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samedi 14 août 2010

Privatisations, le pays vendu aux enchères ?

45 - Sante a vendre

Depuis des années, les privatisations sont présentées aux états comme la solution à tous les problèmes d’efficacité des fonds publics. Au centre de ce mouvement un groupe de trois entités internationales : Le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et la Réserve Fédérale Américaine. Les premiers pays fortement touchés par cette vague ont été les pays pauvres. La Réserve fédérale américaine prête aux pays pauvres puis par le relèvement de ses taux rend la situation économique délicate. La Banque Mondiale propose des prêts au pays pauvre, mais en échange de conditions sur l’usage de ces fonds (droits de l’homme, bonne gestion…). L’argent est prêté en vue de la construction d’infrastructures et d’opération de microcrédits. Ainsi dans les années 80 des prêts aux pays pauvres sont accordés en échange d’ajustement structurel comprenant des réductions de budgets publics. Un moyen de réduire les budgets consiste en des privatisations d’autant plus que dans le même temps le FMI conseille les états à privatiser les entreprises publiques par souci de performance et d’innovation. La santé, l’éducation, l’électricité, l’eau sont des domaines éligibles selon la banque mondiale bien que réputées difficiles à privatiser.

Tout a commencé par une idéologie fondée sur des constats : si nous voulons aider efficacement les pays pauvres, nous devons nous assurer que les fonds publics seront utilisés de manière optimum. L’idée est en effet percutante : plutôt que d'arroser un désert de sable, assurons-nous que la terre soit fertile. Constatant que les entreprises publiques sont en général pas très efficientes et que la corruption y sévit parfois, une solution consiste à inciter très fortement les pays éligibles à l’aide des pays riches à privatiser ces entreprises. L’idéologie sous-jacente étant que la corruption et l’inefficacité sont inexistantes (ou moindre) dans le privé. Évidemment, nous savons qu’il n’en est rien et que la corruption frappe autant les entreprises privées comme le montrent les énormes scandales comme Enron[1]. Quant à l’efficacité des entreprises privées, elle est variable suivant les entreprises : parfois assez forte dans les PME, parfois, assez faibles dans certaines multinationales.

Aux idéologies libérales du FMI et de la Banque Mondiale, s’est ajoutée progressivement la cupidité catalysée par les énormes profits que peuvent générer ces privatisations. Les investisseurs des entreprises privées des pays pauvres ont également bien contribué à cette dégradation. Les exemples ratés de ces périodes ne sont pas rares.

Philippines

Aux Philippines, le système de santé publique a longtemps été réputé comme performant. Les pauvres y étaient bien soignés, gratuitement. Puis dans les années 1980, le gouvernement a progressivement privatisé le système. Depuis les malades pauvres ne sont plus soignés. Les salaires des personnels de santé n’ont plus évolué. La masse salariale a été limitée et les investissements matériels réduits aux maximums. Cette situation a provoqué une pénurie de personnel encore plus grave, car, les étudiants en médecine partaient directement pour l'étranger dans l’espoir d’y trouver de meilleures conditions et un meilleur salaire. Sur une période de 10 ans qui a suivi la privatisation, plus de 100 000 infirmiers et 5000 médecins sont partis à l’étranger. De fait, de nombreux hôpitaux ont fermé ou ont réduit leurs activités par manque d'effectifs. Mais dans le même temps, des cliniques privées pour riches se sont montées. Elles payent bien leur personnel et donc n'en manquent donc pas. En revanche comme elles ne sont pas gratuites pour les pauvres, ils en sont exclus en pratique.

Bolivie

En Bolivie, une grande vague de privatisations a eu également lieu. Ainsi en 1999, l'entreprise gérant l'eau potable de la 3e ville de Bolivie, Cochabamba, a été privatisée et une concession jusqu'en 2039 a été négociée avec une compagnie jusqu’alors inconnue dans le pays « AGUAS DEL TUNARI ». Dès cette date, le prix de l'eau a augmenté de 30 % à 300 % suivant les cas. Avec cette augmentation, certaines familles modestes consacraient plus d'un quart de leur budget à l'eau potable. Les sources qui appartenaient aux paysans ont également été confisquées et privatisées. Des lois votées sur mesure protégeaient la société privée gérant l'eau. Les textes de loi suivant la lecture sue, l’on en faisait, pouvaient même prévoir l’interdiction de récupérer l’eau de pluie. Devant cette pression insoutenable pour la population, des émeutes ont eu lieu. La situation pour le gouvernement est devenue réellement dangereuse lorsque les habitants apprirent que l’entreprise « AGUAS DEL TUNARI » était en réalité la propriété du groupe américain « BECHTEL ». Étant donné l'ampleur de la protestation citoyenne, le président n’a pas d’autre choix que d’instaurer, en avril 2000, la loi martiale. Cela conduit à de nombreuses arrestations de contestataires et syndicalistes. Le but de la loi martiale étant de rétablir l'ordre et d’acter les privatisations. Au plus fort de la crise qui devenait incontrôlable, des tireurs d'élite ont été employés par le gouvernement. C’est ainsi que le jeune Victor Hugo Daza (16 ans) a été abattu ainsi que six autres personnes. Des dizaines de femmes et adolescents furent blessés par ces tireurs. Finalement, après six mois de manifestations intenses, l'entreprise BECHTEL qui quitta la ville rapidement et le gouvernement fit marche arrière sur cette privatisation.

Afrique du Sud

En Afrique du Sud, la compagnie nationale d'électricité « Eskom » fut privatisée en 1999 et rachetée par une entreprise étrangère. Depuis, comme en Bolivie, les prix de l’électricité ont fortement augmenté et les pauvres et chômeurs ne pouvaient plus payer leurs factures. Ne pouvant plus payer, de nombreux citoyens ont vu Eskom venir chez eux couper les câbles et arracher les disjoncteurs. Au plus haut des coupures, les foyers étaient déconnectés au rythme de 20 000 foyers par mois. À ce rythme, Soweto fut rapidement transformée en ville sans électricité. Comme pour l’eau, il est difficile, de nos jours, de vivre sans électricité. L’électricité apporte l’éclairage, le chauffage, le réfrigérateur, permet de cuisiner, etc. Une résistance s'est donc organisée au fur et à mesure que de nombreux foyers étaient déconnectés. Des militants se sont organisés afin de monter des « opérations lumière » qui reconnectent les usagers les plus pauvres. Eskom qui s’est rapidement aperçu de cette nouvelle tendance réagit en diffusant des publicités à la télévision incitant la population à dénoncer ces Robins des Bois. La lutte contre la fraude continue ensuite en justice. C’est ainsi que de nombreux militants finissent par passer des mois en prison. Pour faire plus d'argent et limiter la fraude, Eskom décide de commander à Siemens des compteurs CashPower 2000. Installé en 2001, ce compteur prétend résoudre le problème des coupures de courant. Ils se basent sur des cartes d'électricité prépayées. Des « simleys » sur le compteur indiquent si la carte a encore des unités ou est bientôt épuisée. Lorsque les unités manquent, l’électricité est automatiquement coupée chez les abonnés. Tous les foyers se voient proposer ce nouveau compteur « miracle » et ceux qui refusent se voient menacés de coupure définitive de l’électricité. En fait pour Eskom, ces compteurs sont magiques : difficiles pour les robins de bois à contourner, ils virtualisent le prix de l’électricité et rendent les augmentations de tarifs plus discrètes. Les unités achetées ont une correspondance variable avec l'énergie électrique qu’elles représentent. À Johannesburg, le gouvernement a aussi privatisé l'eau qui est gérée par Johannesburg Water. Eux aussi ont installé des systèmes de compteurs prépayés qui coupent l'eau lorsque les unités sont épuisées. Les personnes refusant l'installation de ces compteurs ont eu l'eau coupée définitivement.

