureusement !) à la partie des chômeurs qui trichent.

- L’allocation est reversée au titre d'une assurance qu'ils ont payée. On ne demande pas à celui dont la maison brûle qu'il travaille gratuitement pour l'assurance qui le rembourse. Faux, il ne s’agit pas de faire travailler tous les chômeurs, mais ceux qui sont en fin de droit seulement et pour quatre semaines. Nous ne parlons pas ici d’assurance chômage.

- Il ne s´agit pas de travail gratuit, mais bien de "gagner sa croûte", on ne peut pas vivre toutes ces années en charge de la collectivité sans, en échange rendre un petit service. Comme nous l’avons vu, le service n’est peut-être pas si intéressant, si un chômeur prend la place d’un travailleur (nous avons vu que c’était très difficile à organiser correctement), c’est finalement une diminution de la richesse du pays ! Quant à gagner sa croute, nous en avons déjà parlé : les minimums sociaux ne sont pas un salaire, mais, finalement une aumône (même si le terme est un peu péjoratif).

- Elle les incite a retrouver un vrai travail: tant qu'a se lever le matin, autant gagner un salaire convenable et non une indemnité médiocre : Pourrait être vrai si les chômeurs de longue durée n’avaient aucun mal à trouver du travail. Ce qui n’est pas le cas. Dire cela comme cela est donc une manipulation

- Il faudrait tout de même se souvenir qu'après la guerre et jusque dans les années 60 les chômeurs étaient tenus de faire quelques travaux d'utilité publique. Il n'y a rien de choquant et encore moins d'esclavagisme dans le fait d'occuper des hommes et des femmes, il y va bien au contraire de leur dignité : de grâce, ne revenons pas en arrière socialement ! Quant à la dignité de celui qui, épuisé de ne pas avoir trouvé de travail durant des années, doit aller, de force, aider des associations sous peine de perdre son aide sociale, je ne crois pas que ce soit terrible !

- À la fin du dix-neuvième siècle, la route dite de "quarante sous" a été faite grâce aux 40 sous alloués journellement aux chômeurs qui y ont travaillé. Il n'y a rien d'anormal d'utiliser la main-d’œuvre des chômeurs. Il n'y a rien de vexant puisque la collectivité paie des droits aux chômeurs : cet argument ne tient pas, car la route en question a été construite par des ouvriers qui étaient payés 40 sous par jours. Faire une parallèle avec la mesure de Cameron est ridicule, car il s’agissait d’ouvrier employé et pas de chômeurs en fin de droit à qui l’on demandait une compensation à l’aide sociale qu’ils avaient (il n’y avait pas d’aide sociale à l’époque), ce n’était pas des chômeurs puisqu’ils étaient employés à la journée. C’était un travail précaire « équivalent » d’un SMIC d’aujourd’hui !

Qu’en conclure finalement ?

Simplement que le sujet déchaîne les opposants comme les partisans et que dans tous les cas il s’agit plus d’une « mesurette » propagandiste néolibérale qu’une vraie mesure destinée à aider les chômeurs. Il s’agit surtout d’un signal envoyé au peuple anglais pour lui faire comprendre, s’il en avait encore besoin, que l’état providence et bel et bien fini. Soyons certain que cette mesure électoraliste aura grand mal a être mise en place et si elle y parvient, paupérisera encore plus l’Angleterre.

Mais ce qui fait le plus froid dans le dos c’est surtout de se rappeler que cette mesure était dans le programme d’un certain Nicolas Sarkozy : Dans son projet pour la France page 7, section 4 intitulée "Réhabiliter le travail" il est écrit : « Je ferai en sorte que les revenus du travail soient toujours supérieurs aux aides sociales et que les titulaires d'un minimum social aient une activité d'intérêt général, afin d'inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu'à vivre de l'assistanat. » (Nous voyons clairement d’où viennent certaines opinions ci-dessus). Le président réaffirme cette conviction dans de son manifeste "Ensemble" de mars 2007 à la page 140 : « Si je suis élu […], je ferai en sorte que plus aucun revenu d'assistance ne puisse être supérieur au revenu du travail et que plus aucun revenu d'assistance ne soit versé sans que soit effectuée en contrepartie, pour ceux qui le peuvent, une activité d'intérêt général qui leur converse le sentiment de leur utilité sociale.". Et encore dans son ouvrage « Témoignage », page 143 : « Le peuple de France sait ce qu'est le travail. Il n'en a pas peur. Mais l'inversion délibérément organisée des valeurs entre le travail et l'assistance a totalement perverti les repères […] Quand celui qui travaille ne vit pas mieux que celui qui ne travaille pas, pourquoi se lèverait-il tôt le matin ? ».

Ce qui est bien avec Nicolas Sarkozy c’est qu’il est plein de ressources néolibérales et que ce que l’on croit le pire ne l’est jamais. Si les Français avaient vraiment lu le programme du candidat Sarkozy, je ne pense pas qu’il aurait été élu…

mardi 9 novembre 2010

Comment les OGM envahissent la France

Un ami agriculteur me raconte une arnaque (nous avons cherché un synonyme sans le trouver) qu’il a subit et qui a cours en ce moment en Europe et plus particulièrement en France. Le subterfuge permet à de grands semenciers de se garantir une clientèle fidèle et captive tout en favorisant la diffusion d’OGM dans des pays comme la France qui sont réticents à leur culture.

Les agriculteurs naïfs tombent facilement dans le piège : un semencier vient les démarcher pour les proposer des semences pour leur prochaine récolte. Jusque-là tout va bien. La ou cela se complique c’est qu’ils proposent comme geste commercial, de ne se faire payer que lorsque la récolte a eu lieu. Cette proposition est alléchante, car, on le sait bien, les petits agriculteurs modernes ont de graves soucis de trésorerie.

Pourtant, ceux qui cèdent à la tentation de cette “facilité de caisse” risquent fort d’être tombés, en fait, dans l’arnaque la plus en vogue du moment, un piège qui va impacter toute leur vie. Pourquoi ? Simplement parce que ces arnaques se basent sur le fait que les semences qui auront été “avancées” ne donneront presque rien. Elles sont en fait de très mauvaise qualité ou carrément rendues inefficaces artificiellement.