Mali

Au Mali, dès 1988 des privatisations ont été organisées sur les conseils du FMI et de la Banque Mondiale, finalement plus de 200 entreprises ont été privatisées. Presque tous les dossiers de privatisations ont été un cauchemar économique et financier. Cela a participé à la paupérisation des travailleurs. Par exemple, un nombre important du personnel de la Société Malienne des Produits Chimiques est en contentieux avec leur entreprise pour des impayés de salaires. Ont été privatisé les chemins de fers (RCFM, 612 licenciements, fermeture de 2/3 des gares, suppression des droits sociaux, peu d’investissements), L’électricité, l’industrie (Itema, Sonatam, SMPC, Sepom), les transports publics (Comanav, transports et services aériens), deux banques (BMCD, BIM), l’agriculture (Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles, 595 licenciements, HUICOMA), l’énergie (Énergie du Mali), télécoms (SOTELMA)… Cette dernière vente, correspondant à 4 % du PIB du pays, a provoqué un scandale dans la presse locale, car l’argent de la vente n’était pas inscrit au budget 2010. Les privatisations n’ont bénéficié qu’au privé, avec un accroissement du chômage, de l’endettement de l’état et de la perte de la notion de service public.

Privatisations orchestrées par le FMI et La Banque Mondiale

Les privatisations dans les pays pauvres sont parfois le moyen pour les gouvernements corrompus de faire un bizness juteux. Il suffit de vendre de nombreux établissements autrefois publics et ne pas les faire entrer dans les comptes du trésor en toute illégalité.

Dans le film institutionnel de 12 minutes disponible sur le site du FMI[2] appelé “Inside Money” on nous indique que si tout va bien en apparence dans nos pays riches (un pays fictif est pris en exemple dans la vidéo), des milliers de dollars s’évaporent des finances publiques par manque d’efficacité, le pays dépense plus qu’il ne produit à cause d’une croissance trop faible. Les bénéfices sociaux d’une telle politique dépensière sont indéniables, mais avec un tel déficit de la balance de paiements, à terme plus personne ne voudra plus prêter de l’argent à notre pays. Pour éviter cela, la tentation est grande de faire tourner la planche à billets, mais dans ce cas il en résulterait une inflation galopante. La dette finira par couter de plus en plus cher à rembourser et les capitaux étrangers risquent de s’envoler. Cette situation détestable oblige finalement le pays à faire des coupes budgétaires préjudiciables aux avantages sociaux du pays. Mais le FMI nous indique qu’il y a d’autres solutions : consommer moins de produits achetés en dehors du pays et/ou vendre plus à l’étranger en augmentant la croissance. C’est là que le FMI intervient, il rassemble des informations sur les économies mondiales et dispenses des conseils aux différents pays. Des « ajustements » sous forme de « plan de réforme économique » avec un calendrier à respecter sont proposés aux pays en déficits. Ces “ajustements” permettent (d’après le FMI) de maintenir les avantages sociaux. Les solutions mises en avant sont : l’effondrement des barrières douanières, la privatisation de certaines entités publiques qui seront ainsi plus compétitives et innovantes. Notre pays n’a pas le choix : comme la compétition est mondiale, il faut que toutes les entreprises s’améliorent en continu. Grâce aux précieux conseils du FMI, le pays deviendra donc un membre fort de l’économie globale.

Ainsi après les pays pauvres, premières cibles de la Banque Mondiale et du FMI, les pays dits « riches » doivent aussi, finalement, se soumettre aux privatisations. C’est sous l’impulsion de ces précieux conseils que nous avons vu fleurir également des privatisations discutables.

Angleterre

En Angleterre, les lois Thatcher de la fin du vingtième siècle, entrainent diverses privatisations. La privatisation des transports, de loin, la plus discutable, fut menée en 1997 a constitué une véritable catastrophe pour le pays. L'entreprise nationale de chemins de fer qui était réputée comme un véritable bijou national a brutalement été privatisée en 150 entreprises différentes. La justification de l'époque était de supprimer les subventions de l'État et de rendre le service plus performant par la compétition. Mais il s'est passé précisément le contraire. Il n'y a pas eu de compétition, car il ne pouvait y en avoir étant donné la façon dont a été privatisé le réseau : sans concurrence possible. L'efficacité a fortement diminué et le contribuable est malheureusement toujours sollicité, de plus en plus même. Après un investissement initial destiné à marquer les esprits, les entreprises privées ont réduit fortement leurs investissements. Traverser le pays de part en part est une épreuve sérieuse étant donné les nombres de prestataires différents mis en œuvres. L’entreprise Railtrack a été chargée de la signalisation, de l'équipement et de la maintenance des voies ferrées. L'acheminement des passagers et l'exploitation des trains ont été confiés à différentes sociétés. Railtrack facturait les autres entreprises pour l'entretien du réseau et le droit d'exploitation. Mais l'entretien était mal fait. Railtrack n'avait pratiquement pas d'employés et faisait tout sous-traiter. Le manque d'entretien des voies ferrées a même été à l'origine de la pire catastrophe ferroviaire de grande Bretagne en 1999 à Paddington (Londres). Deux trains se sont percutés en pleine heure de pointe. Au moins 3 accidents de trains sont imputables à cette privatisation. L'accident de Hatfield fut imputable à un rail défectueux qui s'est pulvérisé au passage du train. Quatre passagers et deux cheminots sont morts à cause du déraillage du train. Railtrack était au courant de ce rail brisé, mais n'a rien fait. Depuis le gouvernement a repris l'entretien des voies. La privatisation a challengé les avantages sociaux et salaires. Les pauses ou étés réduits puis supprimés dans certaines entreprises. La sécurité des trains, mais aussi des employés a été diminuée. Les sociétés privées les moins efficaces ont dû passer la main à d’autres sociétés pas toujours plus efficaces que les précédentes. Faisant basculer les employés d'une entreprise à une autre continuellement. Seuls changements pour eux : les uniformes et les conditions de travail toujours plus difficiles. En Angleterre les mines de charbon, le logement public, l’acier, l’électricité, le pétrole, la distribution d’eau, etc. ont été également privatisés. Si l’expérience britannique a eu son heure de gloire avec des taux de chômage inférieurs à la France, aujourd'hui, nous voyons bien les limites de ce système bien plus durement et durablement touché par la crise.

Nouvelle-Zélande

Mais le pire exemple des dégâts causés par les privatisations est surement symbolisé par ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande. Vers la fin des années 1990, le gouvernement décide de privatiser toute l’économie du pays : le système de santé, la compagnie nationale aérienne, la banque néozélandaise, les lignes de bus, la compagnie de télécom, les chemins de fer, l'industrie maritime, la branche acier, et les forets (plus des scieries et pépinières). À part dans ce dernier cas (forêts) où le bilan est mitigé[3], dans le reste des cas, les spéculateurs, les actionnaires et traders ont bénéficié de ces ventes. En trois ans, les sociétés étrangères ont gagné 6 milliards d'euros et investi en retour moins d'un dixième de cette somme. Les chemins de fers ont été remis en état avant sa vente à un groupe américain. Pour maximiser les profits, l'entretien du réseau est sacrifié, des lignes sont supprimées, des petites gares fermées et les trains de nuit parfois aussi. La clientèle rurale est la plus pénalisée. Environ douze heures de trajets sont nécessaires pour parcourir les 680 km qui séparent Oakland à Wellington. Mais la véritable catastrophe arrive en février 1998 lorsque toute la ville d'Oakland est plongée dans le noir durant 6 semaines. La faute revient à Mercury Energy la compagnie nationale d’électricité : son entrée en bourse s’est fait aux dépens des employés dans un premier temps : son centre de formation est fermé et la moitié des employés sont finalement licenciés. Ces mesures leur permettent un rendement de 21 %. Mais progressivement, l'entreprise n'effectue plus la maintenance du réseau. C’est ainsi que la panne survient. L’épreuve est terrible pour le pays. Un mois et demi sans un kilowattheure d’électricité, c’est très long pour les particuliers, mais catastrophique pour les entreprises et l’industrie. Cette gigantesque panne a été le début de ma prise de conscience du gouvernement sur l’exagération des privatisations dans le pays. Pour revenir en arrière, le gouvernement recrée de zéro une banque néozélandaise : la Kiwibank. La compagnie aérienne est renationalisée et le gouvernement est obligé de racheter le réseau ferré pour en assurer lui-même l’entretien comme autrefois. Mais ce rachat ne peut effacer les quinze années de gestion privée sans investissement. Ainsi, même de nos jours, le train est incroyablement inefficace en Nouvelle-Zélande. L'aciérie, rachetée par une entreprise canadienne Karter Old Arvy a finalement été fermée. Depuis la vente du pays au secteur privé, les gens ont été obligés de cumuler les petits emplois pour survivre. Le chômage a explosé et les inégalités jusqu'alors très raisonnables ont explosé. Le pire de cette histoire est que cette aventure chaotique n’a même pas permis d’augmenter l’attractivité économique du pays.