Le piège se referme lorsque l'époque de la récolte est venue : le semencier, envoie un représentant pour réclamer son argent. Comme la récolte n'a rien donné faute de semences de bonne qualité, l'agriculteur est bien en peine de rembourser sa dette. Bien sûr, le semencier le sait et c'est pourquoi il envoie directement un avocat pour récupérer l'argent. L'avocat n'est là, en fait, que pour négocier un arrangement qui stipule que l'agriculteur, en vertu de sa dette, s'engage a acheter des semences, OGM cette fois, afin de se “refaire” et de rembourser ses dettes. En vérité, l'agriculteur ne se refera que très difficilement et sera condamné à acheter sa semence, forcément OGM, au même semencier pendant presque toute sa vie. Quant aux plus gros agriculteurs, il payent leur dette en jurant de ne plus jamais se faire prendre…

Ce type d'arnaque, répugnante, est assez classique : créer artificiellement une dette afin de profiter ensuite de cette dépendance et faire tout pour entretenir la dette dans le temps. Entre parenthèses, c’est le principe des maisons closes, comme décrit dans la série du même nom sur Canal+. Cette série retrace l’histoire d’une maison close imaginaire dans le Paris de 1871. Pour s’assurer de nouvelles filles, peu payées et fortement dépendante, une dette est artificiellement créée chez une femme pauvre, comme elle ne peut rembourser, elle travaillera donc dans la maison close qui se chargera mois après mois, d’augmenter la dette en y inscrivant toutes les dépenses quotidiennes plus des imaginaires…

Ce qui est moins classique, c'est que presque tous les semenciers OGM s'en servent aujourd'hui pour imposer leurs technologies et asservir les petits agriculteurs. Que l'on utilise encore ces procédés condamnables en 2010 fait réfléchir. Fermez la porte aux OGM, ils entreront par le soupirail !

Airbus : Sarkozy vend-il plusieurs fois les mêmes avions ?

lire dans Aujourd’hui La Chine:

L'Elysée annonce une avalanche de contrats à l'occasion de la visite d'Etat de Hu Jintao en France. Plus de 20 milliards de dollars pour l'industrie française… Mais en y regardant de plus près, le président français a peut-être surévalué sa performance commerciale.

Hu Jintao et Nicolas Sarkozy à Paris

Le communiqué de l'Elysée est triomphal. Vingt milliards de contrats. La plus grosse part pour Airbus : "Airbus a signé jeudi avec des compagnies chinoises un contrat portant sur 102 appareils pour un montant de 14 milliards de dollars, à l'occasion de la visite en France du président chinois Hu Jintao, a annoncé l'Elysée", affirme l'AFP.

Problème, le communiqué d'Airbus, lui, est assez en retrait. La compagnie espérait vendre 150 avions à la Chine, confiait en septembre un de ses dirigeants, qui préparait à Pékin la venue de Hu Jintao. Airbus aujourd'hui évoque bien 102 avions, mais seulement 66 nouvelles commandes.

Alors, quels sont ces avions commandés ?

Les dix A350 sont bien des nouvelles commandes. Ces avions étaient en négociation depuis plusieurs années, dans leur version large. Pékin attendait cette visite à Paris pour les annoncer. Cette fois le nouveau modèle Airbus perce pour la première fois en Chine continentale (il a déjà été vendu à Hong Kong).

Les cinquante A320 font partie des centaines d'avions de ce modèle pré-commandés par les Chinois, dans le cadre de l'implantation de l'usine de Tianjin. On les a donc déjà célébrés plusieurs fois. Et on oublie de dire qu'ils seront en majorité assemblés dans cette usine, en Chine, et non à Toulouse…

Enfin le gros morceau, les A330. Quarante deux modèles de ce long courrier. A un peu plus de 200 millions de dollars pièce, cela représente 8,4 milliards de dollars. Presque la moitié des contrats annoncés lors du voyage de Hu Jintao.
Problème, 36 de ces A330, soit 7,2 milliards de dollars, ont été vendus en 2007… Par Nicolas Sarkozy, en voyage déjà stratégique à Pékin. Un voyage qui lui avait permis à l'époque de "signer pour 20 milliards d'euros de contrats". On aurait donc visiblement tort d'additionner les commandes.

lundi 8 novembre 2010

GEA. Des systèmes de péage à la pointe de l'innovation

A lire sur LeJournalDesEntreprises:

GEA, bien que cotée en bourse, est une entreprise meylanaise méconnue, indépendante et très discrète. Leader de son secteur, elle fabrique des systèmes de péage pour les autoroutes et les parkings. Après quarante ans d'existence, elle reste à la pointe des technologies pour supplanter ses concurrents français et étrangers. Son fondateur a d'ailleurs reçu le mois dernier le prix de l'entrepreneur de l'année en Rhône-Alpes, catégorie innovation.
Anne-Gaëlle Metzger

Serge Zaslavoglou (Zass), président du conseil de surveillance et fondateur de la Grenobloise d'électronique et d'automatismes (GEA), a reçu fin septembre le prix de l'entrepreneur de l'année en Rhône-Alpes, catégorie innovation. Alain Briand, directeur du CEA Minatec et membre du jury Ernst & Young qui attribuait ce prix, souligne que le point important pour cette distinction est «la personnalité du fondateur: il n'a cessé d'innover et d'avoir des liens étroits avec la recherche». Depuis 1970, la société conçoit, fabrique et met en service des systèmes de perception de péage autoroutier, mais aussi de contrôle d'accès et de péage pour parkings. Grigori Zass, fils du fondateur et secrétaire général actuel de la société meylanaise, confirme que les investissements réalisés sont effectivement minimes sur le plan matériel, environ 300.000€ par an, mais conséquents en temps de R & D. «Nous investissons en général 5% de la masse salariale en R & D, soit un à deux millions d'euros par an. Le principal de l'innovation réside dans les développements informatiques et les équipements.» Par exemple, un nouveau badge de télépéage va demander 18mois de recherche et 1M€ d'investissement.
Innovations d'avenir
«GEA a récemment mis au point un système de classification automatique de catégorie des véhicules (poids lourds, véhicules légers,etc.) à base de rideaux optiques qui analysent le profil du véhicule, présente Grigori Zass. GEA est également la seule société au monde à avoir en exploitation des voies tout paiement: pièces, billets, cartes bancaires, télépéage et reconnaissance de dette. Nous développons également le télépéage ?free flow? (NDLR: sans arrêt et sans barrière, avec contrôle par photographie des plaques d'immatriculation).» Ce système, bientôt autorisé en France pour les camions, est déjà en vigueur dans d'autres pays. «Cela fait deux ans que nous le développons chez GEA, car ça représente un marché d'avenir. Mais ça a été une erreur de notre part de ne pas le faire plus tôt car la concurrence étrangère est déjà prête pour ce marché», admet Grigori Zass. GEA a toujours favorisé le déploiement national de ses innovations, pour pouvoir «gérer les difficultés de départ» avant de les lancer à l'international. D'ailleurs, le marché français reste essentiel pour GEA. «Il y a moins de nouvelles autoroutes, même s'il y en a encore quelques-unes, rappelle le secrétaire général. Mais il y a surtout des marchés d'évolution avec le renouvellement des équipements et la maintenance des systèmes. Nous vivons de ce marché d'évolution.» Ainsi, les systèmes seraient à mettre à jour tous les trois à cinq ans et à changer tous les dix ans. Quant à la privatisation des sociétés autoroutières, elle a amené une demande de plus de rentabilité et donc une accélération de l'automatisation des péages. «Depuis 2006-2007, les opérateurs routiers demandent l'automatisation en France. Et cela semble même être une tendance internationale», se réjouit le dirigeant.
Indépendance
Mais l'international n'est pas évident pour cette PME familiale. «Les marchés étrangers sont tous difficiles», avoue Grigori Zass. Ainsi, présente en Chine depuis 1990, la société s'est retirée du pays en 2000 après avoir subi la concurrence de ses partenaires locaux... Partenaires qui se sont à nouveau alliés à GEA lorsqu'il a fallu faire évoluer des systèmes dont seule la société française avait les codes sources! «Nous avons trouvé un nouvel intérêt commun à travailler ensemble, même si les coûts de production chinois sont imbattables. Seuls nos logiciels sont compétitifs.» C'est pourtant le développement à l'étranger, et le besoin de capitaux, qui a poussé GEA à entrer en bourse en 1994. «Nous ne voulions ni nous vendre à un groupe, ni emprunter aux banques. Notre indépendance est fondamentale.» Et jusqu'à présent, GEA gérait tout en interne. Mais depuis le début de l'année, une partie de la production est sous-traitée à cinq entreprises iséroises. «Nous avons besoin d'augmenter nos capacités de production. C'est une petite révolution pour nous. Nous avons dû revoir une partie de notre organisation et expliquer cette décision aux salariés. Mais il n'est pas question de délocalisation et nous gardons la maîtrise de la production malgré tout.»