France

De nombreuses privatisations sont discutables dans notre pays, aussi, ne pourrons pas tout aborder. Nous prendrons un exemple emblématique qui explique clairement que privatiser ne fait pas baisser les tarifs : le marché de l’eau! Dans un article du Monde daté du 9 mars 2010 intitulé « L'eau, source de vie ou de profit? », nous pouvons lire : « Que les grandes multinationales de l'eau aient l'expérience et le savoir-faire de la captation et de la distribution de l'eau, nul n'en doute. Qu'elles fassent mieux que des structures publiques, cela reste à démontrer. Les enquêtes des associations de consommateurs montrent qu'en moyenne, les prix sont supérieurs de 20 à 44 % dans les communes qui ont délégué leur service d'eau et d'assainissement au secteur privé ! Quand on sait que 75 % des usagers français regroupés dans 60 % des communes sont alimentés par les 3 multinationales, on mesure l'ampleur de ce surcout… » Comme nous pouvions nous en douter, le cout est optimisé, mais pas pour les usagers. D’autres problèmes sont également à soulever concernant la gestion durable de la ressource qui n’est nullement un objectif de société privée. Comme en Bolivie, demandons-nous si l'eau doit être une source de vie ou une source de profit ? Rappelons que de nos jours « 1,5 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, 2 milliards n'ont pas d'installations sanitaires et 2,5 milliards consomment de l'eau polluée. »

Quant à la libéralisation du marché de l’électricité en France, elle devait faire baisser les prix, depuis qu’elle est en vigueur il y a eu que des hausses de prix et aucune baisse (4 hausses jusqu’en août 2010, cette dernière hausse est comprise entre 1 % et 8 % !). Les politiciens qui nous ont fait miroiter ces baisses connaissaient parfaitement l’issue finale du dossier.

Allemagne

Dernier exemple, la privatisation de la Deutsche Post en 1998 a introduit sur le marché deux gros concurrents : TNT-Post et PIN-Group, et des centaines de petites entreprises. Cette ouverture aurait créé 46 000 nouveaux emplois. Pourtant, PIN-Group finit par ne plus être rentable et licencie la moitié de ces employés et cherche un repreneur. Suite à cette privatisation, 90 % du courrier passe encore par l’opérateur historique, mais a donné lieu à de nombreux licenciements (effectif divisé par deux en 10 ans). Le nombre de guichets est passé de 30 000 à 12 000, remplacé par les magasins Aldi ou le boulanger et l’épicier du coin. Depuis la Deutsche Post s’est diversifiée et a acheté de nombreuses sociétés à travers le monde. Aujourd’hui le courrier ne représente que 20 % de son chiffre d’affaires, ses bénéfices ont gonflé jusqu'à 4,2 milliards. Pour les utilisateurs, la concurrence n’a pas fait baisser les prix (le timbre allemand est même le plus cher d’Europe). En Allemagne, le salaire plancher est de 9,8 € de l’heure et n’a pas permis à la Deutsche Post de trop baisser ses salaires. En revanche, dans les pays étrangers desservis par la Deutsche Post, les salaires sont abaissés aux maximums comme en Hollande où les salaires pratiqués sont de 66 % inférieurs à ceux de La Poste hollandaise…

Étude de cas : Lombardie (Italie)

Les services publics sont-ils condamnés à être inefficaces et déficitaires ? Prenons le cas (il y en a d’autres) du système de santé publique de Lombardie en Italie. La Lombardie a bâti un réseau d’hôpitaux efficace et qui maitrise les technologies médicales les plus pointues : biologie moléculaire, opérations robotisées, thérapie génique. Ce réseau est réputé dans de nombreux domaines de santé comme la cardiologie, l’oncologie, la chirurgie réparatrice, les maladies orphelines… Le réseau incite fortement la recherche médicale dans les hôpitaux et une synergie efficace avec des instituts de recherches privés. Un réseau de facultés de médecine participe aux recherches médicales dans 14 disciplines. Ainsi, des centaines de millions d’euros sont ainsi investis en recherche fondamentale et appliquée. Cet effort est aussi soutenu par des aides régionales qui servent également à moderniser le réseau. L’efficacité de la Lombardie dans ces domaines permet de livrer un nouvel hôpital en seulement trois ans alors qu’il en faut souvent le double dans le reste du pays. La réussite est telle que des patients de toutes les régions du pays viennent se faire soigner en Lombardie. Ce succès aurait pu faire gonfler la facture de santé pour la région, mais en réalité, une allocation optimale des ressources permet à ce système d’être bénéficiaire depuis cinq années consécutives tout en offrant un service envié de tout le pays. Les entreprises privées ne sont pas écartées du système. Au contraire, le système travaille en harmonie et collabore sur certains sujets, mais est mis en concurrence sur d’autres. Les patients ont ainsi le choix de l’hôpital (privé ou public) sans que les couts des soins ne soient différents car tout le système est régit pas les mêmes règles fixées par le ministère de la santé Lombard et des accréditations. La compétition positive qui en résulte fait progresser le système tout entier. Un centre d’appel centralisé et unique permet de conseiller et d’orienter les patients dans le réseau. Les dossiers médicaux de toute la population sont en cours d’informatisation et permettent l’accès au dossier complet des patients par les praticiens. Chaque patient a accès à des services en ligne (prise de rendez-vous, accès au dossier médical, etc.) ce qui élimine une partie inutile de files d’attente et optimise les prestations. Une carte de santé permet de facturer directement la région pour les actes médicaux des patients. L’informatisation du système de santé Lombard a dynamisé les compétences informatiques de la région. Fondée en 1981, la société publique « Lombardia Informatica » a pour mission l’informatisation du système de santé, mais également de la culture, de l’éducation, etc. pour un budget annuel de 200 millions d’euros. Un code d’éthique régit le travail des personnels de santé privés ou publics. Les endroits plus isolés de Lombardie ne sont pas non plus abandonnés et des structures secondaires locales ont été créées. Le système de santé Lombard fort de sa réussite propose ses services et conseils à d’autres pays. Ainsi, en 2008, un contrat passé avec la région Rhône-Alpes.

Que penser alors des privatisations ?

Ce qui est sûr c’est que l’état ne peut pas s’occuper et être responsable de tout. Sinon nous tombons dans les excès de certains pays totalitaires qui ne sont pas des modèles d’efficacité. En revanche, l’idée que les entreprises privées sont plus efficaces n’est pas si évidente surtout si l’on regarde l’intérêt global du pays. Par exemple, il n’est pas souhaitable et rentable pour un pays d’avoir des citoyens malades ou mal soignés. Il faut donc déterminer un noyau dur d’activités qui correspondent réellement à la mission de l’état. Comment déterminer ce noyau dur ? C’est simple, il suffit de garder ce qui est vital pour un pays en priorité et d’y ajouter, dans un deuxième temps, les activités non vitales, mais qui ne peuvent, par nature, être vraiment mises en concurrence. Tout le reste peut et doit être privé. Quelles sont donc les activités qui répondent à ces critères ? Est vital pour un pays : La santé (hôpitaux, sécurité sociale, etc.… ce qui n’empêche pas d’autoriser les cliniques privées bien sûr), les télécommunications qui doivent être sures (et éviter l’espionnage et les dérives), l’éducation qui forme les citoyens et travailleurs de demain, l’eau qui est vitale (nous verrons dans les prochaines années que ce sera le nouvel Or blanc) et l’électricité, car la situation sanitaire et l’économie en dépendent. Peuvent y être ajoutées les activités non concurrentielles suivantes : réseaux sans fil, internet filaire et sans fil (à l’exception peut-être du satellite) et les chemins de fers. Évidemment, cela fait tout de même beaucoup, mais c’est nécessaire pour avoir un pays globalement efficace. Nous l’avons vu avec la crise financière de 2008-2009, que les banques (sauf les banques d’investissement éventuellement) peuvent partiellement faire partie de la liste des entreprises publiques.

Si un état désire tout de même privatiser certains secteurs (s’il n’arrive pas à les gérer correctement), il doit le faire sous forme de concessions limitées dans le temps et des conditions précises et chiffrées de maintien des concessions. Par exemple, une concession des chemins de fer avec (par exemple) obligations de tarifs réduits (-50 % par exemple) pour les étudiants, chômeurs, retraités, des conditions précises sur l’entretien du réseau et les délais maximums de réactivité pour la réparation des pannes et l’engagement d’un service minimum dans les gares de campagne… Ce ne sont que des exemples bien sûr, la définition exacte des conditions définit un projet de société qui peut être différent d’un pays à un autre. Définir ce qui fait l’identité d’un pays est la mission du gouvernement, mais également de tous les citoyens. Ainsi, une telle opération pourrait donner lieu à référendum.

Finalement, c’est quoi une privatisation ?

Que se passe-t-il lorsque l’on privatise une entité nationale entrant dans les critères ci-dessus (vital et/ou non concurrentiel) ? Ces privatisations sont alors une sorte vol : les entreprises appartiennent à l'état qui lui-même doit son patrimoine des impôts payés et des richesses crées par les citoyens. Vendre une telle entreprise revient à faire ce que fait un ménage endetté lorsqu’il vente des "bijoux de famille" précieux. En ouvrant le capital de ces entreprises au peuple (et aux investisseurs) on ne fait que faire racheter ce qui a déjà été payé par nos parents et grands-parents. Privatiser ces entreprises publiques c'est vendre le pays. Ne plus pouvoir s'abreuver, s'éclairer, se chauffer, se soigner, se déplacer ou téléphoner lorsqu'on est pauvre comment appeler cela ? Les privatisations sauvages entrainent des licenciements et donc la pauvreté. L'argent gagné ne va pas aux citoyens, mais aux investisseurs.

Les ardents défenseurs des privatisations indiquent que certaines privatisations aident les pauvres. Oui ? Lesquelles alors ? À force de collusion avec les forces politiques néolibérales, le FMI et la Banque Mondiale persistent encore aujourd’hui de vanter les mérites des privatisations au sens large. Ils font pression sur les gouvernements pour imposer ce modèle. Les pays pauvres subissent d'abord leur influence, car ils échangent des aides contre des réformes impliquant des privatisations. Les pays riches ensuite par un lobbying actif qui aujourd’hui ne prend même plus le temps d’expliquer son point de vue. On prépare la privatisation de La Poste en nous jurant que ce n’est pas le cas. Si les privatisations dans certains domaines « peuvent » apporter plus d'efficacité, elles doivent être strictement encadrées par les gouvernements. N'oublions jamais que les gains de productivité des entreprises privées n’entreront jamais dans la poche des citoyens, mais dans celle des actionnaires de ces entreprises. Ceci n’étant pas choquant en soi, vu que c’est le but de l’actionnariat. En revanche, faire croire à la population que le retour à l’efficacité ne se fait que par des privatisations est un mensonge aussi énorme qu’impossible par nature. Il est bien évidemment possible d’obtenir les mêmes performances (voir meilleures) tout en gardant les bénéfices de cette efficacité pour le pays : en baissant les prix des services ou en offrant plus de services pour le même prix par exemple. Tout cela n’est finalement qu’une question de compétences.


Update du 25/11/2010: Le parlement français a adopté le projet de loi concernant la nouvelle organisation du marché français de l'électricité (Nome) : EDF devra céder jusqu'à 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents. Évidemment, c’est une aberration économique et libérale, L'UFC-Que Choisir a affirmé que cette réforme risquait d'entrainer une forte hausse des tarifs «de 7 % à 11 %» dès la mise en place de la loi et de 21 % à 28 % d'ici 2015».

Update du 7/02/2011: Comme en Nouvelle-Zélande, avec la catastrophe que cela à entrainé, le gouvernement Anglais envisage de privatise les forets ! Voir le lien sur ce 20minutes.fr.


[1] Enron : http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/enron/

[2] « Inside money » vidéo disponible sur le site du FMI à l’adresse : http://www.imf.org/external/mmedia/view.asp?eventID=226

[3] http://www.fao.org/docrep/x3030f/x3030f0a.htm

 

A lire : Comment Orange augmente ses gains

A lire sur AgoraVox comment Orange copie Apple avec son AppStore pour créer un système bancaire alternatif :

Service "Internet plus" d’Orange activé par défaut : attention !

Avis à la population : l’option "Internet plus" d’Orange est activée par défaut !

16 h 31 : « Ding », le son significatif de l’arrivée d’un mail dans ma boîte aux lettres… Un truc bizarre et inconnu pour moi : De : « Orange : vos achats de services Internet plus » :

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Chers clients,

Nous avons le plaisir de vous informer de la prise en compte de votre commande le 08 08 2010 à 16 h 30.

Produits achetés : 5 euros = 28 crédits Abbo

Services : Abbo

Prix : 5 euros

Ce montant sera automatiquement ajouté à votre facture mensuelle Internet orange.

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Sur le coup, je crois à un spam imitation Orange ou à un abonnement (Abbo ?) bizarroïde. Je vais donc directement sur le site Orange pour vérifier de quoi il en retourne. Et là, stupéfaction, je suis bien débité de 5 euros pour un achat que je viens de faire il y a une minute.

Or, ni il y a une minute ni même il y a une heure ou une semaine, je n’ai acheté quoi que ce soit sur Internet par l’intermédiaire d’Orange ni sur aucun site. Je conteste donc l’achat auprès d’Orange en remplissant un formulaire web adéquat.

Angoisse : et si un hacker quelconque avait pris possession de mon ordinateur ou de mon compte Orange et que tout ça n’était que les prémices d’une attaque massive de mes comptes divers et variés ? Parano comme je suis j’enquête donc fissa fissa autour de moi pour savoir si ma femme ou mes enfants n’auraient pas, à distance, acheté quelque chose sur Internet dans la minute où la semaine qui vient de passer.

Une heure plus tard, j’ai l’explication, ouf ! : sur l’ordinateur de mes enfants, la fille d’un ami en vacances chez nous vient effectivement de cliquer par hasard sur la fenêtre d’un jeu en ligne qui s’appelle Abbo et qui, après une inscription gratuite et la création d’un avatar vend des améliorations aux enfants connectés.

Jusque-là, on comprend le principe. Mais, là où ça se gâte, c’est que Abbo bénéficie par Orange du service « Internet plus » qui permet d’acheter sur leur site tout ce qui s’y vend … en 1 clic.

Pas de mots de passe, pas d’inscription, aucune fenêtre de demande de confirmation, aucun formulaire préalable à remplir, aucun numéro de CB à donner… rien, rien de rien : 1 clic et c’est acheté… et ajouté directement à votre facture mensuelle Orange.

Vous me direz : « Alain, tu es un peu con d’avoir souscrit à cette offre Internet plus et d’ouvrir ainsi ton porte-monnaie à n’importe qui ! » Eh bien, c’est là que c’est extraordinaire : je n’ai jamais souscrit à quoi que ce soit ! Tenez-vous bien : l’option Internet plus chez Orange est activée par défaut ! C’est-à-dire que n’importe quel petit hacker débutant ayant piraté votre adresse IP peut s’acheter, sur les sites ayant la formule Internet plus d’Orange, tout ce qu’il veut. C’est tout du moins ce que je crois... mais, n’étant pas spécialiste en piratage, je peux me tromper.

Je viens d’avoir aujourd’hui la réponse d’Orange concernant la contestation de mon achat. Sans aucune explication ou autre enquête : « Votre demande de remboursement a été refusée. » Quelque peu énervé par cette réponse succincte, je téléphone au 3900. L’opératrice me confirme que le problème est connu. Elle me certifie qu’il est impossible qu’un hacker puisse utiliser mon service Internet plus et... me propose de me rembourser mes 5 euros.

Donc, avis à tous les clients d’Orange.

S’il vous arrive la même mésaventure, il suffit de réclamer par oral au 3900. S’il s’avère que votre réclamation est justifiée Orange vous rembourse sans problème (dixit l’opératrice).