samedi 6 novembre 2010

Réforme des retraites : rien n'est joué… en Allemagne

A lire dans MyEurop.info:

Contrairement à l’idée entretenue en France, le relèvement de l’âge légal du départ à la retraite de 65 à 67 ans est loin d’être acquis en Allemagne. Le chemin est très long pour y parvenir et il est conditionné par l’amélioration de l’emploi des seniors. De plus, les syndicats s’y opposent.

Ingérables, ces Français qui combattent la retraite à 62 ans alors que les Allemands sont passés à 67 ans sans broncher ? L’argument a été cent fois répété ces derniers mois par les dirigeants français. Or, il est très largement inexact.

On oublie tout d’abord de préciser que cet allongement n’a pas encore commencé et que sa mise en place doit faire l’objet d’une évaluation régulière. En théorie, la première phase du relèvement de l’âge de départ en retraite devrait débuter en 2012, de façon très progressive, puisque le report d’âge se fera, dans une première phase, à raison d’un mois par an jusqu’en 2024. Autrement dit, l’âge légal de départ à la retraite sera en 2012 de 65 ans et un mois, en 2013, de 65 ans et deux mois, etc…

On parviendra ainsi en 2024 à un âge légal de la retraite de 66 ans. Par la suite, le rythme s’accélérera, passant à deux mois supplémentaires par an. Ce sont donc les Allemands nés en 1964 qui devront attendre l’accomplissement de leurs 67 ans pour partir à la retraite. Autrement dit, les 67 ans, c’est pour 2031. Vingt-cinq ans après le vote de la loi.

Augmenter l’emploi avant de repousser la retraite

Mais même ce schéma reste théorique. Car la loi a mis une condition à cette lente évolution: l’amélioration de l’emploi des salariés âgés de plus de 55 ans. Une commission indépendante devra réaliser régulièrement des rapports d’étapes sur cette situation et le gouvernement pourra repousser l’allongement de l’âge de départ à la retraite s’il considère que les plus âgés ne peuvent pas trouver facilement un emploi.

Le premier rapport de ce type est attendu à la mi-novembre et devrait déterminer le lancement ou non de la réforme en 2012. L’idée est d’augmenter d’abord l’emploi des seniors avant de relever l’âge de départ en retraite afin d’assurer l’efficacité de la réforme.

Aujourd’hui, les deux partis de la coalition gouvernementale, conservateurs de la CDU et libéraux du FDP, n’entendent pas remettre en cause le lancement de la réforme en 2012. Mais les critiques se font de plus en plus vives concernant cette date de départ.

Les sociaux-démocrates du SPD, pourtant à l’origine de cette réforme au temps de la grande coalition, estiment aujourd’hui que les conditions ne sont pas remplies pour un démarrage dans deux ans. Il est vrai que le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 21,5 %. Ils réclament donc un report à 2014 ou 2015 de la décision de commencer le relèvement de l’âge de la retraite.

Les syndicats réclament un referendum

Plus radicaux malgré leur réputation en France, les syndicats refusent toujours la retraite à 67 ans. Un responsable d’IG Metall a même demandé la mise en place d’un referendum – constitutionnellement impossible – sur le sujet. Les syndicats critiquent par ailleurs les critères utilisés pour décider de l’application de la réforme.

Le chemin est donc encore long avant la mise en place de la retraite à 67 ans. Nul ne peut exclure qu’Angela Merkel, aux abois dans les sondages, ou l’opposition de gauche revenue au pouvoir après 2013, ne décident d’une pause dans la réforme. D’autant que le chômage structurel baisse rapidement et devrait améliorer les comptes de l’assurance-vieillesse.

Un pays moins peuplé que la France en 2060

S’il peut être freiné, le mouvement semble toutefois difficilement réversible : non pas pour des raisons de financement, mais pour des raisons démographiques. A cet égard, la comparaison avec la France est risquée car la situation démographique de l’Allemagne est bien autrement préoccupante : sa population pourrait reculer de 17 millions d’habitants, selon Destatis, l’Insee locale, d’ici à 2060, alors que celle de la France augmenterait dans le même temps de plusieurs millions.

Dans une dizaine d’année, le pays risque de devoir faire face à une pénurie de main d‘œuvre, surtout qualifiée. Il faudra alors ajuster l’âge de la retraite moins pour financer les pensions que pour faire tourner l’ "usine Allemagne".

jeudi 4 novembre 2010

USA : Une vision de notre futur

La situation des États unis est très instructive de ce qui va nous arriver assez rapidement. Les États-Unis sont passés de l’état de superpuissance qui domine le monde à pratiquement l’état d’un pays du tiers-monde. Du moins pour la majorité des Américains, car, ce pays demeure encore le pays qui possède le plus de milliardaires. La France n’est d’ailleurs pas mal placée sur ce point non plus. En revanche pour tous les autres, c’est l’hécatombe.