Mais surtout : Pour désactiver le service Internet plus : « espace client/mes services/internet plus : paiement sur facture Orange/modifier/service:désactivé.

Alain Michel Rober

vendredi 13 août 2010

La depeche.fr : Figeac. Ratier va-t-il s'implanter au Maroc ?

A lire sur La Depeche.fr.

Vendredi dernier la direction Ratier-Figeac a programmé une réunion extraordinaire du Comité d'Entreprise pour annoncer un projet de création d'une filiale au Maroc.

La direction de Ratier-Figeac a choisi la veille du départ en congés pour programmer une réunion extraordinaire du CE qui avait pour ordre du jour : « Information du CE sur le projet de création d'une filiale au Maroc », communique le syndicat CGT Ratier-Figeac.

De l'avis du syndicat, « depuis sa création, l'entreprise s'est développée grâce à la diversité de ses conceptions et de ses productions, y compris l'activité de sous-traitance. Or, depuis le rachat en 1998 par le groupe American United Technologie Corporation, la direction met tout en œuvre pour appliquer à la lettre la stratégie de rentabilité financière à court terme de l'actionnaire ». « Il est évident qu'avec les salaires au Maroc, les bénéfices vont être démultipliés, mais pour qui ? », se demande-t-on. Déjà, l'entreprise délocalise des productions au Maroc, au Vietnam, en Pologne, en Turquie.Dans l'aéronautique les carnets de commandes sont pleins, environ 25 000 avions sont à fabriquer dans les années à venir.

Avis favorable de la CFDT

De son côté, le syndicat CFDT a posé des questions à M. Ferey pour connaître le bien-fondé de la création de cette nouvelle filiale. Il apparaît que ce serait « pour pérenniser Ratier-Figeac et augmenter sa capacité à prendre de nouveaux marchés et devenir acteur majeur dans la fabrication d'éléments de cockpits et de cabines ». De plus, le directeur de l'entreprise aurait déclaré que les effectifs de Ratier-Figeac se maintiendraient entre 850 et 900 salariés, et qu'il n'y aurait pas de plan social. La recherche et le développement de nouveaux produits se feraient sur Ratier-Figeac et l'activité sur certaines lignes serait maintenue ».Le syndicat CFDT, en prenant ces informations au pied de la lettre communique : « En constatant que le « suivi » des élus a permis de faire respecter les engagements pris précédemment par la direction locale, la CFDT donne un avis favorable au projet de construction par Ratier-Figeac d'une usine au Maroc. Mais l'ensemble du personnel doit comprendre que cet avis favorable est tout le contraire d'un chèque en blanc, et que le suivi de la CFDT sera permanent et intransigeant ».

La direction contactée par nos soins n'a pas souhaité communiquer avant la prochaine réunion qui se tiendra vendredi 30 juillet

mercredi 11 août 2010

Les spécialistes indiens de l’offshore s’adaptent au marché français

A lire sur pro.01net.com.

Wipro, Infosys ou TCS ont fait de l’Hexagone leur priorité depuis quelques années. Après avoir essayé d’appliquer leur recette traditionnelle, ils se résolvent à changer de stratégie, avec à la clé une présence locale renforcée.

Les spécialistes indiens de l'offshore sont à la recherche de la bonne formule dans l'Hexagone. Leur poids dans le troisième marché européen est très éloigné de leurs ambitions initiales. Seul Wipro surnage : la société revendique aujourd'hui plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires, à la faveur de deux gros contrats gagnés en 2008 : SFR et Michelin. Présent depuis 2001 en France, Infosys suit à quelques encablures avec un chiffre d'affaires de 45 millions d'euros en 2009, pour la seule partie services informatiques, selon une estimation du cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC).

Comment expliquer cette faible représentation ? La première raison tient évidemment aux réticences longtemps affichées par les grands comptes français vis-à-vis de la délocalisation de prestations informatiques. Il est vrai également que ces sociétés ont d'abord focalisé leurs efforts sur les marchés britannique ou américain. « Nous avons dû absorber une croissance de 30 % par an, notamment sur les marchés anglo-saxons, plus proches culturellement »,  rappelle Eric Laffargue, responsable de la filiale française de Infosys.

Succès limité de leur approche traditionnelle

Mais l'un des motifs principaux est à chercher du côté de leur approche initiale : ces acteurs ont voulu, à tort, appliquer les recettes qui avaient si bien fonctionné sur les marchés anglo-saxons : pilotage centralisé, divisions organisées par secteurs et équipes de « front office » relativement réduites.

Face au succès limité de cette formule, les spécialistes de l'offshore changent leur fusil d'épaule. A commencer par Wipro qui a créé depuis deux ans une direction générale en France, pilotée par un patron français, Christophe Martinoli. Auparavant, la société abordait le marché hexagonal avec une approche monolithique : pilotage au niveau européen et déclinaison de filières verticales (industrie, distribution, banque-assurance). « En France, Wipro était constitué d'une collection de petites équipes dans chacun de ces secteurs, indépendantes les unes des autres. Nous avons mis en place une organisation par pays, plus cohérente, que nous avons ensuite répliqué en Allemagne ou au Canada », souligne Christophe Martinoli. Désormais l'entité française dispose également d'une autonomie totale sur la stratégie de mise en œuvre.

Une pincée de « localisation »

Le modèle global cher aux SSII indiennes a donc été amendé avec une pincée de « localisation ». Chez Wipro, la direction générale a été renforcée au fil des mois en intégrant le marketing, les RH, le commercial. Les équipes de réalisation proches du client, directeurs de projet, expertise métier ou technique, sont recrutées localement. La société a également bâti un centre de services à Rennes.

L'approche d'Infosys (200 personnes en France) est similaire. A l'instar de Wipro, la société a créé, en mars dernier, une direction générale France à la tête de laquelle figure un patron français, Eric Laffargue, ex-associé de la SSII Accenture. « Nous avons pris le temps de bien comprendre le marché français avant d'opter pour la bonne option et d'accélérer », indique Eric Laffargue. Le choix passe donc par un management local renforcé. La France, où la société vise 50 % de croissance, doit devenir avec l'Allemagne un pilier du développement de la SSII en Europe.

Des ratios ressources locales et offshore rééquilibrés

De même le ratio actuel, 30 % de ressources locales et 70 % en offshore, doit tendre à moyen terme vers le 50/50. Avec un recrutement focalisé sur les architectes, les chefs de projet, les consultants métier et les commerciaux. Côté prestations, Infosys cible en premier lieu les services d'ingénierie pour des grands comptes industriels (Alstom est un très gros client en R&D), les projets internationaux de mise en place de PGI et la tierce maintenance applicative.

TCS, qui vient de nommer une nouvelle direction bicéphale en France, adapte également le modèle traditionnel offshore au marché français. La société, qui revendique 400 personnes travaillant pour le marché français (dont 150 en France), entend renforcer ses équipes commerciales : force de vente locale par métier et force avant-vente par offre de services. Comme pour ses concurrents, les équipes dites « front office », directeur de projets, responsable de comptes, architecte, responsable de transition, seront désormais recrutées sur le marché hexagonal.

vendredi 6 août 2010

Les Occidentaux doivent réapprendre à produire pour créer des emplois

A lire sur Electronique.biz

Les Occidentaux doivent réapprendre à produire pour créer des emplois''

C’est le constat d’Andy Grove, conseiller d’Intel qu’il a dirigé de 1987 à 2005. Alors que la mode occidentale est à l’externalisation des activités, M. Grove rappelle que l’évolution d’un pays passe par sa capacité d’exportation ainsi que par l’enrichissement de sa population. Extraits tirés d’un article paru dans Businessweek.

Andy Grove, conseiller auprès d’Intel, et ex-Pdg et président de cette société, s’alarme de ce que les entreprises américaines, notamment celles de l’électronique, créent de moins en moins d’emplois.
Dans la Silicon Valley, par exemple, le taux de chômage dépasse la moyenne nationale (9,7 %).«La croyance américaine selon laquelle les start-up créent des emplois est prise aujourd’hui en défaut», constate cet expert.
«Or, il est à la fois normal et nécessaire pour toute entreprise de grandir, c'est-à-dire d’augmenter sa production, son chiffre d’affaires et ses effectifs …c’est même ce qui lui permet de continuer à innover», rappelle-t-il. Malheureusement, "les entreprises américaines sont en panne de croissance"

Apple: 25 000 employés aux Etats-Unis et 250 000 en Chine…

Croissance de la production et croissance de la consommation sont liées. Pour que le consommateur achète davantage, il lui faut en effet gagner davantage. Et la progression de la demande de biens a pour conséquence une augmentation de la production.
Ce mécanisme repose notamment sur une hausse des salaires. Or, le système dans lequel il se déroule (le pays, par exemple) n’est pas un système fermé. D’autres lieux de production lui font concurrence. C’est ainsi que l’ouverture de la Chine à l’international a entraîné, en Occident, un mouvement d’externalisation et de délocalisation de la production.

Ces délocalisations ont, elles, eu pour conséquence une diminution du nombre d’emplois aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’industrie informatique américaine compte 166 000 emplois de moins qu’en 1975, avant la production du premier PC. En revanche, actuellement,l’industrie informatique de l’Asie emploie, elle, quelque 1,5 million de salariés.
C’est ainsi qu’est né Hon Hai Precision, un groupe taïwanais de sous-traitance devenu numéro un mondial, qui s’appuie sur 800 000 personnes. Parmi celles-ci, 250 000 fabriquent des produits Apple alors que cet équipementier, lui, n’emploie que 25 000 personnes aux Etats-Unis… «Ce ratio 1 - 10 (un employé aux Etats-Unis pour 10 employés en Chine) vaut également pour les autres grands équipementiers américains (Dell, Seagate Technology…)», estime M. Grove.

L'ex-Pdg d'Intel s'inquiète. Ce qui aux yeux de certains passe pour un non problème étant donné que le travail « noble » et la majorité des bénéfices restent aux Etats-Unis, lui semble hypothéquer l’avenir du pays. «Que vaut une société dans laquelle une frange de plus en plus mince de citoyens aisés cohabite avec un nombre de plus en plus grand de chômeurs?», questionne-t-il.

Taxer les opérations délocalisées

L'abandon de la production est même devenu la règle outre-Atantique. «Alors que le photovoltaïque aurait pu être une chance pour les Etats-Unis, à l’origine de nombreux travaux dans ce domaine, ce secteur n’emploie que 10 000 Américains, soit quelques pourcents des effectifs mondiaux de ce domaine», remarque l’ex-Pdg d’Intel.

Outre une montée du chômage, les délocalisations occasionnent aussi des pertes de savoirs et de savoir-faire. Ainsi, aux Etats-Unis, à la suite de l’abandon de la production d’électronique grand public dans les années 80, la perte de savoir en fabrication de batteries entrave aujourd’hui le devenir du véhicule électrique dans ce pays. En effet, pour ce type de véhicule, la batterie ion-lithium est aussi importante que le microprocesseur pour le PC.
«Toute industrie s’appuie sur un écosystème fait d’accumulations de savoir-faire, d’expériences et de retours d’expériences, ainsi que de relations entre fournisseurs et clients», rappelle M. Grove.

La diminution de la production industrielle aux Etats-Unis est aussi la conséquence d’une dépréciation de l’activité production au profit des études et du design. Ce que résume ce slogan : «Tant que la conception demeure dans le pays…».
Ce manque de considération de la fabrication de la part de l’Occident a été aggravée par une insistance maniaque sur le libre-échange. Alors que, dans le même temps, les gouvernements asiatiques mettaient, eux, l’accent sur la création d’emplois en supportant efficacement leurs industries. Exemple: le programme «Golden projects» incluant notamment la création de réseaux numériques, lancé en Chine dans les années 1980.

«Aujourd’hui, c’est à nous de prendre exemple sur l’Asie. Nous avons besoin d’une économie et d’une politique centrées sur l’emploi», insiste M. Grove. "Il est urgent de reconstruire une base industrielle forte, à partir, par exemple, de la mise en place d’une fiscalité qui taxerait les travaux délocalisés".
«Les sommes récoltées serviraient au financement de sociétés développant leurs activités aux Etats-Unis», poursuit le conseiller. Et de conclure : «un tel système nous ferait nous rappeler que nous sommes responsables du maintien d’une infrastructure industrielle dans notre pays».

Home Spirit, le canapé « made in France » se réserve une place confortable

A lire sur LavoixECO.com.

L'esprit de famille, le fabricant de canapé Home Spirit entend bien le conserver. À Neuville-en-Ferrain, le groupe joue la carte de la proximité et de l'innovation. Et ça marche.

À l'heure du tout délocalisable, notamment dans le monde du textile et du meuble, il est quelques irréductibles qui résistent.

René Dufour en fait partie. Lorsqu'en 1997 il rachète Mousse du Nord, atelier de fabrication de canapés à Neuville-en-Ferrain, c'est parce qu'il vient de claquer la porte de la filature armentiéroise où il travaillait.

« Papa est un industriel, pas un financier. Il est attaché à ses usines et ne supporte pas l'idée de délocalisation », explique aujourd'hui son fils, Grégory Dufour, PDG de Home Spirit.

À l'époque, Mousse du Nord fabriquait des produits tout mousse pour La Redoute. « Dépendre d'un client quasi unique, c'est risqué. Il fallait faire autre chose. » C'est ainsi que dès 1999, le groupe familial s'élargit en rachetant un fabricant de canapés haut de gamme à Saint-Étienne, un autre à Bruxelles, un fabricant d'objets de décoration textile en Alsace. Puis crée sa propre marque Home Spirit en 2003 (plus de 200 références pour la grande distribution comme pour les boutiques haut de gamme). Les trois fils prennent la succession du père en 2007.

Fiche d'identité

Histoire

En 1997, René Dufour achète Mousse du Nord, atelier de fabrication de canapés à Neuville-en-Ferrain. L'entreprise se développe grâce à des rachats d'usines spécialisées en canapés, literie et textile de maison. La marque Home Spirit est créée en 2003.

Marché

Le groupe Home Spirit emploie plus de 250 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 40 M€, multiplié par sept en dix ans. Cent mille canapés sont fabriqués chaque année.

Réactivité

« Au fur et à mesure du développement du groupe, on s'est aperçu que nous avions besoin de confection, de découpe de bois, de tissu, de transport pour répondre à une demande personnalisée des clients, avoir une gamme large et offrir le meilleur service. Fabriquer à l'autre bout du monde, cela coûte cher en transport, pollue inutilement, ne permet pas la réactivité. » Moralité, 90 % des approvisionnements de Home Spirit se font à moins de 100 kilomètres de l'usine. Les tissus et les mousses sont faits à Halluin, la menuiserie sous-traitante est intégrée au site de Neuville-en-Ferrain. « Non seulement nous limitons les transports, mais nous n'avons pas de stocks, fabriquons en juste-à-temps et pouvons livrer à domicile en 48 heures. » Home Spirit a également été le premier fabricant français à utiliser de la colle à l'eau pour assembler les blocs de mousse, à recycler tous ses déchets (bois pour chauffer l'entreprise, mousse pour remplir les coussins).

La créativité et l'innovation ne s'arrêtent pas là, avec le développement et le lancement cette année d'un logiciel « My coach déco » qui permet au client de prévisualiser en 3D son canapé dans son intérieur.

Autant de démarches gagnantes. Dans un marché national du canapé en chute libre de 14 % en 2009, Home Spirit a vu son chiffre d'affaires augmenter de 5 %.

PAR JEAN-MARC PETIT

France 3 : La délocalisation plane sur l'avenir de Dietal

A voir sur le site de France 3 auvergne

Chez Diétal, à Saint Georges de Mons dans le Puy de Dôme, La CGT est inquiète pour l'avenir du site

Chez Diétal, à Saint Georges de Mons dans le Puy de Dôme, la CGT est inquiète pour l'avenir du site et des emplois, suite aux mesures annoncées par la direction.

L'organisation syndicale dénonce le départ d'une partie de l'outil de production vers l'usine roumaine du groupe et la mise en place d'une activité partielle longue durée de 12 mois.

A la veille de la fermeture annuelle, la CGT sonne l'alarme de la délocalisation. La direction ne s'en cache pas et ne l'a jamais fait elle confirme qu'il s'agit de délocaliser la fabrication des néons pour ne conserver que la production "haut de gamme" de l'entreprise, à savoir les led.