Le massacre des classes moyennes.

Le pays au cours des 20 dernières années a massacré ses classes moyennes. Créant, après la crise de 2008 qui a fortement accéléré le processus, un pays bipolaire : les riches d’un côté et les pauvres de l’autre. Actuellement aux USA, la peur de perdre son travail est plus grande que tout. Cela pousse à l’individualisme alors qu’il faudrait s’unir. Si Georges Bush avait réussi à faire peur à ses concitoyens par le biais du terrorisme, le gouvernement Obama, lui, a fait plus fort : la peur du chômage. Pourtant, le président américain avait été élu sur un discours rassurant, mais ce n’était qu’un discours. Il a partiellement échoué. Le « socialisme » dont l’accusait ses adversaires et qui l’a fait gagné n’a pas eu lieu.

Ce n’est pas forcement la faute d’Obama bien sûr, mais disons qu’il n’a pas fait grand-chose pour limiter la tendance. Son projet de réforme de la Santé était nécessaire, mais il était jugé d’une gravité moindre que les problèmes d’emploi par les Américains. Ce fut un combat juste, mais anachronique. Il aurait fallu faire cette réforme 20 ans avant.

Le mythe de la flexibilité et du self-made-man versus la réalité du chômage

Le résultat est là : l’Amérique, si sure d’elle et du dynamisme de son marché du travail, découvre après la crise que cela fait presque vingt ans que ce n’est plus le cas. Mais ce qui est triste c’est que cette peur basique et fondamentale ne peut maintenant que s’accélérer. La peur contraint les Américains à accepter toutes les missions même idiotes ou ingrates sous peur de perdre leur emploi. Quant aux chômeurs ils acceptent toujours moins pour un même travail. Cela pousse le marché du travail vers la précarité, les salaires faibles, le temps partiel et modulable et aucune couverture sociale. Le temps de transport entre les différents temps partiels devient considérable. L’Américain moyen qui travaille n’a plus de temps libre. C’est très pratique : il n’a plus le temps de penser, de lire, de protester même. Il n’a même plus le temps de s’occuper de sa famille. Impossible pour un employé de se projeter dans l’avenir, de faire des projets professionnels. La baisse de qualité des emplois aux USA est le signe annonciateur d’une précarité généralisée et d’une insécurité galopante. Les riches ont déjà trouvé la parade : ils vivent dans des « parcs » de luxe dont l’entrée est réglementée et la sécurité renforcée. Cela coûte certes, mais lorsqu’on est beaucoup plus riche qu’avant ce n’est pas du tout un problème.

Il faut se rendre à l’évidence : les licenciements continueront, car les employés actuels seront toujours plus chers que ceux qui frappent à la porte et les salaires vont chuter jusqu’à ceux de la Chine d’avant leur révolution économique. La flexibilité vantée par de nombreux hommes politiques européens et français n’était plus qu’un mythe depuis plus de vingt ans ! L’ascenseur social est en panne et l’autre mythe du self-made-man (l’homme qui ne part de rien pour arriver à tout) est tout aussi obsolète.

Un retour en arrière n’est pas possible

Autre point, les entreprises américaines ont délocalisé fortement et personne ne les en a dissuadées. Pire, aujourd’hui la situation aux USA est pire qu’en France. La part de l’industrie représente 19,7 % du PIB aux USA tandis qu’en France nous en sommes à 24,3 % (Allemagne : 31 %) ! Or, nous savons aujourd’hui que les délocalisations ne peuvent être relocalisées avec le même taux d’emploi. Ce qui veut dire que ce qui est perdu est définitivement perdu. La désindustrialisation est donc comme une sorte de pillage du pays, rendue possible par la mondialisation. Terrible aussi, ceux qui se croyaient à l’abri, le sont peut-être moins que les autres : il est facile (je n’ai pas dit rentable !) de délocaliser un bureau de recherche et développement en Inde ou en Chine, mais le plombier, lui sera toujours localisé dans une région proche de son intervention. Ainsi aux USA, de nombreux cols blancs se réveillent avec une gueule de bois : s’ils se moquaient du sort des ouvriers il y a dix ans, car, eux, semblaient protégés, ils s’aperçoivent maintenant (c’était pourtant prévisible) qu’ils ne sont pas mieux protégés !

Dégradation de la qualité du travail

Tous les Américains en conviennent, les classes moyennes américaines doivent s’habituer à un train de vie plus modeste. Le rêve de tout parent de voir ses enfants vivre mieux qu’ils n’ont vécu est définitivement rompu. En même temps ceux qui ont gardé leur emploi doivent faire face à la dégradation hallucinante de la qualité du travail : maintenant, un pilote de ligne doit cumuler son emploi avec d’autres petits boulots, car sinon il n’arrive pas a vivre. Regardez l’enseignement aux état-unis : cher et inefficace car les professeurs sont devenu de simples vacataires. C’est bien connu : si la qualité du travail diminue, la précarité augmente. L’intérêt du travail diminue, le morcèlement des tâches et leur codification à travers des processus standardisés permet la reproductibilité, mais au coût d’un abêtissement général. Si cette tendance a commencé avec les ouvriers et Taylor, elle continue avec les petits cadres et les ingénieurs. Ainsi, peu à peu toute la main d’œuvre est considérée de la même manière : ce sont des tâcherons.

Nostalgie ou rage ?

Comme en Angleterre (mais pour d’autres raisons), les syndicats ont capitulé et personne n’a plus le courage de se battre pour ses droits. La situation n’est donc pas prête de s’améliorer. Si la nostalgie l’emporte souvent, elle peut finir par basculer vers de la rage… Les gouvernements américains successifs le savaient bien et ont investi massivement depuis des années dans des armes de « Crowd control » : armes pour contrôler la foule en cas d’émeutes (arme à micro-onde, à flash thermique, à laser éblouissants…).

La responsabilité d’Obama ? Il n’a pas assez lutté contre la désindustrialisation et s’il n’a pas mis à genoux Wall Street comme il le proclamait, il a au contraire bien soutenu financièrement le secteur à coup de milliards de dollars, pendant que les Américains étaient mis au chômage massivement. Il n’a, par exemple, pas du tout défendu les PME américaines seules porteuses d’emploi. Toutes les grandes entreprises ne peuvent que faire décroitre leurs effectifs sur le sol américain.

USA : une vision de notre futur

Lorsque l’on regarde la situation de ce pays nous ne pouvons pas ne pas croire que ce sera bientôt la nôtre, nous suivons discrètement le même chemin. Nous pouvons nous demander si ce nouvel équilibre est un pur fait du hasard ou une stratégie sciemment menée par ceux qui en ont profité ? Évidemment, il n’est pas question de parler de complot, mais tout simplement d’actions menées par des personnes qui y voyaient leurs intérêts personnels. Pour comprendre qui décide, regardez à qui profite le crime. Les classes moyennes ne sont pas devenues pauvres par magie. Il n’y a aucune fatalité ici. L’ouverture peu réciproque des frontières, la restriction des prérogatives de l’état, les privatisations, l’avantage donné aux grandes entreprises par rapport aux PME, le manque de soutien des PME, le morcellement du travail, les attaques répétées sur l’état providence (le « faux » droit au chômage ou à la santé comme disent les ultralibéraux), la raréfaction du travail et sa dégradation, les liens forts entre la politique et la finance : tout cela ne tiens en rien du hasard. Un système s’est mis en place avec ses dogmes, ses vérités « prêtent à porter », ses évidences à deux sous, ses formateurs (oui ils pensent qu’il faut former le peuple), ses médias officiels. Ouvrez une radio financière, ouvrez bien vos oreilles et vous comprendrez ce dont il est question ici. Les libéraux ne nous ont pas manipulés par intérêt financier (pas toujours, du moins), mais surtout par soif du pouvoir. Ils ont dans l’idée que les puissants qu’ils sont, savent mieux que tout le monde ce qui est bon pour le peuple, l’humanité et la planète, il faut donc que nous nous pliions à leur volonté. Il y a bien sûr du mépris dans cette façon de voir le monde, mais pour être honnête, elle est assez imparable tant que nous laisserons faire.

mercredi 3 novembre 2010

Retraites, les planqués du système

A lire sur Backchich:

Alors que certains luttent pour ne pas partir à 62 ou 67 ans, d’autres, discrètement planqués, s’appliquent à conserver leurs généreux acquis. Revue de troupes.

Le précoce repos des guerriers

En moyenne, les militaires prennent leur retraite à 43,8 ans. Soit 51,3 pour les officiers, 45,8 pour les sous-officiers et 32,2 pour les bidasses. Alors que les fonctionnaires de l’État quittent leur poste à 58,8 ans après 33,6 années de cotisation. Ainsi, après vingt-six années de service, un militaire touche une pension équivalente à celle d’un fonctionnaire civil ayant bossé pendant trente-trois ans. La Cour des comptes a constaté que nos frères d’armes touchaient 72 % de leurs six derniers mois de salaire.

Là où la bande molletière blesse, c’est que 63 % des militaires quittent l’armée avant de satisfaire les conditions du droit à la retraite. Ces « déserteurs » sont alors reclassés dans le régime des fonctionnaires non titulaires. Sachons enfin, cerise sur le calot, que, dès qu’un soldat voyage hors des frontières, qu’il tire un coup de fusil, monte en avion, en hélico ou plonge en sous-marin, c’est-à-dire fait son boulot, il rabiote du temps de retraite avec, quoi qu’il arrive, un bonus : le cinquième du temps de service offert ! Total : 8,6 milliards d’euros pour 565 465 pensionnés militaires, contre moins de 6 milliards pour 1 695 256 civils… Nos bidasses sont comme Bazaine, des as de la retraite. - J.-M.B.

Les cumulards du CAC 40

Pour leurs vieux jours, des patrons du CAC 40 ont découvert, en lisant la loi, une délicieuse oasis : le cumul emploi-retraite. Depuis 2009, le dispositif permet de faire couler à haute pression les deux robinets : toucher une pension complète et un salaire sans plafonnement. Double jackpot à la clé ! Conséquence : un tiers d’entre eux y ont recours, contre à peine 2 % sur l’ensemble des retraités. Parmi les gros bonnets, de jolis noms. L’ex-PDG de L’Oréal Lindsay Owen-Jones, qui, en plus de ses 3,4 millions d’euros de pension de retraite annuelle s’est vu accorder un petit cadeau de 2 millions d’euros en 2009 en tant que coprésident du conseil d’administration. Du haut de ses 72 printemps, Henri Lachmann, ancien patron de Schneider Electric, est un cumulard survitaminé : une retraite à 548 000 euros, selon le journal l’Expansion, un poste au conseil de surveillance de la boîte à 560 000 euros et à celui de Vivendi pour plus de 150 000 euros. Assis à ses côtés, le bon Jean- René Fourtou, a, lui, doublé la mise : 1 million pour ses années passées à Aventis et un autre pour les services qu’il rend aujourd’hui à Vivendi. Sans oublier la vitrine médiatique, Henri Proglio, PDG d’EDF et retraité de Veolia, pour une somme rondelette de 1,5 million d’euros au total. Autant de cas qui confirment une spécificité française révélée dans une étude américaine de Heidrick & Struggles l’année dernière. Celle d’avoir le plus d’anciens grands patrons devenus présidents non exécutifs à l’échelle européenne. Comme on lit dans les manifs, « pour la France d’en haut des couilles en or, pour la France d’en bas des nouilles encore » ! - L.C.

Les cheminots, seigneurs du rail…

Comme en 1995, où les cheminots avaient conduit une grève mémorable de trois semaines fragilisant le régime chiraquien, beaucoup attendaient que les troupes du rail embrayent avec une grève reconductible et jouent, contre la réforme, les « locomotives », selon l’expression de Didier Le Reste, l’homme du chemin de fer à la CGT. Et pour cause : eux aussi sont dans le collimateur, puisque, au-delà de 2017, le texte défendu par Woerth pourrait aligner totalement les cheminots sur le régime général.

En décembre 1995, les seigneurs du rail avaient gagné la sympathie de l’opinion, qui applaudissait à la défense d’une SNCF surendettée que le gouvernement Juppé voulait mettre au régime sec. Les cheminots, un brin roublards, avaient aussi réussi à faire enterrer la réforme de leur système de retraite concoctée par le même gouvernement Juppé. Un régime spécial hérité des temps difficiles des machines à vapeur et des escarbilles. Ce système assure aux cheminots un départ à la retraite d’office à 55 ans, ramené à 50 ans pour les conducteurs, le tout avec une pension calculée sur les dernières périodes de travail. Un statut pépère, d’autant que les métiers pénibles ne sont pas les plus nombreux à la SNCF. Devant des gouvernements marqués par 1995, la digue cheminote a tenu treize ans, jusqu’en 2008. Il y a deux ans, est entrée en vigueur une réforme des régimes spéciaux (gaziers, électriciens, agents SNCF et RATP) élaborée par François Fillon. Avec 160 000 employés actifs à la SNCF pour environ 300 000 retraités ou veuves, ce régime que l’État doit équilibrer finit par coûter très cher. Objectif : réduire d’ici à 2017 l’écart de l’âge de départ en retraite des agents SNCF par rapport à celui des voyageurs qu’ils trimballent dans leurs trains. Les cheminots devront attendre d’avoir 57 ans pour partir, au lieu de 55 ans, mais à condition d’avoir cotisé quarante-et-un ans.