Cadres au travail : se soumettre ou se démettre

Article original de pourseformer.fr

La crise aurait-elle anéanti la capacité des cadres à se rebeller ? Rien n’est moins sûr. Si les conflits ouverts avec la hiérarchie se font de plus en plus rares, la contestation revêt de nouvelles formes : désengagement, désobéissance, refus de promotion voire démission… Ces sursauts spontanés de ceux qui refusent de se soumettre prennent souvent DRH et directions de court.

En septembre 2008, la faillite de la banque d’affaires Lehmann Brothers plongeait le monde dans la crise économique. Au même moment, David Courpasson et Jean-Claude Thoenig publiaient leur ouvrage Quand les cadres se rebellent (1), mettant en évidence un phénomène qui selon eux ne cessait de prendre de l’ampleur. Deux ans plus tard, le premier événement semble avoir pris le pas sur le second. « La crise a modifié la donne », met en avant Maurice Thévenet, professeur en Ressources humaines à l’Essec et au Cnam. Hier encore décidés à s’élever contre toutes les décisions considérées comme injustes ou contre-productives, les cadres ont dans leur grande majorité déposé les armes. « Ils sont inquiets et ne sont plus prêts à prendre des risques. Nombreux sont ceux qui pensent avant tout à leur situation professionnelle. La crainte de perdre leur emploi les conduit davantage à faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Ils s’efforcent d’être le plus lisse possible pour ne pas donner prise à leurs managers », remarque l’enseignant qui est en train de réaliser une étude sur le sujet dont les conclusions seront rendues d’ici un an.

« Si les cadres rongent aujourd’hui leurs freins, la révolte n’a pas disparu pour autant, tempère Françoise Dany, enseignante à l’EM Lyon qui avec un groupe de chercheurs continue d’analyser les mouvements de rébellion dans les entreprises, grâce notamment aux témoignages anonymes déposés sur un site dédié lancé par l’équipe ‘’ je resiste.com ‘’. La contestation prend cependant de nouvelles formes. » Et l’enseignante de mettre en avant la multiplication des cas de désengagement, les refus de prises de responsabilité, les démissions ou encore les départs négociés, autant de preuves qui, selon elle, portent les marques d’un malaise croissant au sein des entreprises.

Droit de penser. Anne*, jeune diplômée d’une école de commerce, a ainsi choisi la solution la plus radicale : après huit mois dans une enseigne de la grande distribution, elle a claqué la porte, préférant pointer à Pôle emploi que passer sous les fourches caudines de son employeur. Son principal grief : l’entreprise refuserait à ses managers « le droit de penser », les obligeant à accompagner des décisions prises sans aucune concertation… « Le phénomène est beaucoup plus important qu’on ne le pense », note Marie-Françoise Leflon, secrétaire générale à l’emploi à la CFE-CGC. Notamment dans le secteur privé où les marges de manœuvre sont étroites. « Désobéir c’est s’exposer à un licenciement. Mais à force de ne pas régir, les cadres craquent et finissent par démissionner », poursuit la syndicaliste. Dans le public, les salariés ont davantage la possibilité de s’opposer aux décisions, encourant dans le pire des cas une mutation, dans un autre service.

Placard. Les actes de désobéissance peuvent également conduire à la mise au placard. La cinquantaine, Pierre* en a fait l’expérience. Ayant développé une expertise reconnue, ce manager était en charge d’un service dédié au développement de nouveaux services informatiques dans un grand groupe spécialisé dans ce domaine. « Il y a trois ans, pour faire des économies, la société m’a annoncé sa volonté de délocaliser cette activité en République tchèque. Je savais que les salariés de cette filiale n’avaient pas les compétences requises pour effectuer ses missions », raconte-t-il. Il en informe ses supérieurs qui ne veulent rien entendre. Pendant plusieurs mois, Pierre fait traîner le dossier. Jusqu’au jour où celui-ci lui est retiré… Le contestataire est alors mis au placard. « J’occupais un poste d’opérateur sans aucun lien avec mes compétences », se souvient-il. Une impasse dont il ne sort pas, malgré l’échec six mois plus tard du processus de délocalisation conduit par un de ces collègues… Ce nouveau poste laisse toutefois à Pierre du temps libre pour s’investir au sein du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) de la société. Une mission qui n’arrange pas la situation de l’intéressé, plus que jamais sur la touche. Aussi, sans perspectives de carrière intéressante, Pierre n’hésite pas, il y a un an, à négocier son départ dans le cadre des nouvelles possibilités offertes par la rupture conventionnelle. « Je n’ai pas été le seul dans ce cas : plus de 70 salariés se sont manifestés au même moment. Ce phénomène a conduit l’Inspection du travail à renforcer sa surveillance sur l’entreprise. »  Et même s’il est aujourd’hui demandeur d’emploi, ce cadre ne regrette en rien sa décision.

Crispations au sommet. « De plus en plus de cadres profitent également des plans sociaux pour quitter leur employeur dans les meilleures conditions possibles », remarque Jérôme Barrand, enseignant à Grenoble école de management qui pointe le nombre croissant de cadres en porte à faux par rapport aux décisions stratégiques à court terme de leur hiérarchie. « Les cadres sont pris en tenaille entre les directions et les managers de terrain. À la base, les salariés souhaitent que les choses changent et sont prêts à réfléchir à la meilleure façon de faire face aux changements. Mais au sommet, tout est en train de se crisper », ajoute-il, citant un exemple récent. Contacté par la filiale française d’un grand groupe international, l’enseignant qui effectue également des missions de conseil, a mis en place, à la demande de son client, un programme visant à impliquer davantage les managers intermédiaires dans les prises de décision. Davantage motivés, ils ont mis les bouchés doubles pour atteindre les résultats demandés. Mais loin d’être récompensé pour ses efforts, le responsable de cette filiale a été convoqué par le comité de direction. « Il lui a notamment reproché d’avoir investi dans la formation de ses salariés au lieu de maîtriser les coûts sans voir que c’est grâce à cette formation que les salariés ont atteint leurs objectifs », soupire l’enseignant.

Philosophie. Révolté contre ces méthodes de management « qui ne s’intéressent qu’à la seule maximisation des profits », Thomas, 37 ans, DRH du site grenoblois d’une société appartenant à un grand groupe international spécialisé dans les matières premières a pour sa part refusé d’envisager de poursuivre sa carrière au sein du groupe à la fin de l’année quand il aura terminé sa mission actuelle : la fermeture de l’entité qu’il avait largement contribué à développer. « En quelques années, nous étions passés de 35 à 105 salariés. Les affaires marchaient bien, mais confronté à la crise économique, le groupe a décidé de réduire la voilure et de rationaliser ses activités. Notre site grenoblois sera rayé de la carte. Notre faute : être plus chers que les salariés polonais qui doivent récupérer notre activité », mentionne-t-il. En désaccord avec la philosophie de la direction du Groupe qui n’a pas su tenir compte des résultats obtenus mais s’est basée sur des seuls critères financiers à court terme pour prendre sa décision, Thomas décide toutefois de préparer la fermeture et de se licencier quand le travail sera terminé à la fin de l’année. « Je ne me voyais pas abandonner tous les salariés que j’avais moi-même recrutés. Nous nous sommes démenés pour trouver des solutions pour chacun d’entre eux : reclassement au sein d’autres entités du groupe, départs dans les meilleures conditions possibles… Seuls 6 salariés n’ont pas encore de solutions », souligne-t-il pour expliquer sa participation à cette mission difficile qu’il désapprouve pourtant. « J’espère ne plus jamais revivre cette situation », ajoute-t-il, déjà tourné vers le futur. Le DRH n’entend pas faire acte de candidature dans d’autres grandes entreprises préférant devenir consultant indépendant et faire profiter les PME de ses compétences. « Les méthodes de management n’y sont pas les mêmes que dans les grands groupes », affirme-t-il refusant pas avance de devoir affronter de nouvelles désillusions… Si pour paraphraser La Boétie, « une partie de la population se met au service de la tyrannie par cupidité ou désir d’honneurs », une autre partie préfère cultiver son esprit de résistance tout en acceptant d’en tirer les conséquences…

* Le prénom a été modifié.

(1) David Courpasson et Jean-Claude Thoenig, Quand les cadres se rebelles, Vuibert, Septembre 2008.

Laurence Estival

Juillet 2010

samedi 31 juillet 2010

Qu’est-ce qu’une juste rémunération pour un patron ?

Article intéressant a lire sur Le Journal du Net.

Qu’est-ce qu’une juste rémunération pour un patron Sujet de société à part entière, la rémunération des grands dirigeants interpelle. Et pose la question : qu'est qu'un bon patron ?

Depuis la médiatisation des stock-options attribuées à Philippe Jaffré en 1999, la rémunération des patrons est devenue un débat de société. L'alignement des rémunérations patronales sur celles  pratiqués dans d’autres pays ne tient que s'il existe vraiment un marché mondial des dirigeants. Le risque lié à la précarité de la fonction  évoque inévitablement le sort subi par les simples salariés. Quant à la capacité du dirigeant à bien remplir son rôle, cette question ne fait qu'en soulever une autre, encore plus fondamentale : qu'est-ce qu'un "bon patron" ?
Une nouvelle loi japonaise vient de contraindre Renault à révéler la rémunération de Carlos Ghosn pour le dernier exercice de Nissan (6,8 millions d'euros). Cette rémunération additionné à la rémunération versée par Renault (1,4 million) fait de Carlos Ghosn le mieux payé des patrons français, loin devant le PDG de Danone, désormais relégué en seconde position.
Alors que la plupart des PDG du CAC 40 ont vu leur rémunération baisser de 7% en en 2009, cette nouvelle aurait pu susciter une bronca médiatique. Heureusement pour Carlos Gohn, Renault n'a pas de plan de licenciement ou de délocalisation en projet. L'entreprise vient, au contraire, d'annoncer son choix de relocaliser  la prochaine version du véhicule utilitaire Trafic à Sandouville (Seine-Maritime), actuellement fabriqué en Espagne et en Grande-Bretagne.
Car l'intérêt des médias pour la rémunération des patrons reflète la responsabilité sociale de l'entreprise vis-à-vis de ses salariés et plus largement de l'opinion publique.

Un sujet médiatique, une question de société
Depuis la médiatisation des stock-options attribuées à Philippe Jaffré en 1999, la question de la rémunération des patrons est devenu un sujet de société à part entière. Après la confiscation du « golden parachute » de Jean-Marie Messier en 2002 et la retraite-chapeau de Daniel Bernard en 2005, la polémique est repartie en 2007 avec les exigences d'Antoine Zacharias puis, en 2008, avec l'affaire des stock-options de Noël Forgeard. Plusieurs réformes (dont la loi NRE et la loi Clément-Breton) n'y ont rien changé. Bien au contraire : en instaurant et en renforçant la transparence sur un sujet autrefois tabou, l'obligation de publier et détailler les rémunérations des dirigeants a brusquement mis en évidence des montants parfois difficiles à justifier.

Des critères de rémunération discutables et discutés
Contrairement à une idée reçue, l'intérêt croissant des médias pour la rémunération des patrons n'a rien de spécifiquement français. Le sujet fait l'objet de nombreuses interrogations dans la plupart des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis où l'entreprise, l'argent et la réussite constituent des valeurs centrales et positives. Bien sûr, les montants des salaires des dirigeants peuvent être impressionnants, mais ils ne le sont guère plus que le revenu de certaines stars du show-business ou... du monde sportif. En fait, ce qui pose problème, c'est la question du bien-fondé de la rémunération des patrons. Les règles qui fixent ces montants ne sont ni claires ni forcément crédibles pour les médias. S'agit-il de s'aligner sur les salaires des patrons d'autres pays ? Mais existe-t-il vraiment un marché mondial des dirigeants ? S'agit-il de rémunérer un risque lié à la précarité de la fonction ? Mais dans ce cas, le risque couru par les patrons est-il plus important que pour les salariés ? Ou s'agit-il de rémunérer la capacité du dirigeant à remplir son rôle ? 

Qu'est-ce qu'un « bon » dirigeant ?
Dans cette dernière hypothèse, encore faudrait-il que chacun s'accorde sur ce que doit être le rôle d'un dirigeant et sur ce qui fait un bon patron. Pour les actionnaires, il s'agit bien entendu de la capacité du dirigeant à augmenter la valeur économique et boursière de l'entreprise. Mais pour l'opinion publique, la définition d'un bon patron ne peut pas être axée que sur des résultats financiers et économiques. Chaque entreprise doit montrer comment elle concilie la rémunération de son dirigeant avec sa performance économique et sa politique de l'emploi. Dans le secteur privé, comme dans la sphère politique, la contradiction entre un train de vie ostentoire au sommet et des sacrifices imposés à la base peuvent être dévastateurs. Autrement dit, une rémunération comme celle du patron de Renault n'est concevable et acceptable que dans la mesure où l'entreprise se porte bien et maintient l'emploi en l'état. Une évidence que les dirigeants commencent progressivement à intégrer.

jeudi 29 juillet 2010

Navimo. Les salariés prêts à en découdre?

Article du Telegramme.com

Les salariés du groupe Navimo se sont retrouvés hier en assemblée générale, pour exprimer leurs inquiétudes, après l'annonce de la délocalisation de la production. Rendez-vous a été pris pour septembre.

«L'année dernière on était partis en vacances avec des interrogations plein la tête. Cette année, c'est la même chose». Réflexion entendue hier, lors de l'assemblée générale, d'une salariée de l'entreprise Plastimo, du groupe Navimo, fabriquant du matériel d'accastillage, installé entre le port de pêche et la base des sous-marins. Les salariés étaient réunis hier midi en assemblée générale et ont clairement exprimé leurs inquiétudes, à la suite des déclarations du P-DG du groupe Navimo, Albert Journo. Les employés qui fabriquent encore à Lorient des compas de navigation, des radeaux et des gilets de sauvetage, voient leur avenir s'assombrir après qu'Albert Journo, P-DG du groupe a annoncé, la semaine dernière (lire Le Télégramme du 14juillet) son intention de délocaliser la production, qui emploie encore 40personnes sur le site de Lorient. «Le P-DG a été très clair», a expliqué Gilles Le Roch, délégué CGT du groupe. «La production n'a plus d'avenir sur Lorient. Il veut garder un atelier pour les prototypes. Mais actuellement l'atelier prototype, c'est une personne. S'il n'investit plus dans l?outil de travail, c'est qu'il y a anguille sous roche. Je vous demande de porter votre réflexion sur un mouvement social à la rentrée.C'est à nous de réfléchir à ce que l'on veut faire».

Des inquiétudes quant au maintien des emplois
Combien de salariés Plastimo resteront à terme à Lorient? Dans quel délai la quarantaine de salariés qui fabriquent encore des radeaux et des gilets de sauvetage (qui seront après fabriqués en Roumanie), ou des compas (qui seront, eux, fabriqués dans une usine italienne du groupe) seront-ils remerciés? «On l'ignore, on ne nous a donné aucun calendrier», répond Gilles Le Roch. À l'automne dernier, le groupe avait annoncé 63 suppressions de postes. Aujourd'hui, entre 10 et 20 personnes ont été licenciées. Surtout des cadres, selon les syndicats, qui ont pu négocier une prime extralégale. «La moyenne d'âge des salariés de la production est de 47ans,» explique Gilles Le Roch. «À l'atelier compas, les femmes ont entre 52 et 56 ans. Il leur reste tout de même huit ans à faire. Comment va faire Monsieur Journo quand il dit que les choses se feront en douceur?» Du côté de la direction, par la voix de Michel Dorez, directeur industriel et logistique du groupe Navimo et directeur du site lorientais, on confirmait hier que le centre névralgique du groupe sera maintenu à Lorient. Il comprendra: la direction financière, industrielle et de la logistique, l'informatique, les ressources humaines, la direction marketing et la communication. «On comprend l'inquiétude des salariés», réagissait hier Michel Dorez. «Mais le départ de la production ne sera pas brutal. 50% des effectifs seront à la retraite dans 5 ans.» Quid des 50 autres pour 100? «On donne rendez-vous aux instances représentatives du personnel en septembre,» a conclu la direction.