Quoi qu’il en soit, les cheminots ne s’en tirent déjà pas si mal. La réforme 2008 coûte à la SNCF « chaque année 128 millions d’euros en mesures d’accompagnement », comme l’a détaillé le DRH de l’entreprise, François Nogué, devant la presse. Explication de ce terme pudique : pour que les cheminots poursuivent leur carrière au-delà de 55 ans, il a fallu créer, par exemple, de nouveaux échelons dans la grille salariale. Avec des augmentations générales supérieures à celle des prix (+ 3,6 % en 2010), les seniors finissent par peser lourd dans la masse salariale de la boîte. Et comme la SNCF a déjà du mal à faire des économies, ce surcoût, il faut bien le répercuter quelque part. Am, stram, gram… le client sera-t-il touché ? Vu que le prix des billets de train augmente plus que l’inflation, il y a de quoi s’interroger. - E.B.

Un lecteur de Bakchich défend la solidarité

Alors quoi, que les cheminots partent à 50 ans même si les locomotives à vapeur n’existent plus ? Tant mieux pour eux, car en partant tôt, des jeunes prendront leur place tôt. (…) S’attaquer aux cheminots est une énorme sottise qui pointe "nos amis". Pour qu’un train roule, il y a des milliers de gens au service de la collectivité 24 heures sur 24. Qui aimerait faire les 3 huit ? Ces 170000 salariés sont encore le dernier bastion de la conscience ouvrière de cette république de pacotille. Ils se sont battus pour garder ce régime qui leur permet de partir encore début et pas cassés, comme tel est le cas hélas pour beaucoup d’autres. Ou est le mal ?

Si le plus grand nombre des esclaves salariés morflent comme des larbins tout en pleurnichant sur leurs minables vies, ils n’ont qu’à se ressembler ! Imaginons des centaines de milliers d’ouvriers du bâtiment ressemblés dans une convention collective protectrice. Il n’y aurait plus d’accidents du travail et ils partiraient aussi à 50 ans voir plutôt et en bonne santé. Voici un sujet pour un article concernant un vrai "régime spéciale" qui est celui des professeurs des universités : pour une centaine d’heures de cours par an en plus des heures de recherche selon leur dévouement et ardeur à la tâche ils touchent 4000 euros mensuels au bout de 25 ans. Cette élite passe leur vie à cumuler sans faire les trois huit comme les machinistes Paris Ventimiglia, ni les réparateurs de caténaires et tous ceux triment dur pour que les trains ne déraillent pas. Et si la conduite des locomotives est moins pénible je vous dis que tant mieux pour eux.

Vous n’avez pas remarqué que parmi certains experts du bla bla qui apparaissent dans les médias, il y a ceux qui inventent des concepts, des expressions, des théories et formes de penser destinées à polluer les cerveaux encore bons ? Beaucoup de ces individus, si nécessaires à la domestication des esprits enseignent dans des multiples endroits, écrivent des bouquins et des articles, font des expertises, font de la politique et j’en passe. Ils ont la possibilité de cumuls car d’une manière ou une autre ils peuvent être les fers de lance de l’aliénation collective. Voilà pourquoi un tel "régime spéciale" des professeurs d’élite même si dedans il y a des gens très bien qui font avancer les connaissances humaines dans toutes ces variantes. Votre article suggère que les travailleurs du rail seraient des privilégiés, alors qu’ils sont un bel exemple d’association collective permettant le développement des conditions de travail et retraite dignes.

Votre article oublie que eux aussi on veut les privatiser au nom de la concurrence et managements sauvages. Le travail actuel est un dogme né à l’époque de la renaissance cupide de conquête planétaire. Des esprits habiles et avides de pouvoir ont forgèrent un modèle basé dans l’obsession pour le travail cadré dans la criminelle action d’exploitation et utilisation d’autrui. Eh bien, cette aliénation est une hécatombe de masses qui tue chaque année des dizaines des milliers de travailleurs de part le monde ; qui provoque autant des mutilés et des infirmes ; qui à feu lent anéantie la vie d’autres millions leur creusant une tombe d’ennui et de désespoir tout le long de l’existence.

Avec cette reforme des retraites les oppresseurs enfoncent le clou supprimant une toute petite période d’espoir à avoir une fin de vie un peu chouette et de surcroit la plus longue possible, nettement pour les plus modestes. Combien auront joui réellement d’un taux de retraite digne, qui couplé à un allongement de la vie ont pu fuir de l’exploitation à 60 ans tout en ayant un système de sécurité sociale correct ? Ça n’a dure qu’une poignée d’années ! Ces "profiteurs" nés autour de la deuxième grande boucherie mondiale et qui commencèrent à bosser en 1945 se la "coulèrent douce" jusqu’en 1993. Autrement dit, ce n’est rien dans l’échelle du temps ! Voilà pourquoi vive la protection dont bénéficient encore les cheminots et que vive la retraite à 50 ans ! Ou encore mieux : à bas le salariat aliénant qui préconise le travail pour faire n’importe quoi rien que pour le profit de quelqu’un d’autre. Il faut produire l’indispensable dans les domaines de la santé, l’alimentation, le logement, l’éducation, la connaissance, etc. Le tout doit être destiné à forger des gens gaies, sains de esprit, créatifs, partageurs et non violents. Travaillons tous seulement une petite poignée d’heures par jour après avoir produit le vrai nécessaire. Pourquoi ne pas travailler comme les professeurs des universités. Pour ceux qui vous diront que cette d’élite, en dehors des 92 heures de cours par an consacre le reste du temps à la recherche, répondons-les que nous aussi, en dehors des 2 ou trois heures par jour de production des choses utiles et pérennes, rechercherons aussi un sens vrai à nos vies. Vive le droit à la saine paresse ! - Vivito (lecteur -pas cheminot- de Bakchich)

mardi 2 novembre 2010

Foxconn: le fabricant d'iPhone expérimente l'esclavage moderne en Chine

A lire dans Marianne2:

Devenue tristement célèbre suite à la vague de suicides qui a eu lieu dans ses usines, la société Foxconn, qui emploie plus de 900.000 salariés en Chine, a fait l'objet d'un rapport universitaire indépendant qui dénonce « des camps de travail à la culture militarisée ». Une sorte d'esclavage moderne assumé par l'un des employeurs les plus puissants de Chine. Le tout subventionné par l'Occident-consommateur.

« Des camps de travail à la culture militarisée », c’est la conclusion d’une étude réalisée par des chercheurs d’une vingtaine d’universités de Chine, Hong-Kong, et Taïwan sur les conditions de travail à l’intérieur des usines du géant de l’électronique Foxconn. La charge est lourde, elle sonne comme un coup de massue en pays communiste où les stigmates du goulag (les « fameux » laogai chinois qui ont vu défiler des millions de travailleurs) sont toujours vivaces.
Si comparaison n’est pas raison, il n’empêche :  chaque laogai chinois peut accueillir plusieurs dizaines de milliers de prisonniers quand les usines Foxconn alignent 400.000 personnes comme à Shenzhen, lieu de montage des iPhone, dans des conditions décrites, encore une fois, comme proches des « camps de travail». Une expression qui ne doit rien au hasard.
La compagnie taïwanaise qui est le plus grand producteur au monde de composants électroniques, est devenue l'une des entreprises les plus connues en Chine suite aux suicides, coup sur coup, de 13 de ses employés en 2010.
Le rapport recense 6 problèmes majeurs :
1. Bas salaires et durées de travail excessives ;
2. Management militaire : obéissance absolue, système de quotas de production, punitions et harcèlements inhumains ;
3. Manque de prévention et de traitement des maladies professionnelles et des accidents du travail ;
4. Exploitation des étudiants stagiaires ;
5. Sévérité dans la gestion des dortoirs des ouvriers ;
6. Inefficacité des syndicats et des systèmes de doléance.
D’après cette étude, 14,6 % des employés de Foxconn auraient également subi des violences physiques. Le rapport révèle également que les employés du sous-traitant d’Apple effectueraient en moyenne 83,2 heures supplémentaires par mois, soit plus de deux fois le quota autorisé. La société taïwanaise est également soupçonnée d'oublier le paiement d'heures supplémentaires, d'obliger des étudiants stagiaires à travailler au delà des huit heures quotidiennes autorisées par la loi et plus grave encore de falsifier des certificats médicaux pour contraindre les salariés à travailler au contact de substances dangereuses. Foxconn a rejeté «avec force et catégoriquement» ces accusations, assurant qu’il s’était engagé à offrir un «environnement de travail sûr et positif» à ses 920.000 employés en Chine.

Foxconn: le Roi mondial des sous-traitants

Rédacteur en chef du China Labour Bulletin, l’écrivain dissident Cai Chongguo, réfugié en France estime sur le blog de l’association que « la série de suicides chez Foxconn a révélé un fait choquant : l'univers de cette classe sociale ne peut être aisément appréhendé par les autres classes, qu'il s'agisse des fonctionnaires, des intellectuels ou des cols-blancs, sans parler des patrons. Les conditions de dialogue et de compréhension entre les différentes couches sociales sont de plus en plus difficiles. Et cette rupture sociale est terrifiante ».
Célèbre blogueur, Chang Ping estime pour sa part que le modèle de management de Foxconn n’est pas seul en cause et que quelques milliers de yuans (90 euros d’augmentation accordés ) ne suffiront pas à calmer les souffrances sociales des travailleurs pour la simple raison que Foxconn est devenue l’usine low cost modèle, qui fait tourner l’Empire du Milieu, ce qui lui confère un poids symbolique et politique sans équivalent :
« On dit en Chine que Foxconn est seul à pouvoir prétendre au titre de « Roi mondial des sous-traitants ». Ce titre ne fait pas référence au nombre de ses employés, mais plutôt à un environnement social et politique. Grâce aux impôts colossaux qu'il reverse à la collectivité, Foxconn a gagné un poids politique qui dépasse de loin son influence économique. Bien qu'il existe des lois régissant le travail en Chine, Foxconn a eu la liberté de mettre au point un système de management grâce auquel il tire une grosse partie de ses bénéfices en forçant ses employés à faire des heures supplémentaires. Même la police de Shenzen ne peut facilement faire respecter la loi au sein des installations de Foxconn, ce sont en effet des agents de sécurité privés qui y jouent le rôle de la police ».
Et la montée en puissance du géant de l’électro-magnétique n’en est qu’à ses balbutiements.
Le groupe, sous-traitant d’Apple, de Dell, Sony et Hewlett-Packard, continue un impressionnant développement sur le continent. Il a ainsi prévu d’y porter ses effectifs à 1,3 million d’ici à la fin 2011.
Foxconn, un état dans l’état chinois ?

lundi 1 novembre 2010

Retarder l’âge de départ à la retraite, c’est bon pour l’emploi des jeunes ?

A lire dans Alternatives Economiques:

C’est la dernière trouvaille de certains commentateurs, hommes politiques et économistes. Probablement des gens qui ont terriblement envie de conserver le plus longtemps possible leur pouvoir, leurs revenus très élevés, leurs sièges à l’Assemblée, leur influence médiatique, et qui cherchent ce qu’ils pourraient bien raconter aux jeunes pour qu’ils retournent à leurs études, à leur chômage ou à leur galère.

Les jeunes (et beaucoup d’autres) ont pourtant un argument simple et sain : les emplois qui ne sont pas libérés par ceux qui sont contraints (ou, pour une minorité souvent privilégiée, qui revendiquent) de rester plus longtemps ne profitent pas aux autres, jeunes, ou chômeurs, ou les deux. Si j’étais resté cinq ans de plus dans mon emploi universitaire, ce qui était possible, mon poste ne serait pas revenu à un plus jeune, libérant lui-même son poste pour un autre encore plus jeune, sans emploi, qui a été recruté dans l’année. Et, tant que l’emploi est globalement « rationné », cette substitution vaut partout, pas seulement dans la fonction publique.

Les avocats de la prolongation de la vie active ont alors un PREMIER ARGUMENT. Ils disent : c’est plus compliqué que cela à moyen et long terme, parce que l’allongement de la vie active est bon pour la croissance, laquelle crée des emplois POUR TOUS. Tel est, selon l’oracle Attali, le pouvoir magique de la déesse Croissance.

Depuis les réformes successives qui poussent les gens à bosser plus longtemps, avez-vous vu le chômage des jeunes régresser ? Non, il a nettement augmenté (15 % en 1990, 23 % en 2010). Ces réformes ont-elles boosté la croissance et le pouvoir d’achat comme on nous le promettait ? Non, elles ont eu pour principal effet (mais c’était leur objectif inavoué) de réduire les revenus des retraités. La quête éperdue de la croissance est-elle la grande voie de réduction du chômage ? Nos élites l’affirment, mais les faits les démentent. Il serait temps d’admettre que le « logiciel » croissanciste est aussi épuisé qu’il épuise les travailleurs et la nature.

COMPARAISON N’EST PAS RAISON

Mais l’argument « massue » de ceux qui veulent retarder l’âge de départ à la retraite « dans l’intérêt des jeunes » est le suivant : ce sont les pays où le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) est le plus élevé qui ont aussi (en gros) les plus hauts taux d’emploi des jeunes (15-24 ans). Cet argument nous est servi dans Le Monde du 21 octobre par Patrick Artus, économiste en chef de Natixis.

Il est vrai que nombre de pays (pas tous) ont de meilleurs taux d’emploi que nous pour les 15-24 ans et pour les 55-64 ans. Mais on ne peut strictement rien en déduire sur la question posée : est-ce qu’en France le recul de l’âge de la retraite serait favorable à terme à l’emploi des jeunes QUI EN CHERCHENT ? Voici pourquoi.

Première raison : si l’on va chercher les chiffres, la corrélation est peu significative, en tout cas au sein du groupe des 27 pays de l’UE. On peut obtenir ces données sur le site de l’Insee. Voici (ci-dessous) le graphique qui en résulte. Il n’est nul besoin d’être statisticien pour voir que le « nuage de points » est très loin d’être organisé autour d’une » droite de tendance ». On parle dans ce cas de corrélation faible. Certes, dans « Le Monde », Artus évoque une corrélation « pour 33 pays de l’OCDE » et non pour les 27 de l’UE. Mais est-il opportun de remplacer ici, pour les besoins de la cause, les comparaisons au sein de l’Europe par celles qui font intervenir notamment les Etats-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, pays qui relèvent du très inégalitaire modèle anglo-saxon ? Et d’autre part, même si la corrélation est plus significative au sein des pays de l’OCDE, ce qui est probable, cela ne modifie en rien ce qui suit : cette corrélation est fallacieuse. C’est ma principale objection.
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CORRÉLATION FALLACIEUSE

Si corrélation il y a, elle ne peut pas nous servir pour réfléchir à la question posée. En effet, transformer une corrélation (il y a plus d’emplois pour les jeunes dans des pays où plus de vieux sont encore au travail) en causalité (c’est PARCE QUE l’âge de la retraite est plus élevé qu’il y a plus d’emplois pour les jeunes) est ici une énorme erreur de raisonnement.

Qu’est-ce qu’une corrélation fallacieuse ? Voici celle qu’on présente souvent aux étudiants débutants. Les chiffres montrent que, en cas d’incendie, plus il y a de pompiers et de lances, plus les dégâts sont importants. Conclusion (trompeuse) : les dégâts résultent de l’intervention des pompiers. Chacun voit évidemment sur ce cas que le raisonnement est biaisé parce que la principale variable qui explique à la fois l’ampleur des dommages et celle de l’intervention est : la gravité du sinistre ! Pourquoi alors ne pas penser que la meilleure situation de l’emploi GLOBAL dans un pays, liée à un meilleur « mix » de politiques publiques, de partage de l’emploi entre les générations, de structures de production et de stratégies d’acteurs, expliquerait à la fois la meilleure situation d’emploi des 15-24 et des 55-59, sans faire de l’activité des « pompiers » (les vieux et leur retraite) l’explication des « dommages » (le chômage des jeunes) ?

Mais bien d’autres raisons militent pour le rejet sans appel des arguments « comparatistes » de Patrick Artus.

D’abord, ces comparaisons, comme par hasard, oublient de signaler qu’un faible taux d’emploi des jeunes (proportion des 15-24 ans qui occupent un emploi, quel qu’il soit) peut aussi signifier que beaucoup de ces jeunes suivent des études sans avoir besoin de les payer via un petit boulot. Le taux d’emploi des jeunes ne nous dit pas grand-chose sur leur taux de chômage (proportion de chômeurs parmi les ACTIFS DE 15 À 24 ANS) ! C’est ce dernier taux qu’il faut faire baisser, pour les jeunes comme pour les autres.

Certes nous devons faire beaucoup pour réduire le chômage des jeunes, mais, dans nombre de pays où le taux d’emploi des jeunes est élevé, les jeunes qui poursuivent des études sont contraints, plus souvent qu’en France, d’avoir un petit boulot sans lien avec leurs études. C’est le cas d’environ deux tiers des étudiants en Grande-Bretagne et en Allemagne contre un tiers en France ! Cette situation est bonne pour les taux d’emploi, pas pour les jeunes ni pour leurs études.

Ces comparaisons à la va-vite oublient bien d’autres choses qui comptent. Par exemple : 1) les taux d’emploi ne font aucune différence entre les emplois à temps plein et les emplois à temps partiel. Ils favorisent donc les pays (cas extrême : les Pays-Bas) où le temps partiel est le plus répandu. Avec un taux d’emploi en « équivalent temps plein », tous âges confondus, la France est pratiquement au niveau de la moyenne européenne. 2) la durée annuelle moyenne de travail en France est de 1555 heures contre 1432 en Allemagne, soit près de 10 % de plus chez nous. Cela veut dire en gros qu’en 40 ans, un Français travaille autant (en moyenne) que son homologue allemand en 43 ans et demi.

Rien ne tient la route dans ces arguments. Même en restant dans le cadre économique classique « croissanciste », le fait de repousser l’âge de la retraite n’a aucune influence démontrable sur la croissance ni sur le chômage des jeunes. C’est juste une croyance magique qui en arrange plus d’un, mais certainement pas les jeunes, les chômeurs, les femmes au foyer qui souhaiteraient prendre un emploi ou les femmes à temps partiel qui souhaiteraient travailler plus, quand il y a autour de cinq millions de personnes au chômage ou en sous-emploi. C’est encore une variante du « travailler plus », dont on mesure aujourd’hui les résultats mirifiques.

Tenez, voici un autre raisonnement fallacieux. Presque tous les pays ont reculé l’âge de la retraite. Or, partout, la croissance a nettement fléchi en tendance depuis quinze ans ! Devrais-je en déduire une loi : « la croissance se porte mieux quand on part plus tôt à la retraite », vu qu’elle se portait mieux à l’époque où l’on travaillait moins longtemps ? Non, évidemment. Les explications du fléchissement de la croissance (à mon sens inéluctable et qui va se poursuivre) sont ailleurs. Je me suis déjà expliqué sur ce point.

Ainsi, ce qui est vrai à court terme (reculer l’âge de départ est très mauvais pour les jeunes et pour les chômeurs) comme le montre Guillaume Duval a de fortes chances d’être également vrai à long terme, en tout cas tant que le chômage reste élevé et qu’existe un fort « rationnement » des emplois disponibles.

(Je remercie Christiane Marty, Pierre Concialdi et Nicole Gadrey pour leurs remarques sur une version antérieure de ce billet)